A Epesses, puis à Bonneville les descendants de Pierre Fonjallaz ont fêté le 400ème anniversaire de son arrivée dans le Pays de Vaud

Article de Jean Heer paru dans la Gazette de Lausanne (quotidien libéral), le 2 juin 1952

Lorsqu'en 1552, Pierre Fonjallaz quitta Bonneville pour se rendre au Pays de Vaud voisin de sa Savoie natale, il ne pensait certainement pas que quatre siècles plus tard quelque 110 de ses descendants se réuniraient à Epesses, puis à Bonneville, pour fêter cet évènement. Il ne pensait peut-être pas non plus, que ceux de sa race deviendraient les plus authentiques représentants de ce vignoble de Lavaux où il arrivait comme réfugié. Et comme étranger: car le Pays de Vaud n'était déjà plus savoyard.

Ainsi donc ce fut à Epesses, samedi 31 mai, une réunion de famille où brillait un seul nom: Fonjallaz. Il y avait là ceux du Crêt, ceux de Cully, ceux de la Motte. Il y avait aussi ceux du Calamin, ceux de Rivaz, de Chardonne, de Genève; les Fonjallaz établis à Neuchâtel, à Gênes ou à Paris. Représentants de tous les métiers, vignerons que l'on reconnaissait facilement à leurs nuques et à leurs visages bronzés, ingénieurs, avocats, tous ces cousins et ses cousines étaient heureux de se retrouver, car plusieurs ne se connaissaient pas. Au cours de ces deux journées, on vit aussi des Fongeallaz de Bonneville, petite cité, où tout le monde se rendit dimanche.

Mais n'anticipons pas. Samedi après-midi, dans une vigne du député Louis, son neveu Raymond salua Jes représentants des autorités qui, préfet de Lavaux comme M. Duboux-Duflon, syndic de Lutry, comme M. Estoppey ou de Cully comme M. Bovard tinrent à honorer par leur présence la fête des FonjaIlaz, bourgeois pour la plupart d’Epesses et de Lutry; une branche seule ayant opté pour CuIly. Il y avait un député de Nyon et un de Lavaux, le syndic de Riez et celui d'Epesses. Mais comme ils se nomment tous Fonjallaz, ils se trouvaient là à ce titre. Preuve en est que ce fut M. Massy qui parla, fort spirituellement d'ailleurs, au nom de la Municipalité d'Epesses représentée également par M. Rouge.

N'avaient droit à participer à la réunion, en principe, que ceux qui se nomment Fonjallaz et celles qui sont nées Fonjallaz. Et pourtant, la vigne où après une belle allocution d'Eugène, de Riex l'on planta quelques ceps symboliques, face à la Savoie des ancêtres, un peu en-dessous du cimetière où nombre de descendants de Pierre sont ensevelis, a vu arriver foule. Puis, après une réception si généreusement vaudoise dans la cave bien connue construite par Gustave Fonjallaz et où chanta le ténor Georges Genin, ce fut le dîner officiel dans la salle de gymnastique voisine. Le Tout-Epesses se trouvait réparti, suivant le nom de famille, soit dans la salle soit dehors où il regardait passer la légion des Fonjallaz.

Repas charmant introduit par le pasteur Armand, commenté par l'avocat Raymond, organisé par René, agrémenté de production du groupe choral “ Les Joyeux Copains ” et comme il se devait du “ Chœur des dames Fonjallaz ” dont Mme Duboux-Fonjallaz fut l'excellente soliste. On parla beaucoup de l'ancêtre commun, au cours des discours prononcés. Si l'on ne s'entendit pas pour fixer les raisons de son départ de Bonneville pour Lavaux, (réfugié pour des raisons confessionnelles, poussé par des difficultés d'ordre économiques, qui sait ?) on fut d'accord pour constater que ses nombreux descendants avaient fait honneur au Pays de Vaud. Lorsque le doyen; M. Aloïs Fonjallaz, parla à sa parenté, c'est toute la sagesse du Vaudois qui s'exprima par la bouche de cet homme de 88 ans.

Le lendemain, une barque du Léman emmena les Fonjallaz réunis vers Bonneville. Les autorités les y reçurent, les cousins déjeunèrent en commun. Et le soir, les Vaudois cinglèrent vers Cully, tout comme, il y a quatre siècles, Pierre.

Peu importe; au fond que Fonjallaz vienne de Praz Gelaz ou Fons gelida. Il nous suffit de savoir que sans les Fonjal1az venus de Bonnevi11e, il aurait manqué quelque chose d'important dans le vignoble de Lavaux où sont nés notamment Eugène, conseiller d'Etat; Benjamin, Président du Tribunal; Gustave, syndic-aviateur et un si grand nombre d'excellents vignerons. Et ce qui manquerait ainsi à Lavaux manquerait à l'ensemble du canton dont ce beau district est la perle.

Jean Heer.

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