RALLYE-RAID DAKAR 2004
24 heures  (9/01/2004)
PIERRE-ALAIN SCHLOSSER

La fatigue a eu raison de Fonjallaz

EMOTION
Visiblement encore marqué par les efforts et son abandon, le motard de Gland est arrivé à Genève hier soir sous les applaudissements de ses proches.
fonjallaz moto paris dakar Salve d’applaudissements dans le hall d’attente des arrivées de l’Aéroport de Cointrin. Le Suisse Jean-Luc Fonjallaz, seul, les traits tirés, sourit faiblement au comité d’accueil formé des copains, la plupart en costume-cravate. Le Glandois a abandonné, la veille, lors de l’étape Tan-Tan (Maroc) - Atar (Mauritanie), la mort dans l’âme. Sa femme pleure dans ses bras. Elle aussi est visiblement à bout. Ils restent longtemps enlacés. «Je suis extrêmement déçu. Je m’en veux, c’est stupide. Après tant d’efforts consentis par la famille et les amis! J’avais la capacité technique et physique.»
Cela fait quatre jours qu’il ne s’est pas lavé, il s’excuse. Sa combinaison grise est sale. Le motard, casque pendu au bout du bras, a des traces de boue jusqu’aux genoux. Il est en colère contre lui-même. Il n’aurait pas dû s’endormir. Il le savait!

Perte de connaissance
Lors d’une des plus longues et difficiles étapes de la course, 1000 km au 7e jour mercredi, il a succombé à un malaise, à 100 km de la Mauritanie. Il a été mal toute la nuit: maux de tête, vomissements. Il s’arrête à une pompe à essence, et c’est le black-out. Il perd connaissance, s’endort. Il ne sait plus bien. Il est rattrapé par le camion-balai qui le réveille. Pour lui, l’aventure s’arrête là. Il n’est pas arrivé à destination avant le délai limite fixé.

Pour une première participation à l’épreuve, ce n’est pourtant pas si mal. «Nous aurons beaucoup appris du moins», console Yves Theuninck présent avec ses deux enfants pour le réconforter. Deux jours avant, c’était lui qui rentrait avec un bras cassé. Le retour de son camarade a probablement atteint aussi le moral et la résistance de Jean-Luc Fonjallaz. «J’étais bien placé pourtant, dans les 50e. Je tenais une bonne moyenne.»

Le duo a mesuré les difficultés liées à l’absence d’encadrement logistique dont disposent les professionnels. «Le soir il faut réparer soi-même la mécanique. J’ai dormi quatre heures en deux nuits. La dernière nuit, je me suis reposé sur des cailloux, sous une voiture», confirme Jean-Luc Fonjallaz. Il ne sait pas encore s’il rempile l’an prochain. Normal. Mais la passion, la folie du Dakar, cet économiste consultant y a goûté.

Genève / Laurence Arthur

Yves Theuninck: «Je suis heureux d’être encore en vie»
Accidenté lors de la cinquième étape, le motard belge de Pully a quitté l’hôpital hier. Il raconte l’aventure qui aurait pu lui coûter la vie.

Le bras gauche dans le plâtre, Yves Theuninck montre la trace que le camion a laissée sur son casque en le renversant. ARC. Lors de la cinquième étape entre Rachidia et Ouarzazate (Maroc), un camion russe a roulé sans scrupule sur son bras, brisant à la fois le cubitus et son rêve de gosse. Rapatrié en Suisse mercredi, Yves Theuninck a quitté l’hôpital hier sur le coup de midi.


Theuninck et Fonjallaz avec Althea

Yves Theuninck et Jean-Luc Fonjallaz n’ont pas vécu qu’une aventure sportive. Les deux concurrents ont profité de leur périple saharien pour donner un coup de pouce à la Fondation Althea. D’une part en la faisant connaître, d’autre part en finançant une partie du projet de cette fondation. L’objectif de celle-ci était de se rendre en Mauritanie afin d’examiner mille personnes atteintes d’incapacité visuelle. Et aussi d’opérer 280 patients, dont 250 aveugles par cataracte.

Une équipe composée d’une dizaine de personnes (médecins, infirmières, anesthésistes...) opère actuellement à Kaedi, ville de 40 000 habitants, située à 400 km au sud de Nouakchott. Pour plus de renseignements sur cette mission humanitaire: www.swiss-dakar.com.
P.-A. S. 

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