Le Pilori, l'hebdomadaire de Géo Oltramare, que dit-il en novembre 1932?


Après le 9 novembre, la première parution date du 11 novembre 1932, jour de commémoration de la fin de la Première guerre mondiale.

«Résolution de l'Assemblée de l'Union Nationale. Les patriotes genevois, décidés à épargner au pays les horreurs de la guerre civile et de la révolution, demandent instamment au Conseil d'Etat d'appliquer l'article 23 de la Constitution de la République et du canton de Genève qui dit que «ceux qui sont au service d'une puissance étrangère ne peuvent exercer de droits politique dans le canton».» Conformément à cet article, le gouvernement obligera immédiatement M. Léon Nicole, Conseiller national et député au Grand conseil et M. Jacques Dicker, Conseiller national et député au Grand conseil, à abandonner leur mandat.
«Au cours de la campagne ardente que l'Union Nationale a menée contre la monstrueuse initiative socialiste, j'avais demandé aux Genevois ce qu'ils attendaient pour se révolter contre la tyrannie de Moscou. L'autre soir, ils ont répondu. L'autre soir, Genève s'est enfin réveillée. La mobilisation générale décrétée par Nicole et Dicker ne nous a pas fait peur. Il faut qu'on dise à l'extrême-gauche, que jamais nous ne céderons aux menaces. Le chantages des énergumènes n'a pas de prise sur nous.»

Après l'émeute

Le 18 novembre 1932, le Pilori écrit: Deux miracles: « Après le 9 novembre, nous avons vu s'accomplir deux miracles. Le patriotisme des radicaux a été réveillé par les coups de fusil. Les membres du Faubourg se sont mis résolument à la remorque de l'UN et du Pilori pour réclamer l'explulsion des agitateurs étrangers et la dénaturalisation des Genevois révolutionnaire. Autre miracle: la Franc-Maçonnerie, sous la pression des événements est devenue patriotique et religieuse. Ne riez pas! Les présidents des Loges de Genève demandent à Dieu de protéger notre pays!» […] «Dans leur lettre ouverte à la presse, les présidents de Loges se prononcent contre le "noyautage" communiste à l'armée et contre les instituteurs amis des Soviets.»
«Une émeute valait mieux qu'une révolution»

La provocation du 9 novembre 1932 devait pour Léon Nicole empêcher Georges Oltramare de révéler les magouilles qui ont entraînés la faillite de la Banque de Genève, dans lesquels, le directeur du Travail était impliqués

«Si Nicole avait été un pamphétaire honnête, il n'eût pas manqué de crier au danger, il eût dénoncer le scandale de la Banque de Genève, avant que les dernières réserves s'engloutissent dans des opérations catastrophiques. Non: cet homme qui savait tout, a préféré se taire, lui qui parle tant quand il ne sait rien. Il attendait son heure, cependant que les petits épargnants perdaient leur argent…»

«L'Agenda de Miéville ne laisse plus aucun doute sur la sincérité de Nicole! Pendant plus de deux ans, Nicole, le défenseur de la classe ouvrière, le redresseur de torts, le censeur impitoyable, a joué à la baisse contre un établissement de crédit où se trouvaient les économies d'une foule de petites bourses (*). Il a joué à la baisse, non pour le profit d'argent, mais pour un succès pesonnel. Il voulait le scandale, le krach, la déconfiture, Sa sinistre politique, dont treize cadavres payent aujourd'hui les frais, l'a poussé à manoeuvrer contre la finance, en étroit contact avec des financiers.» Lire l'ensemble de l'article: «Léon Nicole, spéculateur ou les révélations de l'Agenda Miéville»

«Et maintenant tournons la page: "Ordre, Civisme, Corporations, Paix" et avant "Emeute, Révolution, Hécatombe, l'armée en danger"»

Une ironie que ne dédaignerait pas le "Canard enchaîné", mais soulevant un point crucial: «Si vous voulez la réparation matérielle du dommage - moralement irréparable, hélas! - que vous a causé l'émeute du 9 novembre, il ne vous reste qu'à assigner les manifestants et leurs chefs et le parti socialiste tout entier.» Curieusement, personne ne l'a fait. Les coupables, une nouvelle fois pas responsables!

Retour