Toujours dans la culpabilisation de la Suisse

"Dans les années 1950, les communistes chinois tendaient une main que la diplomatie suisse n'a pas saisie", Alain Campiotti oublie la nature criminelle du parti-état communiste chinois. Il fait de la pub et vante les "efforts chinois". Sûr qu'il va s'indigner contre quelques nazillons, mais les 100 millions de victimes des communistes chinois, il oublie. C'est la complicité de l'Internationale communiste qui, malgré la faillite de l'URSS, et les si nombreuses horreurs des différents régimes communistes, défunts ou actuels, continue sa complicité dans la négation des crimes communistes.


Le «kowtow» de Mao Tsé-toung à la Suisse

Dans les années 1950, les communistes chinois tendaient une main que la diplomatie suisse n'a pas saisie.

Le Temps, Alain Campiotti, Mercredi 6 août 2008

C'était le 1er août 1982. Fête, entre autres, de l'Armée populaire de libération. L'ambassadeur Werner Sigg avait accepté de parler devant un micro et une petite caméra des relations entre la Chine et la Suisse, dans le jardin de sa résidence à Pékin. L'entretien fut un désastre. Sur la bande-son, on n'entendait que le chant des cigales. Elles avaient compris: l'ambassadeur n'avait rien à dire.

D'abord l'abstention

En ce temps-là, le Conseil fédéral envoyait encore à Pékin des diplomates en fin de carrière, sans trop se soucier de savoir si leurs compétences étaient autre chose que mondaines. Et les mondanités elles-mêmes, pour Berne, étaient problématiques. En 1949, la Chine ayant viré au rouge vif, la Suisse se comportait comme un âne qui refuse de traverser la route. Son représentant était resté sur place, à Nankin, puis à Pékin. Mais pouvait-on serrer la main de ces cocos arrivés au pouvoir? Le protocole se grattait la tête. Chiang Kaishek, le généralissime nationaliste en déroute, avait télégraphié ses ultimes vøux à Berne pour le 1er Août. Que fallait-il faire pour le 10 octobre, Fête nationale chinoise, demandait trois jours plus tôt une note inquiète au département politique. Les chefs ont opté pour l'abstention: «Un télégramme équivaudrait à la reconnaissance du nouveau gouvernement.» C'était peut-être sage: Mao ayant proclamé le 1er octobre sur Tiananmen la naissance de la République populaire, il n'y avait de toute manière plus rien à fêter le 10...

Cette bouderie protocolaire a duré, comme le montrent les courriers diplomatiques conservés aux Archives fédérales. Le 28 septembre 1954, le département politique envoyait à la légation de Pékin ce télégramme: «Président Mao Tsé-toung n'adressa aucun message à Président de la Confédération à l'occasion du 1er août. Or principe constamment observé par le Conseil fédéral est de n'adresser félicitations que si le chef d'Etat étranger en a pris lui-même l'initiative.»

Mao a finalement compris qu'il devait s'abaisser au kowtow (prosternation) devant les hautains Helvètes. Le 29 juillet 1956, encore président de la République populaire, il a envoyé à Markus Feldmann ses «vøux pour la prospérité grandissante de la Confédération suisse et pour que les relations amicales entre la Chine et la Suisse se développent et se consolident de jour en jour.» Le 2 août, ce télégramme était publié en première page du Quotidien du peuple, sous l'éditorial.

Les efforts chinois

Les communistes chinois ont peut-être eu de la peine à intégrer immédiatement les «principes constants» du protocole fédéral, mais ils avaient déjà fait de grands efforts pour démontrer leurs bonnes dispositions à l'égard de la Suisse. Le 1er août 1951, la légation à Pékin avait bien sûr préparé une réception, ou plutôt deux: l'une, officielle, pour les amis du régime, l'autre, plus discrète, pour des diplomates moins bien en cour. L'ambassadeur Clemente Rezzonico s'était enquis au Waijiaobu (le Ministère des affaires étrangères) de la liste des Chinois qu'il serait bon d'inviter, s'inquiétant par ailleurs de la collision qu'il pouvait y avoir entre la Fête nationale suisse et celle de l'armée. Peu avant la réception officielle, des policiers populaires sont arrivés pour inspecter les lieux et demander aux Suisses de vérifier l'identité de tous les invités. A 18 h 30, l'heure indiquée sur le carton, le premier ministre Zhou Enlai est arrivé en personne, à la tête d'une escouade de ministres et d'une centaine de hauts fonctionnaires. C'était la première apparition de Zhou après une longue maladie. Il a porté un toast «au président de la Confédération, au Conseil fédéral, à la Suisse et au peuple suisse». Un événement. Clemente Rezzonico, ébahi, a envoyé à Berne un compte rendu de trois pages sur cette mémorable soirée qui ouvrait, écrivait l'ambassadeur, des «horizons protocolaires nouveaux».

Un demi-siècle plus tard, il est bien sûr facile d'ironiser ou d'être cruel. Mais les vieux papiers des archives racontent une formidable occasion gâchée. Les diplomates suisses étaient à Pékin en très petite compagnie, et la plupart des autres étaient communistes. Un peu de vision politique à Berne, construisant sur la bonne volonté manifestée par Mao et Zhou, aurait pu faire de la Suisse un passage obligé entre l'Occident et la Chine, une plate-forme d'échanges et de connaissances. Ç'aurait été, on le sait avec le recul, le meilleur investissement possible. Mais en ce temps-là, la politique étrangère de la Suisse était de ne pas en avoir. Elle était dictée par la trouille du rouge. Et par le protocole.

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