Boom des résultats et retour de la croissance, la Suisse vit un été euphorique
Les bons résultats de Serono et d’autres entreprises du secteur confirment les bonnes dispositions de l’économie suisse
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REPRISE. Les chiffres publiés par les entreprises helvétiques pour le second trimestre s'avèrent excellents. L'économie en profite. Elle atteindra son pic de croissance d'ici à la fin de l'année. Les bienfaits de la conjoncture se feront aussi sentir sur le marché de l'emploi. Mais les investisseurs restent indifférents à ces nouvelles. Le niveau de la Bourse suisse est quasi inchangé depuis janvier.

ECONOMIE
Le Temps François Mutter et Daniel Eskenazi
Vendredi 23 juillet 2004

A l'installation durable de l'été répondent ces jours les bonnes nouvelles de l'économie. De quoi réjouir les plus pessimistes. SGS (inspection), Novartis (pharma) et Roche (pharma) viennent de présenter d'excellents résultats pour le second trimestre. Chiffres d'affaires, bénéfices et marges s'affichent en hausse. Serono (biotechnologie) et Logitech (équipements informatiques) ont confirmé jeudi les bonnes dispositions des têtes de pont de l'économie suisse.

Seules ombres au tableau: Lonza et Converium. Le réassureur a surtout surpris. Il a annoncé mardi la constitution de réserves importantes destinées à prévenir une hausse des sinistres. Le titre s'est effondré à la Bourse (-46,4%). «La sanction est justifiée, personne ne s'attendait à un mauvais résultat», estime Michel Juvet, directeur de la recherche auprès de Bordier & Cie à Genève. Si les chiffres de Credit Suisse Group (prévus le 4 août) et UBS (10 août) s'annoncent en léger retrait – Merrill Lynch a réduit jeudi ses objectifs de cours pour les deux banques, les conditions ayant été moins bonnes au second trimestre –, ils devraient néanmoins confirmer le bilan de santé positif des sociétés helvétiques.

Plusieurs éléments expliquent cette «euphorie» estivale. «Une des caractéristiques des entreprises suisses est de savoir investir sur le long terme. Cela est valable pour la pharmacie, l'horlogerie et pour toute l'industrie. Nous avons continué à réaliser des investissements même dans les moments critiques», témoigne Guerrino De Luca, CEO de Logitech. Pour Michel Grass, économiste auprès l'Institut d'études conjoncturelles BAK à Bâle, «les restructurations et la rationalisation des entreprises helvétiques engagées durant les deux dernières années portent leurs fruits». Même si ce phénomène n'est pas propre à la Suisse, selon lui. «La conjoncture est bonne aussi bien au niveau suisse qu'international, il n'y a pas de raison que cela ne se répercute pas sur les résultats des sociétés», avance de son côté Andreas Hoefert, responsable de la recherche de UBS à Zurich. Des propos confirmés par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) qui table sur un produit intérieur brut (PIB) de 1,9% cette année et de 2,3% en 2005 (voir LT du 21.07.2004). Une prévision qui s'est vue renforcée par l'annonce mercredi d'une croissance nominale de 10,2% des exportations au cours du premier semestre par l'Administration fédérale des douanes.

2% de croissance en moyenne

L'emballement de ces derniers jours renforce-t-il les prévisions? «Nous connaissons un cycle conjoncturel traditionnel, affirme l'économiste de UBS. Il devrait atteindre son sommet au cours du second semestre. Après la relance des exportations, les investissements augmentent et la consommation va reprendre. Pour la suite, nous restons optimistes. La croissance de la Suisse se maintiendra à un rythme de croisière proche des 2%. Avec le risque que la reprise ne se confirme pas dans la zone euro.»

Alors que le chômage a baissé ces cinq derniers mois (taux de chômage à 3,7% en juin), la période plus rose qui s'ouvre se traduira-t-elle par de nouvelles places de travail? «L'amélioration se fera sentir d'ici à six mois, prédit Michel Juvet. Comme aux Etats-Unis, la création d'emplois ne sera pas violente. Parce que le besoin en capital humain est moins important et que les entreprises ne veulent pas aller trop loin. Elles doutent encore du caractère durable de la reprise.»

La santé des entreprises et le retour de la croissance laissent paradoxalement de marbre les marchés. La Bourse suisse a perdu 0,2% depuis janvier. Après une forte augmentation de mars 2003 à janvier de cette année, «nous sommes aujourd'hui à des niveaux normaux d'équilibre», observe Andreas Hoefert. La hausse des taux d'intérêt joue également en défaveur du marché des actions.


Doute pour l'économie genevoise?
L'indicateur conjoncturel avancé LEA-Pictet recule pour le troisième mois consécutif.

Frédéric Lelièvre

«Il s'agit d'un signal relativement inquiétant quant à l'évolution de l'économie genevoise.» Dans le communiqué publié jeudi, le Laboratoire d'économie appliquée (LEA) de l'Université de Genève, qui calcule l'indicateur avancé LEA-Pictet avec la banque éponyme, note pour le mois de mai un recul marqué, entamé en mars. Concrètement, cela veut dire que l'économie du canton de Genève pourrait se retrouver en récession au cours du deuxième semestre de cette année.

Chiffres provisoires

Jean-Paul Chaze, chercheur au LEA, se dit «surpris par ce résultat, d'autant plus qu'à l'échelle nationale le baromètre du KOF progresse. Tout se passe comme si la reprise était avortée.»

Tous les indicateurs, dont notamment la production et les commandes industrielles, sont orientés à la baisse. Cette évolution ne contredit toutefois pas le dynamisme actuel de l'économie suisse, puisque «l'indice anticipe sur la conjoncture au cours des mois à venir», précise-t-il.

Les chiffres demeurent cependant encore provisoires. Il faut attendre début septembre pour savoir si la tendance se confirme.

«L'indicateur a déjà évolué pendant plusieurs mois de façon défavorable, sans que cela se traduise dans les faits. Ce fut le cas au cours de la deuxième moitié de 1998», rappelle Jean-Paul Chaze, qui ne voit pas d'explication spécifique à l'évolution actuelle de l'indice.

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