1552 1952

an mil neuf cent cinquante et deux, le Premier de Juin, au dimanche de la Pentecôte, par devant assiettes et faisant face à flacons assermentés,

ONT COMPARU

Tous FONJALLAZ, voire FONGEALLAZ, tant de Suisse que de Savoie et autres lieux du vaste monde atteints par tambours, trompes, trompettes, cloches, clarines, missives, écritures, billets, ordonnances, mandements et convocations,

AFIN de célébrer dans la dignité, l'honneur, la gastronomie, l'amitié, le rire, les chants, larmes, cris et tous autres moyens de manifester l'émotion le

QUATRE CENTIEME ANNIVERSAIRE

de l'arrivée à Epesses en La Vaux d'honnête, robuste et travailleur PIERRE FONJALLAZ, du Petit-Bornand, proche de Bonneville, qui se survit présentement encore par d'innombrables descendants, comme en font foi les arbres, les treilles, arbustes et plans généalogiques présents, passés et à venir.

Et pour se faire ont décidé tous Fonjallaz, voire Fongeallaz, réunis à Bonneville, au "Sapeur", de manger, détruire, absorber, broyer, moudre, croquer, sucer, lécher, mastiquer, savourer, déguster, avaler, nourritures, boissons et gâteries

SAVOIR,

Terrine de volaille truffée à la Fonjallaz

Quenelles de brochet Lyonnaise à la Fongeallaz

Poules de Bresse Cocotte aux deux orthographes

Jardinière de légumes à l'Européenne

Salade Mondiale

Fromage Savoyard à l'ancêtre

Fraises à la Chantilly

Café moka des colonies du Petit-Bornand et d'Epesses

Le tout arrosé prudemment ou avec imprudence d'un vin de Crèpy à la rafraîchissante, et d'une Côte du Rhône fraternelle, reconstituante et vigneronne.

CAR, ainsi soit dit en passant, mis à part quelques Fonjallaz qui trahirent le fossoir pour les livres, le notariat, le professorat, l'armée, les charges, les honneurs des villes et les soucis de tête, les descendants de PIERRE, venu en Epesses pour y taquiner le pied de vigne ont conservé fidèlement ce jeu de famille qui consiste à se lever avant le jour, à suer tous les soleils, à se tanner le cuir à tous les vents, à saluer bien bas cette terre sinon ingrate véritablement basse, et à se dévisser la tête d'inquiétude, à regarder ce que le Bondieu vous fabrique tant comme orages que grêles suspendues, trombes, ouragans, cyclones et autres divertissements météorologiques. Sans préjudice des inquiétudes qui visitent le vigneron dans son lit, alors que d'autres sous leur toît trouvent abri véritable, inquiétudes qui touchent au gel, à la lune cernée, à la mévente, aux maladies tant de la vigne que du vin, l'homme, la femme et les enfants ne venant que bien après cette garce d'invention du vieux Noé, dégouté des eaux, de quelque sorte puissent-elles, et misant tout sur le vin.

POUR ce, les nombreux descendants de l'ancêtre PIERRE paraissent avoir manifesté un amour assez proche l'entêtement, ayant tous ou de peu s'en faut acheté, possédé, gratté, grattouillé de la vigne, soit que cette malice les ait fait vivre, soit qu'ils aient estimé en leur coeur que puisqu'il faut faire son salut sur cette terre de misère et de récoltes, autant valait faire son purgatoire en vignes qu'en bureaux, boutiques ou salons.

En foi de qui ceux d'aujourd'hui, assez contents d'être vivants si l'on en juge par le bruit des assiettes, des verres, des propos, des rires et des chansons

DECIDENT

De ne pas trop s'égarer dans les arbres généalogiques, étant bien connu que monter dans les arbres est le fait des écureuils, des singes et gens de Lutry,

De poursuivre courageusement l'entreprise de cet ancêtre PIERRE, qui était tant le travail que la famille, la vigne et la vie qui passe,

De continuer à penser à cette petite plante tordue qui donne la grappe est digne qu'on la soigne par dessus toute plante et de lever leur verre, aussi souventes fois qu'ils en seront requis, à la prospérité du monde qu'ils ont désiré dans leurs armoiries, la bonne humeur du lion que d'aucuns prétendent être leur ancêtre, bien que peu de lions soient aux vignes, en Savoie ou en La Vaux, et à la bonne entente des leurs, des autres et de tous humains qui se distinguent des bêtes particulièrement par la malice et par la culture de la vigne.

QUE tous et que chacun soient heureux d'être en ce monde où, après quatre cents ans, des gens prennent la peine de se découvrir cousins, par l'entrain à vivre et par la bonhommie d'un repas.

En foi de quoi signent:

Les signatures

Facsimilé du document créé, écrit et dicté par C.-F. Landry pour les ymagiers de la vigne Max Roth et Carl Sauter, au Verseau à Lausanne.

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