Dans un appendice à son ouvrage, Anne Applebaum essaie de répondre à la question Combien: combien de déportés au goulag, combien de zeks annuellement, combien de morts au goulag chaque année.

Page 629: Selon l'historien Robert Conquest estimait que le NKVD avait arrêté sept millions de gens en 1937 et 1938 dans son livre La Grande Terreur. Seulement quelques «milliers» d'arrestations pour l'historien révisionniste J. Arch Geny (1985). Lors d'un colloque sur la Grande terreur, Nicolas Werth a révéle que plus de 1,5 millions d'individus avaient été arrêtés, la moitié fusillée presque immédiatement, et l'autre, déportée. Mais le plus important a été de montrer que les 3 procès de Moscou ont été utilisé comme paravant à l'horreur de la Grande terreur.
Page 630: Combien de zeks chaque année? Anne Applebaum émet diverses considérations pour relativiser les chiffres des effectifs du Goulag de 1930 à 1953. Dommage que les données ne commencent pas dès 1920! Et, curieusement, Anne Applebaum ne fait pas référence au rapport de la Commission Pospelov (1955)?
Page 631: Combien de déportés au goulag? En fait les exilés sont compté à part!. Pavel Polyan et Otto Pohl estiment à environ 7 millions les exilés entre 1930 et 1948, soit 2 fois la population de la Suisse! De plus: Dans les années 1920, nombre des premiers adversaires des bolcheviks - mencheviks, socialistes révolutionnaires, etc. - furent exilés par décret administratif: autrement dit, si, techniquement, ils ne faisaient pas partie du Goulag. ils furent certainement châtiés. Et on apprend que 17'000 personnes furent expulsés de Leningrad après le meurtre de Kirov!
Page 632: Tableau de population des peuplements spéciaux de 1945 à 1953. Après plusieurs remarques, Anne Applebaum arrive à 28,7 millions pour le nombre total de forçats en URSS. Parmi eux, des gens condamnés pour avoir pris quelques épis de blé! Et combien sont-ils sont morts en déportation?
Page 633: Combien de morts au goulag chaque année. Ces chiffres excluent apparemment les décès en prison et au cours des transports. A noter que les chiffres depuis 1949 sont faux, car le taux de mortalité du goulag serait inférieur à celui de la Suisse. De plus les commandants de camp avaient tout intérêt à mentir sur la quantité de détenus morts pour diverses raisons dont celle liée aux fournitures qui seraient diminuées!

Emma, fusillée le 3 octobre 1937 à Bykivnia
le plus souvent la police secrète soviétique ne se servait pas des camps pour tuer. Quand elle voulait tuer, elle procédait à des exécutions en masse dans les forêts: ce sont assurément des victimes de la justice soviétique, elles aussi, et elles furent nombreuses. Sur la foi des archives, un groupe de chercheurs avance le chiffre de 786'998 exécutions politiques de 1934 à 1953. Evaluation fausse car, pour les seules années de la Grande terreur (1937-38), il y eût 750'000 exécutions comptabilisées dont «les tombes ont été trouvées dans et proche de beaucoup de villes russes: Moscou (Monastère Donskoy, Butovo, Kommunarka) et Léningrad (Levashovo), Mednoye (Ouest de Tsver), Novgorod (Borovichi), Iaroslav, Koursk, Toula, Lugansk, Voronej, Medvezhegorsk (Sandormokh), Vorkuta, Cheliabinsk (La montagne d'or), Tomsk (Kolpashevo), Khabarovsk, Vladivostock, Gorno-Altaïsk, et aussi la péninsule de la Kolyma, au Kazakhstan à côté de Alma-Ary, en Lithuanie proche de Vilnius, en Belarus proche de Minsk (Kourapaty); en Ukraine: Kiev (Bykivnia), Piatykhatky (Kharkov), Donetsk (Rutchenkovo), Poltava et Vinnytsa.

Et les victimes des travaux forcés, des mines de la mort (Norislk, Vorkouta
) sont-ils comptabilisés?
Page 634: Autrement dit, combien sont morts dans la Terreur rouge et la guerre civile, les famines consécutives à la politique brutale de collectivisation, dans le cadre des déportations massives, des exécutions en masse, dans les camps des années 1920, dans les camps des années 1960 aux années 1980, aussi bien que dans les camps et meurtres collectifs du règne de Staline. En tenant compte des seules famines (1922-23, 1927, 1932-33, 1947), le chiffre des victimes est compris entre 15 et 20 millions. Les auteurs du Livre noir du communisme avancent le chiffre de vingt millions de morts. Il faut donc les ajouter pour obtenir 40 millions de victimes.
Au-delà d'éventuelles querelles sur les estimations, Anne Applebaum pointe ce que la plupart des historiens oublient: en plus du sang les torrents de larmes et de souffrances. Aucun chiffre ne saurait refléter l'effet cumulé des répressions de Staline sur la vie et la santé de familles entières. Un homme était jugé et exécuté comme ennemi du peuple; sa femme était conduite dans un camp en tant que membre d'une famille ennemie; ses enfants étaient placés dans des orphelinats et rejoignaient des bandes de criminels; sa mère mourait de stress et de chagrin; ses cousins, ses tantes et ses oncles coupaient tous les ponts entre eux, histoire d'éviter d'être contaminés à leur tour. Des familles se disloquèrent, des amitiés prirent fin. La peur pesait lourdement sur ceux qui restaient derrière, même si tous ne moururent pas.

Solovki, 4 petits chefs, serviteurs d'une régime inhumain qui en fit 4 assassins (oubnits!)
Page 635: Il n'y a pas que des victimes, mais aussi des délateurs et des bourreaux. L'accès aux archives sur le dossier d'un parents réserve de cruelles surprises. De plus, le souvenir d'êtres chers, détruits par l'imposture communisme