Jean-Pierre Fonjallaz, culturiste de culture générale et champion de jeux télévisés
Depuis 1968 et la première de ses onze apparitions à l'écran, le Vaudois Jean-Pierre Fonjallaz parfait sa culture générale pour être de tous les jeux télévisés. La création d'un club de «Questions pour un champion» et des questionnaires pour «Télé la question» sont ses fiertés
Le Temps, Guillaume Arbex, Lundi 2 août 2004, Rubrique: temps fort
«Je suis... Je suis... Top: après une carrière d'employé de banque, je prends ma retraite l'an dernier. Né en 1938, marié et père de deux filles, je suis vite fasciné par le monde de la télévision. Féru de culture générale, moins de jeux d'argent, je m'inscris avec succès à «Objectif 6000», émission phare de la Télévision suisse romande, en 1968. Après de nombreux passages à l'écran, je me consacre au club de «Questions...» de La Tour-de-Peilz, que j'ai fondé il y a deux ans, et j'arrose de questionnaires de mon cru les 120 autres clubs de francophonie. Nombre de mes propositions sont aujourd'hui aussi reprises par «Télé la question» sur la TSR. Je suis... Je suis...» Pour le présenter, Julien Lepers, l'animateur vedette de «Questions pour un champion» (QPUC), aurait sans doute ajouté cet indice: «100% Vaudois, 100% question.»
Quand Jean-Pierre Fonjallaz a croché pour la première fois, en 1968, la télévision couleur était à peine née. A l'époque, le «must» des jeux télévisés s'appelait «Objectif 6000»: le candidat Jean-Pierre, avide de connaissances, avait naturellement choisi d'être interrogé sur le thème qu'il potassait à ce moment-là, la géographie de l'Amérique latine. «J'ai échoué à la toute dernière question, «idiote», lors de la quatrième émission. Je devais trouver le nom d'un cours d'eau proche de Santiago. Je visualisais la carte, la rivière même, mais son nom Aconcagua, comme le sommet andin n'y figurait pas...» Maudit Chili. Quand, en phase de préparation, il avait demandé de la documentation à l'ambassade, il s'était entendu répondre que tout avait déjà été envoyé à la TSR!
Tant pis pour les 6000 francs, vite compensés par un bon de voyage offert par le Brésil et un nouveau poste de télévision donné par un supporteur. Et cette semaine de pâtisseries à volonté, proposée par sa boulangère qui avait vu l'émission. Désormais, à 65 ans, Jean-Pierre Fonjallaz, l'air docte et le ton posé, joue d'abord pour entretenir ses capacités de mémorisation, hanté par «la peur de devenir sénile». Crainte infondée selon son médecin, car Jean-Pierre peaufine aussi sa condition physique en pratiquant le tennis de table de compétition trois fois par semaine. Et aux championnats du monde séniors de Vancouver 2002, comme à la télé, le Vaudois n'a «pas été ridicule», éliminé au 4e tour.
Dans les combles de sa villa de La Tour-de-Peilz, Jean-Pierre Fonjallaz a construit son monde. Un poste TV, une chaise longue, deux tables de travail séparées par une bibliothèque. Sur l'une, des dizaines de Quid, Nouveau Larousse Memo, Dictionnaire des mots-croisés, recueil de La musique vocale et son ordinateur dont le disque dur stocke les encyclopédies. Sur l'autre, des piles de feuillets soigneusement agrafés, en tête desquels figurent les thèmes qu'il alimente de références au gré de ses recherches inlassables: littérature, géographie, musique, histoire...
Une passion pour le monde de la télé et la culture générale «venue comme ça» et qui l'occupe désormais quatre à six heures par jour. Une vie parallèle qui a pris une réelle consistance lorsqu'est arrivé dans son antre Julien Lepers et ses célébrissimes «Questions pour un champion» sur France 3, à la fin des années 80.
Depuis, sa collection de cassettes vidéo témoigne de ses onze passages à la TV: deux fois «QPUC», autant pour «Qui est qui?», et aussi «100% question», «Que le meilleur gagne» où il s'est retrouvé en finale contre... sa fille. Sans oublier le sadique «Maillon faible» dont il a quitté prématurément le plateau pour «une erreur stratégique». Jean-Pierre s'est fait éliminer par ses adversaires, «ligués contre le Suisse» après qu'ils eurent été impressionnés, la veille à l'hôtel, par l'étendue de ses connaissances de la France.
Une visibilité à l'écran qui le dessert aujourd'hui, puisque les chaînes rechignent à sélectionner trop souvent les mêmes candidats. Qu'importe, «grillé pour les plateaux», Jean-Pierre Fonjallaz peut se concentrer sur d'autres aspects de sa passion: gérer «son» club aux 25 membres, organiser les tournois avec les trois autres clubs romands de QPUC, entretenir les liens avec «tant de candidats rencontrés que je pourrais visiter la France entière en répondant à leurs invitations».
Même à la question de savoir si sa vie sociale ou privée souffre de sa soif de culture générale, Jean-Pierre répond avec sérénité. Sa femme Françoise, décoratrice, confirme que le jeu télévisé n'est pas son truc à elle. «Mais je comprends Jean-Pierre, car je suis moi-même une fan des quilts amish, alors je sais ce que c'est que de vivre avec une occupation très prenante.»
Peu avant son rendez-vous TV quotidien de 18h25, Jean-Pierre espère: combien, parmi les centaines de questions qu'il a envoyées, seront lues à l'antenne? Rare interrogation sur laquelle il sèche.