Extraits de "Pie XII et les juifs" du rabbin Dalin


Premier chapitre : Le "pape d'Hitler", un mythe préoccupant

(…) il s'agit d'une utilisation abusive de la Shoah à laquelle les juifs doivent s'opposer. On n'a pas le droit, honnêtement, d'exploiter cette tragédie à des fins partisanes, dans un pareil débat. Et c'est vrai, en particulier, quand cette pratique aboutit à déprécier le témoignage des survivants qui ont fait l'éloge du souverain pontife pour ses actions en leur faveur. Imputer la condamnation qui revient à Hitler et aux Nazis à un pape qui s'opposa à eux et était ami des juifs est une abominable calomnie. Quels que soient leurs sentiments vis-à-vis du Catholicisme, les juifs ont le devoir de rejeter toute polémique qui s'approprie la Shoah pour l'utiliser dans une guerre des progressistes contre l'Église catholique. Si un tel combat devait être couronné de succès, cela minerait les fondements du Christianisme ainsi que du Judaïsme, du fait de l'incommensurable mépris de la vérité et de la religion traditionnelle dont ces détracteurs sont animés.

Michael Tagliacozzo, la plus éminente autorité sur la rafle des juifs de Rome par les Nazis, et lui-même rescapé de cette rafle, a énergiquement défendu le rôle de Pie XII pendant l'occupation de Rome par les Nazis, rapportant que celui-ci s'impliquait personnellement dans les opérations entreprises pour sauver la vie d'environ cinq mille juifs romains. C'est sur les ordres du pape que ces derniers furent hébergés à l'intérieur du Vatican et dans les nombreux monastères et couvents de Rome. Ayant vécu la terreur de l'occupation nazie à Rome, ayant étudié les documents d'origine sur le sujet, Tagliacozzo n'avait, à l'encontre de Pie XII, que des éloges.

Depuis 1962, Yad Vashem, le mémorial et musée de la Shoah en Israël, reconnaît et honore les "Justes des nations", ces non-juifs qui ont sauvé la vie de juifs durant la Shoah. Des millions de gens ont vu le film de Steven Spielberg, "La Liste de Schindler", qui parle d'Oskar Schindler, l'industriel catholique allemand qui sauva la vie de 1'200 juifs. Beaucoup aussi ont entendu parler de Raoul Wallenberg, le jeune diplomate suédois dont il est reconnu qu'il sauva des dizaines de milliers de juifs, à Budapest, pendant la guerre, et de Mgr Angelo Rotta, l'héroïque ambassadeur du Vatican en Hongrie. D'autres prêtres catholiques impliqués dans le sauvetage des juifs, comme le Cardinal Pietro Palazzini, ont été de même, honorés par Israël. Pie XII, lui aussi, mérite d'être reconnu comme "Juste des nations" et c'est ce que je démontre dans le présent ouvrage. Aucun autre pape dans l'Histoire n'a jamais auparavant, été comme lui, aussi universellement loué par les juifs pour ce qu'il a fait pendant la Shoah, pour sauver des vies.

Deuxième chapitre : Des papes qui défendirent les juifs

La vérité historique c’est que les papes se sont souvent manifestés pour prendre la défense des juifs, qu’ils les ont protégés dans les temps de persécution et de pogroms et ont préservé leur droit d’exercer librement leur culte dans les synagogues. Ils ont, traditionnellement, défendu les juifs contre toutes sortes d’accusations antisémites aberrantes. Ils ont régulièrement condamné les antisémites qui cherchaient à susciter la violence contre les juifs. Certains avaient des juifs comme médecins, au Vatican, et aussi parmi leurs confidents et amis personnels. On ne trouve aucun de ces faits dans les livres de ces détracteurs et pourtant ils sont avérés. (...)

Au fil des années 1930, Pie XI en vint à considérer Hitler comme « le plus grand ennemi, de nos jours, du Christ et de l’Église » et il le comparait à l’Antéchrist. « La persécution contre l’Église catholique d’Allemagne », déclarait-il, est l’œuvre d’Hitler, « entièrement et uniquement son œuvre ». Parlant au Collège des Cardinaux, dans un de ses discours annuels pour la fête de Noël, il dénonça vigoureusement à la fois le fascisme italien et le fascisme allemand, et qualifia la swastika nazie de « croix hostile à la Croix du Christ ». Le 12 mars 1937, il publia sa fameuse encyclique anti-nazie Mit brennender Sorge (« Avec une vive inquiétude »). Adressée aux évêques allemands et lue, en chaire, intégralement, dans toutes les églises catholiques d’Allemagne, ce document provoqua une riposte rageuse de la part du gouvernement nazi à Berlin. L’encyclique ne mentionnait pas spécifiquement l’antisémitisme nazi, elle se concentrait plutôt sur la manière dont « le paganisme agressif » persécutait l’Église catholique en Allemagne. Mais elle a certainement touché juste en déclarant : « Qui veut voir bannies de l’Église et de l’école l’Histoire biblique et la sagesse des doctrines de l’Ancien Testament blasphème le nom de Dieu, blasphème le plan de salut du Tout-Puissant, érige une pensée humaine étroite et limitée en juge des desseins divins sur l’Histoire du monde. Il renie la foi au Christ véritable ». Le document pontifical déclare aussi : « ‘Révélation’, au sens chrétien du mot, désigne la parole dite par Dieu aux hommes. Employer ce même mot pour les ‘suggestions’ du sang et de la race, pour les irradiations de l’histoire d’un peuple, c’est, à coup sûr, créer une équivoque. Une fausse monnaie de cette sorte ne mérite pas de passer dans l’usage des fidèles du Christ ». Ayant clairement reconnu dans Mit brennender Sorge, un document décidément favorable aux juif, les Nazis lancèrent une contre-attaque au vitriol contre la papauté. Le ministère nazi de la propagande alla jusqu’à faire circuler une rumeur selon laquelle Pie XI aurait été à moitié juif et sa mère une juive hollandaise.

En 1938, au moment même où le premier ministre britannique Neville Chamberlain tentait d’apaiser Hitler à Munich, Pie XI apparut comme l’une des rares autorités en Europe à explicitement condamner l’antisémitisme. En mars 1938, il dissoudra l’Association des « Amis d’Israël » (Amici Israel), une organisation catholique qui depuis de nombreuses années s’efforçait de convertir des juifs et qui avait commencé à publier des brochures « manifestant des sentiments de haine » envers le peuple juif. On peut lire dans le décret pontifical de dissolution : « Parce qu’il réprouve toutes les haines et animosités entre les peuples, le Siège apostolique condamne au plus haut point la haine contre le peuple autrefois choisi par Dieu, cette haine qu’aujourd’hui on a coutume de désigner sous le nom d’antisémitisme ».

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