Les Jeux olympiques de 2008 à Pékin
Frédéric Koller fait le constat suivant: "répression renforcée, arrestations nombreuses. Avec ou sans JO, la situation des droits de l'homme demeure médiocre et évolue très lentement en Chine". Encore la grande illusion d'un régime communiste qui pourrait évoluer graduellement vers une vraie démocratie, totalement incompatible avec la nature du régime.
Quant à Amnesty International, il s'est fendu d'une lettre, mais il ne fait des manifestations que contre les Etats-Unis, état évidemment pire que la Chine populaire!
Ces Chinois qui ne verront pas les Jeux
La police paramilitaire en patrouille. A Wengan, un fait divers a rapidement dégénéré en émeute mobilisant 10'000 personnes. (photo: Keystone)
Répression renforcée, arrestations nombreuses. Avec ou sans JO, la situation des droits de l'homme demeure médiocre et évolue très lentement en Chine.
Le Temps, Frédéric Koller, Vendredi 25 juillet 2008
Le 8 juillet, à un mois des Jeux olympiques, le Quotidien du peuple publiait un éditorial intitulé «Pékin embrasse le monde». Le principal organe de presse du Parti communiste chinois expliquait que la Chine serait en mesure d'organiser «un rendez-vous olympique de haut niveau avec des caractéristiques chinoises». C'est un bon résumé du malentendu qu'ont provoqué ces Jeux. Lors de sa candidature, Pékin laissait entendre que les JO favoriseraient un alignement de la Chine sur les pratiques internationales y compris en matière de droits de l'homme. Aujourd'hui, Pékin rappelle que tout ce que la Chine importe est adapté à ses conditions. Sous le couvert de discours culturalistes - discours en vogue en Asie aussi bien que dans les milieux économiques occidentaux -, la Chine justifie un régime répressif. Ces fameuses «caractéristiques chinoises» sont le faux nez de la dictature.
Pour qui avait pris les autorités chinoises - et le Comité international olympique (CIO) qui s'est fait leur fidèle propagandiste - au mot, la déception est aujourd'hui importante. Depuis l'automne, un nouveau cycle de répression frappe toute forme de contestation de l'ordre au nom de la «stabilité» des Jeux. On ne compte plus les arrestations, détentions arbitraires et intimidations à travers tout le pays. Au nom des Jeux, de nombreux Pékinois récalcitrants ont été «harmonisés» (en référence au slogan d'«harmonie sociale» du président Hu Jintao), c'est-à-dire déplacés ou muselés. Dernier exemple en date, l'avocate Ni Yulan, 48 ans, a été arrêtée en avril sous l'accusation de «complot». Torturée par la police il y a quelques années pour avoir dénoncé les violences policières dans le cadre de démolitions forcées d'habitats du vieux Pékin, elle s'était par la suite muée en activiste des droits de l'homme. Selon son mari, elle a à nouveau été battue lors de sa détention.
L'organisation non gouvernementale Amnesty International (AI) n'a pas tort d'affirmer que la répression à l'encontre des défenseurs des droits de l'homme s'est aggravée en Chine, et cela «non pas malgré les Jeux mais à cause des Jeux».
La secrétaire générale d'AI, Irène Khan, s'est fendue d'une lettre ouverte à Hu Jintao pour demander cinq mesures: libérer l'ensemble des prisonniers d'opinion; mettre un terme aux détentions arbitraires; publier les statistiques sur les peines capitales et imposer un moratoire sur les exécutions; offrir une liberté totale aux médias et, enfin, faire la lumière sur les arrestations et le nombre de morts lors des troubles de Lhassa en mars dernier.
«La Chine fait des progrès, et tous ceux qui sont dénués de préjugés peuvent le reconnaître», a rétorqué Qin Gang, le porte-parole du Ministère chinois des affaires étrangères. Affirmant que la Chine populaire avait toujours essayé d'améliorer les droits de l'homme, il a précisé: «Cela ne changera pas parce que nous organisons une activité particulière, et le développement de la Chine ne sera pas décidé, ou mesuré, en fonction des critères de certains pays, peuples ou organisations.»
Ce discours, qui a l'avantage d'être clair, rappelle que les Jeux olympiques n'auront aucun impact sur l'état des libertés et que la Chine suit son propre rythme dans le domaine des droits de l'homme. L'alibi de la transformation de la Chine par les JO est tombé. On peut en effet juger que l'ouverture de la Chine et l'évolution de l'espace des libertés en Chine ces dernières années n'avaient rien à voir avec les JO. Quant à la répression actuelle - à moins d'une crise -, elle devrait se relâcher dans les mois qui suivront les Jeux, lorsque le pouvoir n'aura plus à craindre de perdre la face. Reste, à la veille de ces JO, à évaluer l'état de ces libertés, qui seront l'envers du décor de la fête. Le pouvoir chinois et la grande majorité de la population les évaluent dans un temps long, ou à tout le moins en comparaison avec l'ère du maoïsme. De ce point de vue, il est indéniable que l'évolution est sensible. La Chine n'est plus un Etat totalitaire, bien que ses organes de sécurité en ait préservé certains réflexes qui redeviennent apparents ces jours-ci. La plupart des Chinois sont désormais libres de choisir leur conjoint, leur lieu de résidence et leur travail. Ils peuvent également s'exprimer librement, du moins en privé. La politique, le monopole du pouvoir, le religieux et la souveraineté nationale demeurent toutefois des zones taboues, où la ligne rouge peut être vite franchie. Il n'existe pas davantage de liberté de la presse ni d'espace de débat démocratique. Ce sont les limites d'un Etat autoritaire.
La situation des droits de l'homme en Chine
Frédéric Koller
En comparaison internationale, le tableau des droits de l'homme - un terme désormais repris à son compte par le pouvoir chinois, qui distingue clairement droits économiques et sociaux et droits civils et politiques - n'est guère brillant, et l'évolution est lente. En voici un résumé basé sur le rapport annuel d'Amnesty International (AI):
ø Peine de mort: elle demeure un secret d'Etat. AI a recensé en 2008 470 exécutions et 1860 condamnations à mort. D'autres sources estiment que le chiffre avoisine les 10000 exécutions par an. 68 infractions peuvent entraîner la peine capitale. Depuis le 1er janvier 2007, la Cour populaire suprême examine ces condamnations. Cette mesure aurait entraîné une diminution de 15% des exécutions.
ø Camps de travail: AI estime à 500000 le nombre de personnes détenues dans les célèbres «camps de rééducation par le travail», une mesure d'internement administrative extrajudiciaire qui s'applique aussi bien aux «politiques» qu'aux plaignants, membres de mouvements religieux condamnés ou tout simplement délinquants.
ø Torture: elle demeure une pratique courante en détention.
ø Liberté d'expression: une trentaine de journalistes et une cinquantaine d'utilisateurs d'Internet sont emprisonnés pour leurs écrits. «Les autorités s'emploient toujours à contrôler rigoureusement la circulation des informations. Elles décident des sujets et des informations pouvant être rendus publics, et les médias disposent parfois de quelques minutes à peine pour appliquer les directives du gouvernement. Les pouvoirs publics continuent de bloquer l'accès à certains sites web et de filtrer les contenus en ligne en fonction de mots clés et de sujets.»
ø Répression religieuse: «Des millions de personnes sont privées du droit de vivre librement leur religion.» Les personnes les plus durement frappées sont les pratiquants du Falungong, les musulmans ouïghours, les bouddhistes tibétains et les groupes chrétiens clandestins.
ø Xinjiang et Tibet: la Chine continue d'utiliser la «guerre contre le terrorisme» pour réprimer les membres de l'ethnie ouïghoure, alors que la colonisation «han» du Xinjiang se poursuit. De même, au Tibet, les libertés de religion, d'expression et de religion étaient sévèrement restreintes en 2007.