La pacte germano-soviétique du 23 août 1939
A. Rudolf dans la Gazette de Lausanne du 29 novembre 1940 met en évidence "Les contradictions de la politique communiste"
Les contradictions de la politique communiste
Depuis sa création l'Internationale communiste a changé bien souvent de méthodes et de tactique. Ces changements, parfois très brusques, ont créé les situations les plus paradoxales pour ses adhérents.
Peu à peu, pourtant, on s'était habitué à voir exhalter, dans un article de la délirante "Rundschau" de Bâle, "l'amitié entre la Turquie et l'URSS, engagées dans de semblables efforts de reconstruction économique et culturelle", tandis que plus loin, dans le même numéro, un appel du "Secours rouge international" exigeait la libération des communistes turcs "gisant dans les geôles de leurs bourreaux capitalistes". On s'était habitué aux temps des "fronts populaires", à voir les chefs communistes marcher la main dans la main avec les "sociaux-traîtres" exécrés hier. On connaît les appels de cette singulière "Internationale" demandant subitement aux communistes d'appuyer de toutes leurs forces le régime de ce même général Tchang-Kai-Chek qui, jadis, fut qualifié de "fossoyeur de la révolution chinoise". On a, tout récemment encore, vu les communistes américains, fidèles aux dernières instructions de Moscou, combattre avec acharnement la candidature du "belliciste" Roosevelt, en faveur duquel ils avaient mené une campagne non moins acharnée il y a quelques temps à peine. Mais jamais la situation de la IIIe Internationale n'a été aussi équivoque qu'à l'heure actuelle.
Alors que M. Molotov déjeunait à la "Reichskanzlei" avec le chancelier Hitler, au moment où les conversations germano-soviétiques étaient poursuivies non seulement entre M. von Ribbentrop et le commissaire du peuple aux affaires étrangères, mais aussi entre les nombreux experts de sa suite et leurs collègues allemands, alors que le communiqué officiel avait pris soin de souligner que ces conversations s'étaient déroulées dans une atmosphère de "compréhension mutuelle" et même de "compréhension réciproque", la presse du Komintern et ses postes de radio continuent à parler d'un "encerclement capitaliste de l'URSS" et de la "deuxième guerre impérialiste" contre lequel le prolétariat international doit se dresser.
On pourrait passer outre à cette duplicité si ses conséquences n'étaient aussi funestes. Car ces appels du Komintern sont loin d'être platoniques. Ce n'est pas un simple passe-temps de quelques fonctionnaires et journalistes craignant de perdre leur gagne-pain s'ils restent trop longtemps inactifs. Ces mots d'ordre qui, écoutés à la TSF ou lus dans un journal communiste, semblent encore assez vagues, sont concrétisés sous forme de directives adaptées exactement aux conditions particulières des divers pays où l'Internationale communiste travaille dans l'illégalité.
C'est en France que nous voyons de la façon la plus claire les effets tragiques de cette agitation. Exploitant démagogiquement la situation créée par une défaite qu'il a aidé à amener par la propagande subversive et le travail de sabotage que l'on connaît, le parti communiste fait maintenant tout pour entraver le travail du gouvernement du maréchal. La presse a donnée d'amples détails sur ce travail clandestin, tant en territoire occupé qu'en France libre. Il y a eu des centaines d'arrestations, un matériel important saisi. Les journaux illégaux comme "L'Humanité", les "Nouvelles de l'URSS", etc, sont fabriqués dans des typographies illégales. Dans certains cas, des armes ont été trouvées.
La France, qui lutte pour son droit de vivre, doit naturellement réagir contre ceux qui troublent son oeuvre de reconstruction. Sa responsabilité est particulièrement grande en territoire occupé, où toute une population innocente peut souffrir des répercussions de cette agitation. Les autorités françaises ont donc pris des mesures sévères contre les cellules communistes. Mais, commme toujours en pareil cas, les égarés sont plus nombreux parmi les détenus que les véritables meneurs.
Mais quel est le but de cette activité des moscoutaires? Il est certain que les entretiens Hitler-Molotov ont confirmé, pour le moins, l'accord de principe de l'URSS avec la conception allemande de la réorganisation de l'Europe. Or, cette conception implique comme un de des points essentiels l'idée d'une collabiration franco-allemande. Pourquoi le Komintern invite-t-il donc ses adhérents à risquer le camp de concentration, la prison et même la mort pour lutter contre une politique approuvée, sinon appuyée, par le gouvernement soviétique?
Deux hyothèses sont possibles. Ou vine nous nous trouvons en présence d'une nouvelle ruse tactique dont il est encore malaisé d'entrevoir toute la portée; ou bien la IIIe Internationale essaie, comme l'affirment certains anciens communistes, de parfaire à l'étranger, par d'autres moyens, le "travail d'épuration" commencé en URSS, en livrant délibérément à la répression des adhérents encore fidèles, mais devenus incommodes à la suite de la nouvelle tactique. Une combinaison des deux motifs reste également possible, puisque le sacrifice de ces militants, tout en décourageant peut-être quelques-uns, redorera le blason du Komintern par un retour à la "phase héroïque".
L'emploi de méthodes ultra-secrètes semble confirmer cette dernière hypothèse. Citons. à ce sujet, "l'Eclaireur de Nice" du 19 novembre: " Les responsables ne se connaissent pas ou peu entre eux. Un prénom seul servait à leur désigner le "camarade" avec lequel ils devaient entrer en communication. Et tous étaient des hommes jeunes, actifs, fanatiques, dangereux."
Notons que l'emploi de ce système n'est nullement limité à la France. Nous le retrouvons, en ce moment, en Bulgarie, en Yougoslavie, et, malheureusement aussi en Suisse, dont le territoire a déjà souvent servi de "base d'opération" aux émissaires du Komintern.
A. Rudolf