Les ménages suisses dépensent plus de un franc sur cinq en primes d'assurance
Les assurances prennent une place prépondérante dans le budget des ménages suisses.
CONSOMMATION. Le phénomène n'est pas nouveau, mais il s'aggrave. En moins de quinze ans, la part consacrée aux assurances a augmenté de plus d'un tiers, selon l'Office fédéral de la statistique. La population paie davantage pour ses impôts que pour s'alimenter (8,4%), se vêtir (3,2%), se déplacer (7,2%) ou se divertir (6,5%). La moyenne des dépenses mensuelles se situait à 7867 francs en 2002.
ECONOMIE
Le Temps Willy Boder
Samedi 17 juillet 2004
L'Office fédéral de la statistique (OFS) a publié jeudi des chiffres qui illustrent de manière évidente la charge de plus en plus lourde représentée par les assurances sociales dans les dépenses des ménages.
Les chiffres 2003 étant encore en cours de dépouillement à Neuchâtel, les données comparatives diffusées hier, basées sur une enquête réalisée auprès d'un échantillon de 3726 ménages helvétiques, concernent les années 2000 et 2002. Sur cette période, les variations sont faibles. Ainsi, le poste général assurances représente 21,8% des dépenses, contre 20,7% en l'an 2000.
Pourtant, en prenant un peu plus de recul, on s'aperçoit que la progression, principalement due à l'assurance maladie, représente plus d'un tiers des dépenses en moins de quinze ans. En 1990, les dépenses du poste assurances avalaient 16% du budget du ménage suisse moyen. L'assurance maladie grimpe de 4,2% à 7%, alors que la part de l'AVS et des cotisations du deuxième pilier passe de 8,5% à 9,6%. Cette tendance se poursuivra. La hausse moyenne des primes d'assurance maladie, intégrée dans la statistique publiée hier, représente 7,9% durant la seule année 2002, alors qu'elle s'est élevée à 7% en 2003, soit nettement plus que les augmentations de revenu.
Il est intéressant de constater que durant la même période, soit entre 1990 et 2002, les charges de loyer restent proportionnellement pratiquement inchangées: 17,6% en 2002, contre 17% en 1990, alors que la fiscalité progresse modérément, soit 13,6%, contre 12,3%. La population suisse dépense cependant davantage pour payer ses impôts que pour s'alimenter (8,4%), se vêtir (3,2%), se déplacer (7,2%) ou se divertir (6,5%).
La population a souvent l'impression d'avoir de moins en moins de marge de manuvre dans ses dépenses de consommation, car une grande part est constituée de dépenses incompressibles et obligatoires, comme les impôts ou les assurances sociales. L'appareil statistique confirme très nettement ce sentiment.
Les dépenses dites de transfert, qui sont pratiquement toutes obligatoires, représentaient, en 2002, plus du tiers du total, soit 37,8%, contre 62,2% pour les dépenses «libres». Or en 1990, la part des dépenses de transfert était nettement inférieure à un tiers, soit 30,9%. En moins de quinze ans, ces charges obligatoires ont donc augmenté de près d'un quart (22,3%). Cela explique sans doute pourquoi le Conseil fédéral et la majorité de la droite parlementaire entendent stabiliser, voire réduire, la fameuse quote-part de l'Etat, qui quantifie le poids des pouvoirs publics sur l'économie privée.
Solidarité relative
L'OFS a intégré dans son enquête des ménages riches comme des ménages pauvres. La moyenne des dépenses mensuelles se situe ainsi à 7867 francs, en progression de 26,5% comparé à 1990 (6219 francs). L'attribution du revenu à chaque poste budgétaire varie évidemment selon le niveau de salaire. Le loyer représente ainsi 24,5% des dépenses des ménages à bas revenu, mais 14,3% de celles des ménages aisés.
Calculées en francs, les différences sont souvent très nettes. Ainsi, les dépenses d'habillement sont 5,2 fois plus importantes (462 francs par mois, contre 89 francs) dans les ménages riches que dans les ménages à faible revenu. Le poste loisirs est également 4,4 fois plus élevé (905 francs, contre 202 francs), de même que les dépenses à l'hôtel et au restaurant (3,9 fois plus). La solidarité joue cependant puisque les dépenses d'assurances ou les impôts sont respectivement 5,1 fois et 5,9 fois supérieures dans un ménage riche qu'au sein d'un ménage à bas revenu. A noter enfin que malgré la plus grande part attribuée aux assurances, les ménages suisses dépensent davantage pour leurs loisirs aujourd'hui qu'il y a quatorze ans, soit 6,5%, contre 5,8% en 1990.