Géo Oltramare avait fondé le Pilori après avoir été licencie de "La Suisse" en 1923. Depuis 9 ans, et même durant l'année 1932, cet hebdomandaire n'y va pas avec le dos la cuillère:

- publications, numéro après numéro, de listes de tous les francs-maçons de Genève, Neuchâtel et Vaud, selon les différentes loges;

- accusations répétées contre Léon Nicole qui aurait été au courant des graves difficultés de la Banque de Genève, sans les révéler, alors qu'il est le directeur du Travail, le quotidien du parti socialiste genevois;

- accusations tout aussi répétées contre les agents de l'étranger, en l'occurence l'URSS de Staline, et en particulier Nicole, "le bolchevique camouflé";

- campagnes constantes contre l'URSS mais d'une manière naïve. Ces critiques n'ont pas dû laisser Staline insensible, d'autant plus que ce trublion de la vie genevoise a, par son réseau d'influence, le pouvoir d'empêcher toute initiative comme le projet d'organiser une grande bastringue pour la Paix, en opposation à la Conférence sur le Désarmement. L'acharnement du PCS contre Georges Oltramare monte d'un cran en mars 1932, alors que le Komintern prépare son anti-conférence orchestrée par Willy Münzenberg avec de "grands intellectuels pacifistes" servant docilement Staline. Vaincu en mai 1932, la section suisse de l'Internationale communiste prépare la revanche, la provocation du 9 novembre 1932.

- et enfin, la critique des Juifs, reprenant la polémique des sionistes combattant l'assimilation. Selon Georges Oltramare, les Juifs qui se disent assimilés seraient des hypocrites, et pour les sionistes, des traîtres. Cela ne serait pas complet s'il n'était pas rappelé l'amalgame entre le Juif et le capitaliste, reprenant la critique de Karl Marx dans "La question juive". Ce discours anti-capitaliste d'Oltramare est aussi conforté par la dénonciation des relations entre le Juif et la franc-maçonnerie.

La question de l'«antisémitisme» de Georges Oltramare et du Pilori fait problème lors des négociations pour la fusion de l'UDE et de l'OPN au printemps 1932. Le journal "Le Citoyen" de l'UDE demande au rédacteur du Pilori "de se dépouiller de son antisémitisme".

En réponse, Georges Oltramare répond: «Notre antisémitisme n'a pas eu à se dépouiller de son outrance. Le Pilori n'a jamais varié sur la question juive à Genève. Au mois de septembre 1923 dans notre huitième numéro, nous écrivions déjà: "Nous sommes prêts à reconnaître les grandes vertus du peuple d'Iraël, son énerie, son intelligence et son pouvoir de séduction… Malheureusement les Juifs sont rebelles à l'assimilation… Un Juif est Juif avant d'être Genevois, la chose est certaine. Par là, il présente un grand danger. A l'heure où, ébranlés par la guerre, nous avons besoin de regrouper toutes nos forces nationales pour nous ressaisir et faire face aux difficultés immédiates, trop de confiance sous perdrait… Genève ne soit pas être le théâtres de pogroms. Mais n'en faisons pas le ghetto de la Suisse.»

[NDLR: la rédaction ne partage ni le point de vue de Georges Oltramare, ni celui de Karl Marx.]

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