Fonjallaz, Charles-Eugène, dit Eugène, président du Grand Conseil vaudois, conseiller d'Etat, conseiller national, «Défenseur fougueux des vignerons»
Charles-Eugène Fonjallaz a une brève et bien courte page sur Wikipédia.
Selon le Dictionnaire historique de la Suisse, Berne
30.5.1853 à Epesses, 2.2.1917 à Epesses, prot., d'Epesses.
Fils de Louis Benjamin, viticulteur, et de Françoise Fauquex.
1) [A EPOUSE?] Julie Bidaux (en 1876?), fille de Charles, d'Epesses et Lutry,
2) [A EPOUSE?] 1885 Suzannne Palaz, fille de Jean Louis, de Riex et Lutry.
Collège classique cantonal à Lausanne, séjour linguistique à Berne. Viticulteur. Député radical au Grand Conseil vaudois (1882-1884, 1889-1908, président 1904). Conseiller d'Etat, F. dirigea le Département militaire et des assurances (1908-1917). Conseiller national (1885-1908 et 1910-1917), il déposa plusieurs motions en relation avec les problèmes de l'économie rurale. Défenseur fougueux des vignerons, F. présida le syndicat des vins vaudois et fut membre du comité directeur de l'Union suisse des paysans (1897-1916). Il siégea aussi au conseil d'administration des CFF (1902-1916).
L'initiative populaire « Élection du Conseil national basée sur la populations de nationalité suisse », dite initiative Hochstrasser-Fonjallaz, est une initiative populaire suisse, rejetée par le peuple et les cantons le 25 octobre 1903.

Gazette de Lausanne, 7 janvier 1898
Charles-Eugène, né le 30 mai 1853 à Epesses. Il est le fils de Louis Benjamin, viticulteur (le mot vigneron est-il obscène? à Epesses ?. En première noce, il épouse Julie Bidaux (en 1876?), fille de Charles Bidaux et X, et ont un fils Benjamin Fonjallaz, mon grand-père! En deuxième noce, c'est avec Suzannne Palaz qu'il se marie en 1885?. Ils eurent 5 enfants Françoise (1888-1966), Renée (1890-1980), Germaine, Eugène et Louis (ordre faux). Il est enterré à Epesses.

Conférence de M.P.-A. Bovard: Agriculteurs et vignerons au Conseil d'Etat (Extrait)
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Le Napoléon du vignoble
Les deux élections de Chuard et de Baud s'étaient faites sans grincements de dents nulle part, le parti radical étant, vers 1870-75, au sommet de sa puissance et de sa gloire, et les libéraux, trop faibles pour oser rien dire. Eh 1908, quand il s'agit de désigner un successeur à Ernest Rubattel-Chuard, qu'une maladie infectieuse enlève soudain à 43 ans, l'harmonie est moins parfaite. C'est que la droite, dans l'intervalle, a relevé la tête. La scandaleuse affaire Vessaz, qui a éclaboussé les radicaux, puis vers la fin du siècle la montée du péril socialiste, permettent aux libéraux de poser leurs conditions. Ils veulent le second siège au gouvernement qu'on leur a promis en échange de leur appui contre l'extrême-gauche. Ils annoncent dès lors haut et clair qu'ils ont dans la Broye l'homme qu'il faut pour remplacer le défunt: c'est l'excellent syndic de Granges-Marnand, le notaire Victor Nicod, député depuis plusieurs années, et hautement estimé dans tout le nord du canton.
Les dirigeants radicaux sont fort ennuyés. Il est vrai qu'en mai 1892, lorsqu'ils ont fait la paix avec la droite, ils ont, par la voix solennelle de Ruffy, promis "d'inaugurer une politique qui soit non politique de partis, mais celle du Canton de Vaud tout entier". Et, dans un ordre du jour préparé en commun, ils avaient reconnu à la minorité son droit à "une représentation équitable" dans les conseils de la nation. Mais qu'est-ce qu'une "représentation équitable" au Conseil d'Etat? Sur 7 fauteuils, les libéraux en occupent déjà un. Peuvent-ils en réclamer un second?
Il y a en tout cas chez les radicaux une personnalité qui pense que non et qui, à son ordinaire, le proclame sans ambages. C'est celui qui a une terrible envie d'être élu de préférence à Nicod, celui qu'au Conseil national le Fribourgeois Georges Python a surnommé "le Napoléon du vignoble", c'est le remuant Eugène Fonjallaz lui-même.
Né en 1853 à Epesses, d'où sa famille est originaire, il a déjà fort bien rempli son demi-siècle d'existence. Juge de paix à 28 ans, il est député à moins de 30. Et, au tour suivant, si furieux de ne pas être réélu, qu'il se jure de prendre une revanche éclatante. L'occasion lui en est fournie en mars 1885. Avec la complicité de son cousin Aloys Fauquez - une autre tête brûlée, -ô combien! - il monte dans le dos du comité radical et avec une audace remarquable une manuvre de coulisse qui réussit superbement. Réuni au Château de Chillon pour nommer l'avocat Ruchet candidat au Conseil national, le congrès radical est envahi à la dernière minute par une cohorte de délégués de la Riviera qui, lors du vote, font par leur masse triompher Fonjallaz! Ruchonnet, qui voyait son ancien stagiaire intronisé sans problème, est plus marri d'un pareil mauvais tour que Ruchet lui-même. Quant aux deux coupables, leur jubilation est si rigolarde qu'elle finit par désarmer les réticences des autres chefs. De tout temps, les familles nombreuses ont compté dans leur sein un enfant terrible au moins. Si le parti radical peut s'en offrir deux, c'est signe de bonne santé!
A vrai dire, les routes respectives des deux cousins ne tardent pas à se séparer. Pendant plusieurs années, à force de multiplier les incartades et de préférer la compagnie des ouvriers à celle de ses patrons, Fauquez se rend impossible, au point qu'il quitte à grand fracas les radicaux en 1891 pour fonder le parti socialiste. Rien de pareil chez Fonjallaz, qui demeure, lui, dans la droite ligne du pouvoir. S'il a le goût de la lutte, il n'est pas comme Aloys un agitateur qui ne rêve que de chambarder le régime. Il préfère se battre sur le terrain qui lui est familier et pour la cause qui lui paraît la plus importante: le vignoble vaudois, ses vins et ses vignerons. Il y a là quantité de mesures à prendre, d'améliorations à apporter, de subsides à obtenir. C'est un champ d'activité ouvert en permanence et un merveilleux tremplin vers la popularité, car quoi de plus sympathique au Vaudois? Des décennies durant, Fonjallaz se dépense donc sans regretter sa peine, en faveur du vignoble. Qu'il s'agisse de tarifs douaniers, de contrôle des qualités, de lutte contre le phylloxera, de traités de commerce, d'encouragement à la vente, il est partout présent. Au Grand conseil au Conseil national, il multiplie les motions; il entre au comité directeur de l'Union suisse des paysans, il préside le Syndicats des vins vaudois, est nommé expert à l'Exposition universelle de Paris. Et à la fois pour étendre son audience et accroître les chances de sa clientèle (car l'union fait la force), il rallie à son panache vert les maraîchers et jusqu'aux pêcheurs professionnels du Léman.
En 1902, il tente d'élever le débat au niveau national. Avec un collègue lucernois il lance une initiative tendant à diminuer de 20 le nombre des conseillers nationaux. On ne compterait plus ceux-ci d'après la population totale, mais seulement d'après la population suisse de chaque canton. L'objectif est de réduire l'importance des cantons citadins (Bâle, Genève et Zurich, qui ensemble perdraient 10 sièges) en augmentant du même coup l'influence des cantons campagnards. Connue sous le nom d'initiative Hochstrasser-Fonjallaz, la tentative
échoue devant le peuple en octobre 1903. Mais cet insuccès ne fait pas passer la cote d'amour de son auteur. Au contraire, et comme pour le récompenser de son inlassable action en faveur des ruraux, le Grand conseil l'appelle à sa présidence l'année suivante.
On comprend dès lors l'embarras des dirigeants radicaux, en 1908, quand le siège de Rubattel-Chuard devient libre au Conseil d'Etat, et que Fonjallaz le revendique. Si on évince les libéraux, on aura l'air de gens sans parole. Mais d'un autre côté, on ne peut pas refuser à un Fonjallaz si dévoué depuis tant d'années, et surtout si populaire, la récompense qu'il mérite. D'autant moins que le district de Lavaux a été peu représenté au gouvernement, depuis le début de l'Indépendance, tandis que la Broye y a toujours eu quelqu'un. Alors tant pis pour la droite et pour les principes!
L'élection a lieu le 10 juin. Les députés sont au nombre de 200. Fonjallaz obtient 126 voix, contre 74 à Nicod. Ce dernier chiffre représente le plus haut total jamais atteint au Grand Conseil par un candidat libéral en compétition avec un radical et il montre qu'une vingtaine de députés de la majorité n'ont pas obéi à la consigne. Cela ne suffit pas à ternir le contentement du vainqueur, dont le succès confirme ce qu'un journaliste écrivait dix ans plus tôt: "Fonjallaz ne renonce jamais, il persévère et aboutit".
Sous la même plume, on trouvait la fiche signalétique suivante du grand homme d'Epesses: "Grisonnant, gros, bien en chair. Caractère jovial. Bonne cave. Chasseur émérite, pêcheur fédéral. Beaucoup d'amis le tutoient. Député de valeur, sans pose, mais sérieux. A horreur du piétisme, le mômier est sa bête noire. Au militaire: simple soldat du landsturm".
Avec une panoplie d'atouts pareils, vraiment, Fonjallaz devait réussir. Même à la tête du département militaire, où c'était la première fois qu'on voyait régner un sans-grade. La malice des événements vaudra d'ailleurs à ce modeste fantassin d'assermenter capitaines, majors et colonels à la mobilisation générale de 19l4, année où il préside le gouvernement.
Fonjallaz n'aura pas la joie, à la fin de l'affreux conflit, de voir triompher les armées amies, puisqu'il meurt le 2.2.1917, après une longue maladie. Et il n'a pas non plus, à la différence de son cousin Aloys Fauquez, donné son nom à rue de Lausanne. Mais il a eu, de son vivant, la satisfaction d'inaugurer la magnifique route de la Corniche, qui était un peu son oeuvre aussi, et d'entendre les gens de la région la baptiser, avec le sourire et en levant leur verre à sa santé, "le boulevard du Prince Eugène".
Document transmis par Mme MarieMadelaine Pearson-Fonjallaz , sa petite fille.