Alexandre Issaevitch Soljenitsyne (11 décembre 1918, Kislovodsk – 3 août 2008, Moscou: enterré au cimetière du monastère de Donskoï, au sud du Kremlin)


“L’Archipel du Goulag” d’Alexandre Soljenitsyne au programme scolaire russe. Selon Russie.net, le 23 septembre 2009, cette oeuvre majeure de l'écrivain soviétique doit être lue dans les écoles russes. Evidemment, les communistes russes ont protesté car Alexandre Soljenitsyne décrit l'envers du décor de l'Union soviétique, et quelques unes des horreurs dont les communistes russes ont été les exécutants, puis maintenant, les complices. Espérons que cela sera aussi fait dans d'autres pays, victimes ou infectés par le communisme, c'est-à-dire, pratiquement tous, y compris la Suisse où des partis communistes sont encore tolérés, comme le Parti suisse du Travail et ses filiales, le POP, SolidaritéS et les Communistes de Genève.


Communiste, artilleur dans l'Armée rouge, il est condamné en 1945 à 8 ans de prison dans les camps de travail pour « activité contre-révolutionnaire », après avoir entretenu une correspondance critique à l'égard de la politique de Staline et de ses compétences guerrières. A sa sortie du camp en 1953, quelques semaines avant la mort de Staline, il est envoyé en exil perpétuel au Kazakhstan. Il est réhabilité en 1956 et s'installe à Riazan, à 200 km au sud de Moscou, où il enseigne les sciences physiques. En 1962, Khroutchev autorise la publication d’“Une journée d’Ivan Denissovitch”, qui aborde pour la première fois sans détour la réalité du Goulag. A cause du succès l’écrivain est interdit de publication. En 1973, il publie à l’étranger “L’Archipel du Goulag” et le paiera de sa citoyenneté soviétique. Expulsé en 1974, il s’installe aux Etats-Unis, où il poursuit son travail d’historien. Figure de proue de la dissidence en URSS, Alexandre Soljenitsyne a non seulement brisé le tabou sur le Goulag, mais il a surtout œuvré pour restaurer la solidarité d’une nation brisée par des décennies de délation.Gorbatchev lui rend sa citoyenneté en 1990, mais l’amoureux de la grande Russie patiente encore quatre ans avant de rentrer.

Le parcours d'Alexandre Issaevitch Soljenitsyne dans le goulag

L'opération du “socialisme à visage humain“: un fiasco

Le but de Khrouchtchev, appliquant la ligne de son “rapport secret” était de coller tout sur le dos de Staline, de mettre la faute au “culte de la personnalité”, à des erreurs ou des déviations de la “légalité socialiste”. C'est pour cela que des récits du goulag comme “Le Vertige” d'Evguenia Guinzbourg et aussi “Une journée d’Ivan Denissovitch” d'Alexandre Soljenitsyne sont autorisés à la publication. Cette vaste imposture, qui n'empêchera pas le bain de sang de la Hongrie en 1956, a été partagée par des communistes à l'Ouest qui verra des staliniens, complices des millions de meurtres de leur idôle, charger Staline.

Au début de cette nouvelle escroquerie d'une critique bien mensurée de Staline et “des dérives du socialisme” au nom du socialisme lui-même, Alexandre Soljenitsyne est pris comme un exemple de cet art socialiste qui n’est plus le réalisme socialiste. Durant cette période fleurisse des formules tels que: “l'aberration qu’est l’existence de camps de concentration dans un pays socialiste”,

Mais le KGB continue à surveiller Alexandre Soljenitsyne et même à l'intimider; l'Union des écrivains l'exclut, mais cela ne freine pas la détermination de l'ex-prisonnier du goulag qui en a subit d'autres. Son séjour au goulag l'a aguerri physiquement et moralement; il ne reste plus qu'à l'éliminer discrètement. En août 1971, le KGB tente le coup du parapluie bulgare qui n’a provoqué heureusement qu’une violente réaction épidermique.

A propos de son exclusion de l’Union des Ecrivains, le Comité national des écrivains français proteste contre cette décision qui n’aurait rien à voir avec le socialisme. Une déclaration est signée notamment par Louis Aragon, Vercors, Elsa Triolet, Jean-Paul Sartre, Jacques Madaule, Michel Butor, Jean-Pierre Faye, Jean-Louis Bory et Christiane Rochefort. Ces intellectuels, tous larbins de Staline et qui n'ont jamais levé le petit doigt en faveur des millions de victimes, veulent préserver la réputation de l’URSS et pas être solidaire de Soljenitsyne. Toujours la tromperie!

Mais le qui pro quo va cesser définitivement par la parution “L’Archipel du Goulag” démontrant le caractère intrinsèquement anti-humain du socialisme marxiste-léniniste! Le pouvoir soviétique accentue la répression sur les résistants méconnus, mais Alexandre Soljenitsyne est traité de manière spéciale: il est déjà trop connu à l'étranger et même le faire disparaître par une des méthodes du Laboratoire des poisons du KGB serait imédiatement détectée comme un assassinat. Alors une campagne de presse redouble de haine et il est convoqué à deux reprises à se présenter au Parquet. Alexandre Soljenitsyne refuse en arguant de l’illégalité des lois soviétiques et lance son “appel de Moscou” le 12 février 1974: un appel à la résistance et au refus de tout mensonge. Le 13 février, il est arrêté et incarcéré à la prison de Lefortovo. Il est mis ensuite dans un avion en partance pour la RFA : le décret du presidium du Soviet Suprême est ainsi libellé : “[...] en raison d’activités systématiques incompatibles avec la citoyenneté soviétique et portant préjudice à l’URSS, Alexandre Soljenitsyne a été déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé d’Union soviétique le 13 février 1974. La famille de Soljenitsyne pourra le rejoindre dès qu’elle le jugera nécessaire. "

Le discours d'Alexandre Soljenitsyne à Harvard le 8 juin 1978 “Un monde s'effondre. Non seulement il dénonce l'Occident mais démontre que le socialisme de Marx ne provoque que des catastrophes. Il refuse d'être instrumentalisé dans la lutte des Etats-Unis contre l'URSS.

Interview de Soljenitsyne: Dernière chance pour la Russie. Au Spiegel et publiée par Construire le 23 mars 2000. L'empire soviétique s'est effondré et Soljenitsyne le regrette: la séparation d'avec la Biélorussie comme un coup douloureux et L'indépendance de l'Ukraine lui a aussi fait mal. De plus, il niera la Grande famine de 1932, Holodomor en Ukraine! L'horreur soviétique était tellement énorme que même pour Soljenitsyne, il ne peut la voir dans son ensemble!

Dans “Deux Siècles ensemble”, Soljenitsyne analyse les rapports troubles entre la Russie et les juifs. Critiquer Staline, démontrer l'inhumanité du régime imposé par le sang et les larmes à la Russie, passe encore, mais écrire sur les juifs, c'est signer sa condamnation à mort: pas forcément physiquement mais médiatiquement, certainement. Déjà dans “Août quatorze”, avoir mentionné que l'assassin du Premier ministre Stolypine, Dmitri Bogrov, avait déclenché une accusation d'antisémitisme, mais avec “Deux Siècles ensemble”, Soljenitsyne creuse sa tombe!

Bibliographie
1962: “Une journée d’Ivan Denissovitch”
l'Inconnu de Kretchetovka et de la Maison de Matriona

L'Inconnu de Kretchetovka et la Maison de Matriona, deux nouvelles paru dans Novyi Mir révèlent une critique qui vise non seulement les abus et les excès du régime stalinien, mais également les fondements mêmes du marxisme-léninisme. Cette critique est approfondie dans le Premier Cercle (1955-1958) et dans le Pavillon des cancéreux (1963-1966). Ces deux derniers romans devaient également paraître dans Novyi Mir, mais, à partir de 1964, toutes les œuvres de Soljenitsyne sont interdites en Union soviétique. Ses écrits sont alors acheminés clandestinement vers l'étranger, où ils sont traduits et publiés.

"Le Premier Cercle"
"Le Pavillon des cancéreux"
1971: Août 1914: premier tome d'une série qui doit retracer les origines historiques de la crise morale et idéologique de la société soviétique
1975: Lénine à Zurich

Prix Nobel de
littérature en 1970

Quand le prix Nobel de littérature lui est décerné, il est violemment attaqué par les autorités soviétiques.

Intimidation et tentative d'assassinat ne l'empêcheront pas d'écrire et publier “L’Archipel du goulag” (4 tomes)

"L'Archipel du goulag" (1973) En russe. A nouveau disponible sous Gorbatchev.
"La Roue rouge"


Mickaël Bertrand analyse l'importance de la parution de “L’Archipel du goulag” en France

En affirmant que “l’ouvrage ne peut pas être réduit à une simple critique interne du modèle soviétique” Mickaël Bertrand rappelle qu'Alexandre Soljenitsyne n'est pas seulement un témoin mais aussi un écrivain. Son analyse intérieur des conséquences de “L’Archipel du goulag” en France pêche sur des points qui frôlent le négationnisme des crimes communistes:

1) Les dérives du système concentrationnaire: quelles dérives? alors que la société civile a été assassinée par le coup d'état d'octobre 1917 présenté de manière frauduleuse comme une révolution.

2) Les failles de l'Union soviétique: lesquelle? Ce régime a été construit contre le peuple au profit d'une micro oligarachie, le politburo.

Mickaël Bertrand publie cet article au même moment où se tient à Phnom Penh, le procès de quelques communistes khmers dont le régime identique auraient eu des dérives dans son système concentrationnaire et des failles dans son gouvernement? L'auteur devrait abandonner ses excuses de l'horreur de tout régime communiste qui est nécessaire à sa survie et dénoncer comme l'a fait Vann Nath, un des rares rescapés de S-21 le caractère intrinsèquement inhumain du communisme réel. Enfin, jusqu'à quel point l'aveuglement n'a été que de la complicité et l'absence de solidarité avec les millions de victimes?

goulag carte

Alexandre Soljenitsyne publie “Le grain tombé entre les meules - esquisses d'exil”. En 1998, à la veille de ses 80 ans et quatre ans après son retour en Russie au terme de vingt ans d'exil, publie ses premiers souvenirs et impressions d'Occident marqués par "une incompréhension mutuelle", dans “Le grain tombé entre les meules - esquisses d'exil”. La République Internationale des Lettres fait un résumé de cette période, décrit la vie actuelle de l'auteur de “L'archipel du Goulag”, informe que cet oeuvre a été publiée en Chine populaire et rapportent l'avis de quelques écrivains russes dont Viktor Pélévine: “Il a montré comment un homme seul peut résister face à un énorme appareil répressif…”.

30e anniversaire de la parution de “L’Archipel du goulag” en France. A cet occasion “Le Monde” se fend d'un article rappelant que: “2,3 millions de Soviétiques sont arrêtés et déportés entre la fin 1944 et 1953.” Mais ce n'était pas il y a cinquante ans que “Le Monde” aurait dénoncé le régime inhumain de Staline, vu que, selon un dossier, le quotidien aurait fait partie de l'aveuglement sur l'Union soviétique.

La même année, la mort de Natalia Rechetovskaya, la première femme d'Alexandre Soljenitsyne. En quelques lignes, cet article du “Le Monde”, 11.06.03, rappelle les drames humains provoqués par la répression soviétique.

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