Mieux vaut tard que jamais, Morgan Sportès dans son roman révèle les dessous d'une partie du maoïsme en France, car il y eut de nombreux groupuscules se réclamant de la "pensée maotsétoung". Evidemment, pas un mot de sympathie pour les dizaines de millions de victimes de Mao-Tsétoung.
Il accuse de nombreux « soixante-huitards » ayant réussi (tels Serge July ; Alain Geismar, Benny Lévy) davoir conduit les « petits soldats du maoïsme » au désespoir et à une dérive suicidaire.
"Ils ont tué Pierre Overney", de Morgan Sportès. Editions Grasset, mars 2008.
Sur le site de l'auteur, quelques faits réels!
http://www.morgansportes.net/article.php3?id_article=81
Enquête sur la mort du militant maoïste Pierre Overney, tué devant les grilles de lex-usine Renault à Boulogne-Billancourt le 25/2/1972.
Tombeau pour un mao
Sébastien Lapaque 12/03/2008 | Mise à jour : 19:28 | . En enquêtant sur la mort de Pierre Overney à lusine Renault de Billancourt, le romancier éclaire une histoire du gauchisme restée obscure. Qui se souvient de Pierre Overney, ouvrier maoïste de 24 ans tué par un vigile de la Régie Renault, le 25 février 1972 à Billancourt ? Une semaine plus tard, 200'000 personnes accompagnaient « Pierrot » au cimetière du Père-Lachaise. Parmi elles, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Jean Genet, Marguerite Duras, André Glucksmann, Marie-José Nat, Simone Signoret, Jean-Luc Godard et Jane Fonda défilant en rangs serrés derrière dimmenses portraits de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao. « Cest lenterrement du gauchisme », prophétisa Louis Althusser ce jour-là, comprenant quun sommet avait été franchi dans labsurde par les gardes rouges français. Dix-huit mois plus tard, les dirigeants de la gauche prolétarienne décidaient lautodissolution de la GP et renvoyaient chacun à ses affaires : les ouvriers à leurs machines-outils et les maos-intellos à leurs livres.
Quelque temps après avoir taillé en pièces le gauchisme culturel dans lexcellent Maos, un roman passé sous silence dans certaines gazettes, Morgan Sportès remet les événements en perspective autour de la mort de Pierre Overney à la manière dun auteur de polars. Son livre est à la fois une enquête et un récit, des Illusions perdues nouvelle manière. Restituant le témoignage des uns et des autres, fouillant les archives, relisant la presse de lépoque, le romancier sinterroge avec à-propos sur quelques manipulations possibles. Par là, il se promène dans lenvers de lhistoire contemporaine comme le Balzac de lHistoire des Treize. Face au « ?bloc historique? » que les gaullistes et les communistes formaient depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le désordre semé à Paris par les gauchistes pouvait servir des intérêts à la fois contradictoires et convergents. On a ainsi vu des gaullistes de gauche sympathiser avec les maos par haine de « Pompidou latlantiste ». Lart avec lequel ces combinaisons et ces rivalités sont mises en scène est très subtil. Le seul reproche quon fera à Morgan Sportès est dordre formel. Il écrit le mot « roman » sous le titre de son livre. Cette qualification nest pas contestée : les définitions sont libres, il ny a même que ça de libre. Ce quon regrette, cest que Morgan Sportès nait pas dopé davantage Ils ont tué Pierre Overney au fantasme, à la fiction, et même à la parano, pour laisser limagination, cette folle du logis, semer le désordre régénérateur dans sa documentation si bien mise en ordre.
Absence de preuves
Sur cette affaire Overney pour le moins embrouillée, on aurait aimé quil écrive un « roman-roman », éclairant de manière extralucide la guerre de Vingt-Cinq ans (1958-1973) que semblent avoir menée des agents américains sur le sol français pour réduire lambition de la vieille nation à celle dune préfecture disciplinée de lEmpire. Il ny a que le roman traditionnel, « balzacien », pour accumuler les rapprochements, les digressions, les rêves, les jugements, les hyperboles, les conversations, les provocations, les commentaires, les lectures, les théories, les éloges et les citations et faire de cet ensemble une uvre dart et un document convaincant. Dans Mort dun général, John Saul évoque ainsi la disparition de Charles Ailleret, chef détat-major des armées et partisan de « lindépendance stratégique », dont lavion sest mystérieusement écrasé à la Réunion en mars 1968. Dans sa dimension historique, Ils ont tué Pierre Overney se heurte à labsence de preuves. « Jeux dombres ? de marionnettes ?... Quelle part ont prise, dans ces affaires, les réseaux militaires secrets, mis en place après la Seconde Guerre mondiale, pour contrer le communisme ? (...) On en saura peut-être davantage dans une cinquantaine dannées, quand seront déclassifiées certaines archives américaines. » Pour faire un pas de plus vers la lumière, il aurait peut-être fallu se souvenir de la façon dont James Ellroy fait de lassassinat de Kennedy à Dallas laboutissement dun immense scandale sexuel, financier et politique dans son roman American Tabloïd. Aucune prudence oratoire, ni aucune prétérition : limagination à bride abattue.
"Un petit soldat perdu de la révolution", par François Eychart, Lettres françaises 6/9/2008
Avec son nouveau roman, Morgan Sportès dévoile les coulisses de lépopée maoïste française. Les lecteurs de Maos retrouveront dans le roman de Morgan Sportès la quête de vérité quil mène sur le maoïsme en France. Sagit-il dun roman ou dun récit ? La question nest pas oiseuse car un récit serait prisonnier de faits prétendument indiscutables alors que dans le cas dun roman cest linterprétation des faits, dans la mesure où elle est libre et revendiquée comme telle, qui permet daller fort loin dans la mise à jour de cette vérité. Battant et rebattant sans cesse les cartes de la partie politique qui sest jouée à la suite de 68, Morgan Sportès, tel un paléontologue qui reconstitue un animal disparu, fait parler cet envers dun temps dont notre société croit pour une large part être sortie.
Ils ont tué Pierre Overney est rude pour tous ceux qui ont porté les maoïstes sur les fonts baptismaux et les ont accompagnés dans leurs agissements pendant des années. Lobjectif de leur mise sur orbite était déliminer le Parti communiste. Son influence, sa combativité étaient intolérables pour le pouvoir pompidolien, mais aussi aux visées de Mitterrand qui nacceptait le programme commun que dans la perspective de prendre 3 millions délecteurs à Georges Marchais. Cest aussi lépoque où lURSS, quoique systématiquement contrée par la Chine, étendait son influence dans le monde. Lindulgence policière envers les groupes maoïstes fut patente. Elle ira jusquà une collusion fort évidente pour qui sait interpréter lincapacité de la police à contrecarrer des actions aussi voyantes que celles mise en oeuvre à Billancourt et ailleurs. Morgan Sportès ne cache rien de laide initiale de la CFDT ou du soutien dintellectuels réputés comme Maurice Clavel, Sartre, Beauvoir, Glucksman, Geismar, Althusser, Foucault... Ils justifiaient des actions qui devaient renverser lÉtat bourgeois, à partir du rejet du PCF considéré comme stalinien et en collusion avec la bourgeoisie, sans se soucier du fait que Mao revendiquait toujours Staline et sentendait avec Nixon. Sartre sera dans cette affaire autant linspirateur que lotage de ce quil aura validé.
De tout cela découle que seule la violence dévoilera aux masses exploitées la nature fasciste du pouvoir. La police suit tout cela à la trace et de lintérieur, en laissant faire. Cest au cours dune de ces actions quOverney est tué par un vigile. Certains secteurs gaullistes, au sein de Renault et ailleurs, nétaient pas mécontents des actions des maos. Il nen reste pas moins que les chefs maoïstes ont fait le choix de ce genre dincidents, ayant prévu pour le même soir une manifestation où les CRS devaient être attaqués avec des bouteilles incendiaires, créant ainsi une situation dune extrême gravité. Lenterrement dOverney donnera lieu à une grande manifestation où se retrouve toute la gauche non communiste. On y conspue Marchais et Séguy. Du grand art. Ensuite a lieu lenlèvement dun responsable de Renault qui ne dure que deux jours et se termine par une libération anticipée. Leurs auteurs ne seront pas arrêtés. On doute quils aient été bien cherchés. On doute même que la police ait eu besoin de les chercher. Puis Tramoni, lassassin dOverney, sera abattu après sa sortie de prison. Là encore, grande faiblesse policière.
Ce roman est sans indulgence pour nombre de ceux qui, après avoir été les inspirateurs de cette misérable épopée et lavoir encouragée de leur verbiage, se sont ensuite reclassés dans le cinéma, la presse, lédition où ils ont fait de belles carrières. Par contre, il sauve la figure de quelques militants, la piétaille, qui sont restés ce quils étaient, gardant en eux le sentiment désagréable davoir été manoeuvrés par des intellos, fils de bourgeois.
Le roman de Sportès a un lien de parenté avec le roman noir. Il nous présente les coulisses dun monde quon croyait déjà bien connaître car tout ou presque avait été mis devant nos yeux. Mais en fait il manquait cet art de relier les faits entre eux, de donner consistance aux hypothèses, de les faire vivre avec intelligence et sensibilité En ces temps de célébration consensuelle de Mai 68, Morgan Sportès nous rappelle quelques vérités cruelles mais utiles.