Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939

[ndlr] Les très importants échanges économiques entre l'Allemagne et l'URSS sont systématiquement oubliés, de même qu'une de leur contrepartie: l'appui de l'URSS dans la construction des armées de terre et de l'air allemandes, qui ont pu se bâtir et s'entraîner discrètement en Union soviétique, en détournant ainsi les contraintes du Traité de Versailles.

Des exécutions de Moscou à l'accord germano-russe

L'accord germano-russe, ou plus exactement hitléro-stalinien, n'était pas imprévisible, écrit dans Figaro, un connaisseur des choses russes. M. B. Souvarine. En effet, depuis l'avènement des nazis au pouvoir, Staline n'a cessé de le vouloir. Hitler s'est fait longtemps prier avant de s'y résoudre. Il a fallu les circonstances actuelle pour lever les obstacles.

Le 13 décembre 1931, Staline, pesant ses mots, déclarait à l'écrivain allemand Emil Ludwig: “Nous n'avons jamais été garants de la Pologne et nous ne le resons jamais, tout comme la Pologne n'a jamais été et ne sera jamais la garantie de nos frontières. Nos relations amicales avec l'Allemagne restent ce qu'elles étaient jusqu'ici. Telle est ma ferme convictions.”

En décembre 1933, Staline faisait dire par Molotov, à l'adresse de l'Allemagne nationale-socialiste: “…L'Union soviétique n'a, de son côté, aucune raison de modifier sa politique à l'égard de l'Allemagne.”

A la même date, Staline faisait dire par Litvinov, et à la même adresse: “…Le monde n'igore pas que nous savons entretenir de bonnes relation avec les Etats capitalistes, quel que soit leur régime politique.”

La même année, Staline avait fait écrire par les Izsvestia du 22 mai, après la reconduction des accords germano-russes antérieurs: “…L'Union soviétique ne s'immisce pas dans la lutte des Etats bourgeois entre eux. De? poursuit une politique indépendante.Un traité de neutralité est un traité de non-intervention dans la lutte des intérêt opposés, etc…”

En janvier 1934, Staline déclarait au congrès de son parti: “…Mais il ne s'agit pas ici de fascisme, ne serait-ce que par lle fait que ce dernier, par exemple en Italie, n'a pas empêché l'URSS d'établir les meilleures relations avec ce pays.”

Le 16 décembre 1933, Staline avait d'ailleurs fait vanter par ses Izsvestia “les longues années de relations normales et amicales italo-soviétiques.”

Multipliant ses avances à l'Allemangne hitlérienne, Staline envoya successivement à Berlin des agents spéciaux, les Caucasiens Svanidzé et Kandelalki, le tchékiste Rudolph, pour négocier en dehors de l'ambassade.

Hitler ne voulant rien savoir.Staline fut bien obligé de feindre un rapprochement avec la France et l'Angleterre, de découvrir soudain de grandes vertus à la Société des Nations, etc. Mais c'était à son corps défendant et dans l'espoir d'exercer ainsi sur Hitler une pression efficace*.

Il faut lire. à cet égard, les révélations de Walter Krivitski, général de l'armée rouge…

[…]

Au dernier congrès du parti bolcheviste tenu cette année au mois de mars, Staine a prononcé des paroles qui ne laissaient pas d'illusions sur sa politique extérieure. Mais, plus encore que ses paroles, les faits de la politique intérieure en URSS révélaient sa ligne de conduite véritable.

On oublie trop que l'histoire de la Russie est dominée, au cours des dernières années, par un massacre sans précédent de mémoire d'homme, un massacre méthodique dont l'ampleur et l'acharnement déconcertent les plus blasés des observateurs les plus sceptiques. Il en est résulté, dans l'Etat pseudo-soviétique, un renouvellement presque complet des cadres.

Que signifie donc cette phase tragique de la contre-révolution stalinienne? Les avis ont été partagés, jusqu'à présent, et il y a eu de quoi se perdre en conjectures. On savait, certes, que les victimes de la répression étaient accusées à tort et à travers. Nul ne pouvait accorder foi aux prétextes énormes invoqués par Staline. Mais on cherchait en vain une explication vraisemblable.

Aujourd'hui, le doute n'est plus possible: Staline a exterminé par milliers les doctrinaires de droite et de gauche, les militaires et les marins, les politiques et les dipomates, les ouvriers et les intellectuels susceptibles de gêner tôt ou tard sa politique d'entente avec Hitler. On a beau passer en revue toutes les hypothèses imaginables: il est impossible d'en trouver une autre qui soit plausible.

[ndlr] Dont le remplacement de Litvinov, juif, par Molotov en mars 1939!

La Suisse (Genève) du 24 août 1939;


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