Déroulement des grands procès de Moscou
Les 3 grands procès de Moscou sont publics, et dirigés par le procureur Vychinski, ainsi que par les services du NKVD.
A) Le premier procès de Moscou: le procès du "bloc terroriste contre-révolutionnaire trotsko-zinoviéviste", ou procès des Seize (été 1936)
Accusés: Zinoviev, Kamenev, Smirnov, Evdokinov, Bakaev, Mratchkovski, Ter-Vaganien..., de tendance générale de gauche, ont déjà passé plusieurs années de détention dans des isolateurs.
Accusation: terrorisme, avec l'aide de Trotski, accusé d'avoir assassiné Kirov, médité l'assassinat de Staline, de Vorochilov, et de nombreux autres dirigeants.
* Procès ouvert le 19 août, après préparation de l'opinion par la presse; "aveux" complets des condamnés (après plusieurs semaines d'interrogatoire...), qui s'accusent des crimes les plus absurdes: Kamenev avoue avoir été du côté de la contre-révolution...; tous seront condamnés à mort et fusillés.
B) Le deuxième procès: le procès des Dix-huit (janvier1937)
Accusés: Piatakov, Radek, Sokolnikov, Serebriakov, Mouralov...
Accusation: complot avec Trotski contre l'Union Soviétique, en accord avec puissances étrangères (Allemagne, Japon); sabotage de l'économie, avec comme prétexte les explosions dans des mines de Sibérie le 23 septembre 36.
* Véritable parodie judiciaire, mise en oeuvre par les services de Trotski (Président de la Commission Centrale du contrôle); 13 des 18 accusés sont condamnés à mort, Radek et Sokolnikov sont condamnés à dix ans de prison.
Le deuxième procès fut le procès crucial qui ouvrit la voie à l'élimination des cadres de l'économie. Parallèlement, ce sont les chefs de l'Armée Rouge et les héros de la guerre civile qui sont touchés, avec près de 90% de purges parmi les généraux (maréchal Toukhatchevski par exemple).
C) Le troisième procès: le procès de la droite et des trotskistes (mars 38)
Accusés: Boukharine, Rykov, Rakovski, état, Iagoda, Khodjaev, Ikranov; Gorki, Rechkov, Menjinski, Kouïbychev: leaders de "droite", ex-trotskistes, grandes figures du mouvement révolutionnaire européen.
Accusation: toujours complicité avec Pologne, Allemagne, Angleterre; volonté d'assassiner Lénine (considérée comme parricide...),meurtre de Kirov,...
* Volonté de montrer aux nouveaux promus du Parti qu'ils ne sont pas visés (inquiétudes grandissantes à la fin 1937), mais qu'il s'agit de l'éradication d'un vaste et ancien mouvement de conspiration contre le Parti. En 1938, Staline est l'un des rares révolutionnaires de 1917 à demeurer sur la scène politique.
II Causes et conséquences des procès de Moscou
A) Prélude aux "grands procès" et cadre général des purges staliniennes
* procès = aboutissement "logique" d'un processus d'épuration depuis mai 1933; 1935 avait vu l'affirmation de la position dominante de Staline; or avec l'embourbement du stakhanovisme et l'offensive contre les cadres, Staline veut profiter de l'occasion de la mort de Kirov (1er décembre 1934; Kirov était le "dauphin" éventuel de Staline; cependant l'on peut s'interroger si Staline n'a pas en fait préméditer l'élimination de son ami et rival...) pour accentuer les purges et mobiliser le peuple autour de son leader.
* les procès de Moscou sont en effet avant tout un événement-spectacle (surtout le premier procès), afin d'obtenir une mobilisation idéologique et populiste.
* une justification des échecs économiques (bilan mitigé de la NEP,...) en accusant les cadres du Parti de sabotage, d'espionnage pour le compte des grandes puissances capitalistes,... Mais l'exclusion des dirigeants des appareils économiques, politiques, et militaire ne suffit pas, il faut une neutralisation définitive, d'où "grands procès".
B) Bilan de la répression
* Renouvellement presque total du Parti (purges générales = 70% des membres élus en 1934 ont été supprimés); mais à la différence des purges de 1933-35, la répression menée à travers les Grands Procès touche aussi la vieille garde bolchevique de la Révolution de 1917. Après les procès, on note une relative détente -au cours de l'année 38- dans l'épuration, qui a véritablement atteint son paroxysme en cette deuxième moitié de décennie.
* Les purges ont pour conséquence une assise encore plus grande du pouvoir stalinien: - il s'affirme comme un régime policier: Terreur, rôle du NKVD, à la tête duquel se trouve Sokolovski (1936, après Iagoda, exécuté en 38); ancrage de l'"ordre moral stalinien". Aucune contestation, d'ailleurs, des purges staliniennes.
- il s'affirme comme un régime centralisateur et totalitaire: renforcement du Parti; opposants, voire "déviants", éliminés. Importance du fait que ce soit les procès de Moscou (rôle accru de la capitale). Mais les procès ne sont que la partie visible d'une vaste période de purge au cours de laquelle se multiplient procès à huis-clos, arrestations sommaires: depuis 1933, 2 millions de victimes, 6-7 millions de détenus...
Enfin l'effet direct des Grands procès de Moscou est de légitimer Staline devant l'Histoire (en tout cas en URSS...) comme seul héritier de Lénine, avec la condamnation de Boukharine et du courant qu'il avait représenté.