EXTRAITS ET NOTES DE LECTURE
Il n'y a pas que des victimes, mais aussi des délateurs et des bourreaux. L'accès aux archives sur le dossier d'un parents réserve de cruelles surprises. De plus, le souvenir d'êtres chers, détruits par l'imposture communisme
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dossier, sur la maigreur des preuves, sur le ridicule des accusations, sur la tragédie qui s'abattit sur la mère de sa femme, sur les mobiles opaques de son beau-père, le tchékiste Gleb Boki, sur l'étrange absence de repentance de la part de ceux qui les détruisirent tous. Mais ce qui me frappe le plus, dans son expérience de travail sur les archives, c'est l'aveu qu'il fait de son ambivalence quand il eut terminé sa lecture:
Voilà un moment que j'ai cessé de tourner les pages du dossier, posées à côté de moi, livrées à elles-mêmes dans le froid. Mon gardien (l'archiviste du KGB) commence déjà à tousser de manière suggestive et à regarder sa montre. Il est temps d'y aller. Je n'ai rien de plus à faire ici. Je rends les dossiers, qui sont négligemment replacés dans un sac à provisions. Je descends les escaliers, longe les couloirs déserts, passe devant les sentinelles qui ne demandent même pas à voir mes papiers et sors place de la Loubianka. Il n'est que dix-sept heures, mais il fait déjà presque nuit et une douce pluie tombe sans interruption. Le bâtiment reste à côté de moi, Je suis sur le trottoir et je me demande que faire maintenant. Quel dommage que je ne croie pas en Dieu et ne puisse entrer dans quelque petite église paisible, me tenir dans la chaleur des cierges, regarder dans les yeux le Christ en Croix, et dire et faire ces choses qui rendent la vie plus facile au croyant...
J'enlève ma toque de fourrure. Les gouttes de pluie ou les larmes ruissellent sur mon visage. J'ai quatre-vingt-deux ans et je suis ici, à tout revivre une fois encore, J'entends les voix d'Oxana et de sa mère. Je me souviens de chacune, je me les rappelle. Et si je suis resté en vie, il est de mon devoir de le faire...