Quand le peuple ne répond pas correctement, c'est le populisme

Les citoyens qui en marrent d'une ville de Genève sale, de l'augmentation des vols et des «incivilités», de la criminalité et des dealers, aux Pâquis et ailleurs, qui demandent à leur régie de mettre une serrure avec code excédés par les visites inopportunes, de sentir la pisse dans la cage d'escalier, et pourtant le concierge fait bien son travail, c'est du populisme. Quand, par dessus le marché, le ministre de la police, un type mou, leur dit depuis 12 ans, qu'ils rêvent car il n'y a qu'un sentiment d'insécurité, ces braves votent pour ceux qui les respectent comme le MCG.

Le populisme, ne serait-ce pas plutôt quand le peuple en a marre qu'on se foute de lui!


Genève: quelle réponse aux questions du MCG?

LeTemps.ch, Pierre Veya, Opinions/Editoriaux, mercredi14 octobre 2009

Les élections genevoises obéissent à des particularités locales bien connues: une division marquée des mouvements de gauche, une culture protestataire récurrente ou plus simplement populiste selon les circonstances

Mais l’on aurait tort de n’y voir qu’un phénomène particulier et même passager qui refluera à coup sûr dans quatre ans. Le vote massif en faveur du MCG et de l’extrême gauche (qui n’a échoué qu’en raison de conflits internes) témoigne du désarroi d’une population inquiète et désorientée par une crise de croissance qui va perdurer. En ce sens, le vote genevois, tout comme le malaise tessinois, prend une dimension nationale pour un pays qui entre chaque jour un peu plus dans un ajustement conjoncturel difficile.

Si la crise n’explique pas tout, le vote anti-frontaliers et le débat sur l’insécurité bousculent les partis gouvernementaux qui n’ont jamais nié les problèmes, mais peinent à formuler des réponses lisibles par des électeurs sous l’emprise de la colère contre les institutions. A Genève, tous admettent qu’ils porteront une meilleure attention aux questions posées par le MCG, même s’ils devront, dans la foulée de leur examen, récuser avec la plus grande clarté la chasse aux boucs émissaires. Cela exclut toute forme de mépris politique à l’égard d’une formation qui maltraite la démocratie, mais exige une capacité à mieux communiquer sur les enjeux politiques et à anticiper des changements rapides qui déstabilisent beaucoup de citoyens vulnérables. La cohabitation avec le MCG, et même un durcissement du discours politique ne sont pas des solutions praticables. En revanche, Genève a besoin d’un sursaut républicain des partis gouvernementaux, qui permette l’émergence de compromis plus forts que les étiquettes partisanes. Cela signifie aussi répondre concrètement à des manifestations d’un malaise social, même si la lecture des statistiques en relativise souvent l’importance. La politique n’est pas que raison; elle doit plus que jamais reconnaître les symptômes avant que le mal-être ne s’installe.

La discipline commune pour améliorer les infrastructures, maîtriser les dépenses publiques, accompagner le développement urbain ou réformer le système social doit s’imposer dans l’esprit d’une responsabilité partagée. Les partis libéral-radical, démocrate-chrétien, vert et socialiste n’ont pas d’autre choix. Alors, peut-être, Genève parviendra à éclairer d’une lumière plus noble le reste du pays.

Genève face au populisme

Le Temps, Cynthia Gani, partis gouvernementaux, mercredi14 octobre 2009
Secouées par la déferlante MCG, les autres formations font leur mea culpa et livrent leurs remèdes. Les enjeux de la région, disent-ils, devront être mieux expliqués à la population

Les liens
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Editorial. Genève: quelle réponse aux questions du MCG?
Infographie. Genève, géographie d’une fronde populiste

Personne n’échappe au mea culpa. La gueule de bois des élections passée, les partis gouvernementaux cessent de relativiser l’écrasante victoire du Mouvement Citoyens genevois (MCG) à l’élection du Grand Conseil pour se livrer à une profonde remise en question. De tous les côtés de l’échiquier, on prend acte de l’irritation de la population, on admet avoir négligé la présence sur le terrain et sous-estimé les craintes de la population par rapport au développement de la région. Au-delà de ces constats, les partis ont tiré les leçons du scrutin de dimanche: sans tomber dans les travers du populisme, assurent-ils, ils empoigneront à l’avenir plus fermement les problématiques de l’insécurité, de l’emploi frontalier et des embouteillages.

Leçon de communication

Pour Michel Halpérin, président du Parti libéral, première force parlementaire du canton, «la classe politique ne peut pas faire comme si de rien n’était: la population a manifesté une forme d’inquiétude et d’irritation liée au développement de la République.» Le conseiller national vert Antonio Hodgers, membre du comité de son parti, renchérit: «De tout temps, la montée des mouvements populistes a constitué un thermomètre des tensions sociales, il faut en tenir compte.» Cette fois, note Michel Halpérin, le populisme a séduit dans tous les milieux: «Il y a les mécontents chroniques, les gens qui allaient voter UDC mais qui ont finalement préféré le ton plus dur du MCG, et ceux qui ont voulu donner une leçon aux partis traditionnels.»

Pour expliquer la conquête populiste, il y a d’abord les questions de forme: le succès du MCG a été facilité par les lacunes des autres partis en matière de communication. Pour faire passer leurs idées, mais aussi pour comprendre les préoccupations de la population.
Vice-présidente du PDC et élue à la Ville de Genève, Marie Chappuis estime que «les partis gouvernementaux doivent apprendre à être moins cérébraux, plus agressifs, mais sans tomber dans les raccourcis. Le MCG a su reconquérir la rue, que nous úavions un peu oubliée.» A l’avenir, abonde Michel Halpérin, «nous ferons des efforts en matière de proximité, en tâchant d’être plus concrets et à l’écoute de la population, qui nous trouve lointains». Les libéraux, dit-il, doivent laisser plus de place aux jeunes et aux moyens de communication modernes.

Problèmes minimisés

Mais il y a surtout le fond: «On n’empoigne pas les vrais problèmes», constate le conseiller administratif socialiste Manuel Tornare, membre de la direction du parti. Personne n’a oublié le slogan du MCG: «Frontaliers assez!» Le terrain est glissant, tous les partis le confessent. «Pas question de se rouler dans la fange pour faire de la politique», prévient Michel Halpérin. Mais en prenant garde aux dérapages, il faut se saisir du problème que le parti populiste a mis en évidence sans y apporter de solution, selon Antonio Hodgers.

«Les bilatérales n’ont pas eu un effet positif pour l’ensemble des Genevois. Dans certains secteurs, comme la restauration ou chez les indépendants, la concurrence et la pression sont devenues très fortes. Cela, les partis traditionnels l’ont un peu minimisé». Le Vert table également sur «un renforcement du travail syndical pour répondre aux à ceux qui craignent pour leur emploi».

Sur la sécurité, autre terrain de prédilection du MCG, les partis ont aussi péché. Michel Halpérin: «Même si les libéraux ont été les premiers à empoigner ce thème en déposant sept projets de loi, les autorités législatives et exécutives ont été très lentes à agir.» La mendicité, «interdite par une loi que le ministre Laurent Moutinot n’a pas tout de suite mis en œuvre, est urticante pour la population», illustre-t-il. Antonio Hodgers concède que «socialistes et Verts ne savent pas répondre avec un discours clair sur la question de la petite criminalité urbaine.»

Pour concrétiser les projets ces quatre prochaines années, estime Marie Chappuis, les partis doivent collaborer: «PDC, radicaux et Verts devront prendre leurs responsabilités et jouer un rôle de pivot pour sortir Genève de l’immobilisme.»

La nébuleuse de la région

Plus globalement, c’est le développement de la région, ni concret, ni cadré aux yeux de nombreux citoyens, qui est en cause. Pourtant, l’agglomération franco-valdo-genevoise bouleverse la donne en matière d’emploi, de logement et de transport. Selon le conseiller administratif radical Pierre Maudet, membre de la direction de son parti, l’inquiétude des Genevois est liée au flou qu’ils ressentent par rapport à cette croissance: «Le projet de la Praille (ndlr: attaqué par un référendum de la gauche dure et des syndicats) est symptomatique: le peuple devra voter alors qu’il n’y a toujours pas de vision politique claire du dossier. Pour les mouvements populistes, le terrain est propice: ils reformulent les enjeux de manière plus simple. A nous de reprendre la main.» Antonio Hodgers acquiesce: «Les bilatérales ont accéléré le développement économique de la région. Mais les infrastructures ne suivent pas, aux niveaux de la mobilité, du logement et de l’aménagement du territoire. C’est la rançon du succès, mais cela révèle aussi un déficit de planification.»

Pour sortir de cette impasse, plaident Pierre Maudet et Manuel Tornare, il faut créer un échelon institutionnel. «Les politiques n’ont pas saisi assez vite cet enjeu, pour lequel les radicaux militent depuis longtemps», dit le premier. «Cela fait dix ans que je préconise une assemblée consultative transfrontalière élue au suffrage universel, plaide le second. Contrairement à la situation de Bâle, frontaliers et Genevois n’ont pas l’impression de partager le même destin, de construire ensemble.»

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