Budget 2004: un électrochoc vraiment?

(10/09/2003) Tribune de Genève > Edito Jean-François MABUT


Si l’évolution des dépenses avait suivi, en 2004, la progression des années précédentes, déclare en substance Martine Brunschwig Graf, le déficit du canton de Genève aurait presque crevé le plancher des 800 millions de francs. En clair la dérive des dépenses étaient en germe dans les budgets des années dernières. La responsable des Finances désormais aux commandes y aurait mis un frein.

Le demi-milliard de déficit annoncé hier serait donc un moindre mal dû pour l’essentiel à la chute des recettes fiscales consécutives au marasme économique. On croit rêver. Depuis son adoption en décembre de l’an dernier, on savait le dernier budget de Calmy-Rey bien trop rose pour être crédible, les recettes fiscales ayant été surévaluées. Il a fallu neuf mois à la nouvelle ministre des Finances pour en administrer la preuve, mais on attend toujours le correctif budgétaire pour cette année. Et ce n’est qu’en 2005 qu’on s’attaquera au déficit abyssal annoncé. Dans l’intervalle, le canton aura creusé sa dette d’un bon milliard supplémentaire.

Les prévisions ont certes toujours été un exercice de haute voltige. Principal handicap, l’évaluation des bordereaux de la poignée de contribuables qui paient plusieurs dizaines de millions de francs d’impôts par an. Or ceux-ci ont été particulièrement secoués par le krach boursier. Leur retour à meilleure fortune depuis la récente embellie des marchés financiers durera-t-elle en 2004? C’est une inconnue de première dimension. L’exercice est rendu plus délicat, nous dit-on encore, en raison du système post numerando qui fait coïncider l’année d’acquisition du revenu et l’année du paiement de l’impôt, un avantage pour les contribuables, mais un inconvénient pour l’Administration fiscale qui perd un an pour connaître la production fiscale exacte.

Mais au fond, au-delà de ces subtilités techniques, rien de tout ceci n’est bien nouveau. Un ministre sortant tente toujours d’embellir la situation et son successeur s’emploie, avec la même application, à noircir le tableau. Martine Brunschwig Graf n’échappe à la règle. A-t-elle forcé le trait, histoire de calmer les appétits des partis et de faire taire les revendications de la fonction publique? On peut le penser. Ne laisse-t-elle pas ouverte une possible révision à la hausse des recettes fiscales courant novembre, si la conjoncture se redresse d’ici-là?

Une ouverture qui va noyer le débat politique dans une querelles de chiffres et d’experts sans issue. Comme si la libérale Martine Brunschwig Graf dont on se demande toujours pourquoi elle a repris, pour deux ans, la tête du Ministère des finances voulait retarder le débat sur les véritables enjeux que Genève refuse d’affronter depuis des années. Celui d’un canton qui vit au-dessus de ses moyens, dont la dette publique par habitant est le double de celle des Suisses.
Celui d’un Gouvernement qui, sans surprise, n’a pas su profiter de ces dernières années de répit financier pour amincir son administration et réduire ses exigences.

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