Derrière la légende de Lénine: tromperies, torrents de sang et de larmes

Publier en 1993 des documents demeurés secrets pendant 70 ans parce qu'ils démolissent la légende construite autour de Lénine afin de cacher l'horreur provoquée par le fossoyeur du printemps démocratique de 1917, cela était un acte courageux. Anatole Latychev demande de manière innocente que: «Il est absolument indispensable de publier tous les écrits de Lénine trouvés dans le fonds « secret »… et que les manuscrits soient en fac-similé (sinon les gens pourraient penser à une falsification)» On attend toujours!


Les publications d’archives secrètes changent-elles l’idée que nous nous faisons de Lénine ?

http://www.clcr.ru/ La Gazette n° 86 sep-oct 1993 repris de «Izvestia » n°100 29/05/1993»

Extraits traduits en français.

Le plus désolant se trouve dans le célèbre discours (véritable discours de chrestomathie: du grec ancien khrestos, utile, et mathein, savoir) désigne un choix de morceaux tirés d’auteurs réputés classiques) prononcé au IIIe congrès du Komsomol. On n’y trouve pas en effet les mots que nous avons appris par cœur « apprendre, apprendre et apprendre! » ; en revanche, il y a, concernant la morale révolutionnaire, des phrases dont le sens est très simple: est moral tout ce qui est bon pour la révolution.

Mais je peux affirmer que ce discours de Lénine ne produit pas aujourd’hui une impression comparable au choc ressenti à la lecture des travaux autrefois inconnus tirés du fonds « secret » ou des passages supprimés de la collection « complète » de ses œuvres.

… Par exemple, dans le télégramme adressé à Trotski le 10 septembre 1918 : « Je suis inquiet. Le ralentissement de l’opération contre Kazan m’étonne, surtout s’il est exact qu’il vous est tout à fait possible d’anéantir l’adversaire avec l’artillerie. D’après moi, il ne faut pas épargner la ville et remettre à plus tard; il faut détruire sans pitié, car tout ce qui est sûr, c’est que Kazan se trouve encerclé! »

… Voici un télégramme publié récemment. Il était adressé au Comité de lutte révolutionnaire du front de Kazan le 28 février 1920: « Smigle et Ordjonikidze. Nous avons terriblement besoin de pétrole. Mettez au point un manifeste à la population, annonçant que nous exécuterons tous ceux qui brûleront et gâcheront le pétrole et les produits dérivés, mais que nous gracierons tout le monde si Maïkop et surtout Grozny remettent la totalité du pétrole. »

… Après la conclusion des négociations de paix avec l’Estonie et la Lettonie, Lénine ordonnait: « … traverser la frontière n’importe où sur une verste et pendre cent à mille de leurs fonctionnaires et de leurs pillards. » Et dans une deuxième note: « Excellent plan. Menez-le à bien avec Dzerjinski. En nous faisant passer pour des verts*, nous pénétrerons sur 10 à 20 verstes et nous pendrons les koulaks, les popes et les propriétaires terriens. Prime: 100'000 roubles par pendu. » [LES PREMIERS PRIX LENINE POUR AVOIR ASSASSINE] 

… Dans une lettre à M.F. Andreeva, la femme de Gorki: « Pour éviter les complots, il ne faut pas hésiter à arrêter tous les cadets** et apparentés. Ils sont tous capables d’aider les comploteurs. Ne pas les arrêter serait un crime. Je préfère voir quelques dizaines ou centaines d’intellectuels faire quelques jours ou quelques semaines de prison, plutôt que de voir 10'000 personnes massacrées. »

…. A Trotski, à Pétrograd, le 22 octobre 1919 : « Si l’attaque a commencé, ne faudrait-il pas mobiliser encore 20'000 ouvriers pétersbourgeois, plus 10'000 bourgeois, placer derrière eux des mitrailleuses, en tuer quelques centaines, et obtenir ainsi une véritable pression de masse sur Youdenitch? » Ce passage n’a jamais figuré dans les publications officielles de cette lettre. On sait que les hitlériens utilisaient de semblables méthodes pendant la Seconde Guerre mondiale, mettant en avant des troupes en marche de paisibles citoyens soviétiques.


Il s'agit de projet de détruire l'Eglise orthodoxe et le lui voler tout ses biens. Le document entier!
… Au camarade Molotov pour les membres du Politburo, avec la mention « Ne faire de copie en aucun cas » … 19 mars 1922 : « Maintenant, et seulement maintenant, au moment où, là où règne la famine, on mange de la chair humaine et que des centaines, sinon des milliers, de cadavres gisent sur les routes, nous pouvons et nous devons procéder à la confiscation des objets précieux des églises, avec une énergie impitoyable, sans hésiter à écraser toute résistance. »


… Beaucoup d’écrits de Lénine provenant du fonds « secrets » se distinguent des écrits publiés par le fait qu’il y ordonne de détruire non pas les « douteux » ou les « hésitants » mais en bloc tous les représentants de l’intelligentsia ou du clergé, de la paysannerie ou de l’encadrement militaire.

D’ailleurs, à partir du début de 1922, Lénine qui, la guerre civile terminée, devait compter avec l’opinion mondiale, a une nouvelle idée: ne pas détruire tous les intellectuels hostiles mais les envoyer de force à l’étranger. Jusqu’à une date récente, on cachait encore dans le fonds « secret » une lettre du 17 juin 1922… où il exigeait avec furie : « Déracinez tous ces N.S.***, envoyez-les sans pitié à l’étranger, tous à la porte de la Russie ! Arrêtez-en quelques centaines et, sans leur dire pourquoi – dehors, messieurs ! Nous nettoierons la Russie depuis longtemps ! »

… Il m’est arrivé d’écrire que Lénine et Hitler avaient en commun une cruauté pathologique envers les gens qu’ils s’étaient mis à considérer comme de seconde zone et qui étaient donc voués à l’anéantissement physique. Chez Hitler, c’étaient les Juifs, les Tziganes, une partie des Aryens, les Slaves entre autres. Chez Lénine, c’étaient les bourgeois auxquels il rattachait parfois tous ceux qui n’étaient ni ouvriers, ni paysans pauvres…

N. A. Berdiaev a écrit sur Lénine : « Il a arrêté la décadence de la Russie au moyen de la tyrannie et du despotisme. En cela, il ressemble à Pierre le Grand. Lénine réclamait une politique cruelle, mais ce n’était pas un homme cruel. »

Mais le même Berdiaev écrit aussi: « Lénine, du point de vue philosophique et culturel, était un réactionnaire, un homme terriblement dépassé. Il n’était même pas à la hauteur de la dialectique de Marx qui était passé par l’idéalisme allemand ! »

Et pourquoi devrions-nous accorder plus de foi à un Romain Rolland éloigné de la réalité russe qu’à un A. Kouprine qui se trouvait alors au cœur des événements et qui a publié, après une rencontre avec Lénine, l’appréciation suivante: « En réalité, cet homme si simple, si poli, si sain est beaucoup plus terrible que Néron, Tibère ou Ivan le Terrible. Ceux-là étaient malgré tout accessibles aux caprices et aux variations de leur caractère. Mais celui-ci est un peu comme un rocher qui s’est détaché d’une montagne et qui dégringole à toute vitesse. Et en plus, sous l’effet d’on ne sait quelle magie, c’est un rocher pensant! Il n’a ni sentiment, ni désir, ni instinct. Une seule pensée aiguë, sèche et invincible: en tombant, je détruis. »

Il coexiste une multitude de témoignages sur le fait que Lénine ne s’intéressait pas au sort de la Russie, mais seulement aux perspectives de la révolution mondiale. Voici une note de Zinovi Pechkov – fils adoptif de Gorki – après une conversation avec lui le 6 janvier 1922: « Lénine a passé toute sa vie à l’étranger; il ne connaît pas son pays, et Gorki le lui a dit plus d’une fois. La Russie en elle-même importe peu au grand chef du communisme. Il dit que, dans ses mains, elle est le brandon avec lequel il mettra le feu au monde bourgeois. Gorki lui répondit: ‘C’est un brandon en bois mouillé, il ne peut que faire de la fumée pour étouffer l’incendiaire!’ »

Et voici le témoignage de G. A. Solomon, auteur du livre Lénine et sa famille (les Oulianov) réédité récemment chez nous. Il avait rencontré Lénine peu de temps après le tournant d’Octobre : « Vladimir Illitch, dites-moi comme à un vieux camarade, dis-je, que se passe-t-il ici ? Est-ce l’installation du socialisme, de l’île Utopie, mais avec des dimensions colossales ? Je ne comprends pas…  - Il n’y a pas d’île Utopie, répondit-il d’un ton brusque et très autoritaire. Il s’agit de créer un Etat socialiste. La Russie sera le premier Etat qui aura réalisé une structure socialiste… Et vous haussez les épaules ! Eh bien, étonnez-vous encore plus: il ne s’agit pas de la Russie, je me fous de la Russie, mes bons messieurs, c’est seulement une étape à franchir vers la révolution mondiale… »

Il est absolument indispensable de publier tous les écrits de Lénine trouvés dans le fonds « secret »… et que les manuscrits soient en fac-similé (sinon les gens pourraient penser à une falsification)…

Anatole Latychev, historien, « Izvestia » n°100 29/05/1993

* Verts : pendant la guerre civile, groupes incontrôlés agissant pour leur propre profit et qui s’allaient tantôt aux Blancs, tantôt aux Rouges.
** Les Cadets (K. D. = constitutionnels démocrates) préconisaient l’établissement d’une monarchie constitutionnelle.
*** N. S. = Narodnye Sotsialisty (1906-1918) : émanation de la branche droite des S. R. (socialistes révolutionnaires). Parti révolutionnaire influent surtout parmi les paysans.

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