L’Etat paiera un loyer annuel de 37 millions en 2004

La location de l’ancien bâtiment de Spengler coûte 500 francs le m2. Explications.

Vendredi 17 octobre 2003 Tribune de Genève > Sélection genevoise > Elise JACQUESON

Les services du Tuteur général, rattachés au Département de l’instruction publique (DIP), viennent de quitter la rue Calvin pour s’installer dans les anciens locaux du magasin Spengler, au boulevard Georges-Favon. Le but est de libérer les bâtiments de la Vieille-Ville pour les services du Grand Conseil et du Conseil d’Etat, considérés comme trop à l’étroit. Ainsi, certains services du DIP et du DIAE devraient bientôt occuper les bâtiments de la rue Calvin.

Or, le déménagement du tuteur général au boulevard Georges-Favon, dans les anciens locaux Spengler appartenant à la banque Safra, a un prix. A l’année, cela coûtera un peu plus de 2 millions de francs à l’Etat pour une surface de 4550 m2. Soit près de 500 francs le mètre carré. "Ce prix est exceptionnel, affirme François Reinhard, directeur du Service des bâtiments au Département de l’aménagement, de l’équipement et du logement (DAEL). Généralement, nous louons autour des 350 francs le m2."

Explosion du budget
En quatre ans, la part du budget étatique allouée à la location de bâtiments a fortement augmenté. De 21 millions en 2000, elle passera à 37 millions en 2004 pour une surface de 171 000 m2. Pourquoi cette explosion? "Chaque année des nouveaux services se créent, d’autres se développent", précise François Reinhard.

"Le problème est que chacun prêche pour sa paroisse", dénonce Michèle Kunzler, députée des Verts. Pour gérer les nombreuses rocades, une commission interdépartementale a donc été mise en place. Elle est composée d’un représentant par département. L’écologiste estime que "la stratégie en matière de location devrait être mieux pensée. Comme ramener au centre-ville les services qui doivent être accessibles aux usagers et excentrer ceux qui ont peu de contacts avec la population."

D’autre part, en dehors de la nécessité de loger les nouveaux services, des déménagements s’avèrent indispensables afin de regrouper certains grands offices. L’exemple le plus frappant: celui de l’Office cantonal de la population, qui comptabilise sept entrées dans autant de bâtiments différents. Une nouvelle construction sise route de Chancy, à Onex, pourrait offrir une solution. "Cela permettrait de récupérer les locaux afin de rapatrier l’Office cantonal du logement au DAEL, alors qu’il se trouve actuellement aux Finances. Un projet identique est également à l’étude concernant les Offices de poursuites et faillites (OPF).

Peu de nouvelles constructions
A droite, Claude Blanc, député du Parti démocrate-chrétien (PDC) "fait confiance à l’Etat en matière de location". A cette interrogation: l’Etat ne serait-il pas gagnant à devenir propriétaire chaque fois qu’il le peut? L’élu répond clairement: "C’est une question d’opportunité économique. Il faut décider au cas par cas. Sachant tout de même qu’être propriétaire coûte cher, surtout en entretien."

Pour l’heure, les projets de construction sont peu nombreux. Parmi ceux-ci, la Maison de l’environnement où s’installeront les services du Département de l’intérieur, de l’agriculture et de l’environnement. Quant à la deuxième étape de construction de l’hôtel de police, situé à la Gravière aux Acacias, le DAEL assure que le projet n’a pas été abandonné mais il ne figure pas parmi les priorités du gouvernement.

Une partie des services de police loge donc toujours au boulevard Carl-Vogt où les conditions de travail sont difficiles. A plus longue échéance, il est envisagé de réserver des surfaces en vue d’une "cité" administrative à la Praille.

La réponse du DAEL lorsqu’on évoque l’accès à la propriété ou de nouvelles constructions est la suivante: "Si on capitalisait les 37 millions consacrés aujourd’hui à la location, on pourrait effectivement construire plusieurs bâtiments. Mais les enveloppes en matière d’investissement sont limitées et les besoins de l’administration passent après ceux des écoles ou des hôpitaux", conclut François Reinhard.

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L’Etat: un locataire comme les autres?

E. J.

Louer une surface à l’Etat 500 francs le mètre carré peut paraître cher, voire abusif. Pourtant, Mark Muller, avocat, député libéral et ancien président de la Chambre genevoise immobilière estime que "selon l’emplacement et la qualité des locaux, ce prix ne me paraît pas surfait". Ce dernier fait notamment allusion aux nouveaux locaux du Tuteur général, situés au boulevard Georges-Favon, qui ont été entièrement transformés en bureaux aux frais du propriétaire.

Mario Cavaleri, président du Parti démocrate-chrétien genevois et chef du service de la Gérance immobilière municipale (GIM), admet qu’il est "difficile de juger un prix de location étant donné qu’il dépend d’un grand nombre de facteurs. Certains bâtiments sont équipés en fibre optique, d’autres situés à proximité des transports publics ou d’un parking". Le prix moyen de 350 francs le mètre carré lui semble donc "tout à fait correct".

Tout comme à Jean Chapalay, responsable du département gérance au Comptoir Genevois Immobilier. Car qu’on ne s’y trompe pas! S’il s’avère que l’Etat ne jouit pas d’avantage particulier, il ne loue pas pour autant sans regarder le montant du loyer. "L’Etat se renseigne auprès de toutes les régies. Par conséquent, les conditions s’appliquent à tous de la même manière. Les prix varient tout simplement selon l’offre et la demande du moment."

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