Mandelstam a payé de sa vie un épigramme pourtant si réaliste sur Staline
A l'automne 1933 le poète Mandelstam écrit un distique sur le côté caché du petit père des peuples, vers qui montre que Staline est en fait le grand bourreau des peuples. Ce dernier n'a pas apprécié - est-ce la forme ou le fond - et ordonne à sa police une opération d'intimidation. Arrêté à plusieurs reprises, son appartement fouillé sans ménagement pour montrer qu'il n'était rien, vu qu'en URSS un citoyen n'a aucun droit. Mais comme cela n'a pas suffit, le vindicatif moustachu fait exiler Mandelstam à Tcherdyn, à côté de Perm de l'autre côté de l'Oural. Après une tentative de suicide, ultime moyen de protester, la sentence fut commuée en un exil à Voronej jusquen 1937. Il devient un parmi les 1,6 millions de victimes de la Grande terreur. Arrêté pour activités contre-révolutionnaires en mai 1938, Mandelstam est condamné à 5 ans de travaux forcés. Après avoir subi les pires humiliations, il meurt de faim et de froid, du côté de Vladivostok pendant le voyage qui le conduisait dans un camp de transit aux portes de la Kolyma. Son corps est jeté dans une fosse commune. Et pour sa femme, Nadejda, et ses amis, ce fut une vie étouffée, volée, dans la terreur!
Et pourtant l'épigramme de Mandelstam, quel réalisme
mais pas socialiste! Le réalisme socialiste, c'est le grand mensonge! A signaler que la destruction de toute création littéraire et artistique en limitant le rôle des intellectuels à la fonction de lèche-bottes, a commencé par l'action de Lénine. En 1922, une opération a terminé ce génocide des intellectuels provoquant la lobotomisation de la Russie, par une opération du GPU imposant aux écrivains le simple et vital choix: la valise ou le cercueil!
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Epigramme sur Staline
Nous vivons sans sentir sous nos pieds de pays,
E l'on ne parle plus que dans un chuchotis,
Si jamais l'on rencontre l'ombre d'un bavard
On parle du Kremlin et du fier montagnard.
Il a les doigts épais et gras comme des vers
Et des mots d'un quintal précis comme des fers,
Quand sa moustache rit, on dirait des cafards,
Ses grosses bottes sont pareilles à des phares.
Les chefs grouillent autour de lui - la nuque frêle.
Lui, parmi ces nabots, se joue de tant de zèle.
L'un siffle, un autre miaule, un autre geint -
Lui seul pointe l'index, lui seul tape du poing.
Il forge des chaînes, décret par décret
Dans les yeux, dans le front, le ventre et le portrait.
De tout supplice, sa lippe se régale.
Le Géorgien a le torse martial.
Lépigramme renferme généralement une pointe grivoise ou assassine.
Mandelstam, bravo et merci!