Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939
Un article de Martin Wlodarczyk rappelle une guerre oubliée: la guerre polono-soviétique* de 1919-1920 perdue par Moscou. Martin Wlodarczyk hélas omet Staline, alors ommissaire politique qui aurait été responsable de la défaite de l'armée rouge commandée par Trotski, devant Varsovie.
*En fait la RSFSS, l'Union soviétique se créé en fin 1922.
Etude suivie de Histoire de la Pologne de 1914 à 1945
Historiographie d'une guerre oubliée
Par Martin Wlodarczyk, le 1er novembre 2000
http://www.regard-est.com/Revue/23-Lviv-Lvov-Lemberg/Guerre-Pologne.htm
La guerre polono-soviétique de 1919-1920 a frappé, par l'ampleur des enjeux qu'elle a soulevés, l'imagination de ses contemporains: l'exportation ou non de la révolution russe à la Pologne et à l'Europe, la survie ou la mort du régime bolchevique semblaient être suspendues à son dénouement. Les plus fascinantes potentialités dont elle était porteuse ne se sont pourtant pas matérialisées: la Russie est restée bolchevique (puis devenue soviétique) et la Pologne, pour un temps, indépendante. On peut donc dire, à l'instar de Norman Davies, que "les effets les plus sensationnels du conflit sont ceux qui ne se sont pas produits" [1]. Cette caractéristique de la guerre polono-soviétique a probablement pesé dans la relative négligence que lui ont témoignée les historiens. Ceux d'entre eux qui se sont toutefois essayé à en écrire l'histoire ont longtemps été prisonniers de sa modernité, modernité des idéologies qui s'y sont affrontées. Aujourd'hui encore, la connaissance de la guerre polono-soviétique par le grand public français souffre du double héritage de l'oubli et des pesanteurs idéologiques.
Proposer une historiographie de la guerre polono-soviétique nécessite au préalable de présenter les grandes lignes du conflit, ce qui revient à investir prématurément le champ du débat historiographique. N'y voyons pas le signe d'une dérive méthodologique partisane, où la déduction précéderait l'hypothèse, mais le simple souci d'être clair.
Genèse de la guerre
"Quant à l'action, qui va commencer, elle se passe en Pologne, c'est-à-dire Nulle Part" (Alfred Jarry). Telle pourrait être la description de la situation géopolitique qui prévaut lorsqu'en février 1919, occupant les territoires abandonnés par les troupes allemandes rejoignant leur patrie après l'armistice du 11 novembre 1918, armées polonaises et bolcheviques se font soudainement face dans les régions de Bereza Kartuska et de Pinsk (cf. carte). L'action se passe en Pologne au regard de ce qu'ont été ses frontières par le passé et de ce qu'elles deviendront après la paix de Riga du 18 mars 1921; mais nulle part - et cette dimension semble l'emporter - selon la réalité internationale du moment, qui fait de la Pologne un Etat non reconnu et aux frontières indéterminées, et d'après les critères ethniques, situant les régions mentionnées hors du "domaine polonais" (cf. carte: la ligne Curzon marque la limite ethnique orientale de la Pologne).
Cette situation pour le moins confuse résulte tout à la fois de la révolution russe d'octobre 1917 et de la fin de la Première Guerre mondiale. La paix de Brest-Litovsk, signée le 3 mars 1918 entre les représentants de la Russie bolchevique et ceux de l'Allemagne, permet à cette dernière de monter la garde sur un front de 2 400 kilomètres s'étendant du golfe de Botnie à la mer d'Azov et à l'intérieur duquel toute la Pologne anciennement russe est comprise: l'Ober-Ost (Est Supérieur). La partie la mieux contrôlée de l'Ober-Ost constitue une zone contiguë à la "Pologne ethnique". La défaite de l'Allemagne sur le front occidental et l'armistice du 11 novembre 1918 rendent caduc le traité de Brest-Litovsk et plongent l'Europe centrale et orientale dans le chaos.
A Varsovie, le jour de l'armistice est celui de l'arrivée au pouvoir du général Pilsudski et du retour à l'indépendance. L'arrêt des hostilités provoque également l'évacuation de l'Ober-Ost par les armées allemandes, à partir de décembre 1918: les troupes polonaises et bolcheviques remplissent chacune de leur côté le vide ainsi créé et se font face.
Les vainqueurs de la Première Guerre mondiale - principalement la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, qui dominent de leur poids la Conférence de la Paix ouverte le 18 janvier 1919 afin d'élaborer le traité de paix et de redéfinir les frontières européennes - tardent déjà à se prononcer sur les limites orientales de la Pologne et ne reconnaissent pas la révolution bolchevique. Après le vide militaire créé par l'évacuation de l'Ober-Ost, se dessine donc un vide international et diplomatique qui ne peut qu'encourager dans l'Est européen l'exercice du fait accompli.
Si l'on ajoute à ces considérations la soif de survivre et les ambitions d'une nation renaissant tout juste à la vie étatique, la ferveur de révolutionnaires aux desseins mondiaux et les rancoeurs nées d'un passé commun douloureux, tous les ingrédients d'une confrontation sont réunis. Son ampleur s'annonce malgré tout assez faible dans l'immédiat, tant la situation politique, économique, sociale et militaire des deux pays concernés est dégradée. La Pologne, durement touchée par la Première Guerre mondiale, s'oppose dans des querelles de frontières à l'Allemagne (pour Dantzig, la Poznanie et la Haute-Silésie), à la Tchécoslovaquie (pour Cieszyn/Tesin) et à l'Ukraine (pour Lwow et la Galicie orientale). Quant à la Russie, elle est en proie à la guerre civile depuis plus d'un an. Les bolcheviks se battent sur quinze fronts. Les armées blanches de l'amiral Koltchak, en Sibérie, et des généraux Denikine et Ioudénitch dans la région de la Volga et près de Petrograd, constituent les principales menaces. S'y ajoutent les interventions de l'Entente à Mourmansk, Arkhangelsk, Vladivostok, dans le golfe de Finlande, dans le Caucase et aux confins de la Crimée et de l'Ukraine. La Finlande, les Etats baltes, le Kouban, le Don, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan sont parmi les nombreuses régions de la Russie d'avant 1914 qui échappent au contrôle de Moscou; il y règne souvent, comme en Ukraine, le désordre des pouvoirs rivaux.
Les affrontements qui se profilent en février 1919 dans l'Ober-Ost évacué semblent secondaires en face de cette multitude de préoccupations et de périls auxquels sont confrontés les deux Etats. Le sentiment d'insignifiance grandit encore lorsque le regard se porte sur l'ensemble du continent européen, parcouru de révolutions politiques et de bouleversements territoriaux, principalement chez les deux grandes puissances sorties vaincues de la Première Guerre mondiale: l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne.
Premiers combats
La première phase du conflit, de février 1919 à avril 1920, présente les caractéristiques d'une guerre larvée. Elle est marquée par une progression militaire de la Pologne, qui s'empare de Wilno/Vilnius (21 avril 1919) et de Minsk (8 août 1919). Le nombre de soldats impliqués dans ces premières opérations (quelques dizaines de milliers dans chaque camp) et la nature des armements utilisés (chars et avions interviennent très rarement: l'infanterie et la cavalerie prédominent) sont ridiculement peu développés par comparaison avec la Première Guerre mondiale [2]. A partir de l'été 1919, toutefois, se dessine la perspective d'un affrontement d'ampleur nouvelle. C'est à cette époque que le Directoire de Petlioura, Ukrainien ayant combattu Polonais, bolcheviks et Russes blancs, s'efface en tant qu'entité politique sous les coups portés par Denikine. A la fin de 1919, ce dernier est à son tour battu par les bolcheviks et les troupes de l'anarchiste ukrainien Makhno. En Sibérie, Koltchak est exécuté en février 1920. Conséquence de ces évolutions, deux forces subsistent, polonaise et bolchevique, s'apprêtant à livrer combat sur un front qui a doublé de taille [3]et avec des moyens accrus.
Sur le plan international, la signature du Traité de Versailles (26 juin 1919) sans qu'aucune décision n'ait été prise au sujet des limites orientales de la Pologne ouvre la voie à la politique du fait accompli. La ligne Curzon, établie par l'Entente le 8 décembre 1919 afin de marquer les limites ethniques orientales de la Pologne, n'apporte aucun règlement. Elle n'est pas adoptée par les Alliés comme frontière mais comme simple référence, ne prédisposant pas du droit qu'a la Pologne de s'étendre ou non à l'Est. Pilsudski ne s'en satisfait d'ailleurs pas. Le 14 décembre, il rompt les négociations de cessez-le-feu engagées en octobre dans le cadre de la campagne de paix lancée par Tchitcherine, commissaire aux affaires étrangères, auprès de l'opinion européenne. L'hiver 1919-1920 est une période de statu quo militaire et de préparatifs dans chaque camp en vue d'une offensive au printemps 1920. Trotski, commissaire à la guerre, réorganise l'Armée rouge et concentre ses effectifs sur le front occidental. Dans la course engagée, la Pologne a pris de l'avance. Pour Pilsudski, la préparation d'une offensive militaire consiste autant à désorganiser l'Armée rouge en cours de regroupement qu'à réaliser son rêve de fédération avec la Lituanie, la Biélorussie et l'Ukraine. Enthousiasmés par leurs succès dans la guerre civile, Lénine et les bolcheviks projettent en effet d'exporter la révolution à l'Europe. La Pologne est considérée comme un pont à franchir pour atteindre l'Allemagne, en proie à l'agitation révolutionnaire.
Tandis que la Grande-Bretagne souhaite normaliser les relations de l'Entente avec la Russie bolchevique et qu'elle dissuade la Pologne de tout aventurisme, la France, espérant toujours la chute du régime bolchevique, encourage en sous-main Pilsudski. C'est le 24 avril 1920 que celui-ci lance son offensive, en envahissant l'Ukraine. Quelques jours plus tôt, Pilsudski et Petlioura (réfugié en Pologne depuis décembre 1918) ont signé un accord relatif aux frontières des Etats ukrainien et polonais [4], bientôt suivi d'une alliance militaire. Le 7 mai, Kiev est prise avec la participation de troupes ukrainiennes.
Revirements et dénouement
Devant défendre un front bien trop étendu pour ses moyens (plus de 1 000 km; cf. carte), l'armée polonaise ne peut longtemps maintenir ses positions. C'est la fameuse "cavalerie rouge" de Boudenny qui parvient à les percer le 6 juin 1920, près de Kiev, après une tentative infructueuse de Toukhatchevski, commandant en chef du front Ouest, sur la Bérézina. L'armée polonaise est progressivement refoulée des territoires ukrainiens précédemment conquis. Avec ses 800'000 hommes, l'Armée rouge dépasse à cette date les effectifs adverses. Le 20 juillet, en prenant Grodno, elle atteint la ligne Curzon. Le 1er août, la dernière ligne de défense polonaise (Narew-Bug) est brisée et l'Armée rouge s'apprête à déferler sur Varsovie.
Le péril de la situation provoque en Pologne plusieurs crises ministérielles. En juillet s'ouvre une période de négociations d'un armistice entre bolcheviks et Alliés d'une part, bolcheviks et Polonais de l'autre, que chacun fait traîner en longueur, hormis le Premier ministre britannique Lloyd George: les bolcheviks souhaitent pousser au maximum leur avantage sur le terrain, tandis que les Polonais ne s'avouent pas vaincus. Parallèlement, l'Entente envoie des armes à la Pologne. Une mission interalliée, chargée de prendre toutes les mesures nécessaires en vue du rétablissement militaire de la Pologne, se rend à Varsovie. Le général Weygand en fait partie.
Le 13 août 1920, lorsque s'engage la bataille de Varsovie, les négociations polono-bolcheviques laissent apparaître la volonté de ces derniers de soviétiser la Pologne. La soviétisation a d'ailleurs déjà commencé dans la région de Bialystok, sous l'égide de Dzierzynski, chef de la Tcheka, ainsi qu'en Galicie [5]. La tension internationale est alors à son comble; chacun envisage avec angoisse ou délectation la chute imminente de Varsovie et ses conséquences. Mais une audacieuse manoeuvre d'encerclement des troupes bolcheviques retourne la situation en faveur de la Pologne. Afin d'éviter l'encerclement total, les bolcheviks sont contraints à une rapide retraite. La bataille de cavalerie de Zamosc, à la fin août, provoque l'effacement des forces de Boudenny. Le 28 septembre, la bataille du Niémen permet une avancée polonaise dans tous les secteurs du front. C'est dans ce contexte que s'ouvre la conférence de Riga, qui doit établir les préliminaires de paix avant de fixer un armistice.
Le 5 octobre 1920, l'accord entre Polonais et bolcheviks est atteint. Chaque camp est épuisé par la guerre et conscient des risques - plus élevés pour les bolcheviks, qui doivent combattre Wrangel - que lui ferait courir la poursuite des hostilités alors que l'hiver approche. Le 12 octobre, sont signés des préliminaires de paix, une convention d'armistice et des accords économiques en partie secrets. Ces textes sont le fruit d'un compromis: les bolcheviks cèdent à toutes les revendications territoriales exprimées par les Polonais, qui renoncent en échange à créer une Ukraine indépendante servant d'Etat-tampon (la République Socialiste Soviétique d'Ukraine est reconnue). L'accord équivaut à une reconnaissance de facto, sinon de jure, de la Russie bolchevique. La Pologne ne retrouve pas les frontières de 1772, date de son premier partage, mais dépasse largement la ligne Curzon. Son territoire est désormais peuplé de nombreuses minorités, notamment ukrainienne, biélorussienne et lituanienne. La reconnaissance de la R.S.S. d'Ukraine ainsi que celle d'une Russie-Blanche indépendante, mais dont l'assise territoriale est dans les faits répartie entre les deux anciens belligérants, mettent fin aux rêves fédéralistes de Pilsudski, qui fait occuper Wilno par le général Zeligowski. Pour les bolcheviks, la fin de la guerre permet d'écraser Wrangel, de mettre fin à la guerre civile et de lancer la "construction du socialisme dans un seul pays", après avoir tenté de l'exporter.
L'armistice entre en vigueur le 18 octobre 1920 et la paix le 18 mars 1921, jour de la signature du traité de Riga.
Ce récit de l'enchaînement des faits n'est qu'une première étape dans la compréhension de la guerre polono-soviétique. L'examen des débats historiographiques qu'il recèle permet de mieux mesurer la portée de l'événement et sa réception par les sociétés contemporaines. Les principales controverses concernent la datation du début de la guerre, la responsabilité de son déclenchement et la paternité de la victoire polonaise devant Varsovie. Toutes reviennent à se demander si la guerre polono-soviétique peut ou non être analysée comme une troisième campagne de l'Entente contre la Russie bolchevique, après le soutien apporté à Koltchak et à Denikine.
La guerre vécue: deux chefs militaires polémiquent
Avant de susciter la curiosité des historiens, la guerre polono-soviétique a attiré à l'écriture ses acteurs mêmes. L'ouvrage de Jozef Pilsudski, L'Année 1920 [6], paru en polonais en 1924, constitue la réponse du chef de l'Etat et commandant suprême des armées polonaises aux conférences faites en 1923 par Toukhatchevski à l'Académie militaire de Moscou, conférences réunies dans La marche au-delà de la Vistule. L'auteur y défend l'idée que l'on ne peut prétendre appliquer à la guerre polono-soviétique de doctrine militaire, ce que fait Toukhatchevski en expliquant et se faisant l'avocat de sa stratégie des masses-béliers. Le propos est donc ici essentiellement militaire. Les deux chefs de guerre évoquent cependant, en marge de leur démonstration, le contexte diplomatique du conflit et les polémiques qui l'ont entouré.
Tandis que Toukhatchevski fait remonter le début de la guerre au mois d'avril 1920, lorsque l'Ukraine est envahie [7], Pilsudski semble conscient de s'engager dès 1919 dans un conflit durable avec les bolcheviks, même si sa nature future est loin d'être supposée. La taille des deux Etats explique pour une part ce décalage dans la façon d'appréhender les événements: le front polono-bolchevique n'est pour les bolcheviks que l'un, parmi tant d'autres, des théâtres de la guerre, alors qu'il va rapidement représenter pour la Pologne la principale préoccupation. La personnalité de Pilsudski, sensibilisé à la lutte contre la Russie par son action avant et pendant la Première Guerre mondiale, est également déterminante.
Le chef de l'Etat polonais fait coïncider la naissance du conflit avec la date de l'accession de la Pologne à l'indépendance: "Le commencement de la guerre de la Pologne contre les Soviets, écrit-il, date de 1918, l'année même où pendant deux mois à peine la Pologne avait commencé à vivre d'une vie indépendante. [...] Je m'étais fixé dès 1918, en toute indépendance, le but net de notre guerre contre les Soviets. J'avais décidé notamment de faire les plus grands efforts pour éloigner le plus possible des lieux où la vie nouvelle était en train d'éclore et de prendre forme toutes les tentatives que l'on pourrait faire, tous les pièges que l'on pourrait nous tendre en vue de nous imposer une fois de plus une vie étrangère, une vie qui ne fût pas organisée par nous-mêmes. En 1919, j'accomplis cette tâche" [8]. Cette interprétation est celle qui rencontre la faveur de la plupart des observateurs, témoins et historiens polonais de l'entre-deux-guerres. Elle inscrit la guerre polono-soviétique dans la continuité des luttes séculaires opposant les deux pays et permet de la présenter comme une nouvelle tentative de la Russie éternelle d'étouffer l'indépendance polonaise: dans cette optique, les bolcheviks sont avant tout des Russes.
[1] DAVIES, Norman, White Eagle, Red Star. The Polish-Soviet War, 1919-1920 (Aigle blanc, étoile rouge. La guerre polono-soviétique, 1919-1920), Londres, Macdonald, 1972, 318 pp., p. 264.
[2] Si les forces en présence vont progresser jusqu'à atteindre au début d'août 1920 près de 1 500 000 hommes (en comptant les soldats insuffisamment équipés pour pouvoir combattre), la guerre polono-soviétique reste durant tout son long une guerre de mouvements fondée sur l'usage de l'infanterie et de la cavalerie. La bataille de cavalerie de Zamosc (en Galicie), à la fin d'août 1920, est la dernière du genre en Europe.
[3] Armées polonaises et bolcheviques entrent en contact à Kowel, en Volhynie, en mai 1919, et sur le Zbrucz, en Galicie orientale, en août. La prise de Minsk, qui met définitivement fin à la République de Lituanie - Biélorussie créée par les bolcheviks, permet aux Polonais d'établir une ligne de front protégeant Wilno, Minsk et Lwow.
[4] Petlioura renonce à la Galicie orientale et cède à la Pologne de vastes régions peuplées d'Ukrainiens.
[5] La guerre polono-soviétique permet d'observer les premiers pas de la diplomatie soviétique. L'invasion de la Pologne ethnique et l'amorce de sa soviétisation donnent lieu aux premiers exercices de langue de bois appliqués aux relations internationales. Les discours ultérieurs de la diplomatie soviétique semblent avoir été forgés sur ce modèle. Cette dimension fondatrice de la guerre polono-soviétique justifie l'expression "polono-soviétique" qui sert à la qualifier; celle-ci semble plus pertinente que les termes "polono-russe" (privilégiant la continuité) ou "polono-bolchevique" (certes plus juste chronologiquement, l'U.R.S.S. n'étant créée qu'en 1922, mais qui tend à fondre le conflit parmi les avatars de la guerre civile).
[6]PILSUDSKI, Joseph, L'Année 1920, Paris, La Renaissance du Livre, 1929, 335 pp. Contient M.TOUKHATCHEVSKI, La marche au-delà de la Vistule.
[7] Ibid., p. 203.
[8] Ibid., pp. 176-177.
[9] LEVESQUE, Jacques, L'U.R.S.S. et sa politique internationale de Lénine à Gorbatchev, Paris, A. Colin, 1988, 335 pp., pp. 7-17.
[10] PILSUDSKI, Joseph, L'Année
, op. cit., pp. 203-204, 240-241, 254-255.
[11] Ibid., p. 136.
Histoire de la Pologne de 1914 à 1945
La Première guerre mondiale
La guerre fut pour la Pologne un affreux cauchemar. Elle fut non seulement le champ de bataille d'élection des belligérants, mais elle vit ses fils servir dans tous les camps et s'entre-tuer, sans que leurs convictions les y poussent ; elle vit son territoire systématiquement dépouillé de ses richesses (produits alimentaires, matières premières) et mis à sac par les différentes armées. Le royaume du Congrès fut divisé en deux zones d'occupation ; un général autrichien gouvernait à Lublin et un Allemand à Varsovie. Le joug étranger devient vite très lourd, et en 1916, les deux empereurs, estimant à huit cent mille les hommes en état de porter les armes, crurent habile d'annoncer à grand bruit leur volonté de transformer les territoires polonais arrachés à la Russie en royaume héréditaire et indépendant et demandèrent, en conséquence, aux jeunes de s'enrôler dans l'armée. Cette manuvre échoua, car Pilsudski refusa tout commandement militaire et fut interné à Magdeburg ; les légions refusaient de prêter serment aux empereurs, les bureaux de recrutement demeuraient déserts
En revanche, à l'étranger, les partisans de la Pologne libre marquaient des points. Pour la première fois, le 24 janvier 1917, le président Wilson, dans son message au Sénat, parla d'une Pologne unifiée, indépendante, et autonome, et le nouveau gouvernement russe promit à son tour un " Etat polonais indépendant " (29 mars 1917). La déclaration russe ne convainquait guère les Polonais, qui mettaient tous leurs espoirs dans les Occidentaux et formèrent à Paris un Comité national qui fut reconnu par les Alliés.
Une petite armée polonaise se constitua en France sous les ordres de Haller. Les Empires centraux, en demandant la paix, reconnaissaient implicitement l'indépendance polonaise incluse dans les quatorze points du président Wilson. La République fut proclamée à Varsovie le 11 novembre 1918, dernier jour de la Première Guerre mondiale par le gouvernement provisoire formé de démocrates et de socialistes. C'est surtout grâce à Pilsudski, le grand héros national récemment libéré qui persuada les Allemands d'abandonner et de quitter la Pologne sans verser plus de sang.
Combat pour les frontières
Les combats en Ukraine éclatèrent encore en 1918 et le rattachement de la Grande Pologne saccomplit après une insurrection (27 XII 1918 14 II 1919). En vertu des décisions du traité de Versailles, la Pologne acquit laccès à la mer Baltique, Gdansk obtenant statut de ville libre. Sur les territoires de la haute Silésie et de la Mazurie, la Pologne perdit les plébiscites (1920 et 1921). Cette campagne, connue sous le nom de "miracle sur la Vistule", sauva la nouvelle nation. Finalement, ce nest que trois insurrections qui contraignirent la Société des Nations, à accorder 30 % du territoire silésien à la Pologne. Le danger menaça également à lEst. La Russie bolchevique, clamant le "défilé de la révolution à travers lEurope", fut proche de la victoire dans la guerre de 1920 ; les Bolcheviks avancèrent sur Varsovie jusqu'à portée de tir, mais avec une intervention militaire savamment orchestrée, Pilsudski put les mettre en déroute en août 1920. La bataille qui sy déroula (13-18 VIII) fut désignée par lord DAbernon, diplomate anglais, une des "18 batailles les plus importantes de lhistoire mondiale" et par les Polonais "miracle de la Vistule". La guerre sacheva par un traité relativement favorable pour la Pologne (Riga, 18 III 1921). Les frontières de la seconde république (quelquefois appelée le Versailles polonais), suivirent une ligne historique et culturelle. Cependant, il y avait deux exceptions majeures: d'abord la Haute Silésie, dont la population était pour la plupart polonaise et qui ne fut pas inclue dans les frontières du pays, et Gdansk qui fut transformée et appelée la cité libre de Gdansk, et sur laquelle la Pologne n'avait qu'une autorité très restreinte.
La nouvelle Pologne faisait face à des difficultés énormes. Quatre années de guerre avaient laissé une grande dévastation et plus de 100 années de partage laissaient un héritage de différences régionales extraordinaires dans la structure de la société polonaise.
La nouvelle nation manquait aussi de mécanismes gouvernementaux de base, indispensables à toute nation indépendante pour bien mener ses affaires: une monnaie commune, une armée, et des services administratifs bien organisés.
Si la nation était libre, elle était, socialement et politiquement, très divisée et ses frontières restaient incertaines. Pilsudski, courant au plus pressé, réorganisa l'armée et l'administration.
Etat indépendant débuts difficiles
En janvier 1919, un cabinet d'union fut constitué sous la présidence du célèbre compositeur Paderewski et une diète constituante fut élue trois mois après le recouvrement de lindépendance, où les socialistes étaient en minorité. Une " Petite Constitution " était promulguée le 20 février 1919. Le chef de l'Etat était responsable devant la diète et exerçait le pouvoir exécutif par l'intermédiaire des ministres. La déclaration de la Petite Constitution (février 1919) et de la réforme agraire, létablissement des organes de ladministration de lEtat, la reconstruction de lenseignement et de lindustrie, détruites pendant la guerre, tous cela débuta pendant les insurrections en Silésie et lors de la guerre avec la Russie soviétique. En mars 1921 déjà, la République décréta une constitution moderne. Les premières années de lindépendance et de la paix apportèrent de multiples tensions dans la vie intérieure du pays. Premier président de la République, Gabriel Narutowicz, fut assassiné une semaine après les élections (16 XII 1921), par un fanatique ultranationaliste. De nombreux conflits politiques et la crise économique grandissante diminuèrent lautorité du gouvernement, malgré une réforme radicale et efficace des finances de lEtat, en 1924.
Le traité de Versailles de 1919
Le traité de Versailles de juin 1919 accorda à la Pologne une bande de territoire étroite (le «couloir de Dantzig»), qui sétendait le long de la Vistule jusquà la Baltique, ainsi quune grande partie de la Posnanie et de la Prusse occidentale. Après une guerre contre la Russie soviétique en 1920, la Pologne récupéra ses territoires historiques de Biélorussie et dUkraine. Les Polonais acquirent également plusieurs territoires de la Haute-Silésie en 1921 et en 1922.En politique intérieure, l'adoption d'une constitution permanente (en mars 1921) révéla que la Pologne était incapable de protéger les droits économiques et politiques des Juifs, Ukrainiens, Biélorusses, Allemands et autres minorités linguistiques, ce qui provoqua des agitations et des conflits constants. En 1924, le gouvernement polonais concéda quelques droits pour répondre aux exigences de certaines de ces minorités.
Le traité de Versailles rendait à la Pologne, à l'ouest, ses frontières d'avant le premier partage de 1772 ; Danzig (Gdansk) devenait ville libre. Les territoires en litige devaient être soumis à un plébiscite et, en Silésie, les Allemands l'emportèrent. Le territoire de Teschen (Cieszyn) fut finalement donné par les Alliés à la Tchécoslovaquie. Au nord-est, les territoires libérés par les Allemands étaient aussitôt réoccupés par l'armée rouge. Aussi, Pilsudski lança ses troupes en Lituanie, et il occupa Wilno. Mais le Conseil suprême interallié, inquiet des appétits de la nouvelle république, fixa la nouvelle frontière sur le Bug, c'est-à-dire le long de l'ancienne frontière du royaume du Congrès. De même, malgré la victoire de l'armée Haller au sud-est, la Pologne se vit refuser l'annexion de la Galicie orientale, qui lui fut confiée pour vingt-cinq ans, comme " mandat " (un plébiscite devait être organisé à la fin de ce dernier). Pilsudski refusa la décision des Alliés et démissionna.
Le chef de la république de Galicie orientale, connaissant les visées de Varsovie, préféra lui céder la moitié de la Volhynie, en échange de son alliance contre la Russie. Pilsudski se lança donc de nouveau contre l'Ukraine, mais, cette fois-ci, fut défait par l'armée rouge qui arriva aux portes de Lwow, de Varsovie et de Torun où elle fut arrêtée et battue, en partie grâce à une manuvre inspirée par le général français Weygand. Selon une loi agraire de 1920, s'opérait la distribution des terres, le pays s'équipait ; le port de Gdynia était construit, des universités créées à Poznan et à Wilno. Mais le pacte de Locarno alarma vivement l'opinion polonaise. L'armistice de Riga, repoussa les frontières de 200km à l'est du Bug. Wilno fut récupérée par un coup de mains. La diète de la Lituanie centrale vota son annexion à la Pologne en janvier 1922. Les Alliés s'inclinèrent devant le fait accompli. La Pologne ressuscitée comptait de fortes minorités nationales.
La Constitution
La Constitution adoptée était de type français ; le président de la République était élu par la diète et le sénat réunis. Après les élections législatives du 5 novembre 1922, Pilsudski, promu maréchal, refusa la présidence de la République. Le socialiste Narutowicz, élu, fut assassiné et remplacé par un autre socialiste, Wojciechowski. Les cabinets successifs furent composés de modérés.
"Explosion" de la culture indépendante
La Pologne de la période de lentre-deux-guerres, au-delà des turbulences politico-économiques, vivait une véritable "explosion" artistique. En 1924, Wladyslaw Reymont reçut le prix Nobel pour son roman "Les paysans" et la candidature de Stefan Zeromski y fut également envisagée. Dans le domaine de la musique sillustrèrent Ignacy Paderewski et Karol Szymanowski. Pourtant la carrière la plus éclatante fut celle de lactrice Apolonia Chalupiec, qui conquit Hollywood, sous le pseudonyme Pola Negri.
Pilsudski accède au pouvoir
En mai 1926 - Josef Pilsudski qui s'était démis de ses fonctions de chef d'état-major général (depuis quatre ans demeurant à lécart de la vie politique) entreprit une manifestation armée, à laide de ses troupes fidèles (comprenant des militaires partisans du maréchal, les radicaux populistes et des socialistes), proclamant la "sanacja" - l "assainissement" de lEtat. Quelques jours de combats (dits "coup dEtat de mai") amenèrent à la démission du président Wojciechowski et celle du gouvernement du Premier ministre Witos. Pilsudski, élu ensuite président par la Diète, refusa la fonction et proposa la candidature du professeur Ignacy Moscicki. La période qui commençait fut appelée le "gouvernement de lassainissement" ou "le gouvernement des colonels", la plupart de léquipe de Pilsudski étant constituée dofficiers actifs de larmée ou danciens des Légions.
Sanacja
Le gouvernement de lassainissement apporta à la Pologne la stabilité économique, mais également le passage de la démocratie vers lautocratie. Le maréchal Pilsudski, inspecteur général de l'armée, véritable chef de la Pologne, prit la présidence du Conseil après avoir fait dissoudre les Chambres (En 1930) gouverna de main de fer, ne tolérant pas lopposition, et pour dompter les politiciens récalcitrants, il nhésita pas devant des méthodes drastiques (par exemple présence de la police lors des débats de la Diète en mars 1928). Cela saccentua particulièrement dans des années 30, quand les conséquences du crash de la bourse new-yorkaise touchèrent la Pologne et la crise économique radicalisa le climat dans la société. En septembre 1930, Pilsudski ordonna la dissolution la Diète et larrestation de plusieurs députés dopposition, lesquels, après un "procès" truqué, furent condamnés à la prison. En 1934, à Bereza Kartuzka, fut crée un camp, où étaient isolées des "personnes portant atteinte à la sécurité et lordre". Peu avant sa mort (12 V 1935), Pilsudski promulgua la constitution dite davril, qui renforçait le pouvoir présidentiel au détriment de la Diète, une révision constitutionnelle qui allait permettre à la " dictature des colonels " de s'installer.. Après la mort de Pilsudski, le "camp de sanacja" se divisa en groupes concurrents (les partisans du maréchal Smigly-Rydz et ceux du président Moscicki). Pendant cette période se distingua une personnalité éminente de sanacja : le vice-Premier ministre Eugeniusz Kwiatkowski, créateur du programme du développement économique de la Pologne, de la "Région industrielle centrale" et également constructeur du nouveau port de Gdynia.
La seconde guerre mondiale
La dictature des colonels
La Constitution donnait au président le veto législatif, le droit de dissolution, le choix d'un tiers des sénateurs. Les ministres, hors ceux concernant l'économie, étaient confiés à des officiers. A côté de Moscicki, le général Rydz-Smigly, inspecteur général de l'armée, devint le second personnage de l'Etat. Tandis que s'enlisait la réforme agraire, la situation extérieure se dégradait. Le colonel Beck, ministre des Affaires étrangères, fit conclure des pactes de non-agression avec l'Union soviétique en 1932, et avec l'Allemagne hitlérienne en 1934. La Pologne profita de Munich pour s'emparer du territoire de Teschen. En mars 1939, devant les pressions nazies sur Gdansk (Danzig) et une partie de la Poméranie polonaise, le gouvernement polonais se tourne vers la Grande-Bretagne, avec laquelle il signe un pacte d'assistance mutuelle. En mai de la même année, un accord militaire est signé avec la France. Le 23 août 1939 est signé le pacte germano-soviétique. La situation de la Pologne s'en trouve considérablement aggravée.
La Seconde Guerre mondiale et ses conséquences
Lexistence de la deuxième République fut interrompue par léclatement de la Seconde Guerre mondiale. À la fin des années trente, le triomphe du national-socialisme en Allemagne et la politique expansionniste dAdolf Hitler représentèrent un grave danger pour la sécurité de la Pologne. Après les accords de Munich et lanéantissement de lÉtat tchécoslovaque qui leur a fait suite en mars 1939, la Pologne, qui sest vu accorder quelque 1000 km2 du territoire tchèque à Munich, devint la nouvelle cible principale de la diplomatie allemande. Les Allemands exigèrent que la Pologne consente à leur céder Dantzig et quelle leur accorde des droits importants sur le fameux «couloir». Après le refus des Polonais, les Anglais et les Français assurèrent la Pologne de leur appui en cas dagression allemande. Le 28 avril, Hitler dénonça le traité germano-polonais de non-agression.
Le 1er septembre 1939, après que la France et l'Angleterre se soient opposées fermement à toute nouvelle annexion (jusqu'alors la France et l'Angleterre s'étaient contentées de protester oralement), la Wehrmacht envahit la Pologne grâce à une attaque faite par surprise après avoir signé un pacte avec lUnion soviétique, sans déclaration de guerre combinant l'action des blindés et de l'aviation : c'est la Blitzkrieg(guerre éclair). Le maréchal Polonais Rydz-Smigly a concentré son armée au centre, le Nord étant protégé par les marais et le Sud par des hautes cuestas et des crêtes appalachiennes. L'armée Allemande attaque par le Nord et le Sud et déborde en quelques jours le gros de l'armée Polonaise qui essaie de se replier sur le Bug et la Vistule.
La "drôle de guerre".
Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne mais ne franchissent pas la frontière Allemande. Sur le front de l'Ouest les deux camps restent passifs : c'est la "drôle de guerre". Les armées Alliées restent derrière la Ligne Maginot. Cette situation n'améliore pas la moral des troupes Françaises qui ne souhaitent pas "mourir pour Dantzig". Cependant les Français et les Britanniques en profitent pour réarmer et moderniser leurs armées. Ils pensent s'appuyer sur les ressources de leurs empires coloniaux et faire, comme lors de la Première Guerre Mondiale, le blocus de l'Allemagne.
Le 15 septembre les chars Allemands sont à Brest-Litovsk et à Lvov, ce qui déclencha la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement et le commandement suprême se réfugient en France. Le 17 septembre, lUnion Soviétique la frappa de lEst. Après un mois de combats, lAllemagne et lURSS partagèrent la Pologne. Une partie du territoire fut incorporée directement au Reich, dune autre fut formé le Gouvernement Général. Les territoires orientaux peuplés de Biélorusses et d'Ukrainiens se retrouvèrent sous loccupation de lURSS. Le 27 septembre, Varsovie tombe aux mains des Allemands. Les deux occupants entamèrent une politique délimination de la population polonaise. Les camps de concentration hitlériens et les camps soviétiques se remplissaient, lintelligentsia polonaise était fusillée massivement, à Palmiry, Wawer et en dautres lieux dextermination. 21 000 officiers, fonctionnaires et intellectuels furent déportés en Russie et puis fusillés sous lordre de Staline, surtout à Katyn et Kharkov.
A l'Est.
En novembre 1939, l'Armée Rouge envahit la Finlande, puis les pays Baltes en juin 1940. Staline oblige la Roumanie à lui céder la Bessarabie, un territoire qui était Russe avant la Révolution de 1917. Hitler, pour éviter que les Alliés ne lui coupe les importations de fer Suédois qui passent par le port Norvégien de Narvik, envahit en avril 1940 le Danemark et la Norvège.
Près de 3 millions de Juifs polonais et plus de 2 millions de Polonais périrent des mains des hitlériens. Quelques centaines de milliers de Polonais et de Juifs furent déportés à lEst par le gouvernement soviétique, où de nombreux perdirent la vie. La totalité du territoire polonais subi dans les années (1939-1945) des épurations ethniques radicales et sanglantes
La rupture Germano-Soviétique
Hitler décide en octobre 1940, d'attaquer l'URSS. En effet pour lui le pacte Germano-Soviétique servait uniquement à éviter l'ouverture d'un deuxième front à l'Est, au cas où la guerre serait déclenchée par la France et l'Angleterre. Staline avait profité de la défaite Polonaise pour occuper la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie. En occupant Moscou Churchill serait obligé de négocier avec le Führer. De plus Hitler pourrait agrandir l'"espace vital" à l'Est, coloniser les Slaves, abattre le communisme et s'emparer des richesses Soviétiques, en particulier des champs de pétrole de Bakou. L'opération "Barbarossa"(barbe rousse, nom d'un empereur Germanique du Moyen-Age) est déclenchée le 22 juin 1941(elle a été retardée à cause des campagnes dans les Balkans). De la Finlande à la mer Noire 5,5 millions de soldats Allemands, Finlandais, Hongrois, Roumains et Italiens, 3 800 chars et 5 000 avions se déploient selon trois axes sur le territoire Russe: Leningrad, Moscou et Kiev. L'Armée Rouge, mal équipée, mal encadrée et mal commandée, affaiblie par les purges de 1938 et prise par surprise est submergée. En l'espace de 3 mois Leningrad est assiégée. L'armée Allemande parvient le 5 décembre à 20 kilomètres de Moscou(mais le 6 décembre une contre-offensive du général Joukov débloque la ville). L'Ukraine est conquise. Les communistes sont exécutés sur place, les prisonniers maltraités et les Juifs massacrés par les SS. Mais l'armée Allemande, épuisée par sa marche forcée et les rigueurs de l'hiver(-50°C), mal ravitaillée et harcelée par les partisans est arrêtée le 5 décembre 1941.
Au printemps 1942 les Allemands lancent de nouvelles offensives en Crimée, sur le Don, dans le Caucase et à Stalingrad. Les Allemands remportent des victoires mais subissent des pertes importantes. Les troupes Allemandes se dirigent vers le Sud et le Sud-Est. Le 28 juin 1942, à l'Est de Kharkiv, la Wehrmacht envahit le Donets et avance à l'Est du Don. Hitler modifie ses plans le 23 juillet. Il était initialement prévu d'envoyer des troupes vers Stalingrad, de prendre la Volga et ensuite d'envoyer une division dans le Caucase. Mais Hitler ordonne à deux régiments de se diriger vers Stalingrad(aujourd'hui Volgograd) et à deux autres régiments de se diriger vers le Sud et de prendre les gisements pétroliers de Maïkop, Groznyï et Bakou. Dans la seconde moitié du mois d'août Hitler décide de renforcer l'attaque de Stalingrad en amenant à Stalingrad une partie des régiments du Sud. La progression dans le Caucase se ralentit.
Le 3 septembre 1942 la VIème armée Allemande et la IVème armée de panzers se retrouvent dans la banlieue de Stalingrad. Le 28 juillet 1942 la situation est critique pour l'URSS, c'est alors que Staline prononce la fameuse phrase : "Pas un pas en arrière".
En 1940, les services de sécurité soviétiques assassinèrent des milliers dofficiers polonais faits prisonniers. Entre-temps, un gouvernement en exil, avec à sa tête le général Wladyslav Sikorski, fut mis sur pied en France. Au lendemain de la défaite de la France en 1940, le gouvernement polonais établit son quartier général à Londres. En 1941, les forces armées allemandes envahirent tous les territoires polonais occupés par les Soviétiques.
La politique d'extermination nazie
Les années de l'occupation hitlérienne constituent la partie la plus tragique de toute l'histoire polonaise. Toutes les écoles secondaires et supérieures furent fermées. La population juive, enfermée dans les ghettos, fut presque entièrement anéantie entre 1942 et 1944. Des camps d'extermination furent installés sur le territoire (Oswiecim, plus tristement connu sous le nom allemand d'Auschwitz, Maïdanek, Treblinka). Deux millions quatre cent mille personnes furent déportées en Allemagne pour le travail obligatoire. Pendant leur occupation du pays, les Allemands pratiquèrent une politique dextermination systématique des Polonais, en particulier des juifs polonais, dont la plupart périrent à Auschwitz (Oswiecim), Treblinka, Majdanek, Sobibór et dans dautres camps de concentration disséminés à travers tout le pays. La concentration des Juifs dans le pays aura été l'une des raisons pour lesquelles la Pologne a été choisie par l'Allemagne nazie pour y pratiquer la «solution finale». À la fin de la Seconde Guerre mondiale, total estimé de victimes civiles atteignit cinq millions (soit 18 % de la population d'avant la guerre), dont la plupart sont à attribuer aux Allemands. Quant aux pertes militaires de la Pologne, elles atteignirent quelque 600 000 hommes. Puis l'armée soviétique libéra la Pologne des Allemands.
La résistance polonaise
Deux courants de résistance se dessinèrent alors. D'une part, l'armée de l'intérieur (A.K) subordonnée au gouvernement de Londres (dirigé par le général Sikorski et après, sa mort tragique en 1943 dans un accident d'avion resté inexpliqué, par Stanislaw Mikolajczyk), était dominée par sa méfiance envers l'Union soviétique. D'autre part, le parti ouvrier polonais (P.P.R) dirigeait, avec l'aide de Moscou, la garde populaire transformée en 1944 en armée populaire (A.L) ; Ils leur fut subordonné un véritable Etat clandestin, que les organisations de résistance créèrent en Pologne, avec son administration et son enseignement secondaire et supérieure illégales (écoles polonaises, à lexception des élémentaires, étant supprimées). Le nombre dadhérents à la résistance armée dépassa 400'000 et les actions de résistance furent parmi les plus nombreuses et développées en Europe occupée. Le 1er janvier 1944, le P.P.R. sous l'impulsion de Vladislav Gomulka, se transformait en Conseil national du peuple (K.R.N.) qui élut Boleslaw Bierut pour président. Le 19 avril 1943 éclata le soulèvement héroïque du ghetto de Varsovie, qui ne fut écrasé par les Allemands qu'après quatre semaines de luttes acharnées.
Sur les fronts et dans la diplomatie
Les troupes polonaises combattirent pendant la guerre sur tous les fronts (Narvik, campagne de France, bataille dAngleterre 1940, Tobruk 1941/42, Normandie, Monte Cassino 1944). Le plus important rassemblement des forces polonaises à lOuest fut le 2e Corps du général Anders en Italie, crée en 1941 en URSS, en vertu de laccord entre Sikorski et Staline et constitué principalement de prisonniers polonais, alors libérés. Les Polonais secondèrent les alliés également dans le domaine de lespionnage (décryptage du code de la machine à chiffrer allemande Enigma), mais pour lavenir de la Pologne les décisions politiques furent plus importantes. Les relations diplomatiques rompues avec lURSS, après la révélation du massacre de Katyn, la mort du général Sikorski dans une énigmatique catastrophe aérienne (1943) affaiblirent la position de la Pologne sur la scène internationale. Ni le Premier ministre Mikolajczyk, ni le général Sosnkowski ne furent pas des partenaires pour Churchill ou Roosevelt, lesquels étaient prêts dabandonner la Pologne à la dépendance de lURSS, pour le prix de l'adhésion de celle-ci à la guerre contre les Allemands.
Les exploits militaires de lArmée de lIntérieur (AK) à Wilno, en Volhynie et à Lvow, ainsi que lInsurrection de Varsovie (63 jours de combats), ne changèrent rien. Les conférences des alliés à Téhéran (1943) et à Yalta (1945) décidèrent du sort de la Pologne : on concéda les terres orientales polonaises à lURSS et la Pologne se retrouva dans la zone dinfluence soviétique. La seule concession de la part de Staline fut laccord pour lattribution à la Pologne des terres de lOder et de lancienne Prusse orientale. Ce geste fut adressé au nouveau gouvernement polonais crée par lURSS avec la participation des communistes polonais (deux armées polonaises combattirent sous le commandement russe de lArmée rouge). Une fois de plus, la Pologne sortait de la guerre des empires ruinée (4/5 du territoire davant guerre fut gravement touché, la population diminua de 1/3 et les ressources nationales de 38 %).
En 1944, dès que la première armée polonaise eut franchi le Bug, un Comité de libération nationale se forma à Lublin (22 juillet) et définit ses buts : libération totale du territoire, puis établissement d'un régime socialiste avec pour premier objectif une réforme agraire touchant toute les propriétés de plus de 50 ha.
Les deux chefs des gouvernements provisoires de Londres et de Paris sont pressés par Staline de s'entendre ; mais cette première conférence (1er - 10 août) est troublée par l'épisode tragique et resté en partie inexpliqué, du soulèvement de Varsovie. La population de Varsovie, appelée à l'insurrection par Moscou, qui rejeta par la suite la responsabilité sur les émigrés polonais de Londres, se souleva et tint tête aux troupes allemandes pendant soixante-trois jours. L'armée rouge assista sans intervenir à l'écrasement de la ville et à la mort ou à la déportation de presque toute la population : 200'000 personnes au moins périrent.
En 1945 - Les frontières de la Pologne actuelle sont fixées aux conférences de Potsdam qui se tint en août 1945 après la reddition allemande, les Alliés placèrent sous administration polonaise la Basse Silésie, la Haute Silésie, la Poméranie, la Mazurie, la Ville de Dantzig et des parties du Brandebourg allemand, en attendant les conclusions dun traité de paix définitif. La frontière orientale de la Pologne fut fixée par le traité conclu entre les gouvernements polonais et soviétique le 16 août 1945; et de Yalta le 11 février 1945, les Trois Grands fixent les frontières polonaises, à l'est sur la ligne Curzon, à l'ouest sur la ligne Oder-Neisse. Un gouvernement d' "union nationale " est constitué. Le gouvernement de Londres n'est plus reconnu. La Pologne entre dans la sphère d'influence soviétique. Toutefois, la frontière soviéto-polonaise fut établie bien plus à louest que la frontière davant-guerre (soit 225 Km vers l'ouest), la Pologne ayant dû céder ses régions agricoles de l'est au profit de l'Union soviétique (aujourd'hui une partie de lUkraine et de la Biélorussie). La Pologne obtint en retour des territoires allemands plus industrialisés dont un long littéral sur la mer Baltique; la ville de Dantzig devint Gdansk.