Opération Cornwell: des éditeurs, des journalistes et évidemment John Cornwell ainsi que d'autres personnes restant dans l'ombre agissent soudainement pour promouvoir "Hitler's pope".

Publié simultanément le 16 septembre 1999, en France, Allemagne, Grande-Bretagne et Etats-Unis, le livre de John Cornwell, "Le pape et Hitler" (publié en anglais sous le titre "Hitler's pope") se révèle être une attaque fondamentalement polémique contre Pie XII et la papauté en général. C'est l'exemple du livre publié pour manipuler et tromper l'opinion.


NB: Remarquons que le titre orginal, le pape d'Hitler devient en français, le pape et Hitler.

Communiqué de presse
Editions Albin Michel - septembre 1999

LE PAPE ET HITLER
L'HISTOIRE SECRETE DE PIE XII
John CORNWELL

Sortie mondiale simultanée le 16 septembre 1999, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie et en France.

Depuis quelques années est engagée au Vatican une procédure de béatification de Pie XII (Eugenio Pacelli), pape de 1939 à 1958. Elle est aujourd'hui sur le point d'aboutir. Le fait est d'autant plus décisif que l'antisémitisme de la papauté est au centre d'un débat lancinant. Une béatification aurait donc valeur de réhabilitation.

Le livre de Cornwell est exceptionnel, car il se fonde sur des documents inédits : les dépositions sous serment de témoins entendus pour la procédure de béatification, et des archives du secrétariat d'Etat du Vatican. Pie XII y apparaît comme un homme profondément antisémite et un adversaire acharné du communisme. Dans cette enquête, qui retrace la vie entière d'Eugenio Pacelli, John Cornwell démontre que, dès l'époque de sa nonciature en Allemagne, le futur pape fut le complice du régime nazi .

Par-delà sa contribution aux recherches sur l'antisémitisme de Pie XII, cette enquête apparaît comme un réquisitoire en règle contre la doctrine de l'infaillibilité pontificale. Le bref tour d'horizon des principales convictions de Pie XII et de sa théologie qui clôt l'ouvrage permet de mesurer le chemin parcouru mais aussi la crise morale et intellectuelle qui continue d'agiter les plus hautes autorités ecclésiastiques.

John Cornwell est journaliste d'investigation, spécialisé dans les affaires de l'Eglise auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages, dont "Comme un voleur dans la nuit: enquête sur la mort de Jean-Paul ler (Robert Laffont, 1989)".

Mise en vente : 16 Septembre 99
Contact presse : Régine Billot 01 42 79 10 05
Presse province, Belgique, Suisse : Sandrine Labrevois 01 42 79 10 01


La presse mondiale dénonce les erreurs du livre contre Pie XII
Interview du père Gumpel
Zenit - 29 septembre 1999

La presse européenne a publié de nombreux articles révélant le manque de rigueur historique de John Cornwell dans son livre "le Pape de Hitler" qui sortira dans les librairies américaine en octobre prochain. Le "Corriere della Sera" à Milan, le "Sunday Times", "Alfa y Omega" et "La Razón", en Espagne, "Le Figaro", etc. ont dénoncé le manque de professionnalisme de Cornwell.
Une déclaration de 11 pages écrite par le jésuite Peter Gumpel, ancien professeur à l'Université Grégorienne de Rome et relateur de la cause de béatification de Pie XII, a été publiée dans l'édition anglaise de ZENIT. Cette déclaration a été republiée en Norvège, aux États-Unis et en Australie. Aux États-Unis, différentes organisations sont en train d'analyser la possibilité de boycotter la maison d'édition qui va publier le livre de Cornwell. Le mensuel américain "Inside the Vatican" a préparé pour le mois d'octobre un dossier spécial de vingt pages dans lequel il démonte une par une les thèses du journaliste.

Un montage contre la papauté

"Il s'agit d'une indignation légitime", a expliqué le Père Gumpel à ZENIT, "car Cornwell a fait un authentique montage contre Pie XII et contre la papauté en tant qu'institution".

Z : Mais Cornwell affirme que son livre est le fruit de mois de travail dans les archives de la Secrétairerie d'État. Il affirme par ailleurs qu'il a été le premier et le seul à consulter ces archives.

Gumpel : Tout cela est faux. La Secrétairerie d'État m'a confirmé directement que Cornwell fut autorisé en mai 1997 à consulter l'archive de la section sur les Relations avec les États. Il y travailla pendant environ trois semaines. Le thème de ses recherches était les relations avec la Bavière (1918-1921) et avec l'Autriche, la Serbie et Belgrade (1913-1915). Il n'a pas eu accès à la période après 1922. Cornwell a écrit qu'il a fait des recherches pendant plusieurs mois. Il a en réalité passé trois semaines à recueillir des informations qu'il n'a même pas utilisées par la suite. Michel Chappin, professeur d'Histoire de l'Église à la Grégorienne et archiviste de la Secrétairerie d'État, m'a expliqué par ailleurs que Cornwell n'est pas le premier à avoir consulté les archives de ces années-là, qui sont d'ailleurs bien antérieures à l'époque du pontificat de Pie XII. La fiche de Cornwell dans cet archive porte le numéro un car le format des permis d'accès vient d'être changé et il a reçu la première fiche de la nouvelle série !"

Z : "Vanity Fair" publie la photo d'un document de 1919 qui, selon Cornwell constitue une preuve de l'antisémitisme de Eugenio Pacelli, futur Pape Pie XII. Le journaliste dit qu'il s'agit d'un document inédit.

Gumpel : J'ai entre les mains la copie de l'original de ce document. Cornwell cite une ligne d'une lettre de six pages. Il n'y a rien contre les juifs dans ce document. La seule chose qu'il dit est que Levien (chef communiste de Munich) et son amie, étaient juifs. C'est une pure constatation. Ils étaient juifs comme ils auraient pu être chrétiens. Et tout le monde savait qu'à cette époque, la direction communiste était composée de juifs athées qui luttaient contre toutes les formes de religion, y compris celle des juifs. Présenter ce texte comme une preuve de l'antisémitisme de Pie XII me semble une déformation due à une analyse partiale et intéressée. Par ailleurs, le texte de cette lettre que Cornwell présente comme un texte exclusif découvert par lui, a déjà été publié en Italie, en 1992, dans un ouvrage écrit par Emma Fattorini "l'Allemagne et le Saint-Siège : la nonciature de Pacelli entre la Grande Guerre et la République de Weimar". Cornwell n'a rien découvert. Il a copié des documents déjà publiés, en les déformant.

Z : La thèse fondamentale de Cornwell est que le Pape Pie XII a soutenu le régime nazi.

Gumpel : Pie XII, comme nonce en Allemagne puis comme Secrétaire d'État et plus tard comme Pape, a toujours désigné Hitler et les nazis comme le plus grand danger pour l'Allemagne et pour le monde. Cornwell omet totalement la condamnation du nazisme que Pie XII fit à Lourdes, à Lisieux, à Paris, à Budapest où il fut délégué du Vatican. Lorsque Pacelli fut élu Pape, le "Berliner Morgenpost", organe proche au mouvement nazi, le considéra comme un ennemi de l'Allemagne. Son aversion pour le nazisme était si connue que l'hebdomadaire de l'Internationale communiste "La correspondance internationale" avait écrit qu'en appelant à la succession de celui qui avait fait preuve d'une résistance énergique contre les conceptions totalitaires fascistes qui tendent à éliminer l'Église catholique, le collaborateur le plus proche de Pie XI, les cardinaux avaient fait un geste éloquent, choisissant comme chef de l'Église un représentant du mouvement catholique de résistance. Sans parler de l'Encyclique qu'il écrivit contre le nazisme : "Mit brennender Sorge". Il suffit de lire les brouillons de l'Encyclique pour voir que Pacelli fut non seulement l'un des rédacteurs mais que le texte original a des passages rajoutés qu'il a écrits de sa propre main.
Cornwell ne publie pas les rapports que la Gestapo écrivait contre l'Église catholique et contre le Pape, pas plus qu'il ne tient compte de ce qu'écrivaient les journalistes américains, anglais, français et hollandais sur la résistance que Pie XII menait contre les nazis. Dans les archives récemment ouverts à la consultation par le Foreign Office, on voit que Pie XII était en contact avec les généraux allemands qui voulaient faire basculer Hitler. C'est Pie XII qui transmit à Londres la proposition des généraux allemands qui voulaient mettre fin au régime nazi.
Dans son analyse unilatérale, Cornwell n'a pas tenu compte non plus du témoignage de l'américain Robert Kempner, ancien procureur du Tribunal de Nuremberg contre les crimes de guerre. Kempner a révélé que Pie XII et l'Église catholique avaient envoyé une quantité énorme de lettres de protestation, directes ou indirectes, diplomatiques et publiques, secrètes ou explicites, auxquelles les nazis n'ont jamais répondu.

Z : Cornwell affirme que Pie XII est antisémite...

Gumpel : Les dirigeants les plus importants de la communauté et de l'État juif l'ont remercié publiquement pour tout ce qu'il avait fait pour protéger les persécutés. Je conseillerais à ceux qui ne me croient pas de lire le neuvième et le dixième volume des "Actes et Documents du Saint-Siège concernant la Deuxième Guerre Mondiale", où sont recueillis les témoignages des juifs sauvés de la persécution grâce à l'intervention du Pape Pacelli. Je crois qu'il n'y a pas au monde une personne ayant reçu plus de marques de reconnaissance de la part de la communauté juive que Pie XII.

Un Pape rétrograde ?

Z : le livre de Cornwell décrit Pie XII comme l'expression d'une Église fermée, rétrograde, autoritaire...

Gumpel : peu de gens savent que Pie XII est le vrai promoteur du Concile Vatican II. C'est lui qui créa la Commission qui devait préparer les sessions du Concile mais la situation n'était pas encore favorable et Pacelli était déjà malade. Il suffit de lire les actes du Concile pour voir que Pie XII est l'auteur le plus cité après les Saintes Écritures. Dans ses encycliques et ses discours il a abordé tous les problèmes étudiés ensuite par le Concile Vatican II.


Joseph Sitruk : " L'homme de pouvoir a pris le pas sur l'homme spirituel "
Le Grand Rabbin de France reproche son silence sur l'Holocauste à Pie XII et demande le report de sa béatification.
Le Figaro - 17 septembre 1999

Le Figaro - Croyez-vous à une alliance ou une complicité entre Pie XII et Hitler ?

Joseph SITRUK. - Il appartient aux historiens, et non à un rabbin, de répondre à la question. On peut néanmoins observer le goût du pouvoir déployé par Pie XII. Un chef spirituel peut-il s'arroger tant de poids dans une période mouvementée, sans que le pouvoir l'emporte sur la morale ?

- Quel est le reproche des juifs contre Pie XII ?

- Son silence. Des preuves nous ont été données que l'Église en a désormais pris conscience. Mais nous n'oublions pas le courage de nombreux évêques contre le nazisme. Eux ne s'en sont pas tenus à un silence coupable.

- A quelles conditions l'hypothèque Pie XII sera-t-elle levée dans le judaïsme ?

- Il faudra d'abord que cette période sombre soit soumise au regard objectif des historiens. Il convient d'apporter la lumière, afin. d'en finir avec le soupçon sur d'éventuelles erreurs d'appréciation. Dans l'attente de cette clarification nécessaire, il faut différer la béatification de ce pape : elle serait, pour le moment, un nouveau germe d'incompréhension entre juifs et chrétiens.

- Estimez-vous que le pouvoir pontifical se durcisse à nouveau, comme le prétend John Comwell ?

- Non, je ne vois pas comment étayer cette thèse. Jean-Paul Il est un homme fascinant dont je pense beaucoup de bien et je le lui ai écrit. Comme en nous tous, ombres et lumières se mêlent dans sa personne. Mais il joue un rôle dynamique pour l'Église catholique, même si certaines de ses attitudes ont été discutables ou incomprises chez les juifs.

Propos recueillis par Élie Maréchal


" Cela n'a aucune valeur historique "
Pierre Chaunu - Le Figaro 17 septembre 1999

L'historien réfute tous les arguments de John Cornwell contre Pie XII, et affirme qu'il a contribué à sauver les juifs de l'extermination.

Le Figaro : Peut-on prétendre, comme le fait John Cornwell, que Pie XII était germanophile et antisémite ?

Pierre Chaunu : Qu'il ait été germanophile, qu'il ait aimé la culture allemande, ce n'est pas douteux. Mais ce n'est pas un crime ! Dire qu'il a été antisémite n'a pas de sens, rien ne permet de l'affirmer. En tant que chef de l'Eglise catholique, il avait certainement une préférence pour les catholiques. On attaque un homme, c'est une opération contre l'Eglise catholique. En tant que protestant, je me sens solidaire !

- Pourquoi, salon vous, l'historien avance-t-il cette thèse ?

- Dire que Cornwell est un historien, c'est un grand honneur ! Je le vois plutôt en publiciste ! S'il était vraiment historien, il ne ferait pas de la téléologie. C'est une règle absolue pour les historiens : quand vous faites l'interprétation d'un texte, vous ne vous préoccupez pas de ce qui est advenu ensuite. Quand on vit un évènement on ne sait pas, par définition, la suite ! En 1940, Pie XII ne pouvait pas connaître la conférence de Wannsee, en 1942, laquelle était bien secrète ... On a des preuves capitales.
Pie XII était d'entrée de jeu du côté des Alliés. Quelques jours avant mai-juin 1940, il leur a communiqué où et quand ils allaient être attaqués par les Allemands, en précisant l'endroit. C'est une preuve absolue qu'il ne souhaitait pas la victoire hitlérienne. Dans la mesure où on aime la culture allemande, on espère que les Allemands vont de débarrasser d'une tyrannie monstrueuse.

- Quelle était la situation de Pie XII à Rome, et que savait-il exactement ?

- Le pape est à Rome, dans l'Italie mussolinienne. Et, à la chuté de Mussolini, Rome passe sous contrôle allemand. Radio Vatican donne des informations qui déplaisent: on lui coupe le courant ! Pie XII entretenait un lien personnel avec Roosevelt. Vers la fin 1942 ou le début 1943, des renseignements parviennent à Roosevelt par des juifs de Suisse. Roosevelt les communique au pape. La réponse de Pie XII au président américain fut : je dispose des mêmes sources, je crains qu'il y ait beaucoup de vrai dans ces informations. C'est très exactement la position de tous ceux qui combattent Hitler à cette époque. Autre preuve : pourquoi aucun groupe de Résistance n'a-t-il fait sauter les trains de déportés ? C'est seulement à la fin de 1945 qu'on a vu ce qu'étaient les camps de concentration et les camps d'extermination.
Une chose a été établie par des historiens israéliens : Pie XII a sauvé huit cent mille juifs par des méthodes indirectes. Prenons l'exemple de la communauté juive de Rome, à la fin mai 1944. Le Saint-Siège reçoit l'information selon laquelle tous les juifs de Rome vont être déportés. Branle-bas de combat au Vatican : le pape demande à son secrétaire d'Etat de convoquer l'ambassadeur allemand Weizsäcker. On le menace. Weizsäcker plie et fait savoir au commandant allemand qu'il ne peut pas exécuter cet ordre parce qu'il ne dispose pas de wagons.

" c'est idiot "

- Cornwell affirme que le pape ne se serait jamais élevé contre le nazisme, à la différence de son prédécesseur. Est-ce exact ?

- C'est idiot ! Son prédécesseur l'avait déjà fait avec éclat et avait aussi condamné le communisme. La tradition, au Vatican, est de ne pas refaire le travail de son prédécesseur. Que cela aurait-il apporté de plus ?

- Pourquoi Cornwell tente-t-il de démontrer que Pie XII a toujours gardé le silence sur l'Holocauste alors qu'il était au courant ?

- C'est faux ! Il n'était pas plus renseigné sur l'Holocauste que Roosevelt et Churchill. Il y a une différence entre le système de Staline et celui de Hitler. On a la signature de Staline pour le massacre des officiers polonais à Katyn. L'ordre de Wannsee était top secret, jamais Hitler n'a signé le papier. Il a donné un ordre oral. L'Holocauste paraît tellement monstrueux, tellement unique, qu'il n'était pas prévisible. On a découvert l'Holocauste quand on est arrivé à Auschwitz. On n'a pas bombardé les camps. Progressivement, on a pris conscience de la réalité. Le pape n'en savait pas plus que les autres.

- Cornwell fait du pape l'aillé objectif de Hitler, n'est-ce pas exagéré ?

- Qu'est-ce qu'un allié objectif ? C'est de la langue de bois, c'est absurde ! Il ne faut rien connaître à l'histoire de cette époque pour affirmer de telles choses. La solution que Pie XII a adoptée était la moins mauvaise possible. On peut soutenir qu'il aurait dû faire un coup d'éclat. Mais comment ? On a coupé le courant à Radio Vatican pour des choses mineures. Même, un coup d'éclat pouvait entraîner des représailles de la part des nazis. Prenons l'exemple de la Hollande où 85% de juifs ont été massacrés. Et pourtant, il y avait eu une déclaration solennelle del'ensemble de l'épiscopat de la Hollande. La politique du grand coup de clairon pouvait avoir des conséquences désastreuses.

- Pie XII, au contraire, entretenait-il des rapporte avec les Alliée ?

- Bien sûr. Constamment. Quand il communique le lieu et la date de l'attaque en 1940. Et Gamelin n'en a rien fait. Pie XII était du côté des Alliés. L'amitié avec Roosevelt date de quinze ans ! C'est connu. On peut, à la rigueur, lui reprocher de s'être trompé. L'Holocauste était inimaginable, on ne l'a pas imaginé tout de suite. Roosevelt n'a pas fait de déclaration sur l'Holocauste car il ne savait rien. Même les déportés qui allaient vers les camps d'extermination ont découvert sur place le sort qui leur était réservé.

Propos recueillis par Philippe CUSIN

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