Pascal Couchepin en Chine sans rapport avec Tintin au pays des Soviets. Une amnésie sélective sur les Droits de l'Homme et le Tibet!
Les poncifs sur la Chine "civilisation millénaire", ce qui est historiquement vrai, mais Pascal Couchepin "oublie" que le régime communiste n'a cessé depuis sa prise de pouvoir en 1949 de dénigrer et même détruire ce passé: "Du passé, faisons table rase". En particulier la soi-disante "grande révolution culturelle prolétarienne" a détruit des pans entiers de cette culture. Par exemple, il faut se rappeler la campagne terroriste contre Confusius accusé de tous les maux!
Et une phrase sur les voeux pieux pour défendre les Droits de l'Homme et les minorités nationales!
La Chine, les Chinois et Pascal Couchepin
Deuxième visite de Pascal Couchepin en Chine. En novembre 2003, il rencontre le premier ministre Wen Jiabao au Zhongnanhai, siège du gouvernement. Pékin, 21 novembre 2003. (photo: Keystone)
En vacances dans sa propriété montagnarde de Chemin-Dessus, le président de la Confédération, Pascal Couchepin, s'est prêté il y a quelques jours à une conversation très détendue sur ses relations avec la Chine.
Le Temps, D. S. Miéville, Lundi 28 juillet 2008
Le Temps: Quels ont été vos premiers contacts avec la Chine?
Pascal Couchepin: Les premiers contacts, je les ai eus par des lectures, avant mon premier voyage en Chine. J'avais lu pas mal de livres et d'articles avant ce premier voyage, lorsque j'étais chef du Département de l'économie.
- Quel genre d'ouvrages?
- Des livres d'histoire, sur la pensée chinoise, ainsi que des ouvrages sur l'histoire récente de la Chine. Je ne pense pas que les romans de Van Gulik, sur les enquêtes du juge Ti, appartiennent à l'histoire de la Chine. Mais je les ai trouvés passionnants et ils éveillent la sympathie pour cette culture.
- Et les grands classiques?
- J'ai commencé le Rêve dans le pavillon rouge...
- Seriez-vous allé en Chine sans en avoir l'occasion en tant que conseiller fédéral?
- Je pense que oui. Tous ceux qui s'intéressent à l'évolution du monde ont envie d'aller en Chine. Soit pour faire la Route de la soie, soit pour voir l'armée ensevelie de l'empereur Qin Shihuang près de Xian, soit pour observer la façon dont se développe ce pays.
- Quelles furent vos impressions au cours du premier voyage?
- Elles sont aujourd'hui noyées dans les impressions des voyages suivants. Ce qui est impressionnant, c'est la rapidité du développement. L'exemple le plus saisissant en est Pudong, le quartier des affaires de Shanghai, de l'autre côté du Huangpu, qui était un marécage il y a une vingtaine d'années et qui est aujourd'hui, avec ses gratte-ciel, le cur financier de la Chine.
On ne peut pas identifier toute la Chine à Pudong, mais il est tout aussi impressionnant de voir, dans des régions reculées, la vitesse à laquelle se développent des villes situées à des milliers de kilomètres de la côte, même si la différence des niveaux de vie demeure dramatique.
Aujourd'hui, on voit seulement la pollution que provoque la Chine, avec les voitures, les centrales à charbon. On dit pourtant qu'une grande partie des problèmes d'environnement mondiaux seront résolus par l'Inde et la Chine, tout simplement parce qu'elles n'ont pas le choix. Si ces deux pays continuent à se développer de la façon dont ils le font maintenant, la planète est mal partie. Les Chinois sont conscients de cela. Mais ils n'acceptent pas qu'on leur dise: «Arrêtez de vous développer parce que les Occidentaux ont déjà suffisamment pollué.» Leur fierté nationale, légitime, ne tolère pas qu'on leur fasse la leçon, alors que l'Occident n'a pas été très regardant dans ce domaine. C'est une grande nation, une grande civilisation, qui accepte mal les leçons de l'Occident.
- Qu'est-ce qui vous fascine dans la civilisation chinoise?
- Tout d'abord l'héritage culturel. Du point de vue scientifique, ce sont les Chinois qui ont inventé la poudre, la boussole, le papier, la porcelaine. Ce qui est fascinant, c'est que cette grande civilisation tout d'un coup s'est endormie. Pourquoi a-t-elle perdu pied face à l'Occident? Jusqu'au début du XIXe siècle, l'économie chinoise était l'une des plus importantes du monde.
Une des meilleures explications que j'ai pu lire est que les Chinois avaient une telle conscience de leurs qualités et de leurs talents qu'ils ne ressentaient pas le besoin de se confronter avec d'autres civilisations. Un exemple typique est celui de cet amiral chinois qui découvre les côtes d'Afrique et rentre rendre compte à son empereur, ce qui clôt l'exercice.
- Est-ce qu'il y a des éléments de la culture chinoise qui sont utilisables dans la vie politique?
- Une des forces de l'Occident a été d'absorber, comme une éponge, beaucoup de forces venues de l'extérieur. Non seulement des inventions techniques, mais aussi des apports culturels. Je suis fasciné par le jeu de go, qui est une manière d'appréhender les rapports de force bien différente de celle des échecs ou d'autres jeux qui reposent sur des attaques frontales. Le jeu de go (lire ci-contre) consiste à occuper un territoire non pas dans un affrontement, mais par anticipation. Celui qui a placé au départ ses pierres de la façon la plus habile remporte la partie. C'est une forme de raisonnement que les Américains, notamment, ignorent.
- C'est utile en politique?
- Visiblement oui. Surtout si, au départ, il y a un déséquilibre des forces.
- Est-ce plus utile en Valais ou à Berne?
- Je vous laisse le soin de l'observation et de la conclusion.
- Pratiquez-vous, vous-même, le jeu de go?
- J'ai joué avec mon fils de temps et temps. Cela me passionnait tant que si je jouais après cinq heures je n'arrivais pas à dormir.
- Quels sont les endroits en Chine qui vous ont particulièrement impressionné?
- Shanghai et sa ville moderne. Dans les environs de Shanghai, nous avons visité une fois des villages construits sur des canaux, à proximité desquels il y avait des petites industries, en particulier la fabrication des boutons. C'était vraiment l'industrie du XIXe siècle, avec des entrepreneurs très dynamiques et un sous-prolétariat travaillant dans des conditions incroyables. C'était littéralement un livre d'images, une démonstration de l'histoire du capitalisme, dans sa version la plus dure.
Ce qui m'a également fasciné dans ce pays, c'est le rapport au passé. D'après ce que j'ai cru comprendre, il est tellement peuplé que l'on ne peut pas conserver comme on le fait chez nous tout ce qui ancien, qui est détruit en fonction des besoins, en gardant seulement quelques rues comme témoins. Par contre, les Chinois préservent des paysages célébrés par des poètes, des écrivains ou des peintres. Se retrouver sur des lieux ainsi inscrits dans l'histoire de la littérature ou de la peinture est un sujet de grande émotion. Les rapports à la nature et à l'architecture anciennes sont très différents en Chine de ce qu'ils sont chez nous. Il y a des villes qui ont trois ou quatre mille ans et où on ne trouve pratiquement rien qui date de plus de cent cinquante ans.
- Shanghai vous a beaucoup plus impressionné que Pékin...
- D'un côté, on a le Bund avec l'architecture des concessions européennes et de l'autre le Shanghai du futur qui illustre le fantastique développement de la cité, qui est train de devenir une des grandes villes du monde. Les salaires y sont bientôt aussi élevés qu'en Suisse, en tout cas pour le personnel qualifié. Les problèmes sociaux sont gigantesques, le pourcentage de personnes de plus de 60 ans sera bientôt aussi élevé qu'en Europe, sans institutions sociales pour les prendre en charge. Je ne souviens d'en avoir parlé avec l'ancien maire de Shanghai, qui disait qu'il y avait trois solutions pour résoudre le problème: l'immigration de jeunes, l'émigration des vieux renvoyés dans leurs villages ou le développement d'une politique sociale pour personnes âgées.
- Quel genre de rapports avez-vous entretenus avec vos interlocuteurs chinois?
- J'ai le sentiment d'avoir pu dialoguer de manière ouverte avec eux. Une expérience très positive a été la fin de la négociation de l'OMC, où l'on a pu régler en une demi-heure, avec le ministre chinois du Commerce, les derniers points en suspens. Au grand regret, m'a-t-il semblé, de l'un ou l'autre de nos négociateurs, qui auraient aimé montrer encore que c'était difficile, qu'il fallait faire beaucoup d'efforts, et augmenter d'autant leur gloire. Mais c'est tout de même grâce à eux que les choses étaient si bien préparées.
La Chine est une grande civilisation, un grand pays, qui a droit au respect dû à son histoire et à sa force économique et sa puissance démographique. Chaque fois que l'on a la tentation de faire la leçon à la Chine, il faut se demander si à leur place on accepterait d'être morigénés comme une nation de seconde zone. Ce qui ne signifie pas qu'on ne peut pas avoir un dialogue très clair, notamment sur les droits de l'homme et le respect des minorités. Ce qui ne signifie pas non plus que, sur les plans politique et économique, il faille tout accepter de la Chine.
Si l'on montre du respect pour ce qu'ils ont été, ce qu'ils sont et ce qu'ils seront, les Chinois comprennent fort bien cela.
- C'est une région où vous aurez envie de retourner après le Conseil fédéral?
- Ça dépendra plus de l'arthrose que de ma volonté. Mais si l'occasion se présente, j'irai.
A trois reprises
D. S. Miéville
vPascal Couchepin a effectué plusieurs visites en Chine, une destination très prisée, par ailleurs, des conseillers fédéraux. En novembre 1999, alors chef du Département de l'économie, il y avait effectué un déplacement de cinq jours à la tête d'une délégation d'industriels suisses. Cette visite avait permis de tourner la page de l'affront subi sur la place Fédérale à Berne quelques mois plus tôt par le président Jiang Zemin. Lequel, accueilli par des manifestants, avait piqué une grosse colère et «passé un savon» fort peu diplomatique à la présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss.
C'est en tant que président que Pascal Couchepin est retourné en Chine ennovembre 2003. De cette visite date l'inscription de la Suisse sur la liste chinoise des pays de destination touristique, ce qui lui ouvre un marché potentiel évalué entre 75 et 100 millions de touristes.
Enoctobre 2004, Pascal Couchepin s'est rendu une nouvelle fois en Chine, en tant que ministre de la Culture, à l'occasion de la réunion ministérielle du Réseau international sur la politique culturelle. En route pour Shanghai, il avait fait escale au Tibet.
Président de la Confédération pour la deuxième fois, Pascal Couchepin assistera à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques le8 août à Pékin, comme il l'a annoncé le 28 mai dernier à Genève, lors d'une rencontre avec la presse étrangère.