Les 3 Procès de Moscou occultent les centaines qui ont lieu dans les régions de l'URSS

Dans le chapitre 13 de son livre, Nicolas Werth, rappelle qu'«en marge des trois grands "procès de Moscou" d'août 1936, janvier 1937 et mars 1938, immense événement-spéctacle qui a focalisé, depuis longtemps, l'intérêt des historiens, se tinrent, dans un grand nombre de chefs-lieux de province et de district, plusieurs centaines de procès politiques publics de dirigeants communistes locaux.»

Dans la note 1, page 565, l'auteur précise: «Mais aussi événement-écran, qui fit longtemps croire que la Grande terreur de 1936-1938 était une "purge politique" dirigée en premier lieu contre les "vieux bolcheviks, alors qu'elle fut pour l'essentiel, une vaste opération d'ingénierie sociale visant à éradiquer les "éléments socialement dangereux".»

Pourquoi ne pas parler d'épuration sociale? On touche pourtant au but du marxisme.

Après avoir disqualifié le point de vue révisionniste de Sheila Fitzpatrick (une sorte d'inversion carnavalesque: les petits kolkhoziens dénonçant les sévices des puissants, les dirigeants du parti, tout cela voulu par un Staline populiste qui fait diversion sur les difficultés économiques provoqué par la désastreuse récolte de 1936), Werth mentionne la directive signée par Staline du 3 août 1937. «Ce texte faisait état de l'existence de "nombreuses actions de sabotage des ennemis du peuple dans l'agriculture" visant à "nuir au système kolkhozien et provoquer le mécontentement des kolkhoziens, systématiquement soumis à des brimades organisées, envers le régime soviétique. Les autorités régionales, expliquait Staline, avaient "commis une erreur politique en se bornant à lutter contre ces actes de sabotage exclusivement par des méthodes policières, menées par les organes du NKVD de manière secrète, les kolkhoziens n'étant pas mobilisés activement pour lutter contre le sabotage et les saboteurs".»

Le 10 septembre 1937, Staline au nom du CC et Molotov au nom du CCP, adressent une nouvelle circulaire sur "le sabotage dans le domaine du stockage des céréales". Le CC et le CCP exigent que chaque région organise deux ou trois procès publics exemplaires de saboteurs qui seront condamnés à mort, fusillés et l'ensemble de la presse locale en rendra compte.

Le 2 octobre 1937, une troisième directive, signée des mêmes, stigmatise le sabotage dans l'élevage. Cette fois-ci, il s'agit d'organiser entre trois et six procès… condamnés à mort.

La page 309 de "La Terreur et le désarroi" cite le rapport du 19 décembre 1937 envoyé par le procureur général de l'URSS, Andreï Vychinski, à Staline: «626 procès ont été tenus: 181 "dans le domaine de la liquidation du sabotage dans l'élevage" et 445 "dans le domaine de la liquidation du sabotage dans le stockage des céréales".

Les petits procès "agricoles" de 1937-1938
Domaine
Nombre de procès
Condamnés
A mort
%
liquidation du sabotage dans l'élevage
181
3559
1193
33,5
liquidation du sabotage dans le stockage des céréales
445
2053
762
37,1

Vychinski précise: «A ce jour, 1044 ont été fusillés.» sur les 1955. Joyeux Noël pour les 911 victimes encore vivantes et leurs bourreaux.

Alors que tous ces procès étaient rapportés par la presse, on attend toujours l'indignation de la Ligue des Droits de l'Homme, celle de Blum et du peuple de gauche. Au même moment Romain Rolland clamait son attachement à l'URSS.

Nicolas Werth, en bon historien, rappelle que la méthode des "procès pédagogiques" avaient déjà été rodées en :
- juin 1927, contre des espions anglais créés par le GPU;
- 1928, contre les ingénieurs bourgeois de Chakthy;
- janvier etc 1930, contre le Parti paysan du travail et ensuite contre le parti industriel, tous deux crées par le GPU;

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Liquidation des éléments socialement nuisibles, des nationalistes et des soi-disant saboteurs dans l'agriculture avec en prime, les traîtres dans l'armée, ce paroxysme des années de la Grande terreur, montrent que, 20 ans après la soi-disante révolution d'octobre, le processus de liquidation doit se poursuivre sans fin.

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