Janvier 2010, Besancenot orphelin, Daniel Bensaïd est parti pour l'enfer marxiste
Daniel Bensaïd a troqué le messianisme juif pour celui de Karl Marx, remplaçant le peuple élu par le prolétariat. Dans la rubrique Culture & Histoire alors que ce texte idolâtré par les trotskistes n'est en réalité que de la propagande du Vieux. Diffusé par la filiale de Suisse romande de la LCR, qui s'est dissous dans le NPA, dissolution parfaite puisqu'il ne reste presque plus rien, le NPA a ramassé un méritée claque en reportant 1 % aux dernières élections régionales en France. Les dirigeants du NPA ne rigolent plus car ce score les privent d'un remboursement des frais électoraux, comme ce fut le cas pour le parti de Le Pen, antérieurement: le NPA n'a qu'à vendre son paquebot et compter sur l'héritage de Daniel! Pathétique rejet par un disciple de Trotski, co-fondateur du goulag (juin 1918),de la militarisation de l'économie (1919) retour de l'esclavage des ouvriers, - Staline le fera pour les paysans en 1929 -, meurtrier de masse, commanditaire de nombreux crimes contre l'humanité
Bensaïd, préférant et pour cause éviter la réalité de l'action de son maître à penser, promène ceux qui ont du temps à perdre dans un XIXe siècle romantique avec les jeunes Engels et Marx idéalisés. Sans intérêt!
Besancenot poursuivi pour «séquestration»
Libération, 14 juin 2010. Le leader du NPA et 15 autres postiers sont poursuivis pour l'occupation de la direction départementale de la Poste à Nanterre, le 10 mai.
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Accueil » Culture & Histoire Puissances du communisme - dernier texte de Daniel Bensaïd?
Publié le: 15 janvier 2010 Ce texte, probablement un des derniers que Daniel Bensaïd ait écrit (il est décédé le 12 janvier 2010), fait partie du dossier du dernier numéro de la revue Contretemps dont il était un des 3 directeurs de publication, consacré à la question du communisme (De quoi le communisme est il le nom ?) en lien avec le colloque du même nom organisé les 22 et 23 janvier à luniversité de Paris 8, colloque auquel Daniel tenait beaucoup
[ndlr: la claque reçue par son NPA l'obligeait à faire une diversion pour tenter de sauver le Titanic du trotskisme en France!]
Dans un article de 1843 sur « les progrès de la réforme sociale sur le continent », le jeune Engels (tout juste vingt ans) voyait le communisme comme « une conclusion nécessaire que lon est bien obligé de tirer à partir des conditions générales de la civilisation moderne ». Un communisme logique en somme, produit de la révolution de 1830, où les ouvriers «retournèrent aux sources vives et à létude de la grande révolution et semparèrent vivement du communisme de Babeuf ».
Pour le jeune Marx, en revanche, ce communisme nétait encore qu« une abstraction dogmatique », une «manifestation originale du principe de lhumanisme ». Le prolétariat naissant sétait «jeté dans les bras des doctrinaires de son émancipation», des «sectes socialistes », et des esprits confus qui «divaguent en humanistes» sur «le millenium de la fraternité universelle» comme «abolition imaginaire des rapports de classe ». Avant 1848, ce communisme spectral, sans programme précis, hantait donc lair du temps sous les formes « mal dégrossies» de sectes égalitaires ou de rêveries icariennes.
Déjà, le dépassement de lathéisme abstrait impliquait pourtant un nouveau matérialisme social qui nétait autre que le communisme: « De même que lathéisme, en tant que négation de Dieu, est le développement de lhumanisme théorique, de même le communisme, en tant que négation de la propriété privée, est la revendication de la vie humaine véritable. » Loin de tout anticléricalisme vulgaire, ce communisme était« le développement dun humanisme pratique », pour lequel il ne sagissait plus seulement de combattre laliénation religieuse, mais laliénation et la misère sociales réelles doù naît le besoin de religion.
De lexpérience fondatrice de 1848 à celle de la Commune, le «mouvement réel» tendant à abolir lordre établi prit forme et force, dissipant les «marottes sectaires» et tournant en ridicule «le ton doracle de linfaillibilité scientifique ». Autrement dit, le communisme, qui fut dabord un état desprit ou «un communisme philosophique », trouvait sa forme politique. En un quart de siècle, il accomplit sa mue: de ses modes dapparition philosophiques et utopiques, à la forme politique enfin trouvée de lémancipation.
1. Les mots de lémancipation ne sont pas sortis indemnes des tourments du siècle passé. On peut en dire, comme des animaux de la fable, quils nen sont pas tous morts, mais que tous ont été gravement frappés. Socialisme, révolution, anarchie même, ne se portent guère mieux que communisme. Le socialisme a trempé dans lassassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, dans les guerres coloniales et les collaborations gouvernementales au point de perdre tout contenu à mesure quil gagnait en extension. Une campagne idéologique méthodique est parvenue à identifier aux yeux de beaucoup la révolution à la violence et à la terreur. Mais, de tous les mots hier porteurs de grandes promesses et de rêves vers lavant, celui de communisme a subi le plus de dommages du fait de sa capture par la raison bureaucratique dEtat et de son asservissement à une entreprise totalitaire. La question reste cependant de savoir si, de tous ces mots blessés, il en est qui valent la peine dêtre réparés et remis en mouvement.
2. Il est nécessaire pour cela de penser ce quil est advenu du communisme au xx siècle. Le mot et la chose ne sauraient rester hors du temps et des épreuves historiques auxquelles ils ont été soumis. Lusage massif du titre communiste pour désigner lEtat libéral autoritaire chinois pèsera longtemps beaucoup plus lourd, aux yeux du plus grand nombre, que les fragiles repousses théoriques et expérimentales dune hypothèse communiste. La tentation de se soustraire à un inventaire historique critique conduirait à réduire lidée communiste à des « invariants» atemporels, à en faire un synonyme des idées indéterminées de justice ou démancipation, et non la forme spécifique de lémancipation à lépoque de la domination capitaliste. Le mot perd alors en précision politique ce quil gagne en extension éthique ou philosophique. Une des questions cruciales est de savoir si le despotisme bureaucratique est la continuation légitime de la révolution dOctobre ou le fruit dune contre-révolution bureaucratique, attestée non seulement par les procès, les purges, les déportations massives, mais par les bouleversements des années trente dans la société et dans lappareil dEtat soviétique.
3. On ninvente pas un nouveau lexique par décret. Le vocabulaire se forme dans la durée, à travers usages et expériences. Céder à lidentification du communisme avec la dictature totalitaire stalinienne, ce serait capituler devant les vainqueurs provisoires, confondre la révolution et la contrerévolution bureaucratique, et forclore ainsi le chapitre des bifurcations seul ouvert à lespérance. Et ce serait commettre une irréparable injustice envers les vaincus, tous ceux et celles, anonymes ou non, qui ont vécu passionnément lidée communiste et qui lont fait vivre contre ses caricatures et ses contrefaçons. Honte à ceux qui cessèrent dêtre communistes en cessant dêtre staliniens et qui ne furent communistes quaussi longtemps quils furent staliniens !
4. De toutes les façons de nommer «lautre », nécessaire et possible, de limmonde capitalisme, le mot communisme est celui qui conserve le plus de sens historique et de charge programmatique explosive. Cest celui qui évoque le mieux le commun du partage et de légalité, la mise en commun du pouvoir, la solidarité opposable au calcul égoïste et à la concurrence généralisée, la défense des biens communs de lhumanité, naturels et culturels, lextension dun domaine de gratuité (démarchandisation) des services aux biens de première nécessité, contre la prédation généralisée et la privatisation du monde.
5. Cest aussi le nom dune autre mesure de la richesse sociale que celle de la loi de la valeur et de lévaluation marchande. la concurrence «libre et non faussée» repose sur «le vol du temps de travail dautrui». Elle prétend quantifier linquantifiable et réduire à sa misérable commune mesure par le temps de travail abstrait lincommensurable rapport de lespèce humaine aux conditions naturelles de sa reproduction. Le communisme est le nom dun autre critère de richesse, dun développement écologique qualitativement différent de la course quantitative à la croissance. La logique de laccumulation du capital exige non seulement la production pour le profit, et non pour les besoins sociaux, mais aussi « la production de nouvelle consommation », lélargissement constant du cercle de la consommation « par la création de nouveaux besoins et par la création de nouvelles valeurs dusage» : doù «lexploitation de la nature entière» et «lexploitation de la terre en tous sens». Cette démesure dévastatrice du capital fonde lactualité dun éco-communisme radical.
6. La question du communisme, cest dabord, dans le Manifeste communiste, celle de la propriété: « Les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique: suppression de la propriété privée» des moyens de production et déchange, à ne pas confondre avec la propriété individuelle des biens dusage. Dans «tous les mouvements », ils « mettent en avant la question de la propriété, à quelque degré dévolution quelle ait pu arriver, comme la question fondamentale du mouvement». Sur les dix points qui concluent le premier chapitre, sept concernent en effet les formes de propriété: lexpropriation de la propriété foncière et laffectation de la rente foncière aux dépenses de lEtat; linstauration dune fiscalité fortement progressive; la suppression de lhéritage des moyens de production et déchange; la confiscation des biens des émigrés rebelles; la centralisation du crédit dans une banque publique; la socialisation des moyens de transport et la mise en place dune éducation publique et gratuite pour tous; la création de manufactures nationales et le défrichage des terres incultes.
Ces mesures tendent toutes à établir le contrôle de la démocratie politique sur léconomie, le primat du bien commun sur lintérêt égoïste, de lespace public sur lespace privé. Il ne sagit pas dabolir toute forme de propriété, mais « la propriété privée daujourdhui, la propriété bourgeoise », « le mode dappropriation» fondé sur lexploitation des uns par les autres.
7. Entre deux droits, celui des propriétaires à sapproprier les biens communs, et celui des dépossédés à lexistence, «cest la force qui tranche », dit Marx. Toute lhistoire moderne de la lutte des classes, de la guerre des paysans en Allemagne aux révolutions sociales du siècle dernier, en passant par les révolutions anglaise et française, est lhistoire de ce conflit. Il se résout par lémergence dune légitimité opposable à la légalité des dominants.
Comme «forme politique enfin trouvée de lémancipation », comme «abolition» du pouvoir dEtat, comme accomplissement de la République sociale, la Commune illustre lémergence de cette légitimité nouvelle. Son expérience a inspiré les formes dauto-organisation et dautogestion populaires apparues dans les crises révolutionnaires: conseils ouvriers, soviets, comités de milices, cordons industriels, associations de voisins, communes agraires, qui tendent à déprofessionaliser la politique, à modifier la division sociale du travail, à créer les conditions du dépérissement de lEtat en tant que corps bureaucratique séparé.
8. Sous le règne du capital, tout progrès apparent a sa contrepartie de régression et de destruction. Il ne consiste in fine «quà changer la forme de lasservissement ». Le communisme exige une autre idée et dautres critères que ceux du rendement et de la rentabilité monétaire. A commencer par la réduction drastique du temps de travail contraint et le changement de la notion même de travail: il ne saurait y avoir dépanouissement individuel dans le loisir ou le «temps libre» aussi longtemps que le travailleur reste aliéné et mutilé au travail. La perspective communiste exige aussi un changement radical du rapport entre lhomme et la femme : lexpérience du rapport entre les genres est la première expérience de laltérité, et aussi longtemps que subsistera ce rapport doppression; tout être différent, par sa culture, sa couleur, ou son orientation sexuelle, sera victime de formes de discrimination et de domination. Le progrès authentique réside enfin dans le développement et la différenciation de besoins dont la combinaison originale fasse de chacun et chacune un être unique, dont la singularité contribue à lenrichissement de lespèce.
9. Le Manifeste conçoit le communisme comme «une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Il apparaît ainsi comme la maxime dun libre épanouissement individuel quon ne saurait confondre, ni avec les mirages dun individualisme sans individualité soumis au conformisme publicitaire, ni avec légalitarisme grossier dun socialisme de caserne. Le développement des besoins et des capacités singuliers de chacun et de chacune contribue au développement universel de lespèce humaine. Réciproquement, le libre développement de chacun et de chacune implique le libre développement de tous, car lémancipation nest pas un plaisir solitaire.
10. Le communisme nest pas une idée pure, ni un modèle doctrinaire de société. Il nest pas le nom dun régime étatique, ni celui dun nouveau mode de production. Il est celui du mouvement qui, en permanence, dépasse/supprime lordre établi. Mais il est aussi le but qui, surgi de ce mouvement, loriente et permet, à lencontre des politiques sans principe, des actions sans suites, des improvisations au jour le jour, de déterminer ce qui rapproche du but et ce qui en éloigne. A ce titre, il est, non pas une connaissance scientifique du but et du chemin, mais une hypothèse stratégique régulatrice. Il nomme, indissociablement, le rêve irréductible dun autre monde de justice, dégalité et de solidarité; le mouvement permanent qui vise à renverser lordre existant à lépoque du capitalisme; et lhypothèse qui oriente ce mouvement vers un changement radical des rapports de propriété et de pouvoir, à distance des accommodements avec un moindre mal qui serait le plus court chemin vers le pire.
11. La crise, sociale, économique, écologique, et morale dun capitalisme qui ne repousse plus ses propres limites quau prix dune démesure et dune déraison croissantes, menaçant à la fois lespèce et la planète, remet à lordre du jour «lactualité dun communisme radical» quinvoqua Benjamin face la montée des périls de lentre-deux guerres.
Daniel Bensaïd