Les Jeux olympiques de 2008 à Pékin
Dans un soudain et inattendu sursaut, le parlement européen vote une résolution interdisant la participation à la journée des Jeux de Pékin, si des négociations entre le gouvernement en exil et celui de la Chine populaire n'entamaient des négociations.
Frédéric Koller (Le Temps, 1 juillet 2008) tente de faire le point.
La réunion de la dernière chance entre Chinois et Tibétains en exil
CHINE. Deux émissaires du dalaï-lama rencontrent à Pékin des négociateurs chinois. Si aucun progrès substantiel ne devait en sortir, une épreuve de force s'engagerait à un mois des JO.
Le Temps, Frédéric Koller, Mardi 1 juillet 2008
Pour le gouvernement tibétain en exil, c'est la réunion de la dernière chance. Ce mardi et mercredi, à Pékin, deux émissaires du dalaï-lama vont rencontrer pour la septième fois leurs interlocuteurs chinois dans le cadre d'un dialogue entrepris en 2002 et qui s'était interrompu en juin 2007. A l'époque, Pékin avait estimé qu'il n'y avait plus de raison de se revoir puisqu'il n'y avait pas de problème tibétain.
Les manifestations tibétaines du mois de mars et leur sanglante répression ont changé la donne. Sous la réprobation internationale, Pékin a accepté de reprendre les négociations afin d'éviter une pression accrue de l'étranger à la veille des Jeux olympiques. Une première «rencontre préparatoire de crise» s'est tenue le 4 mai dans la ville chinoise de Shenzhen.
«Ce 7e round sera décisif, explique Kelsang Gyaltsen, l'un des deux émissaires du dalaï-lama, dans un café de la gare de Zurich, ville où il réside. S'il y a des progrès, les choses se développeront calmement dans la bonne voie. Mais si, durant ce 7e round, c'est la ligne dure du gouvernement chinois qui continue de prévaloir, alors nous serons forcés de le faire savoir au public.» En clair, à un mois des JO, le temps de la confrontation sera venu. «A ce moment, dans ce cas, la réaction de la communauté internationale sera cruciale et importante», dit Kelsang Gyaltsen en pesant chacun de ses mots.
Sur quels critères le dalaï-lama jugera-t-il du succès ou non de cette rencontre? «Premièrement, les deux parties doivent reconnaître qu'il y a des problèmes au Tibet, ce qu'ont refusé jusqu'ici de faire les Chinois. Deuxièmement, il faut un engagement à trouver une solution à ces problèmes à travers le dialogue et non par la force et l'intimidation. Troisièmement, il faut une volonté commune de mettre en uvre cette solution dans un esprit de coopération.»
Plus concrètement, les représentants du dalaï-lama vont répéter que les Tibétains en exil sont prêts à reconnaître la souveraineté de la Chine sur le Tibet et qu'ils s'en tiennent à une demande d'autonomie réelle de la région. Pour eux, ils s'agit en réalité simplement d'appliquer des droits inscrits dans la Constitution chinoise. Mais cela implique aussi que Pékin reconnaisse le dalaï-lama comme un partenaire politique. «Le fait est que le dalaï-lama est la seule personne qui a historiquement la légitimité politique et morale de parler au nom du peuple tibétain, précise Kelsang Gyaltsen. Ce n'est pas une question de privilège personnel mais de statut du dalaï-lama.» Ce dernier a toutefois précisé dès 1992, qu'en cas d'accord avec la Chine, il ne conserverait aucun rôle politique ou de position officielle dans le futur gouvernement local du Tibet.
Kelsang Gyaltsen connaît bien ses interlocuteurs du Front uni, un organisme sous contrôle du Parti communiste chargé des affaires religieuses et des minorités ethniques. «On les côtoie depuis des années. Même s'il n'y a pas eu de progrès substantiels, nous avons pu établir des liens personnels.» Il qualifie l'atmosphère de la dernière rencontre de Shenzhen de «relaxe, amicale et respectueuse». La partie chinoise est représentée par un Chinois han et un Tibétain de souche. Le second, Sithar, a un temps travaillé au consulat chinois de Zurich où il délivrait les visas à la communauté tibétaine de Suisse avec laquelle il était en charge de tisser des liens.
Mais la discussion est demeurée jusqu'ici impossible. «Ils répètent les habituelles allégations contre le dalaï-lama qui aurait organisé les manifestations de Lhassa pour saboter les JO. Notre position est totalement différente. Nous critiquons par-dessus tout la propagande chinoise qui attise la haine des Chinois envers les Tibétains et le dalaï-lama. C'est irresponsable!»
Alors que le Tibet est coupé du monde et que la répression se poursuit, Kelsang Gyaltsen se dit «un peu sceptique» sur la capacité du Front uni de changer de discours. Beaucoup de Tibétains considèrent ce département comme responsable de la ligne dure au Tibet depuis 1951. La bonne nouvelle est que le président Hu Jintao a publiquement affirmé la sincérité chinoise dans cette discussion. Dans la presse chinoise, la campagne de dénonciation du dalaï-lama est toutefois demeurée virulente ces derniers jours.
Kelsang Gyaltsen rappelle encore que le dalaï-lama sera en Suisse du 10 au 12 octobre. Une rencontre avec un ministre est prévue à Berne.