Les Solovki: du paisible monastère à l'horreur du goulag

Bibliographie: Quelques témoignages sur la déportation aux Solovki


Bagne rouge. Souvenirs d'une prisonnière au pays des Soviets

Iulia Danzas, Les Editions du Cerf, Juvizy, 1935 - Istina, Centre dominicain d'études russes.

Dans L'Archipel du Goulag, Soljenitsyne qualifie le camp des îles Solovki (1) de « mère du goulag » ; c'est en effet dans ces îles au rayonnant passé spirituel que fut institué le premier camp de détention et de travail spécifiquement destiné aux opposants ou supposés tels du régime soviétique.

La relation de Iulia Danzas a perdu de son actualité. Il faut donc rappeler la date de publication — 1935 — pour en mesurer la portée … et renouveler une interrogation cruciale sur les raisons de l'indifférence dans lequel il a été accueilli (2) ; ce n'était pourtant pas le premier témoignage précis sur les camps de déportation soviétiques.

Tout, et souvent le pire, est dit ici sans emphase et comme sans émotion, avec le souci constant de décrire : les lieux, l'organisation, les conditions de vie et de travail, les violences et l'humiliation, les rapports avec le personnel pénitentiaire et les autres détenus, le climat, l'écoulement du temps, … En de très rares occasions, une note plus frémissante semble échapper à l'auteur : à deux reprises elle parle de « l'île de torture », mais, le plus souvent, c'est avec une étonnante retenue que sont relatées les souffrances vécues ou côtoyées pendant huit ans soumis à un régime terrifiant.
1. Dans la terminologie officielle, SLON ou Solovetsky Lager' Osobogo Naznachenia.
2. Le récit est d'une grande discrétion quant à la personnalité de l'auteur: on apprend seulement qu'elle était catholique et, avant son arrestation, membre du « Comité des Dames patronesses des lieux de détention » ; il n'est pas impossible que certains aient tiré prétexte de ces précisions pour tenter de disqualifier son témoignage.

Un bagne en Russie rouge
Raymond Duguet ; préface de Nicolas Werth. - Paris : Balland, 2004. - 285 p.5

Note de l'éditeur : Le monde occidental a feint de découvrir le Goulag, avec “Une journée d'Ivan Denissovitch” (1962) et surtout L'Archipel du Goulag (1973) d'Alexandre Soljenistyne. Pourtant, il savait. Des témoignages existaient. En particulier, celui-ci, Un bagne en Russie rouge, publié à Paris en 1927. Fruit d'une enquête minutieuse et riche de témoignages d'évadés ou de (rares) détenus libérés des Solovski (parmi lesquels des Français, diplomates ou industriels, accusés d'espionnage), le livre de Raymond Duguet est un implacable réquisitoire contre un système concentrationnaire qui n'en était qu'à ses débuts. Salué, en son temps, par la presse française et internationale, il n'en sera pas moins oublié. Une réédition de ce document historique s'imposait.

LIRE, juin 2004 : [...] Bagne en Russie rouge est plus qu'un ouvrage polémique hostile à la révolution russe comme il s'en est écrit abondamment dès 1918. Car celui-là est un dossier établi à partir de témoignages vécus et notamment de celui d'un négociant français, Etienne Patrizi, établi en Géorgie, et qu'une accusation d'espionnage conduit au bagne de Solovski, dont il ne sort que neuf mois plus tard après l'intervention de l'ambassade de France. En effet, du bagne de Solovski, certains pouvaient encore sortir comme d'autres parvenaient à s'évader. Mais là s'arrête la singularité de cette pièce primitive d'un système concentrationnaire qui, en se perfectionnant, ne lâchera bientôt plus ses victimes. [...] Marc Riglet

Au sujet de Solovki... Anton Ciliga [prononcer Tsiliga]  (1898-1992)

Ce témoignage est extrait du très intéressant ouvrage d'Anton Ciliga, écrit en 1937 « Dix ans au Pays du mensonge déconcertant »

Militant socialiste croate, Anton Ciliga évolue vers le bolchevisme. De 1922 à 1926, il participe activement au mouvement communiste, à Prague, Vienne, Zagreb. Le désir d'étudier sur place les expériences de la grande révolution russe le pousse, au début d'octobre 1926, à quitter Vienne pour Moscou. Là, il va de surprise en surprise et prend conscience que, sous la férule de Staline, une dictature bureaucratique totalitaire supplante la démocratie ouvrière et compromet l'essai de construction d'un Etat ouvrier. Arrêté le 21 mai 1930 sous l'accusation d'une participation à un groupe d'opposition de tendance trotskiste, il est incarcéré à la Maison d'arrêt de la rue Chpalernaïa, à Léningrad.

Anton Ciliga fut condamné à trois ans de prison et deux ans et demi d'exil en Sibérie. Il fut relâché et expulsé en décembre 1935.

Bibliographie

* Youri Beszonov, « Mes vingt-six prisons et mon évasion de Solovki », Paris : Payot, 1928
* Jurij Brodskij, « Solovki, le isole del martirio: da monastero a primo lager sovietico », Milano : La Casa di Matriona, 1998
* Boris Chiriaev, « La veilleuse des Solovki  », Paris : Editions des Syrtes, 2005
* Ante Ciliga (prononcer Tsiliga), « Dix ans au pays du mensonge déconcertant », Paris : Éd. Champ libre, 1977
* Raymond Duguet, « Un bagne en Russie rouge », Paris : Éd. Jules Tallandier, 1927 ; Balland, 2004
* Tomasz Kizny (et al.), « Goulag : les Solovki, le Belomorkanal, l'expédition de Vaïgatch, le théâtre au goulag, la Kolyma, la Vorkouta, la Voie morte », Paris: Acropole, Balland, Géo, 2003
* Natalia Kuziakina, « Theatre in the Solovki prison camp », New York : Routledge, 1995
* Dimitri S. Lichacev, « La mia Russia », Torino : G. Einaudi, 1999. Mémoires de Likhatchev: L'autobiographie de Dimitri Likhatchev, un universitaire russe déporté aux Solovki à l'âge de 21 ans. Il y a croupi pendant 4 ans et demi de 1928 à 1933.
* Soserko A. Malsagov, « An island hell : a soviet prison in the far north », Londres, 1926
* Ekaterina Olitskaïa, « Le sablier », Paris : Deuxtemps Tierce, 1991
* Roy Robson, « Solovski, the story of Russia told through its most remarkable islands », New Haven : Yale university press, 2004
* Mgr Boleslas Sloskans, « Témoin de Dieu chez les sans-Dieu : du bagne des îles Solovki à la déportation en Sibérie, journal de prison », Mareil-Marly : Aide à l'église en détresse, 1986
* Alexandre Soljenitsyne, « Une journée d'Ivan Denissovitch », Paris : 10/18 (Domaine étranger, 488), 2000
* Tatiana Tchernavin, « Escape from the soviets », London : Hamish Hamilton, 1933
* Vladimir Thernavin, « I speak for the silent prisoners of the soviets », Boston, New York : Hale, Cushman & Flint, 1935
* Mariusz Wilk, « Le journal d'un loup », Paris : Éd. Noir sur blanc, 1999

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