Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939
70 ans après, aux cérémonies du 70e anniversaire de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, le premier ministre de la Fédération de Russie continue à nier l'agression du 17 septembre 1939 et évidemment Katyn, les 21'857 prisonniers de guerre et civils polonais exécutés par l'URSS en mars 1940. Michel Colomès, journaliste de l'hebdomadaire Le Point rappelle la mauvaise foi du gouvernement russe actuel.
« A ouï dire »
Publié le 04/09/2009 à 12:44 - Modifié le 04/09/2009 à 14:06 Le Point.fr
1939-1940, la mémoire courte de Moscou Par Michel Colomès
Le ministre des Affaires étrangères d'Hitler Joachim von Ribbentrop (à gauche), Staline et son ministre des Affaires étrangères Vyacheslav Molotov (à droite), après la signature du pacte germano-soviétique, le 23 août 1939 © AFP
Quand les Russes ont envahi l'Afghanistan en janvier 1980, une couverture, très réussie - comme elles le sont souvent -, de l'hebdomadaire britannique The Economist a eu son heure de gloire. Elle montrait Leonid Brejnev, le leader soviétique de l'époque, l'air doucement rigolard et à qui le titre faisait dire dans une bulle façon bande dessinée : "Did I do something ?" (J'y suis vraiment pour quelque chose ?)
Les mots regrets, remords ou repentance, pour prendre une expression à la mode, ne doivent pas avoir de traduction russe. Ah ! ce ne sont pas les compatriotes de Vladimir Poutine qui auraient battu leur coulpe, comme nous l'avons fait - et parfois avec excès - sur les méfaits du colonialisme, les responsabilités dans la traite des Noirs ou les erreurs de la guerre d'Algérie !
Le Premier ministre russe vient d'en faire une fois de plus la démonstration. Invité à Gdansk, autrefois Dantzig, comme une quinzaine de chefs d'État et de gouvernement, aux cérémonies du 70e anniversaire de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, qui, en septembre 1939, a servi de détonateur au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il n'a pas eu un seul mot pour déplorer le rôle néfaste qu'avait eu Moscou dans cette mauvaise action. Tandis qu'Angela Merkel, avec des accents émouvants, déplorait que "la guerre déclenchée par l'Allemagne ait infligé une souffrance incommensurable à de nombreux peuples", le Premier ministre russe s'est contenté de rappeler que son pays avait subi - ce qui n'est pas contestable - des pertes considérables pendant la guerre.
Mais c'était oublier qu'au début de celle-ci, et avant qu'Hitler ne trahisse sa parole, le pacte germano-soviétique, signé sept jours avant les premiers coups de canon tirés du cuirassé allemand Schleswig-Holstein sur la forteresse polonaise de Gdansk, avait donné les coudées franches au dictateur nazi pour porter le fer à l'Ouest. Pas plus qu'il n'a mentionné que 17 jours après ces évènements, l'URSS, à son tour, envahissait le sud de la Pologne, donnant ainsi à ce pays ami un "coup de poignard dans le dos", selon le mot de son Premier ministre d'aujourd'hui, Donald Tusk. Autre trou de mémoire remarquable de Vladimir Poutine sur la tuerie de Katyn, six mois plus tard : 20.000 officiers, cadres et étudiants polonais exécutés de sang-froid, on oserait presque dire à la chaîne, par des soldats de l'armée Rouge, sur ordre formel de Staline. C'était au printemps 1940.
Enfin le Premier ministre russe n'a pas mentionné, non plus, après que l'Union soviétique eut rejoint le camp allié en juin 1941 et eut effectivement payé un lourd tribut humain pour repousser jusqu'à Berlin les troupes du Troisième Reich qui l'avaient envahie, comment Moscou avait lâchement et sciemment laissé les acteurs polonais de l'insurrection de Varsovie se faire massacrer par les SS, alors que l'armée Rouge, qui n'était plus qu'à quelques kilomètres de la capitale, n'avait qu'à forcer les feux pour les sauver.
Moscou a la mémoire courte et les Polonais sont bien placés pour le savoir.
19 COMMENTAIRE(S)
Mise_au_point Rendre à César...mardi 8 septembre | 12:15
Quant à la livraison des Juifs aux nazis, ma défunte grand-mère et ma mère ont échappé aux camps grâce aux Russes, comme un million et demi de Juifs de Pologne. C'est d'ailleurs pour cela qu'Israël fête le 9 mai et non le 8, comme fin de la guerre, par égard à ceux qui ont le plus donné leurs vies pour abattre le nazisme, le peuple soviétique.
Mise_au_point Rendre à César...mardi 8 septembre | 11:57
Russes, Russes, Russes... La mémoire courte serait aussi d'oublier que le pacte Ribentropp-Molotov a été signé par l'U.R.S.S. aux mains de Staline, lui-même opportuniste et sanguinaire Géorgien. Quant à Katyn, après l'invasion Allemande, il y en a eu des centaines puisque ces derniers ont scrupuleusement pris soin d'assassiner, médecins, professeurs et autres intellectuels Polonais car ces derniers devaient à terme servir d'esclaves. D'après les nazis, ils n'avaient pas à aller à l'école. Katyn a-t-il été perpétré par Poutine ?
bonnenuit Mémoire courtedimanche 6 septembre | 20:17
Tout ce qui est écrit est parfaitement exact mais incomplet. La France et l'Angleterre en livrant la Tchécoslovaquie à Hitler un an plus tôt portent également une grande part de responsabilité (gardons-le en mémoire pour l'Iran). Enfin pourquoi la Russie devrait être la seule à s'excuser ? le gouvernement soviétique était en grande partie géorgien (et ukrainien aussi), envoyons la mème demande d'excuse à Mikhaïl Saakashvili et à Viktor Iouchtchenko. Zut ils sont amis des Américains !
bogdanowich, A Fred, dimanche 6 septembre | 16:44
[...] Il faut encore que tu viennes absoudre ceux qui ont provoqué la guerre et ressortir les calomnies habituelles. Le monde financier serait Le coupable? Si les deux psychopathes ne s'étaient pas mis d'accord pour se partager la Pologne, il n'y aurait pas eu de guerre. Hitler n'aurait pas osé la déclarer sans être sûr que Moscou n'interviendrait pas. Communistes, toujours répugnants.
JPL, Réponses aux camarades, samedi 5 septembre | 14:01
Quelques petits rappels aux camarades qui veulent, comme toujours, exonérer les camarades soviétiques de leur responsabilité dans la 2nde guerre mondiale et même en faire les héros, pour leur rappeler que les vrais noeuds sont : 1/ Les services secrets allemands qui ramènent Lénine en Russie pour lui faire prendre le pouvoir et signer la fin des hostilités avec l'Allemagne. 2/ La défaite de l'armée rouge quand elle tenta d'envahir la Pologne pour aller propager la révolution en Allemagne au début des années 20. 3/ L'URSS qui héberge l'industrie d'armement allemande et son "armée" (interdites par le traité de Versailles) avant même l'arrivée au pouvoir d'Hitler. 4/ Staline qui laisse Hitler s'installer au pouvoir, l'aidant même à se "débarrasser" de ses principaux opposants, pour en faire le "brise-glace" de sa révolution. 5/ La défaite "surprise" de l'armée française en 1940. Staline comptait sur une guerre d'enlisement à l'ouest pour porter le coup fatal à Hitler. Et en bonus, la victoire de la Marne, sans laquelle la guerre de 14 aurait pris fin rapidement, tuant dans l'oeuf Communistes et Nazis ! Si complot capitaliste, j'ai bien du mal à en cerner les motivations et les objectifs. JPL
pseudo..., samedi 5 septembre | 11:49
Si Moscou a la mémoire courte, alors que dire des puissances occidentales qui, en septembre 1938 et en l'absence de l'Union soviétique, signent les accords de la honte à Munich ?
erka, Oubli, vendredi 4 septembre | 23:22
Pourquoi y a t-il le nom de Staline à Paris (cf place, station de métro) ? que répondre à nos amis de tous les pays victimes du monstre ?
Koutouzoff, Koutouzof, vendredi 4 septembre | 20:46
Il n'est pas question de faire passer Staline pour un démocrate. Le communisme a été le régime le plus criminel de l'Histoire. Là n'est pas la question. Le point est simplement que l'URSS n'est pas à l'origine de la seconde guerre mondiale. Le noeud de la guerre, c'est la volonté d'Hitler d'abattre le bolchévisme et d'asservir la Russie au nom de l'espace vitale. C'était son obsession N°1. C'est à cette aune que doit être jugée l'URSS. Pour ma part, je suis plutôt partisan de la Russie d'avant 1917 ! Loin de moi toute idée de défendre le communisme... Il n'y a pas de rue Staline en France, ni en Russie. Il y a des "Stalingrad"... au nom de la mère de toutes les batailles et du sacrifice de millions de soldats russes. Cela ne me choque pas. En revanche les dizaines de bd ou avenues Lénine dans les villes communistes sont un véritable scandale.
Biarnés, Mémoire sélective, vendredi 4 septembre | 18:04
Lorsque dans un nom de rue, on découvre que le personnage nommé a eu une quelconque affinité avec l'extrême droite, que de réactions indignées, alors que des rues portent le nom de Staline sans déclencher une quelconque interrogation...
cedpffffvendredi 4 septembre | 17:18
En bref, pour certains internautes, grâce à la Grande Russie, l'affreux Hitler a été vaincu, lui qui a déclenché la guerre avec la complicité de la France et de la GB. Et Staline était un vrai démocrate artisan de paix. Eh ben, vaut mieux en rire qu'en pleurer !