La vérité sur le rapport Khrouchtchev PAR UN BOLCHEVIK?!?

L'article de Karol révèle encore des faits importants, preuve que le constant travail de désinformation continue de fonctionner. En résumé:

  1. Le rapport de Piotr Pospelov demeure inconnu, seul Nicolas Werth en mentionne quelques faits, mais il n'a pas été publié dans son entier. Le rapport Pospelov constitue une preuve indéniable de l'horreur du régime soviétique!
  2. La sténographie intégrale des improvisations et des digressions émaillées de détails croustillants que fit Khrouchtchv ne sera d'ailleurs jamais publiée. Dommage, ce serait un nouvel exemple de l'humour soviétique!
  3. Les dirigeants du PC ukrainien, Kossior, secrétaire général, et ses proches collaborateurs, Choubar, Postichev et Kossarev. ont été réhabilités à titre posthume. Les exécutants de Holodomor, la famine-génocide qui condamna à mort par la faim plus de 5 millions d'Ukrainiens furent réhabilités. Les dirigeants du régime soviétiques, tous des assassins et meurtriers de masse!
  4. Khrouchtchev révèle que Staline a commandité le meurtre de Kirov, mais il oublie que le soir même une loi impose une obéissance totale aux ordres de l'Etat!
  5. Le principal motif de Krouchtchev réside dans l'attaque divers clans des partisans de Staline qui tentaient ou pouvaient tenter un putsch contre lui, comme celui qui le déposera quelques années plus tard. Il n'y a donc aucun souci de compassion ni de respect pour les millions de victimes. De plus, des principaux lieutenants de Staline comme Kaganovitch, tous des meutriers de masse, aucun ne fut jugé et donc encore moins condamné. Comme toute action d'un dirigeant communiste, cela n'était qu'une totale imposture!

A aucun moment Khrouchtchev ne s'attaquait à la racine même du régime installé après la mort de Lénine NI A CELUI INSTALLE PAR LENINE LUI-MEME à la suite du coup d'état d'octobre 1917. Ainsi Karol se révèle un vrai partisan de Lénine et négationniste des crimes provoqués par son idole. Toujours le négationnisme des crimes communistes ycompris par le NouvelObs.


La vérité sur le rapport Khrouchtchev
Il y a cinquante ans, le XXe Congrès du Parti communiste soviétique dévoilait les crimes de Staline et ouvrait un nouveau chapitre de l'histoire russe.  
K. S. Karol

Le Nouvel Observateur, Nº2173 29 Juin 2006
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2173/articles/a309740-la_v%C3%A9rit%C3%A9_sur_le_rapport_khrouchtchev.html

Il y a cinquante ans, à la fin de février 1956, le XXe Congrès du PCUS, dit de « déstalinisation », clôturait l'un des chapitres les plus dramatiques de l'histoire du peuple russe. On s'accorde à penser, à Moscou, que c'est là qu'ont été semés les germes de ce qui devait conduire, quarante-cinq ans plus tard, à l'éclatement de l'URSS. Le grand protagoniste de ce Congrès historique a été Nikita Khrouchtchev, devenu secrétaire général du Parti à la mort de Staline en 1953, bien que ce dernier ait désigné Gueorgui Malenkov comme son successeur. Déjà dans les trois premières années de son règne, Khrouchtchev avait commencé à prendre discrètement ses distances à l'égard de l'ancien dictateur. Il avait fait libérer les neuf professeurs de médecine accusés par Staline d'avoir ourdi le « complot des blouses blanches ». D'autres libérations du Goulag avaient suivi et pour la première fois on s'était mis à parler de « culte de la personnalité ». De nombreux dirigeants avaient été réhabilités à titre posthume.

Ces changements symboliques intriguaient beaucoup l'Occident, où l'on ignorait que, fin décembre 1955, la direction du PCUS avait confié à l'un des intellectuels à tout faire du régime, Piotr Pospelov, le soin de rédiger un acte d'accusation contre Staline. Pospelov avait été l'un des auteurs d'un précis d'histoire du PC de l'Union soviétique, manuel officiel à la gloire de Staline, référence obligatoire à tous les niveaux de l'enseignement soviétique. Cette fois, on lui avait demandé d'instruire à charge. Il le fit avec autant de zèle qu'il en avait mis auparavant à louer Staline et transmit son texte à Khrouchtchev.

Mais alors que la lecture de son rapport aurait dû normalement durer deux heures, Khrouchtchev parla pendant cinq heures, s'autorisant des improvisations et des digressions émaillées de détails croustillants. La sténographie intégrale de ses propos ne sera d'ailleurs jamais publiée.

Khrouchtchev prononça ce discours au cours d'une réunion à huis clos à laquelle ne participait aucun dirigeant des partis frères. Les 5'000 délégués présents l'écoutèrent dans un silence total et, abasourdis, quittèrent la salle sans échanger un mot, après quelques applaudissements polis. Ils reçurent le lendemain un texte résumé qui n'était pas non plus le rapport de Pospelov. Consigne leur était donnée d'en discuter une fois revenus dans leur région; de même pour les dirigeants des démocraties populaires auxquels le texte avait été également envoyé. Dans l'esprit des dirigeants soviétiques, il était clair que le rapport lui-même devait rester secret. Il y eut cependant quelques fuites. Au nom du PCF, Maurice Thorez y fit allusion mais en prétendant qu'il ne s'agissait que d'un rapport «attribué au camarade Khrouchtchev». A Rome, en revanche, Palmiro Togliatti ne nia pas l'existence du rapport et, un peu plus tard, en fit même une critique dans une revue extérieure au Parti.

Il fallut cependant attendre le 6 juin 1956, quand le « New York Times » - vite suivi par « le Monde » - publia une version du rapport traduite du polonais, pour que le monde entier prenne connaissance des révélations de Khrouchtchev. L'étendue des crimes laissa l'opinion mondiale tout aussi abasourdie que l'avaient été les délégués au XXe Congrès. Khrouchtchev ne mentionnait qu'à peine les millions de déportés et de morts de l'univers concentrationnaire - le Goulag - créé par le régime, mais il s'étendait longuement sur les liquidations politiques systématiques ordonnées par l'ancien dictateur. Staline, racontait-il, avait exercé un pouvoir absolu depuis 1929, qu'il avait encore consolidé après le XVIIe Congrès de 1934, dit « Congrès des vainqueurs » (sur l'opposition trotskiste et boukharinienne), dont 90% des délégués, et parmi eux 78% des membres du comité central, devaient être « liquidés ». Il s'arrêta longuement sur l'exécution des dirigeants du PC ukrainien, à commencer par Kossior, secrétaire général, et ses proches collaborateurs, Choubar, Postichev et Kossarev. Tous devaient être réhabilités à titre posthume. En décembre 1934, l'assassinat de Sergueï Kirov à Leningrad avait fourni à Staline le prétexte d'une répression sauvage. Selon certaines versions - non confirmées par les enquêtes ultérieures -, Staline lui-même aurait été le commanditaire de l'assassinat, redoutant que Kirov ne cherche à prendre sa place.

Dans son discours fleuve, Khrouchtchev passait sous silence les trois grands procès de Moscou qui, de 1936 à 1938, avaient vu la vieille garde bolchevique, de Zinoviev à Boukharine, avouer des crimes invraisemblables. S'il approuve la liquidation de ces «agents nippo-facho-nazis», il suggère que Staline s'en servit pour lancer le culte de sa personnalité. Pas un mot non plus sur le procès à huis clos du maréchal Toukhatchevski, condamné à mort en 1937, même si Khrouchtchev déplorait l'épuration de l'armée à la veille de la guerre, qui explique que le maréchal Rokossovski ait dû être directement transféré de la prison au front.

Vient ensuite un curieux passage où Khrouchtchev démontre d'abord que les anciens trotskistes, intellectuels et ouvriers, après leur défaite de 1927, se seraient ralliés aux staliniens pour servir loyalement le Parti. Pourquoi, dès lors, Staline aurait-il fait fusiller, en 1937 et 1938, près de 1 million d'entre eux? La cause en était, selon Khrouchtchev, sa paranoïa et son esprit rancunier: il n'oubliait rien et ne pardonnait rien. Khrouchtchev citait les lettres de plusieurs vieux bolcheviques qui, arrêtés sans l'aval d'aucun procureur, torturés et condamnés, avaient écrit à Staline pour lui demander de faire rétablir la justice à leur égard mais n'avaient reçu aucune réponse et avaient été fusillés. De même, à la fin de la guerre, dans « l'affaire de Leningrad », Staline fit exécuter Nikolaï Voznessenski et son collaborateur Kouznetsov sans aucune justification publique. Voznessenski avait été vice-Premier ministre pendant la guerre et avait dirigé l'économie d'une main de fer. En fait, Khrouchtchev déplorait surtout les épurations menées contre les staliniens. Le calcul était clair: pour ébranler la foi d'acier des délégués (de « stal », comme Staline, « l'homme d'acier »), il fallait leur faire sentir qu'eux-mêmes avaient été en danger.

Plus tard, poursuivait Khrouchtchev, en juin 1941, peu avant que la guerre n'éclate, Staline avait refusé de croire le message de Churchill et de ses propres agents qui lui annonçaient l'imminence de l'agression hitlérienne. Lorsque celle-ci advint, l'Armée rouge se montra incapable d'y résister, ce qui plongea Staline dans un profond désarroi. Ce ne fut qu'au prix de fortes pressions qu'on parvint à le convaincre, deux semaines après le début de l'agression allemande, de s'adresser au pays. Ignorant tout de la stratégie militaire, il aurait suivi les opérations sur un globe terrestre. Plus tard, en 1948, lors de la parution de sa biographie officielle, c'est lui qui aurait fait ajouter qu'il était «le plus grand stratège de toute l'histoire». Cet ouvrage avait été rédigé par un historien entièrement dévoué à Staline, mais celui-ci, ayant jugé que les superlatifs n'étaient pas assez nombreux, en avait ajouté plusieurs de sa main. De même pour les films sur la victoire : on y voit toujours Staline descendant seul de l'avion, sans aucun militaire ou dirigeant civil à ses côtés, comme s'il avait gagné seul la « grande guerre patriotique du peuple ».

Pour surmonter le scepticisme de son auditoire sur l'ignorance de Staline en matière de stratégie militaire, Khrouchtchev évoquait une expérience personnelle. A la fin de décembre 1942, l'Armée rouge avait reçu l'ordre d'encercler Kharkov alors qu'elle n'en avait pas les moyens. Pour alerter Staline, Khrouchtchev tenta de lui téléphoner mais il tombait toujours sur Gueorgui Malenkov. Il finit par lui demander d'aller lui-même consulter Staline. La réponse tomba quelques minutes plus tard : «Ne changez rien au plan.» L'opération fut donc lancée et se termina par un échec qui ouvrit à la Wehrmacht la route de Rostov et de Stalingrad. Ces accusations d'incompétence militaire n'ont cependant pas été confirmées par les Occidentaux qui ont été en contact avec Staline pendant cette période, ni par aucun militaire soviétique de haut rang.

Qu'avait donc à proposer le « déstalinisateur en chef »? A aucun moment il ne s'attaquait à la racine même du régime installé après la mort de Lénine. Il n'était question dans son discours ni de démocratie, ni de pluripartisme, ni du droit de voyager librement. Ce n'est sans doute pas, d'ailleurs, ce qu'attendait son auditoire. Il promettait surtout un retour à la légalité, ce qui signifierait la fin de l'étrange brassage de population que la terreur et les déportations staliniennes avaient entraîné dans le pays. En fait, sous le règne de Khrouchtchev, les positions acquises allaient être préservées et même rendues héréditaires par la reproduction des privilèges des élites. Pour le peuple, il y avait bien peu de changements.

Cinq ans plus tard, en 1961, à l'occasion du XXIIe Congrès du PCUS, Khrouchtchev décidait d'expulser Staline du mausolée de la place Rouge et proposait un programme de développement sur une période de vingt ans. A l'en croire, en 1981, l'URSS serait la première puissance mondiale. Les chiffres de la production d'acier, de charbon, de pétrole, de denrées agricoles... témoignaient, selon lui, de l'imminence du triomphe du communisme.

Ces objectifs ne furent évidemment jamais atteints, et la confusion entre la notion de productivité et les idéaux communistes resta patente. Personne, d'ailleurs, n'était dupe de ces statistiques. La génération qui avait pris part à la guerre en suivant le mot d'ordre «pour la patrie, pour Staline» se trouvait définitivement désorientée. Le choc produit par le XXe Congrès sur les consciences en URSS devait entraîner une dépolitisation générale et un désinvestissement massif de l'action collective. Ni le limogeage de Khrouchtchev en 1964 ni, quelques années plus tard, l'élection de Leonid Brejnev, qui instaura le culte - plutôt ridicule - de sa propre personnalité, ne devaient susciter de sérieux remous dans l'opinion publique. Cette indifférence vaut aussi bien pour le culte actuel de Vladimir Poutine.

Il a fallu attendre encore deux décennies avant qu'au mois de mars 1985 Mikhaïl Gorbatchev ne tente de renouer avec l'héritage de Khrouchtchev et d'aller un peu plus loin que lui dans la réforme en lançant sa perestroïka (« reconstruction »). Mais il était trop tard : l'état socio-économique et la conscience collective du pays avaient trop profondément changé pour que le régime pût être sauvé.

K. S. Karol est éditorialiste au « Nouvel Observateur ». Il a notamment publié « Solik, tribulations d'un jeune Polonais dans la Russie en guerre » (Fayard).

Retour