Derrière « bilan globalement positif » de Marchais, la chute du Mur

Durant le forum organisé par Libération à Lyon, “Quand les élus communistes français regardaient le mur tomber”

FORUM LYON - Ce soir du 9 novembre 1989, ils ont regardé le mur de Berlin tomber en direct sur leurs écrans de télévision. Ils disent « comme tout le monde ». Et, pourtant, ils savent qu’ils n’ont pas regardé ce moment exactement comme tout le monde. En 1989, André Gerin et Maurice Charrier sont tous deux membres du Parti Communiste Français et maires de villes de banlieues de l’agglomération lyonnaise. André Gerin à Vénissieux. Maurice Charrier à Vaulx-en-Velin (1). Le premier, bien qu’électron assez indépendant, est  toujours un « orthodoxe » du parti. Un « stalinien », corrigeront ses adversaires. Le second, « réformiste » alors proche de Charles Fiterman, finira par quitter le PCF en 1994. Il vient cette année de rejoindre le Front de Gauche. Même s’ils ne mettent pas le même sens derrière le mot, tous deux se disent encore, en 2009, « communiste ». Vingt ans après la chute du mur, ils se souviennent, pour Libération, de cet automne 1989 où on leur annonçait, justement, « la fin du communisme »…

Plus que les images, aujourd’hui rangées dans la mémoire collective, Maurice Charrier, se souvient d’un « sentiment ». « Un sentiment très compliqué et très ambigu. A la fois j’étais profondément heureux parce depuis longtemps je considérais que ce mur était un drame, un crime, une hérésie. Sa disparition me paraissait donc juste. Et en même temps, j’étais profondément triste. Je me disais que l’idéal pour lequel je militais, l’idéal communiste aurait pu, quand même, être autre chose. » André Gerin, lui, se rappelle surtout des jours qui ont suivi la chute du mur. Par un pur hasard, il avait à cette date rendez-vous à Berlin avec un architecte qui concourait pour un programme immobilier de Vénissieux. Il restera trois jours à Berlin. Il passe d’un côté et de l’autre du mur. Il est au moment de l’Histoire et pourtant ne ressent « pas d’émotion particulière ». « Je n’avais pas du tout l’impression d’être plongé au cœur d’un événement historique. Ce que je vivais, les discussions que j’avais avec mes amis allemands, tout cela me paraissait sans rapport avec ce que l’événement mondial dont parlaient les médias. Je crois qu’on ne réalisait pas encore vraiment la portée de ce qu’on vivait ». Il réalise en rentrant en France. En lisant les journaux. En discutant avec d’autres militants du parti.

« Pour beaucoup de communistes chez nous, sur le moment, c’est dramatique. C’est une référence, un modèle qui tombe. Un séisme. La peur du vide. La fin d’une histoire ». Il rappelle qu’en 1989, l’émancipation vis à vis du grands frère soviétique est encore balbutiante au PCF. « Il faut se souvenir que Gorbatchev ne faisait pas l’unanimité dans nos rangs ». Lui, dit qu’il en avait fini depuis longtemps de la fascination russe. Il évite le « bilan globalement positif » de Marchais. « Erreur stratégique du PCF ». D’ailleurs, précise-t-il, son dernier voyage en URSS, en 1982, l’avait « profondément déçu ». « On se rendait bien compte que ce que l’on avait sacralisé ne fonctionnait pas, c‘était une caricature du système ». Il ajoute : « c’est un peu comme en amour, on finit par haïr ce que l’on a aimé ».

Maurice Charrier est sceptique sur la façon dont il voit s'effriter, morceau par morceau, ce qu'on appelait il y a peu le bloc de l’Est. Il attendait que des réformes tombent, pas un mur. « Cela faisait longtemps que je me disais qu’il fallait que ces peuples de l’Est sortent de la pièce dans laquelle ils étaient enfermés. Mais je ne crois pas qu’ils soient sortis par la bonne porte». L’ancien maire de Vaulx-en-Velin avait cru en la démarche de Gorbatchev. Bien plus tôt, il avait été un admirateur des réformateurs tchèques du « Socialisme à visage humain ». Il l’est encore en 2009. Alexander Dubcek, dit-il, « lui, c’était un vrai communiste ».  Il insiste sur les mots. Et répète : « un vrai communiste ». De ceux qui, quinze ans après avoir quitté le parti, lui font encore dire qu’il sentira toujours « communiste de cœur et de conviction ».

 L’étiquette, depuis 1989, est pourtant plus difficile à porter. Les convictions sont là, mais les certitudes ont été ébranlées. Le Parti Communiste Français a mal négocié (et pas franchement anticipé) le virage. Mais surtout, le mot "communiste" a été brocardé par le lyrisme des images des peuples « libérés ». « On savait que ce serait plus compliqué après pour les communistes et plus globalement pour le communisme. On nous a fait croire que le capitalisme allait triompher. Au final, ça a été surtout l’occasion de voir le vrai visage du capitalisme, celui qui apparaît avec la crise aujourd’hui » . André Gerin  croit aujourd’hui « aux idéaux renaissants du socialisme et du communisme ». Il croit également que ces idéaux puissent se retrouver, en France, autour du PCF. Maurice Charrier n’y croit pas une seconde. Mais partage le sentiment que, finalement, la chute du mur a libéré la pensée communiste, même si elle a tué ses appareils. Les alters ou les décroissants, selon lui, sont les enfants de cette libéralisation de la pensée. «  Avant 89, nous étions enfermés par ce qui se passait dans les pays dits communistes. Avec la chute du mur, on a pu apprendre à penser le communisme autrement, librement ».

Alice Géraud

(1) Hasard, tous deux ont décidé en 2009 de quitter leurs fonctions de maires de Vénissieux et de Vaulx-en-Velin. André Gerin demeure député du Rhône. Maurice Charrier est l’un des vice-présidents de Gérard Collomb au Grand Lyon

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Voici les sites qui parlent de Reportage : Quand les élus communistes français regardaient le mur tomber :


Commentaires

André Gérin était tellement de gauche que quand est tombé le mur de Berlin
Il est parti chez casto pour acheter des parpaings.

Il faut vraiment etre de mauvaise foi pour accorder le mondre credit a ces 70 ans de regime sans la moindre consultation du peuple.Il faut vraiment avoir des interets materialistes,plus fort que tout,pour continuer a ne pas denoncer ces sanguinaires derives.L'enorme lachete des syndicalistes refusant de renier leur soupe.Et dire que nos peres y on cru, sans doute parce que l'information ne circulait pas comme aujourd'hui.De la merde tout ca.
Rédigé par: MYOPE | 18/09/2009 à 11:23

Bonjour,
Alors, voilà vingt ans déjà que le mur de Berlin est tombé et j'ai découvert un site assez génial, graphique, complet, à découvrir, site développé par la CEE pour la commmémoration des 2O ans de la chute du rideau de fer...et en plus on peu écouter le CD "Sounds of revolution", les
chants de la chute du mur...
www.europa1989-2009.eu
Rédigé par: smarchand8 | 18/09/2009 à 11:47

l'arrogance et le culot sans limite des communistes... imaginerait on quelqu'un parler du nazisme avec autant de légèreté qu'ils parlent du communisme. Imaginerait on d'ailleurs quelqu'un se revendiquer du nazisme aujourd'hui... tout le mal qu'ont pu faire les nazis à l'europe, les communistes l'ont fait plus longtemps encore et dans le monde entier.
pourquoi l'apologie du nazisme est elle hors la loi et pas celle du communisme ?
Rédigé par: casimir | 18/09/2009 à 11:52

"On finit par haïr ce qu'on a adoré", écrit Guérin.
En effet, lorsqu'on tente de comprendre la ligne politique actuelle du PCF vis-à-vis de la Russie(enfin si quelqu'un arrive à la comprendre, car elle a l'air complétement schizophréne et incohérente, pour ne pas parler d'un alignement pur et simple sur les USA,cf. l'attitude du PCF lors du bombardement de la Yougoslavie, Thorez, Duclos et même Marchais doivent se retourner dans leur tombe), je pense que les communistes français ne pardonnent pas aux Russes d'avoir abandonné le socialisme, dommage que cette question ne soit jamais évoquée.
Rédigé par: tovaritch | 18/09/2009 à 12:09

"pourquoi l'apologie du nazisme est elle hors la loi et pas celle du communisme ? "
J'ajouterai et celle du capitalisme...
Rédigé par: dusaule | 18/09/2009 à 12:48

Devoir de memoire??? Qui se souvient quand au cours de la seconde guerre mondiale le PCF a été dissout en France? Sous Petain? Sous l'occupation? Que neni, cela a été sous la 3eme en 1939, car le PC était alors allié via le pacte Molotov/Ribentropp à l'Allemagne. Le PCF a appelé à la desobeissance civile et au sabotage dans la guerre opposant la France à l'Allemagne nazie. Le PCF a été restauré sous l'occupation!!! Qui s'en souvient???
Rédigé par: Clemenceau | 18/09/2009 à 17:22

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