L'appareil répressif de l'état-parti communiste
laboratoire des poisons Extrait d'un article de Xavier Pellegrini du Temps (5 janvier 2008) qui parle du livre de Arkadi Vaksberg, une des rares critiques de "laboratoire des poisons", les média indépendants objecti…vement à gauche ayant été d'une discrétion exemplaire. Aujourd'hui encore, des nombreux journalistes souffrent d'une amnésie dès qu'il s'agit de la réalité de l'édification du socialisme dans de nombreux pays.

Histoires de poison

Réels ou fantasmés, les empoisonnements ont joué un rôle politique capital. Histoire d'une pratique déloyale d'Alexandre le Grand à Alexandre Litvinenko.

Le Temps , samedi culturel, Xavier Pellegrini, Samedi 5 janvier 2008

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En 2006, l'ex-agent secret russe Alexandre Litvinenko a été empoisonné au polonium 210 à Londres. Moscou peut-il être à l'origine de cet acte? Des éléments le laissent penser. Il venait d'écrire un livre dans lequel il justifiait sa désertion par la persistance du laboratoire des poisons créé par Lénine (lire ci-dessous). Il peut s'agir d'un avertissement destiné à tous les adversaires du régime, mais aussi d'un règlement de comptes à l'intérieur des services secrets, ou encore de l'initiative d'adversaires de Poutine pour le discréditer. C'est tout l'intérêt du poison: il permet toutes les formes d'interprétation et d'instrumentalisation.

Lorsque l'ancien agent secret Alexandre Litvinenko est assassiné au polonium, en novembre 2006, le livre du journaliste et essayiste Arkadi Vaksberg sur l'usage du poison en politique russe est déjà sous presse à Moscou. L'événement, qui a stupéfié l'opinion publique occidentale, a donné un caractère d'actualité à cet ouvrage désormais traduit dans plusieurs langues.

Vaksberg décrit les moyens utilisés pour éliminer les gêneurs, depuis 1917. Le poison y occupe une place de premier plan, surtout le laboratoire des poisons créé en 1921 par Lénine. Il devient dans les années 1930 un authentique service, dirigé par de grands savants. Vers 1950, il est capable de produire des poisons aussi dangereux que le thallium, la ricine ou la colchicine. Il cherche à développer des substances à inhaler, plus imparables que les poudres à absorber.

Le laboratoire a servi à développer des armes de destruction massive. Mais son rôle dans l'élimination d'adversaires est loin d'être marginal. Le poison a souvent frappé des Russes réfugiés à l'étranger, notamment le général blanc Wrangel.

Le pouvoir russe souffrirait-il d'une «addiction aux poisons»? Vaksberg en est persuadé. Il en veut pour preuve la restauration du fameux laboratoire, au service d'agents secrets qui ont retrouvé une grande part de leur puissance, mais guère de leur efficacité: les assassins de Litvinenko ont laissé des traces dans toute l'Europe. «Les empoisonneurs de la Loubianka étaient des professionnels, dit Vaksberg dans une interview au Figaro. Aujourd'hui, nous avons affaire à des dilettantes. Ce n'est pas étonnant. Ce même mélange d'autoritarisme et de dilettantisme imprègne toute la vie politique russe.»

«Je suis presque persuadé, écrit Vaksberg, que Poutine n'a pas donné personnellement l'ordre de liquider [Anna] Politkovskaïa et qu'il n'a pas orchestré l'empoisonnement cruel de Litvinenko. Mais, dans les deux cas, comment ne pas penser à une vengeance des services spéciaux? Dès lors, une question se pose, presque banale: qui est le suivant sur la liste?»

Arkadi Vaksberg, Le Laboratoire des poisons, De Lénine à Poutine, trad. de Luba Jurgenson, Buchet & Chastel.

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