Le train plombé, une des grandes opérations de désinformation du XXe pour cacher que Lénine était agent du Kaiser

Article très intéressant sur la question fondamentale «Retrouver la "vraie Russie"», et qui apporte de nombreuses références sur des articles de journaux de 1917 qui, en France, dénonçait le mensonge du "wagon plombé".


Retrouver la "vraie Russie" : l’avènement du bolchevisme et la perception de l’identité russe en France

Tatiana Marino (IEP Paris)
http://cid.ens-lsh.fr/russe/lj_marino.htm

Les bouleversements politiques que la Russie connaît en 1917, en passant du tsarisme au bolchevisme et en brûlant l’étape de la république démocratique, ne peuvent pas laisser intacte son image au niveau international. Le changement du régime politique trop brusque et trop radical s’accompagne d’une part d’un revirement impressionnant dans le domaine des relations internationales et d’autre part des projets ambitieux de la transformation sociale sans précédent dans l’histoire de l’humanité. L’avènement du bolchevisme, est-ce un accident de parcours, un égarement momentané de la Russie de la bonne voie du développement tracée par les démocraties occidentales, ou bien est-ce l’expression de sa nature asiatique, imprévisible et brutale ? La Russie, est-elle devenu la proie des forces occultes incontrôlables ou bien le bolchevisme s’appuie-t-il sur son consentement ? La Russie semble sinon perdre son identité politique, au moins cette dernière devient de plus en plus insaisissable. Comment concilier l’image de la Russie et celle du bolchevisme ? Confrontée à cette question, la communauté internationale éprouve des sérieuses difficultés pour trouver réponse juste.

L’héritage de l’alliance franco-russe

L’exemple de réaction de la France face à ses perturbations est intéressant à plus d’un titre. Le premier facteur objectif, spécifique à la rance et qui détermine sa perception de la Russie révolutionnaire de 1917, est l’héritage de l’alliance privilégiée franco-russe pratiquée par la République française avec le régime tsariste pendant un quart de siècle – une période suffisamment longue pour former une vision stéréotypée de l’identité russe, très éloignée de la réalité. Politiquement indispensable en tant qu’un contrepoids à l’Allemagne, économiquement profitable grâce aux emprunts russes, cette alliance est bénite non seulement par les hommes politiques, mais également par la presse française qui s’engage volontairement et sincèrement à la rendre populaire auprès de l’opinion publique française. Faut-il rappeler l’exemple de Jean Dupuy qui réussit à créer un mouvement populaire favorable à une entente avec la Russie en mobilisant l’équipe de son journal le Petit Parisien, le plus grand quotidien de la Troisième République, et en représentant le souverain russe comme "arbitre de la paix et ami de la Nation française, sentiment partagé par tout son peuple".[1] Ou encore l’exemple de Lucien Marc, le directeur de l’hebdomadaire l’Illustration, qui consacre presque intégralement trois numéros de son journal à la visite de l’empereur russe en France, en 1896. Ses éditions pleines d’éloges à l’égard de la famille impériale étant épuisées dès le lendemain de leur apparition, on peut juger de la popularité de ce sujet auprès des lecteurs français. C’est encore l’Illustration qui insiste que le pangermanisme représente un danger autrement plus important que le panslavisme.[2] Et l’Echo de Paris prétend, sans aucun fondement d’ailleurs, que l’amitié franco-russe se repose sur le sentiment anti-allemand commun car "la haine du Germain était peut-être plus forte chez le Russe que chez nous et plus ancienne".[3] Pour l’opinion publique française, la russophilie devient alors un synonyme du patriotisme.

L’image politique de la Russie qui résulte de cette campagne de propagande dont la presse française endosse directement la responsabilité, est forcément très positive. Le panslavisme conquérant mis aux oubliettes, la puissance militaire russe est perçue comme un élément de stabilité sur la scène internationale. En même temps, le tsar est identifié avec son peuple et ses sentiments amicaux envers la France semblent l’expression de la sympathie du pays tout entier. Même les événements révolutionnaires du 1905-1906 n’ébranlent pas cette image idyllique. Bien que les socialistes français, toujours très réticents à l’égard de l’alliance contre nature entre la Russie tsariste et la France républicaine, saluent le soulèvement populaire en Russie, l’ensemble de la presse française poussée par les généreuses aides financières du gouvernement russe,[4] continue à juger la politique intérieure de l’empire du point de vue des intérêts de la France qui, eux, sont liés à l’ancien régime.

Loin de mettre en cause les idées reçues sur la Russie, les circonstances particulières de la guerre mondiale ne servent qu’à les renforcer. En effet, dès les premiers jours du conflit, au-delà de son concours militaire effectif et réel dans la lutte contre les Empires centraux, l’allié russe est doté, en France, d’une image rassurante d’un pilier de l’Entente. La presse française, tant au niveau national qu’au niveau local, entretient soigneusement "la croyance presque mythique" de ses compatriotes dans l’allié russe.[5] Le "rouleau compresseur" russe étant un des éléments déterminants pour le moral des Français, le gouvernement de la République se voit contraint d’alimenter ce mythe, même aux moments où ce dernier est gravement compromis.

Grâce au système de censure de presse, mise en place dès le début de la guerre, les informations susceptibles de discréditer la grande alliée ne sont pas autorisées à la publication. Cela concerne non seulement les aspects militaires, tels l’état déplorable des armées russes et les disfonctionnements de l’approvisionnement du front, mais également l’instabilité économique, l’existence de l’opposition politique ou encore la germanophilie de l’entourage de Nicolas II qui n’arrête pas d’inquiéter les milieux officiels français. En revanche, d’autres sujets sont nettement favorisés, tel le droit de la Russie aux Détroits au détriment de la Turquie présenté comme une mission civilisatrice séculaire et l’expression des "intérêts vitaux" de l’empire des tsars. Mais au-delà de la censure, certains journaux français très respectés se lancent volontairement dans la désinformation pour des raisons soi-disant patriotiques, tel le Temps dont le correspondant à Petrograd signe, au début de 1916, pour 150.000 F par an, un contrat avec le Ministre des Finance russe "prévoyant la parution dans le journal d’articles optimistes sur la situation économique de la Russie et l’édition, deux fois par an, d’un supplément illustré gratuit sur la Russie".[6]

L’importance de l’opposition à la guerre au sein des partis socialistes russes est mise en sourdine. En effet, parmi les socialistes des pays belligérants, les sociaux-démocrates russes sont les seuls à refuser en majorité de voter les crédits de défense nationale. L’opposition à la guerre vaut à de nombreux députés socialistes de la Douma un exile en Sibérie. Or, un effort considérable est fait pour convaincre l’opinion publique française qu’il existe une unité nationale patriotique au sein de la société russe à l’image du Bloc national en France. Autrement dit, aucune contradiction entre la politique de l’Etat russe et la volonté de son peuple n’est mise en lumière, et pourtant la lassitude de la guerre est, en Russie, plus forte que dans d’autres pays belligérants, les aspirations pacifistes devenant de plus en plus perceptibles au front comme à l’arrière.

Le mythe de la "révolution patriotique"

La réputation de la Russie d’être profondément patriotique et fidèle à l’Entente est donc singulièrement renforcée par les informations tendancieuses publiées par la presse française. Cependant, au début de l’année 1917, les cercles dirigeants français sont suffisamment renseignés sur l’imminent éclatement de la crise politique en Russie. De nombreuses sources indiquent que non seulement le Quai d’Orsay et le gouvernement d’Aristide Briand, mais aussi les membres des grandes commissions parlementaires en sont conscients.[7] Mais leurs pronostics quant à la portée de cette révolution sont fausses car tout en sous-estimant l’importance des partis socialistes frappés par les répressions du régime tsariste et souvent diminués par l’exile de leurs membres, les cercles gouvernementaux et parlementaires français sont persuadés que la Russie ne dépassera pas le stade de la monarchie constitutionnelle. Or, la Russie révolutionnaire affiche une volonté très nette d’aller plus à gauche dans sa politique intérieure et extérieure, "d’approfondir la révolution". Dans le domaine des relations internationales, cela signifie de mettre le plus rapidement possible un terme à la guerre par d’autre moyens qu’une paix victorieuse, notamment par une révision des buts de guerre et par une conférence socialiste internationale.

Les couleurs pacifistes de la révolution de février deviennent immédiatement une source de vives inquiétudes pour le gouvernement français. Il en est averti par ses représentants diplomatiques et militaires en Russie qui enregistrent cet état d’esprit dirigé contre la guerre, même si initialement ils l’attribuent uniquement aux milieux ouvriers.[8] Les services de renseignements signalent de leur côté l’étroitesse du courant "jusqu’au boutiste" dans la société russe.[9] Mais c’est surtout le Soviet de Petrograd qui éveille les défiances de la part des cercles dirigeants français à cause de ses "tendances révolutionnaires et pacifistes". Face à cette nouvelle menace de la désagrégation de l’alliance franco-russe le cabinet d’Alexandre Ribot ne ménage pas d’efforts d’une part en exerçant une pression continue sur le gouvernement provisoire russe afin de le pousser à "la lutte à outrance", "jusqu’à la victoire définitive",[10] et d’autre part en essayant d’influencer le Soviet de Petrograd par l’intermédiaire des socialistes majoritaires français.[11]

Bien qu’informés sur l’importance de l’aspect pacifiste du mouvement révolutionnaire russe, les milieux officiels français veillent à la continuité de l’image positive de la Russie patriotique et fidèle à l’Entente. Le gouvernement y contribue ouvertement dans les discours officiels et dans les déclarations devant les parlementaires.[12] Pour orienter les entretiens officiels des représentants français à l’étranger, le Quai d’Orsay leur conseille, "tout en observant une réserve justifiée par la rapidité des événements et la rareté des informations", de se montrer rassurés sur l’issue de la guerre "que l’immense majorité du peuple russe et de la Douma désirent poursuivre avec énergie".[13] En même temps, la consigne de censure est donnée à la presse française de présenter la révolution comme un mouvement patriotique.[14] Il s’agit donc d’une désinformation volontaire que pratique le gouvernement français pour fausser, aux yeux de la société française, la nature du mouvement révolutionnaire russe.

Faut-il alors s’étonner que les journaux français créent l’illusion de l’unité des forces révolutionnaires russe ressemblées sur une base commune de la défense nationale ? Alors que la révolution en Russie s’est réalisée non seulement contre le tsar, mais surtout contre la guerre, la presse française la présente d’une façon diamétralement opposée. De l’Action française, dans les pages de laquelle Léon Daudet prête à la révolution russe "une origine nationaliste antiboche",[15] à l’Humanité, qui insiste sur une trahison manquée du régime tsariste dont les tendances germanophiles sont connues,[16] la presse française développe unanimement la thèse représentant la révolution russe comme patriotique et anti-allemande, donc bénéfique pour l’Entente. Pour renforcer, aux yeux de leurs lecteurs, cet aspect patriotique de la Russie libérée, les journaux français exaltent l’attachement du gouvernement provisoire à la conquête des Détroits. "L’œuvre de Pierre le Grand et de Catherine II" et "une tradition impossible à rompre" [17] pour la presse de droite, "l’expansion civilisatrice" pour la presse de gauche, c’est l’expression des intérêts nationaux, voir d’une idée nationale russe que les journaux français soutiennent à travers ces visés expansionnistes.

Du côté de la France se manifeste donc une volonté indéniable de rechercher une certaine continuité dans l’image de la Russie qui se concentre autour de l’idée de la nation, du peuple, qui garde son identité indépendamment du régime politique et qui reste sur la même longueur d’ondes avec son alliée, la France. Une illusion s’installe dans l’opinion publique français que la chute du tsarisme non seulement n’ébranlera pas l’esprit belliqueux de la population russe, mais au contraire permettra son entier épanouissement. Il lui sera, plus tard, d’autant plus difficile de comprendre l’importance primordiale que la question de paix constitue pour la Russie à cette époque. Car si les idées de la révolution soutenue par le peuple russe tout entier sont patriotiques, qui peut désirer la paix si ce ne sont pas les traîtres? De telles réflexions conditionnent à fortiori les défiances, si ce n’est pas le rejet et l’indignation, à l’égard de la politique de paix engagée par le Soviet de Petrograd, sans parler des slogans pacifistes encore plus radicaux avancés par les bolcheviks. Ainsi, le mythe de la "révolution patriotique anti-allemande", volontairement crée par les milieux officiels français afin d’assurer le moral des Français, exercera une forte influence sur la construction de l’image du bolchevisme.

Le bolchevisme inconnu

Ce dernier reste pratiquement méconnu en France. L’opinion publique ignore la diversité des partis socialistes russes et leurs divisions internes. Les contacts personnels, assez nombreux à la veille de 1914, entre les partisans de Lénine, ou ceux qui se rallieront au bolchevisme plus tard, et les socialistes français deviennent quasi-inexistants tout au long de quatre années de guerre.[18] Car, à part le cercle internationaliste et pacifiste français très restreint, la théorie d’une "paix sans annexions ni indemnités" et de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile ne risque pas de séduire la majorité écrasante des socialistes français ralliée au Bloc National. La position prise par le parti de Lénine face à la guerre dès 1914 et surtout la participation des bolcheviks dans les deux conférences internationales socialistes réunies à Zimmerwald, en septembre 1915 et à Kiental, en avril 1916, sont considérées comme une véritable trahison de la cause commune des Alliés.

Compte tenu de l’image très négative que la majorité des Français prête aux pacifistes, du manque d’information sur le mouvement révolutionnaire russe, il n’est pas étonnant de voir tous les soupçons et les appréhensions qui se manifestent à l’égard des bolcheviks dès qu’ils sortent de la clandestinité et commencent à participer activement à la vie politique de la Russie. Encore faudrait-il un événement frappant, qui puisse toucher la sensibilité nationale, pour que les Français s’intéressassent au bolchevisme. Le voyage à travers l’Allemagne de Lénine et d’une trentaine de socialistes exilés en Suisse et voulant se rendre le plus vite possible en Russie après la révolution de février, crée un véritable scandale dans les milieux politiques et militaires français. Mais au delà de son aspect équivoque et troublant, le fameux épisode du "wagon plombé" est surtout une révélation pour les Français de l’existence même du bolchevisme. Cette découverte, faite dans des conditions extrêmement défavorables à l’image de Lénine va peser lourd sur son évolution ainsi que sur celle de son parti.

Dès que la nouvelle du passage via l’Allemagne devient connue, la première question qui se pose, est celle de l’identité politique de ce groupe d’individus qui se permettent une action si arrogante envers les Alliés. Or, sur ce sujet la confusion totale se produit chez les hommes politiques, les militaires et les représentants diplomatiques de la France dans les pays européens. Très fréquemment les bolcheviks sont confondus avec les anarchistes, leur appartenance à la social-démocratie russe est loin d’être une évidence pour les milieux officiels français. Visiblement restent non-utilisées les informations recueillies, avant la guerre, par la Préfecture de Police à Paris qui, tout en restant dans le flou quand au programme du parti de Lénine, lui reconnaît néanmoins sa place au sein du mouvement socialiste russe.[19] "Un homme très dangereux"[20], un "dangereux et louche agitateur"[21] - tous ces épithètes prouvent que, sans avoir de renseignements exacts sur la nature politique du bolchevisme, les représentants de la France officielle le perçoivent essentiellement comme un élément trouble et déstabilisateur situé en marge des partis politiques dignes d’être pris en considération.

Les "espions allemands"

Pour les grands quotidiens, les journaux de droite, sans parler de l’extrême-droite, le voyage par l’Allemagne représente en soi la meilleure façon d'identifier l’orientation politique du groupe de Lénine. A partir de là, son appartenance au mouvement socialiste russe, sa place parmi d’autres partis politiques importe peu. Sans se soucier des détails, la presse française réussit à donner en quelques mots une image capable de frapper l’imagination du grand public. C’est ainsi que l’Action française parle d’"un petit groupe de fanatiques"[22]. Le Petit Parisien qualifie Lénine d’"illuminé, retour de l’Allemagne".[23] Il est à remarquer l’effacement de la frontière entre deux expressions - "le passage par l’Allemagne" et "l’arrivée de l’Allemagne". Autrement dit, derrière Lénine et ses partisans se profile déjà l’ombre de l’ennemi. C’est ainsi que l’épisode du voyage des socialistes russes à travers l’Allemagne est habilement utilisé par le Temps qui mène, en avril 1917, une violente campagne contre les pacifistes pour dénoncer des "manoeuvres allemandes" dont le but est de "saboter la révolution" russe avec le concours "d’une poignée de meneurs intransigeants, fanatiques idéologues de l’Internationale marxiste" qui sont en réalité des "émissaires aveugles ou criminels" de l’ennemi.[24] Une nouvelle nuance apparaît donc dans l’image du bolchevisme que la presse française essaye de présenter à l’opinion publique, à savoir sa trahison de la cause de la révolution russe. Pour ne pas donner l’impression à ses lecteurs que les partisans de Lénine constituent une force politique importante, le Temps ridiculise Lénine qui, d’après lui, "représente un grand parti politique composé d’un seul membre: lui-même".[25] Cette tendance, très prononcée chez le Temps, n’est pas négligée par d’autres journaux français. Il est d’ailleurs d’une importance capitale de souligner que la presse ne mentionne jamais la présence en Russie des membres du parti bolchevique avant la rentrée de Lénine de Suisse. Cela renforce, chez les Français, l’impression que les bolcheviks sont un corps étranger essayant de s’implanter artificiellement à la réalité russe.

Le programme de politique extérieure annoncé par Lénine dans ses Thèse d’avril contribue également à renforcer cette image. Partisan d’une paix immédiate, Lénine est généralement accusé, en France, de vouloir une paix séparée avec l’ennemi.[26] Son attachement à la formule d’une paix "sans annexions ni indemnités" considérée, sauf par les socialistes français, comme une invention allemande[27] puisque contraire aux intérêts de la France, semble confirmer ses liens avec les Empires centraux. L’autonomie même de la pensée léniniste sur la question de paix est donc totalement négligée, ce qui fait des bolcheviks non seulement des partisans de la paix séparée, mais surtout des instruments de la politique allemande.

Un dernier argument qui permet aux cercles dirigeants français de stigmatiser définitivement Lénine et ses disciples en tant que les "agents allemands", est trouvé quand les services de renseignements français réussissent à prouver le financement du parti bolchevique par le gouvernement allemand. Alertés par les premiers renseignements concernant le voyage des pacifistes russes à travers l’Allemagne, le Ministre français des Armements Albert Thomas et l’attaché militaire français à Petrograd mènent une enquête sur "l’affaire Lénine" avec l’aide des représentants militaires français à Copenhague et à Stockholm.[28] Les résultats de ces investigations sont transmis au gouvernement provisoire qui ne tarde pas de s’en servir afin de discréditer le parti de Lénine aux yeux de l’opinion publique russe. Grâce à cette manœuvre habile, les "journées de juillet" commencées par une émeute des soldats destinés à être envoyés au front auxquels le Comité exécutif du parti bolchevik ne décide de se rallier qu’avec beaucoup de retard, donnent l’impression d’une insurrection méticuleusement préparée en avance par l’Allemagne et ses espions bolcheviques. Les militaires français y voient une confirmation éclatante de leur thèse selon laquelle les bolcheviks sont des "agents allemands". L’attaché militaire français parle de "l’offensive intérieure allemande" contre la Russie.[29] Son point de vue est entièrement partagé par ses supérieurs à Paris car, à sa demande, 5.000 roubles par mois son mis à sa disposition pour "combattre (les) menées allemandes et (les) influences maximalistes".[30] En outre, il ne faut pas oublier que, le 30 juillet 1917, le Comité de guerre approuve une note signée par le général Foch prévoyant une série de mesures pour aider le gouvernement provisoire à combattre les menées des "extrémistes soudoyés par l’Allemagne". [31] Cette tâche est confiée à la Mission militaire française en Russie, spécialement réorganisée et élargie "de manière à pouvoir appuyer et soutenir, au nom de la France, le Gouvernement russe dans la lutte qu’il a entreprise contre les éléments maximalistes", autrement dit contre les bolcheviks. [32]

Ces décisions prises au plus haut niveau nous montrent avec évidence qu’avant même leur arrivée au pouvoir, les bolcheviks sont considérés, en France, plutôt comme des ennemis extérieurs de la Russie que comme des adversaires intérieurs du gouvernement provisoire. Les théories sociales de Lénine intéressent beaucoup moins la France officielle que l’origine soi-disant allemande du bolchevisme. C’est donc toujours contre l’Allemagne que les milieux dirigeants français veulent agir en prêtant le secours contre le bolchevisme au gouvernement provisoire. Il semble, par conséquent, parfaitement logique que la presse française, déjà désorientée par la censure, adopte la même attitude à l’égard des partisans de Lénine. Les révélations sur le financement allemand du parti de Lénine publiées par les journaux russes lui donnent un argument précieux pour alimenter sa campagne anti-bolchevique qui n’est, au fond, autre chose qu’une campagne dirigée contre les "menées allemandes", les "intrigues pour la paix allemande". Les grands quotidiens dénoncent "le complot allemand" [33], leurs articles abondent d’informations sur les nouvelles preuves de l’appartenance de Lénine aux réseaux des agents de l’Etat-major allemand. Même l’Humanité n’hésite plus à qualifier Lénine d’agent de la propagande ennemie et de traître.[34] Ce thème est exploité par les journaux français jusqu’au coup d’état bolchevique en novembre 1917, indépendamment de leur attitude vis-à-vis du gouvernement de Kerenski qui perd son crédit auprès des Alliés après l’échec de l'offensive en Galicie.

Pour appuyer la thèse de la trahison des bolcheviks, la presse nationaliste fait mousser le sujet de l’identité de leurs chefs. L’existence des pseudonymes et les origines juives de la majorité des bolcheviks notoires est utilisée comme preuve supplémentaire de la nature antinationale de leur action. Parfois cette volonté de recherche de la vérité aboutit à la désinformation des lecteurs, comme dans le cas de l’Homme enchaîné qui arbitrairement met en doute le vrai nom de Lénine, Oulianov, et déclare que "son identité resterait indécise".[35] Il est intéressant à noter que les articles prétendant démasquer les "vrais visages" des bolcheviks se multiplient considérablement aux moments où le parti de Lénine monte en puissance. C’est ainsi qu’après la campagne de discrédit engagée par la presse française pendant la tentative échouée de l’insurrection bolchevique en juillet 1917, l’argument des pseudonymes réapparaît à la fin du mois d’octobre - au début du mois de novembre, quand le danger d’un coup d’état léniniste devient de plus en plus réel. Une semaine avant la révolution bolchevique, le Temps soulève de nouveau le problème de la fréquence des pseudonymes parmi les chefs politiques des partis d’extrême gauche qui "dissimulaient leurs origines judéo-allemande, finlandaise ou autrichienne sous des noms russes".[36] Un exemple beaucoup plus significatif est celui du quotidien catholique La Croix qui, depuis le mois d’octobre, soutient systématiquement une fausse nouvelle d’après laquelle sous le pseudonyme de Lénine se cache en réalité un certain Zederblum. Dans les pages de la respectable Revue des deux mondes Charles Benoist prête, lui aussi, le nom de Zederblum à Lénine, en se référant, sans vérifier, aux informations parues dans Morning Post.[37] Même quand Benoist reconnaît l’erreur qui s’est introduit dans ses articles, il tient à ajouter que "les gens irréprochables n’ont pas besoin d’un jeu de pseudonymes".[38] Il est évident que cette remarque ne prend pas en considération le passé clandestin de tous les partis socialistes russes sous le régime tsariste dont les persécutions obligeaient leurs membres les plus notoires à cacher leur identité.

L’indignation des milieux pacifistes français ne réussit pas à contrecarrer cette tendance puissante. Le Journal du Peuple tente d’informer correctement ses lecteurs sur le programme politique du parti bolchevique et sur la personnalité de Lénine,[39] mais le tirage de ce journal ne lui permet d’influencer qu’une partie assez étroite de l’opinion publique. Quant aux spécialistes en histoire de la Russie, ils ne s’empressent pas de dissimuler les stéréotypes naissants sur le bolchevisme. Il est vrai que l’équipe de la revue le Monde slave, lancée en été 1917, ainsi que l’auteur d’une thèse de doctorat sur la Parlement en Russie Pierre Chasles, restituent au parti de Lénine son rôle sur la scène politique russe en insistant que ce dernier existe depuis le début du siècle. Cependant, ces rectifications ne changeront rien dans l’image du bolchevisme que la presse diffuse dans l’opinion publique car l’accusation d’"intelligence ouverte avec l’ennemi" avancée contre Lénine reste aux yeux des historiens de la Russie parfaitement légitime.[40]

Ainsi, à la veille de la révolution d’octobre, le bolchevisme n’est généralement pas perçu, en France, comme un phénomène russe, mais comme un produit d’un effort subversif allemand destiné à déstabiliser la Russie. L’image de cette dernière subit une légère modification sans pour autant la changer radicalement. L’immobilité du front russe après l’offensive échouée de juillet 1917 discrédite complètement le mythe du "rouleaux compresseur russe". Néanmoins, la Russie continue à garder sa réputation d’un pays patriotique, anti-allemand et fidèle à l’Entente, même si à cette image s’ajoute une impression confuse de son impuissance militaire, voir politique.

La "vraie Russie" contre son gouvernement "pro-allemand"

La prise du pouvoir par les bolcheviks ne provoque aucune rupture ni dans la perception du bolchevisme, ni dans celle de la Russie. Les bruits sur la préparation de l’insurrection bolchevique circulent dans la presse française depuis septembre 1917 et la réalisation de ses projets ne fait aucune sensation en France d’autant plus que tout le monde est persuadé que le gouvernement légitime, voir la nation elle-même, mettra vite fin à l’aventure bolchevique. Les dépêches des représentants français en Russie sont rédigées dans ce sens-là.[41] Inspiré par les renseignements diplomatiques, le chef du Quai d’Orsay, Louis Barthou suppose, dans son allocution prononcée le 12 novembre 1917 devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat, qu’en faisant preuve de courage et de volonté d’agir Kerenski puisse redevenir le premier ministre, ce qui met en évidence à quel point, aux yeux du Ministre des Affaires étrangères de la France, les prétentions politiques des bolcheviks sont infondées. En même temps, Barthou n’hésite pas à qualifier les Commissaires du peuple d’une "bande" déshonorant le mot gouvernement qui se trouve "à la solde des Allemands" et dont les membres cachent leurs véritables noms "israélites d’origine allemande" derrière des pseudonymes russes.[42]

Ces déclarations sont une première tentative officielle française d’imposer à ses concitoyens une distinction très nette entre la Russie en tant qu’une nation d’une part et sont gouvernement jugé imposteur de l’autre. Deux arguments-clés amènent naturellement le gouvernement français à proclamer l’incompatibilité du programme bolchevique avec les aspirations du peuple russe. Le premier est, évidemment, l’origine allemande du bolchevisme devenue, en France, un véritable axiome. Le deuxième est l’incapacité des bolcheviks de se maintenir au pouvoir et le caractère marginal de leur gouvernement. Le Cabinet de Georges Clemenceau qui remplace celui de Paul Painlevé quelques jours plus tard, excellera dans la mise en œuvre de cette thèse. Son refus formel d’établir des relations diplomatiques avec les "prétendus commissaires du peuples",[43] dont le gouvernement est qualifié par Clemenceau d’"inexistant",[44] transcrit la ferme volonté de la France officielle de ne reconnaître en Russie "aucun pouvoir capable de pactiser avec l’ennemi".[45]

La politique extérieure suivie par Lénine confirme le gouvernement Clemenceau dans la conviction qu’une démarcation est nécessaire entre les "meneurs bolcheviks, agents de l’Allemagne" et "les éléments encore sains de la Russie". [46] En effet, leur appel à l’armistice et à l’ouverture des négociations de paix générale, adressé à "tous les peuples et leurs gouvernements" n’ayant produit aucun résultat positif, les bolcheviks n’hésitent pas à ordonner les pourparlers directs au front entre les unités militaires russes et celles allemandes. Pour les milieux dirigeants français, il s’agit d’une nouvelle preuve de la nature allemande du bolchevisme.

Le gouvernement français est donc résolu à rejeter un compromis avec les bolcheviks et à continuer la lutte "en s’appuyant sur (les) éléments russes non encore contaminés".[47] Une telle perception de la situation en Russie suppose l’identification du bolchevisme à une maladie, dont les forces destructives ruinent "l’organisme" russe. Il serait pourtant erroné de considérer que l’adhésion aux théories sociales de Lénine sert de symptôme pour distinguer la partie "contaminée" de la population russe. Car "les éléments sains" ne sont pas simplement ceux qui se prononcent pour la reconstitution nationale, mais surtout ceux qui luttent contre l’influence allemande. L’approche ainsi exposée par le gouvernement français manifeste une tendance très nette d’assimiler automatiquement les adversaires intérieurs des bolcheviks avec les ennemis de l’Allemagne. La réalité politique russe se trouve par conséquent singulièrement simplifiée car pour les forces anti-bolcheviques naissantes l’engagement de continuer la guerre ne représente généralement qu’une manœuvre tactique afin d’attirer la sympathie des Alliés et de s’assurer de leur aide. En même temps, la formule des "éléments sains" souligne habilement que la Russie reste foncièrement une puissance amie malgré le pouvoir pro-allemand des bolcheviks.

Plus qu’une vision erronée de la situation en Russie, l’insistance avec laquelle les milieux dirigeants français affirment que la "vraie Russie" ne soutient pas les bolcheviks reflète leur volonté de faire durer le plus longtemps possible l’alliance russe. En effet, à la différence de la valeur militaire dégradante de cette dernière, sa valeur stratégique reste une donnée invariable. Le maintien du front oriental, même dans son état fantôme, empêche l’Allemagne d'employer l’ensemble de ses troupes contre l’Entente. En même temps, du point de vue économique, l’effondrement du front russe signifie la possibilité, pour les Empires centraux, de rompre le blocus imposé par les Alliés en s’emparant des ressources de l’ancienne empire des tsars. Enfin, dans une perspective à long terme, l’enjeu est beaucoup plus important car il s’agit non seulement de préserver les intérêts économiques et financiers français en Russie, mais aussi de ne pas laisser l’Allemagne se reconstruire grâce aux ressources russes après la guerre.[48] Désormais, la rupture de l’alliance russe signifie l’abandon de la Russie à la merci de l’Allemagne, d’où cette dernière pourra tirer un triple bénéfice politique, économique et militaire. La seule orientation crédible de la politique française reste donc celle de maintenir la Russie en état de guerre le plus longtemps possible, même si elle ne peut plus fournir aucun concours effectif à l’Entente. Ainsi, au lieu d’ajuster son attitude sur les réalités politiques en Russie, la France officielle est obligée de donner la préférence à une approche volontariste, autrement dit de rechercher ces "éléments sains" sur lesquels elle puisse s’appuyer pour éviter la sortie définitive de la Russie de la guerre et de persuader l’opinion publique française de leur force.

La presse française s’accommode d’autant plus facilement à la thèse officielle du gouvernement que l’origine allemande du bolchevisme lui semble de plus en plus évidente. La publication du texte du décret bolchevique sur la paix par les journaux allemands devient, pour un grand nombre des journaux français, un prétexte pour affirmer que c’est un document allemand traduit en russe que Lénine a reçu directement de Wilhelmstrasse.[49] La proposition d’armistice général du gouvernement bolchevique est généralement interprétée comme "un piège allemand" tendu pour entraîner les Alliés dans une paix désavantageuse.[50] Le gouvernement de Georges Clemenceau surveille de près l’état d’esprit des journaux et, grâce aux consignes données à la censure, réchauffe habilement leur flamme anti-bolchevique quand le baromètre de l’opinion publique montre que la thèse de "l’origine allemande" du bolchevisme perd de sa popularité. [51]

L’opposition du peuple russe à ce pouvoir anti-national ne fait aucun doute pour la presse française. Dans la confusion des premiers jours après la réussite du coup de force des partisans de Lénine à Petrograd, le télégraphe étant entre les mains des insurgés, les journaux français sont confrontés à une tâche difficile de démêler les renseignements incomplets et contradictoires. Ils choisissent instinctivement les sources d’information qui renforcent leur espoir de voir l’aventure bolchevique échouer et la chute du gouvernement de Lénine est annoncée à plusieurs reprises. Après le rétablissement des communications télégraphiques directes avec Petrograd, il devient néanmoins évident que l’opposition de la population au bolchevisme tarde à se manifester. Cependant, face à l’insistance avec laquelle le gouvernement de Lénine poursuit sa politique de paix, face à l’absence de résistance d’une grande envergure au sein de la population à cette politique, même ceux parmi les journaux français qui se distinguaient par leur position prudente et expectative se mobilisent pour mettre à l’évidence devant l’opinion publique française la différence fondamentale entre "la vrai Russie" et son gouvernement "de trahison". À la tête de cette campagne de réhabilitation du peuple russe aux yeux de l’opinion publique français, le Temps lance avec véhémence un appel sans ambiguïté: "Ne confondons pas la Russie avec la bande de traîtres ou d’inconscients qui s’est emparée d’elle".[52] Le Journal salue la décision de l’Entente de ne pas répondre aux propositions de Trotski pour ne pas "faire à la loyauté du peuple russe l’outrage de la confondre avec les illusions de quelques égarés et les calculs d’une poignée de misérables". [53] Le Petit Parisien met ses lecteurs en garde : "On commettrait une faute à accuser la nation russe dans son ensemble et à désespérer totalement de son avenir".[54]

Les journaux de gauche se mobilisent également. L’Œuvre fait un tour d’horizon politique russe à la recherche d’un "noyau de résistance" à la "trahison" bolchevique.[55] Le Pays mets sa tribune libre à la disposition des personnalités éminentes de la Ligue des Droits de l’Homme, tel son Vice-Président Victor Basch, qui insiste sur l’urgence, pour les Alliés, d’agir sur les "éléments russes qui sont restés sains". [56] Ce sujet est amplement développé par un historien renommé, Alphonse Aulard, qui décrit le peuple russe sur un ton élogieux. Il loue sa "bonté", sa "grandeur d’âme", son "amour de la justice" et "de la fraternité" et va jusqu’affirmer que le peuple russe "est peut-être le plus foncièrement démocrate des peuples d’Europe". Afin d’expliquer pourquoi ce peuple qui a tant de mérites ne s’élève pas contre les bolcheviks et leur "paix allemande", Aulard rappelle son ignorance et sa crédulité – deux traits de caractère russe devenus indiscutables pour les intellectuels français. Le peuple honnête et naïf est donc trompé par les "sophismes allemands de quelques fanatiques". Comment peut-on alors lui reprocher la "trahison" qui se fait en son nom ? La réponse d’Alphonse Aulard est très nette et sans surprise : "la paix de honte (…) n’est pas l’œuvre du peuple russe, (…) ce n’est pas le peuple russe que nous en rendons responsable, mais ses gouvernants d’un jour, intronisé par le hasard et l’ignorance. Il y a Lénine qui passera, il y a le peuple russe qui restera". Le message qu’Alphonse Aulard, comme tant d’autres personnages influents, essaye de faire passer à son public se résumé en cette phrase écrite à la une du Pays le 8 décembre 1918 : "Le dégoût et l’angoisse qu’inspirent ses chefs d’un jour ne doit pas empêcher l’historien perspicace de faire confiance au peuple russe".[57] Et l’opinion publique française ne devrait-elle pas faire confiance aux historiens dans les questions si délicates ?

La vérité difficile à cacher

Toutes les tentatives de maintenir une image idyllique du peuple russe en le présentant comme un antipode du gouvernement bolchevique anti-patriotique et anti-national sont mis à mal en se heurtant à la réalité. La majorité des représentants français en Russie commence très vite à se rendre compte que, malgré toutes les réticences que les bolcheviks peuvent inspirer, leur programme de paix incarne les aspirations du peuple russe tout entier et que c’est pour cette raison précise que l’arrivée au pouvoir de Lénine n’a provoqué aucune réaction violente dans les masses.[58] Non seulement les cercles dirigeants, mais aussi les rédactions des grands journaux parisiens sont généralement informées, par leurs envoyés spéciaux en Russie, de l’énorme écart entre la situation existante et l’image qu’on lui donne en France. À titre d’exemple, l’envoyé spécial du Temps, Ludovic Naudeau, écrit confidentiellement à la direction de ce quotidien que les articles publiés sur la Russie "ne correspondent pas à la réalité" car non seulement les bolcheviks disposent du pouvoir effectif, mais, en plus, ils puisent leur force dans le désir quasi général de paix exprimé par le peuple.[59] Certains journaux n’hésitent pas à publier dans leurs pages les articles qui minent les illusions de l’opinion publique française sur la "vraie Russie". C’est ainsi que l’Intransigeant titre audacieusement à la une : "Nos illusions sur la Russie : Le peuple russe n’est-il pas derrière Lénine et Trotsky ?" Plusieurs passages de cet article étant censurés, le journal réussit néanmoins à faire passer le message à ses lecteurs en insistant sur le pacifisme du peuple russe, sur son désintéressement de la politique expansionniste, sur le "malentendu" de l’image patriotique de la révolution de Février. Et on devine, malgré quelques phrases supprimées, que la réussite de l’insurrection des bolchevique ne peut s’expliquer autrement que par leur volonté de réaliser le désir de paix de la nation russe.[60]

En même temps, l’image du bolchevisme inféodé à l’Allemagne est également compromise car depuis l’ouverture des négociations d’armistice à Brest-Litovsk suivies de celles de paix, les représentants du gouvernement bolchevique opposent une résistance spectaculaire aux intentions affichées par les Empires centraux. Alors, dans les pages de certains journaux français, la question de la sincérité et de la bonne foi de Lénine et de Trotski commence à se poser timidement.[61]

Un exemple éclatant de la prise de conscience que la distinction entre la Russie et son gouvernement bolchevique est artificielle, est celui de socialiste majoritaire Marcel Sembat. En décembre 1917, il publie une brochure dont le titre très significatif "Perdons-nous la Russie ?" reflète les inquiétudes de tant d’hommes politiques français de voir la Russie se détourner de la France au profit de l’Allemagne. Ce petit ouvrage d’une soixantaine de pages est remarquable par la force avec laquelle son auteur démasque l’ignorance française du mouvement révolutionnaire russe, ses illusions infondées sur le peuple russe qui, en réalité, ne s’est jamais senti concerné par la politique de l’ancien régime et qui, depuis la révolution de Février, n’arrête pas de manifester ses aspirations à la paix. C’est ce désir de mettre un terme à la guerre et l’incapacité du gouvernement provisoire d’imposer la volonté du peuple russe auprès des puissances alliées qui, d’après Marcel Sembat, ont déterminée la victoire de Lénine. Le remède que Sembat propose au gouvernement de la France tranche nettement avec la thèse de la "vraie Russie", car non seulement il insiste sur la nécessité d’entrer en contact avec les bolcheviks, mais en plus il qualifie d’une "gaffe désastreuse" le refus systématique de la France officielle de les connaître.[62]

Conclusion

Ces premières tentatives de sortir du schéma officiellement proposé et de réfléchir d’une façon indépendante sur la situation en Russie ne réussiront pas à contrecarrer le stéréotype né de l’ignorance à l’égard du mouvement socialiste russe et renforcé par la peur de l’effondrement de l’alliance franco-russe. La signature, à Brest Litovsk, de paix séparée très désavantageuse pour la Russie entre le gouvernement de Lénine et les Empires centraux semble donner raison à tous ceux qui ont soutenu l’idée de la nature allemande du bolchevisme. Le déchaînement de la guerre civile remet à plus tard l’apparition de l’expression "la Russie bolchevique" - une sorte d’amalgame entre la nation russe et l’idéologie bolchevique. Cette innovation linguistique n’est pas encore à l’ordre du jour à la fin de l’année 1917, tant l’avenir de la Russie paraît incertain. Mais il est évident que l’avènement des bolcheviks au pouvoir et surtout leur capacité de s’y maintenir provoquent, en France, une crise latente de la perception de l’identité de la Russie. Le mythe de la "révolution patriotique" est définitivement discrédité malgré les efforts des milieux officiels français de le réanimer. Les illusions sur les sentiments anti-allemands du peuple russe, sur ses ambitions expansionnistes, sur sa force militaire, sont en train de se dissipées. La confiance des Français en ce peuple, jadis considéré comme ami, est sérieusement ébranlé comme en témoignent les rapports des services de renseignements sur la situation morale du pays.[63] Certes, poussé par la nécessité stratégique de conserver ce qui reste de l’alliance russe, les cercles dirigeants s’efforcent de trouver des appuis parmi divers partis politiques et dans différentes régions de la Russie en les appelant les "éléments sains" pour faire accepter cette politique par l’opinion publique. Censés d’être les représentants de cette "vraie Russie" que la France recherche avec tant d’insistance, ces noyaux de résistance au bolchevisme très disparates ne peuvent pourtant pas offrir une image cohérente d’une nation unie. Désormais, l’identité de la Russie en tant qu’une entité étatique et nationale est devenue insaisissable. Il est néanmoins d’une importance capitale que la France commence à reconnaître lentement et douloureusement que, loin d’être un corps étranger à la Russie, le bolchevisme représente une de ses multiples facettes inconnues auparavant.

 

------------------------------------------------------------------------

[1] AMAURY, Francine, L’Histoire du plus grand quotidien de la III-ème République : Le Petit Parisien, 1876-1944. Vol. 2. Paris : Presses Universitaires Françaises, 1972, pp. 955-957.

[2] MARCHANDIAU Jean-Noël, "L’Illustration, 1843-1944: vie et mort d’un journal". Toulouse: Bibliothèque historique Privat, 1987, pp. 138-139.

[3] DE GRUNWALD, Constantin, Les alliances franco-russes : Neuf siècles de malentendus. Paris : Plon, 1965, p. 198.

[4] DE GRUNWALD, Constantin, Op. cit., pp. 286-288.

[5] FLOOD, P. J., France 1914-1918: Public opinion and the war effort. Houndmills, Basingstoke, Hampshire, London: The Macmillan Press LTD, 1990, pp. 30-31, 80.

[6] Histoire générale de la presse française. p. 434.

[7] CACHIN, Marcel, Carnets: 1906-1947. Vol. II: 1917-1920. Paris: CNRS Editions, 1993. p. 31; CAMBON, Paul, Correspondance: 1879-1924. Vol. 3: 1912-1924, Les guerres balkaniques, la grande guerre, l’organisation de la paix. Paris: Bernard Grasset, 1946, pp. 147-148 ; MORAND, Paul, Journal d’un attaché d’Ambassade: 1916-1917. Paris: La Table Ronde, 1948, pp. 137, 145, 148 ; Procès verbal de la séance de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés, 17 janvier 1917, p. 7. AN, S: C, SS: Chambre des députés, XI législature, vol. 7490: Commission des Affaires étrangères: Procès-verbaux des séances, 21 octobre 1915 - 20 février 1918.

[8] Télégramme de Maurice PALEOLOGUE au Ministre des Affaires étrangères, N°314, Confidentiel, Petrograd, le 13 mars 1917. Ibid, Vol. 647: Dossier général, 1-19 mars 1917, p. 41 ; Télégramme du colonel Jean Guillaume LAVERGNE au Ministre de la Guerre, N°1252, Secret, GQG russe, le 17 mars 1917. Ibid, p. 143 ter.

[9] Etude secrète de l’Etat-major de l’Armée, 2-ème bureau, "La situation intérieure de la Russie", Paris, le 6 mars 1917. Ibid, Vol. 648: Dossier général, 20-31 mars 1917, p. 140 ver.

[10] Télégramme confidentiel d’Alexandre RIBOT à Maurice Paléologue, N°530-531, Paris, le 21 mars 1917. MAE, S: Guerre 1914-1918, SS: Russie, Vol. 648: Dossier général, 20-31 mars 1917, pp. 36 rec - 36 ver.

[11] Télégramme de Philippe BERTHELOT à Maurice Paléologue, N°502, Paris, le 19 mars 1917. Ibid, p. 196 ; LEJEUNE, Dominique, "Les missions de la SFIO dans la Russie de 1917". Revue historique, Vol. 52, 1987, pp. 374-375

[12] Auditions du Président du Conseil, séance du 21 mars 1917. Journal officiel. Débats parlementaires. Chambre des députés, 22.03.1917, p. 783 ; Procès verbal de la séance de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés, le 16 mars 1917, pp. 4-7, 12-17. AN, S: C, SS: Chambre des députés, XI législature, vol. 7490: Commission des Affaires étrangères: Procès-verbaux des séances, 21 octobre 1915 - 20 février 1918.

[13] Télégramme de Pierre DE MARGERIE aux représentants de France à Athènes, à la Haye, à Christiania, à Lisbonne, à Santiago, à Corfou, à Stockholm, à Copenhague, à Pekin, à Buenos-Aires, à Rio de Janeiro, à Salonique, à Tokio, Paris, le 18 mars 1917. Ibid, p. 173.

[14] MORAND, Paul, Journal d’un attaché d’Ambassade: 1916-1917. Paris: La Table Ronde, 1948, p. 204.

[15] DAUDET, Léon, "Une crise de suppression: L’Europe élimine le germanisme". L’Action française, 19.03.1917, p. 1.

[16] PERCIN, général, "Conséquences militaires de la Révolution russe". L’Humanité, 16.04.1917, p. 1.

[17] HERBETTE, Jean, "Deux pages de la révolution russe: Le tsar Nicolas II abdique en faveur de son frère Michel. Le grand-duc Michel demande un plébiscite, une constituante". L’Echo de Paris, 18.03.1917,p. 1; HERBETTE, Jean, "La succession de Pierre le Grand". Ibid, 12.04.1917, p. 1 ; PERTINAX, "Où nous en sommes", L’Echo de Paris, 25.05.1917, p. 1.

[18] KRIEGEL, Annie, "L’opinion publique française et la révolution russe". In: La révolution d’Octobre et le Mouvement ouvrier européen. Paris: Etudes et Documentation Internationales, 1967, p. 100.

[19] LESURE, Michel, "Les mouvements révolutionnaires russes de 1882 à 1910 d’après les fonds F7 des Archives Nationales". Cahiers du monde russe et soviétique, avril-juin 1965, Vol. VI, pp. 298-300, 305, 312-313, 315.

[20] Rapport de Charles DUMAS, Petrograd, le 24 avril 1917. MAE, S: Guerre 1914-1918, SS: Russie, vol. 653: Dossier général, juin 1917, p. 177.

[21] Note secrète de l’Etat-major de l’Armée, groupe de l’avant, 2-ème et 3-ème bureaux, "Caractère et développement de la révolution russe", Paris, le 8 juin 1917. MAE, S: Guerre 1914-1918, SS: Russie, vol. 653: Dossier général, juin 1917, p. 117.

[22] BAINVILLE, Jacques, "La politique". L’Action française, 24.04.1917, p. 1.

[23] ANET, Claude, "Lénine subit un échec total", Le Petit Parisien, 20.04.1917, p. 3.

[24] "Bulletin du jour: Les manoeuvres allemandes contre la Russie". Le Temps, 22.04.1917, p. 1.

[25] "Les événements de Russie". Le Temps, 21.04.1917, p. 2.

[26] Rapport du colonel Jean Guillaume LAVERGNE au Ministre des Munitions: "Suite des événements et situation morale de l’armée du 29 mai au 10 juin", N°2240, Petrograd, le 23 juin 1917, p. 17. AN, S: 94 AP Albert Thomas, Vol. 186: Réflexions envoyés ou reçus par l’Ambassadeur de France, 1917 ; Lettre du général MORIER au Ministre de la Guerre, N°2289, Berne, le 28 mai 1918. MAE, S: Guerre 1914-1918, SS: Russie, Vol. 652: Dossier général, 16-31 mai 1917, pp. 113 rec.-113 ver.

[27] Télégramme d’Alexandre RIBOT à M.Doulcet, N°895, Paris, le 11 mai 1917, p. 1. AN, S: 94 AP Albert Thomas, Vol. 186: Réflexions envoyés ou reçus par l’Ambassadeur de France, 1917 ; Discussion d’une interpellation sur la conférence de Stockholm, intervention d’Alexandre RIBOT, le 6 juin 1917. Journal officiel. Sénat. Débats parlementaires, 07.06.1917, p. 512 ; "Les Complices". Le Temps, 18.04.1917, p. 1 ; HERBETTE, Jean, "Le complot de Stockholm". L’Écho de Paris, 14.04.1917, p. 1; 29 avril 1917. HERBETTE, Jean, "Le mirage russe de la "paix blanche". Ibid, 29.04.1917, p. 1.

[28] POPOVA S., "Francuzskaâ razvedka is&Mac246;et "germanskij sled" in : Pervaâ mirovaâ vojna : diskussionnye problemy istorii ("Les services de renseignements français cherchent "la piste allemande" in La première guerre mondiale : les problèmes d’histoire en discussion). Moscou : Nauka, 1994, pp. 264-273.

[29] Rapport du colonel LAVERGNE au Ministre de l’Armement: "Suite des événements et Etat moral de l’Armée russe du 19 au 26 juillet 1917", N°2814, Petrograd, le 27 juillet 1917. p. 1. AN, S: 94 AP Albert Thomas, Vol. 186: Réflexions envoyés ou reçus par l’ambassadeur de France, 1917.

[30] Télégramme chiffré du colonel Jean Guillaume LAVERGNE à Albert Thomas, N°383, Petrograd, 7 août 1917. AN, S: 94 AP Albert Thomas, Vol. 186: Réflexions envoyés ou reçus par l’ambassadeur de France, 1917.

[31] Note du général Ferdinand FOCH sur l’Action militaire de la France en Russie, N°4683 BS, Paris, le 28 juillet 1917. p. 1. SHAT : Fonds Grand Quartier général, Vol. 16 N 3019: EMA, Groupe de l’Avant, 3-ème bureau A, Documents sortis, Dossier N°4: du 27 juillet au 6 août 1917, Doc. N°30.

[32] Rapport fait au Ministre par le général FOCH : "Réorganisation de notre mission militaire en Russie", Paris, le 15 août 1917, p. 1. Ibid., Vol. 16 N 3020 : EMA, Groupe de l’Avant, 3-ème bureau A, Documents sortis, Dossier N° 32: du 7 août 1917 au 19 août 1917, Doc. N°128.

[33] ANET, Claude, "Le complot allemand: Les amis de Lénine ont voulu tuer Kerenski". Le Petit Parisien, 21.07.1917, p. 1.

[34] "En Russie: Nouveaux détails sur les troubles de Petrograd". L’Humanité, 21.07.1917, p. 3; "La situation en Russie: Le Soviet s’élève contre les traîtres". Ibid, 26.07.1917.

[35] "L’appel de Kerenski: Le jeune premier ministre est reparti au front porter les voeux du nouveau gouvernement". L’Homme enchaîné, 23.07.1917, p. 4.

[36] "Les Événements en Russie". Le Temps, 01.11.1917, p. 2.

[37] BENOIST, Charles, "Chronique de la quinzaine". Revue des deux mondes, 01.11.1917, p. 239.

[38] Ibid, 01.12.1917, p. 719.

[39] DRIDZO, Solomon, "Lénine". Journal du peuple, 14.05.1917, p. 1 ; MARTOV L., "Les événements russes et les socialistes". Ibid., 29.03.1917. pp. 1-2.

[40] CHASLES, Pierre, La révolution russe et la guerre européenne: Notes de Russie. Paris: Librairie Félix Alcan, 1917, p. 15-16.

[41] Télégrammes de Joseph NOULENS au Ministre des Affaires étrangères, NN°1669, 1675, 1680, 1682, Petrograd, le 8-10 novembre 1917. MAE, S: Guerre 1914-1918, SS: Russie, Vol. 658: Dossier général, 1-15 novembre 1917, pp. 80, 100, 114-115; Télégramme de Gabriel BERTRAND au Ministre des Affaires étrangères, NN°149-150, Moscou, le 11 novembre 1917. Ibid., pp. 125; Télégramme de Gabriel BERTRAND au Ministre des Affaires étrangères, N°157, Moscou, le 12 novembre 1917. Ibid., p. 145. Télégramme de l’Attaché naval, commandant J.GALLAUD, au Ministère de la Marine, N° 309, Petrograd, le 10 novembre 1917. SHAT, F: Comité de Guerre, Vol. 3N 4: Télégrammes reçus, Sous-dossier: Télégrammes diplomatiques, septembre - novembre 1917.

[42] Procès-verbal de la séance de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, le 12 novembre 1917. Archives du Sénat, S: Commission des Affaires étrangères, 1917, pp. 1034-1036, 1053-1054.

[43] Télégramme de Stéphen PICHON à Joseph Noulens, N°2239, Paris, le 28 novembre 1917. MAE, S: Guerre 1914-1918, SS: Russie, Vol. 666: Action des Alliés, 16 mars - 10 novembre 1917, p. 245.

[44] Lettre circulaire du Président du Conseil et Ministre de la Guerre, Georges CLEMENCEAU, au Ministre des Affaires étrangères, Stéphen Pichon, N°11281 BS/3, Paris, le 21 novembre 1917. SHAT, F: Grand Quartier Général, Vol. 16N 3021: EMGA, Groupe de l’Avant, 3-ème bureau A: Documents sortis, Sous-dossier N°41: 6 novembre - 26 novembre 1917 Doc. N°186, p. 2.

[45] Télégramme du Président du Conseil et Ministre de la Guerre, Georges CLEMENCEAU, au Chef de la mission militaire française auprès du GQG roumain, général Berthelot, N°11415 BS/3, Paris, le 23 novembre 1917. Ibid., Doc. N°210, p. 1 ver.

[46] Télégramme du Président du Conseil et Ministre de la Guerre, signé par le général Ferdinand FOCH, au général Albert Niessel, N°11528 BS/3, Paris, le 25 novembre 1917. Ibid., Doc. N°215.

[47] Télégramme du Président du conseil et Ministre de la Guerre, signé par le général Ferdinand FOCH, au général Henri-Mathias Berthelot, N°12077 BS/3, Paris, le 4 décembre 1917. Ibid., Vol. 16N 3022: EMGA, Groupe de l’Avant, 3-ème bureau A: Documents sortis, Dossier N°42: du 27 novembre au 16 décembre 1917, Doc. N°78.

[48] Télégramme de Jean DOULCET au Ministre des Affaires étrangères, N°1000, Petrograd, le 6 juillet 1917. MAE, S: PA-AP, SS: 240 Jean Doulcet, Vol. 9: Russie, 1915-1917, p. 114 recto - 114 verso ; Rapport du lieutenant-colonel Jacques LANGLOIS sur sa neuvième mission en Russie et Roumanie, Paris, le 20 juillet 1917, p. 84. SHAT, F: Clemenceau, Vol. 6 N 224: Rapports des missions militaires françaises en Russie, 1917-1918.

[49] BAINVILLE, Jacques, "La paix de Lénine". L’Action française, 12.11.1917, p. 1 ; "Les événements de Petrograd: Kerenski contre Lénine. Les maximalistes font transmettre par Berlin un manifeste invitant tous les belligérants à la paix immédiate". Le Matin, 12.11.1917, 3-ème édition, p. 1; "Les événements de Russie: Les maximalistes proposent l’armistice et la paix". Le Temps, 12.11.1917, p. 4 ; PRECY, Michel, "La politique étrangère: la révolution soviétique". La Pays, 10.11.1917, p. 2.

[50] PERTINAX, "Les maximalistes font des propositions de paix, mais déjà ils seraient en déroute". L’Écho de Paris, 12.11.1917, p. 1; "Des propositions de paix arrivent de Berlin: L’Allemagne les a fait contresigner par son agent Lénine. Le manifeste vise au démembrement de la Russie et veut consolider par une armistice la situation militaire présente". Le Matin, 12.11.1917, 4-ème édition, p. 1; "L’armistice proposé par le Soviet". Le Petit Journal, 22.11.1917, p. 1; "Nouvelle provocation maximaliste aux puissances de l’Entente: Suprême avertissement des Alliés". Ibid., 29.11.1917, p. 1; "Bulletin du jour: La seconde révolution russe". Le Temps, 10.11.1917, p. 1.

[51] Consigne du 21 novembre 1917. BDIC, S: Censure, 1914-1919, F 270: Ministère de la Guerre, Service des Périodiques, Bureau de la presse: Consignes, Cahier N°7: du 8 octobre 1917 au 12 février 1918.

[52] "Bulletin du jour: La défaillance russe". Le Temps, 26.11.1917, p. 1.

[53] SAINT-BRICE, "La paix allemande: Une manœuvre des Soviets". Le Journal, 22.11.1917, p. 1.

[54] "Il faut envisager sérieusement la situation russe: Les empires centraux obtiendront-ils tout ce qu’ils veulent?" Le Petit Parisien, 26.11.1917, p. 1.

[55] MILHAUD, Albert, "Chez nos Alliés... Il y a Russie et Russie". L’Œuvre, 29.11.1917, p. 1 ; "Les Alliés et la Russie". Ibid., 03.12.1917, p. 1.

[56] BASCH, Victor, "Propagande". Le Pays, 30.11.1917, p. 1.

[57] AULARD, Alphonse, "L’erreur russe". Le Pays, 01.12.1917, p. 1 ; AULARD, Alphonse, "L’enseignement de Sorbonne et la guerre actuelle". Ibid., 08.12.1917, p. 1.

[58] Télégramme de Gabriel BERTRAND au Ministre des Affaires étrangères, N° 186, Moscou, le 25 novembre 1917. SHAT, F: Comité de Guerre, Vol. 3 N4: Télégrammes reçus, Sous-dossier: Comité de Guerre. Télégrammes diplomatiques: Septembre, octobre, novembre 1917 ; Rapport d’ensemble du général NIESSEL à l’EMA, N°5, le 23 novembre 1917, p. 1. Ibid., F: Conseil Supérieur de Guerre, Vol. 4 N40 ; Télégramme d’Eugène PETIT au Ministre des Affaires étrangères, pour le Ministre de l’Armement, N°174, Petrograd, le 24 novembre 1917. MAE, S: Guerre 1914-1918, SS: Russie, Vol. 659: Dossier général, 16-30 novembre 1917, p. 117.

[59] Télégramme de Joseph NOULENS au Ministre des Affaires étrangères, N°1792, Petrograd, le 2 décembre 1917. SHAT, S: 3 N, F: Comité de Guerre, Vol. 4: Télégrammes reçus, Sous-dossier : Télégrammes diplomatiques, décembre 1917.

[60] BRUNE L., "Nos illusions sur la Russie: Le peuple russe n’est-il pas derrière Lénine et Trotski?". L’Intransigeant, 29.11.1917, p. 1

[61] "Vous êtes des vaincus!". L’Œuvre, 25.12.1917, p. 1.

[62] SEMBAT, Marcel, Perdons-nous la Russie? Paris: Bernard Grasset, 1917, 61 p.

[63] Ministère de la Guerre, EMA, 2-ème bureau, Service du centralisation des renseignements : "Bulletin confidentiel résumant la situation morale à l’Intérieur", Paris, le 15 novembre 1917, pp. 19, 22, 25, 31, 35, 38, 40, 43. SHAT, F : Cabinet du Ministre, Vol. 5 N 268: Bulletins confidentiels résumant la situation morale à l’intérieur provenant du 2-ème Bureau I de l’EMA, octobre 1917 - août 1919 ; Ministère de la Guerre, EMA, 2-ème bureau, Service de centralisation des renseignements : "Bulletin confidentiel résumant la situation morale à l’Intérieur", Paris, le 15 janvier 1919, pp. 1, 4, 21-22, 28-29, 31, 33. Ibid.

Retour