Pierre Assouline, l'antifascisme pro-stalinien
Un monde sans l'URSS dont l'horreur est occultée par mais avec toujours le fascisme
Tintin au pays des Soviets, on oublie
La gauche négationniste des crimes communistes
Toujours l'antifascisme pro-stalinien.
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Tintin L'Express du 29/02/1996
Extrait d'Hergé, par Pierre Assouline
Degrelle a menti. Hergé a été collabo et a souhaité s'exiler. Il a voulu marier Tintin à Walt Disney. Tintin rêvait d'être humain. Son père n'aimait pas les gosses
http://livres.lexpress.fr/dossiers.asp/idC=7780/idTC=30/idR=4/idG=8
Non, Léon Degrelle n'est pas Tintin!
Autant Hergé est discret, pudique, effacé, autant Degrelle est fort en gueule, hâbleur, culotté. Il le restera jusqu'à sa mort, à 87 ans. Mais avec l'âge, sa mythomanie et sa mégalomanie iront crescendo. Au soir de sa vie, il s'inventera un rôle de plus dans l'Histoire en assurant qu'à son retour d'un reportage en Amérique il avait inspiré sinon imaginé le personnage de Tintin. Double mensonge, d'abord sur les origines, puis chronologique. Tintin est né le 10 janvier 1929, le voyage de Degrelle outre-Atlantique date de décembre 1929-janvier 1930 et le premier article de son enquête sur les catholiques persécutés au Mexique est paru le 1er février 1930 dans le Vingtième Siècle... Ainsi, l'abbé Wallez a-t-il expédié Degrelle au Mexique après avoir décidé d'envoyer Tintin au Congo, et non le contraire.
L'identification de Léon Degrelle à Tintin est d'ailleurs bien trop tardive pour n'être pas a priori suspecte. En 1976 encore, enregistrant douze heures de film et vingt heures de bande-son pour y raconter sa vie en long et en large, il ne citera Hergé qu'une seule fois. Pour affirmer que son «grand copain» avait affublé son petit personnage «de mes pantalons de golf». Comme s'il avait été le seul à en porter alors qu'entre les deux guerres c'était l'uniforme des grands voyageurs soucieux de leur mise! Paul Jamin, l'ami commun qu'Hergé partageait avec Degrelle, est souvent cité par ce dernier comme témoin de leur jeunesse et donc de son influence sur le créateur. Las! Cette version sera contestée sans équivoque par Jamin: «Degrelle est un vantard. Il n'a jamais été Tintin, ni inspiré Hergé en quoi que ce soit. C'est tellement évident quand on songe qu'en plus Tintin, lui, est le contraire d'un fanfaron...»
Bien que sa révélation des histoires de George McManus ait été antérieure, Hergé doit à Degrelle d'avoir découvert la bande dessinée américaine grâce aux illustrés que celui-ci lui envoyait depuis le Mexique. C'est tout. Le reste n'est même pas littérature. Mais si Léon Degrelle n'a tenu aucun rôle dans l'imaginaire d'Hergé, cela ne signifie pas pour autant qu'il n'ait exercé aucune influence sur Georges Remi. [...]
Oui, Hergé a collaboré
(Le 17 octobre 1940, les aventures de Tintin et Milou paraissent dans Le Soir, contrôlé par les Allemands. Un citoyen belge écrit à Hergé son désarroi.): «Permettez, monsieur, à un père de famille nombreuse de vous dire sa tristesse et sa déconvenue à voir "Tintin et Milou" paraître dans le nouveau Soir. Avez-vous réfléchi à la responsabilité que vous assumez ainsi? Sans Tintin, le nouveau Soir-Jeunesse tombera à plat en six semaines. Avec vos amis, il tiendra parce qu'on les connaît, parce qu'on les aime, parce qu'on achètera le journal pour suivre leurs aventures.
Et alors, les enfants subiront peu à peu la nouvelle influence. Perfidement, sournoisement, en marge de vos amusants dessins, on leur infiltrera le venin de la religion néopaïenne d'outre-Rhin. On ne leur parlera plus de Dieu, de la famille chrétienne, de l'idéal catholique... Et vous pourriez accepter de collaborer à cette mauvaise action, véritable péché contre l'esprit?
Ah, monsieur, songez-y! Si vous le pouvez encore, faites machine arrière. Vous trouverez, j'en suis certain, cent, mille familles catholiques qui vous aideront à faire revivre Tintin et Milou dans leur vrai milieu, qui s'uniront pour couvrir les frais de votre petit journal à condition qu'il reste dans la tradition.
Excusez-moi de ne pas signer. Les temps sont trop incertains et je ne sais qui lira ces lignes. Mais s'il en est temps encore, écrivez un mot poste restante AZR/55, à Bruxelles. Je ferai l'impossible pour vous aider.»
Hergé est certainement touché, pour ne pas dire ébranlé, par la dignité de cette lettre. On en veut pour preuve le fait qu'il l'ait conservée dans ses papiers. Mais la secousse est de courte durée. Et, de toute manière, sans effet. Deux jours plus tard, il est fier de pouvoir annoncer à un ami que Le Soir vient de doubler le cap des 300'000 exemplaires. Une prouesse à laquelle il n'est pas étranger. Cela seul compte à ses yeux. Le reste n'est que littérature et images pieuses.
A-t-il le choix? Sans aucun doute. Comme tout citoyen belge occupé. Et comme chacun de ses confrères en Europe. Tous les cas de figure sont possibles. Jijé, qui continue à beaucoup produire dans le journal Spirou (Don Bosco, Jean Valhardi, Christophe Colomb, Spirou...), prouve qu'on peut travailler sans se compromettre. En Italie, dans le journal Il Vittorioso, Kurt Caesar n'hésite pas à engager le héros de sa série Romain le légionnaire aux côtés des fascistes dans leur lutte contre les Alliés. Aux Pays-Bas, le dessinateur-scénariste Alfred Mazure entre dans le camp de la Résistance; alors que les Allemands tentent de lui forcer la main, il refuse obstinément de mettre son personnage de Dick Bos au service de leur cause. Au même moment, en France, André Delachenal, dit André Daix, continue sur sa lancée d'avant guerre, quand il donnait des dessins à des feuilles d'extrême droite telles que Le Franciste; il publie désormais Le Professeur Nimbus et Le Baron de Crésus dans Le Matin et dans des journaux nettement plus collaborationnistes.
Ils ont tous le choix. Hergé aussi. [...]
1948: rêve d'exil en Argentine
Hergé a 40 ans. Il se croit à mi-vie. Dans sa situation morale et psychique, franchir le Rubicon revient à franchir l'Atlantique. Son amertume est telle qu'il est bien décidé à mettre l'océan entre son pays natal et lui. Pour longtemps. Il aurait pu choisir la France, comme Félicien Marceau et Jean Libert, ou l'Espagne, comme Paul Werrie et Léon Degrelle. Son choix se fixe plutôt sur le pays qui se fait une spécialité de l'accueil des collaborateurs en déroute et des nazis en cavale: l'Argentine. Comme s'il tenait à accompagner certains de ses amis jusqu'au bout de leur calvaire. A croire qu'Hergé veut absolument nous tendre des verges pour le battre. A moins que son état dépressif ne l'entraîne à se radicaliser plus encore. On ne comprendrait pas autrement qu'il tienne tant à se marquer en s'expatriant sur cette terre promise des réprouvés de la Libération. Ce morceau d'Amérique du Sud est, ou s'apprête à devenir, le refuge privilégié du Croate Ante Pavelic, chef des Oustachis; du Belge Wilhem Sassen, homme de confiance de Goebbels; du Hollandais Jan Olij Hottentot, champion de boxe poids lourds condamné à vingt ans de réclusion pour son action dans les Waffen SS et dans la sinistre Groene Police d'Amsterdam; et surtout des Allemands qui participèrent au plus haut niveau à la solution finale: Mengele, Eichmann, Bormann... Ils sont des milliers, venus du même horizon, à s'établir à la fin des années 40 entre le Chaco et la Terre de Feu, avec une préférence pour Buenos Aires, Cordoba, Rosario ou Mendoza. Tous recherchés ou condamnés. Les criminels de guerre y sont plus nombreux que les inciviques. C'est pourtant parmi eux qu'Hergé envisage désormais son avenir.
Faut-il vraiment qu'il soit écuré par la décadence et la déliquescence supposées de son pays... Faut-il qu'il ne croie plus à la pérennité de cette nation pour dire à qui veut l'entendre: «La Belgique est à l'image des trottoirs du vieux Bruxelles.»
Sa décision est prise. Elle semble irrémédiable tant il paraît déterminé. Fin janvier, il demande une audience au consul d'Argentine, à Anvers. Ce sera plus discret que dans sa ville. Il a plus de chance d'y passer inaperçu. Après son rendez-vous, il aura toujours le loisir de faire des courses. La rumeur, colportée jusqu'à la tribune de la Chambre des représentants, prétend que dans le centre-ville, au Meir, les inciviques peuvent se procurer des faux papiers leur permettant de fuir à l'étranger.
En attendant les résultats de sa démarche officielle, Hergé se renseigne sur la situation de la presse et de l'édition en Argentine. Il s'entretient avec Nestor Orsi, l'attaché de presse de la légation argentine à Bruxelles. En avril, enfin, son projet prend forme. Louis Casterman est une des très rares personnes dans la confidence. Tout en lui demandant d'observer la discrétion la plus absolue, Hergé lui promet de ne pas quitter l'Europe sans avoir mis au point Les Sept Boules de cristal et Le Temple du Soleil. Une fois installé «là-bas», il a bien l'intention de continuer à lui envoyer ses dessins... [...]
Tintin-Mickey: le rendez-vous manqué
En attendant, il saisit la moindre occasion pour aller de l'avant. Ainsi, après avoir assisté à la projection d'une sorte de dessin animé avec des marionnettes, réalisé par un amateur d'après Le Crabe aux pinces d'or, il contacte le grand Walt Disney lui-même. Cette séance de projection pour le moins rudimentaire lui a en effet donné l'idée d'un vrai grand dessin animé, concocté dans les règles de l'art aux studios Disney de Burbank (Californie). Une telle hypothèse lui paraît d'autant moins farfelue que ses personnages sont désormais connus dans cinq pays d'Europe (Belgique, France, Suisse, Portugal et Suède), ensemble qui, sans être homogène, constitue déjà un marché. Toujours est-il qu'il fait aussitôt envoyer à Walt Disney sept de ses treize albums, dûment choisis en fonction de critères qui lui sont propres: Le Lotus bleu, L'Oreille cassée, L'Ile noire, Le Sceptre d'Ottokar, Le Crabe aux pinces d'or, Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge. Et Hergé de préciser, afin de désamorcer une réaction prévisible: «Je sais - et vous le remarquerez vous-même à la lecture des albums - que les aventures de Tintin et de ses compagnons se déroulent sur un plan réaliste, tandis que vos personnages évoluent en général - délicieusement d'ailleurs - dans un monde féerique ou poétique. Je me demande si ce n'est pas précisément à cause de cela qu'il y aurait moyen de tirer parti de ces différences. Mais votre expérience est telle en ce domaine que je ne veux pas insister davantage et que je m'en remets entièrement à vous.»
En vain. Deux mois après, le chargé de publicité de la maison de production, et non le mythique grand patron auquel Hergé s'était directement adressé, décline sa proposition: leur programme est bouclé pour les quatre années à venir et, de toute façon, la compagnie dispose d'un réservoir d'histoires quasi inépuisable. Afin de dissiper tout malentendu et de balayer le moindre espoir, il lui retourne même ses albums... Ce jour-là, Tintin et Mickey sont passés à côté d'une rencontre historique. [...]
Quand Tintin voulait devenir un homme
(En 1948, en pleine dépression nerveuse, Hergé écrit à sa femme Germaine. «Tintin a mûri», se désole-t-il.)
«Tintin a été pour moi une occasion de m'exprimer, de projeter hors de moi-même le désir d'aventures et de violence, de vaillance et de débrouillardise qu'il y a en moi. Qu'il y avait en moi. Désir aussi d'exprimer ma vision du monde moderne: tant de laideurs, de compromission: les marchands de canons, les grands trusts sacrifiant sans remords la vie des hommes. Aux prises avec eux, un héros sans peur et sans reproche (...) Ce n'est pas Tintin lui-même qui ne m'intéresse plus, ce sont ses démarches, ce sont ses aventures elles-mêmes. Tintin est las de ses aventures.
(...) Tintin voudrait devenir un homme. Il voudrait devenir humain. On m'a dit souvent, ironiquement: ''Mais il ne grandit pas, votre Tintin! '' Hélas, si! Il a grandi sans qu'on s'en aperçoive. Il est resté petit de taille, mais il a mûri. Mûri au point de vouloir rentrer en lui-même et de pouvoir ainsi enfin contempler le monde!» [...]
Hergé aimait-il les gosses?
Officiellement, il les aime. Il les place même très haut. Sa correspondance en témoigne. Dans l'esprit du plus grand nombre, qui dit «enfants» dit «Hergé». A la fois expert technique et caution morale. L'image de son héros s'est superposée à la sienne, jusqu'à s'y substituer parfois. Quand Yves Robert et Danièle Delorme sont venus présenter leur film, La Guerre des boutons, à Bruxelles, en 1962, ils l'ont d'abord projeté en privé à Hergé dans un studio de la Warner.
Pourtant, les collaborateurs des studios sont placés pour savoir qu'il refuse systématiquement les visites d'école. Ou qu'il lui arrive de rembarrer sèchement des gamins venus le saluer. Ou pis encore. Ainsi, un jour qu'il était particulièrement incommodé par des bruits d'enfants retardés, jouant dans la cour d'une école spécialisée juste derrière les studios, il se rendit au poste de police pour porter plainte afin de faire déménager ces nuisibles... Il est vrai que, dans un cas comme dans l'autre, ce sont toujours les enfants des autres. Combien de fois n'a-t-il pas dit, plus sérieux qu'ironique: «Ce que je déteste le plus, ce sont les tout petits bébés et les très vieilles dames.»
A un journaliste qui insiste pour figurer dans un album par le biais d'un personnage, afin de laisser un souvenir sur cette terre, Hergé répond: «Mais cher ami, vous avez maintenant un fils. Le voilà le ''souvenir'' que vous laisserez. N'est-ce pas autrement réel, autrement ressemblant que quelques traits dans une histoire dessinée?»
Et lui-même? Quand Numa Sadoul lui demande s'il ne considère pas Tintin comme son fils, il répond: «C'est possible. Je l'ai élevé et nourri. Malgré tout je crois être assez adulte pour pouvoir me passer d'enfants adoptifs. Je n'en ai pas besoin, me semble-t-il.» Puis il fait supprimer ces phrases du tapuscrit et les remplace par d'autres plus anodines, le présentant comme le père de l'enfant Tintin.
Copyright Plon/L'Express 1996.
Directeur de la rédaction du magazine Lire, Pierre Assouline est l'auteur de nombreuses biographies, dont celles d'Albert Londres et de Gaston Gallimard.
Tintin L'Express du 29/02/1996
La vérité sur Hergé
par Olivier Le Naire
Révélations en cascade et documents inédits: Pierre Assouline nous offre un livre-événement sur le créateur de Tintin.
«Waaooouuuuhh! Tintin est mort!» Cette longue plainte poussée par Milou à la Une de Libération, le lendemain de la disparition d'Hergé, le 3 mars 1983, marqua un tournant. Elle scella définitivement dans nos esprits la fusion entre deux êtres d'exception: Tintin, idole des jeunes de 7 à 77 ans, et Georges Remi, alias Hergé, moderne Geppetto qui avait su insuffler la vie à son héros de papier. Tout au long de leur parcours, ces deux-là ne cessèrent de se servir l'un l'autre. Tandis qu'Hergé travaillait comme un fou à réinventer chaque jour le personnage de Tintin, ce dernier, par sa popularité même - et l'argent qu'il rapportait - protégeait son maître dès qu'il allait trop loin dans la glorification des valeurs de la droite catholique traditionaliste.
A priori, l'alliance d'un ancien boy-scout et d'un reporter en culottes de golf aurait pu faire sourire si ce tandem n'avait remporté, dès les premières planches, parues en 1929, le succès que l'on connaît. En cinquante ans et 23 albums, Tintin est devenu un mythe, le seul rival international de De Gaulle et de Walt Disney, l'un des témoins les plus marquants de ce siècle. Si toutes sortes de savants ont glosé - à nous faire attraper la berlue - sur la sexualité du reporter à houppette, la gémellité des Dupondt, l'enfance du Pr Tournesol et l'âge du capitaine Haddock, le doute, en revanche, planait toujours sur la vie d'Hergé. Comme son héros, on le soupçonnait de bien des maux: racisme, colonialisme, collaboration. Léon Degrelle, ancien leader belge d'extrême droite, affirmait même qu'il avait inspiré le personnage de Tintin. Vrai ou faux, il fallait crever l'abcès.
Après avoir convaincu les proches du dessinateur de la nécessité de cette démarche, Pierre Assouline livre aujourd'hui l'enquête la plus fouillée, la plus sérieuse qui ait jamais été réalisée sur Hergé, grâce à une cascade de révélations irrécusables qui fascineront tous les tintinolâtres et tintinologues de la planète. Dans ce livre-événement dont L'Express publie en exclusivité les bonnes feuilles, le lecteur découvrira pourquoi Degrelle ne pouvait être le modèle de Tintin, jusqu'où Hergé collabora avec l'ennemi et à quel point, ensuite, il sera fidèle à ses amitiés d'extrême droite. En vrac, nous apprenons dans quelles circonstances il fut blanchi, à la Libération, par ses juges, puis protégé par certains résistants, qui voulaient créer avec lui Le Journal de Tintin. Stupéfaits, nous découvrons ce que beaucoup des intimes d'Hergé ignoraient, comme son projet d'exil en Argentine ou les propositions adressées à Walt Disney pour un travail en commun. Touchés, nous revivons les années de doute et de dépression nerveuse, l'amitié avec Tchang, l'inlassable quête de pureté symbolisée par un album clef: Tintin au Tibet, la passion pour la peinture, les relations complexes avec le studio Hergé, le déchirement entre deux femmes, Germaine et Fanny. Meurtris, nous apprenons qu'il n'aimait guère les enfants et qu'il était stérile.
Pointue, cette biographie n'est pourtant pas réservée aux spécialistes, car, à travers son portrait, Assouline a su retracer de manière vivante - et avec force anecdotes - la grande aventure de la bande dessinée moderne. Non content de recenser les corrections si révélatrices portées sur les albums au fil des éditions successives, il nous apprend, par exemple, que le maître payait 250 francs une idée de gag et s'amuse à répertorier les planches où Hergé, dans des clins d'il malicieux, glissait tant de lui-même: ici, sa date de naissance; là, sa silhouette. De quoi ne jamais perdre le sourire et rendre Tintin à cet univers qu'il n'aurait peut-être jamais dû quitter: nos rêves de gosse.
Assouline: mes sources
- L'EXPRESS: Pour écrire ce livre, vous avez eu accès à de nombreuses archives inédites...
- PIERRE ASSOULINE: Les proches du dessinateur sont aujourd'hui convaincus qu'une vérité même cruelle est préférable aux incessantes rumeurs qui couraient depuis des années. Tout plutôt que l'insinuation! Ils m'ont donc donné accès aux dossiers et aux milliers de lettres - jusqu'à présent confidentiels - de la fondation Hergé. Seule Germaine, la première femme d'Hergé, refusait d'ouvrir ses archives personnelles. Quand elle est décédée, en octobre 1995, son héritier a bien voulu me montrer ces précieux documents. Enfin, par un vrai coup de chance, quelques semaines seulement avant de terminer ce travail, le ministère belge de la Justice m'a accordé l'autorisation exceptionnelle de consulter, sous le contrôle d'un avocat, le dossier judiciaire d'Hergé constitué lors de l'épuration. Personne avant n'avait pu en prendre connaissance. Voilà, outre la centaine d'interviews que j'ai réalisées, mes principales sources.
- Qu'est-ce qui vous frappe le plus à l'issue de cette enquête?
- D'une part, la secrète fidélité d'Hergé à ses convictions de jeunesse et à ses amis d'extrême droite. On peut, d'une certaine manière, lui tirer un coup de chapeau, même s'il fut la providence des inciviques. Sur ce point, son attitude fait beaucoup penser à celle de François Mitterrand. D'autre part, j'ai été étonné de constater à quel point les évolutions de Tintin et d'Hergé se reflètent, se superposent. Au fil du temps, tous deux deviennent de plus en plus individualistes, de plus en plus mystiques. Ils ne cherchent plus à sauver un peuple, mais un homme. Ce qui les sépare? Hergé aimait les chats. Tintin, lui, préfère Milou.
Tintin L'Express du 08/01/2004
Tintin suite et fin
par Gilles Médioni
Soixante-quinze ans après la naissance du célèbre reporter, L'Alph-Art, album inachevé d'Hergé, reparaît avec des dessins inédits. Ils révèlent un auteur nettement moins classique qu'on ne le croyait
Tintin fête ses 75 ans. Déjà! Seulement! Né le 10 janvier 1929 dans Le Petit Vingtième, le reporter globe-trotteur, salué par de Gaulle, Marchais, Spielberg ou Warhol, est entré dans le xxe siècle fort de 250 millions d'albums traduits en 60 langues, mais talonné dans l'imaginaire adolescent par de nouveaux héros comme Frodon (Le Seigneur des anneaux), Neo (Matrix) et Harry Potter. Pourtant, le fils d'Hergé, dont les dernières aventures remontent aux Picaros (1976), a encore la houppe au vent. La réédition de Tintin au pays des soviets, en 1999, a séduit 1,4 million de fans, car Tintin parle à tous les jeunes de 7 à... vous savez combien. «C'est un mythe réconciliatoire qui unifie dans sa personne deux aspects opposés de l'existence: l'enfance et l'âge adulte», analyse Jean-Marie Apostolidès dans son essai Tintin et le mythe du surenfant (éd. Moulinsart). «Par des procédés qu'Hergé emprunte aux peintres classiques [... ], le lecteur est obligé, à son insu même, de pénétrer dans le monde de Tintin, de s'y absorber complètement puis de l'interpréter», écrit Apostolidès.
Hommage royal
Célébré par le roi de Syldavie dans Le Sceptre d'Ottokar (1939), Tintin recevait enfin les honneurs d'Albert II, roi des Belges, le 17 décembre 2003, dans la grande salle du Palais royal habillée par le sculpteur Jan Fabre. Onze auteurs belges, dont Alain Berenboom, Jacqueline Harpman et Jacques De Decker, venaient lui présenter Drôles de plumes (éd. Moulinsart), un recueil de 11 nouvelles qui mettent en scène Tintin sur le tracé royal de Bruxelles. La Belgique est l'un des rares pays que le reporter à la houpette n'ait exploré. «Tintin est un de nos meilleurs ambassadeurs, soulignait le roi Albert II lors d'une allocution. Je me suis aperçu au fil de mes périples à travers le monde qu'il m'avait toujours précédé.» Sérieux mais amusé, Albert II, 70 ans, pointait les qualités du jeune Tintin et tout le tintouin: «Il est courageux, entreprenant, modeste et motocycliste à ses heures; bref, il a tout pour me plaire. Et Tintin a sur moi un bel avantage: il n'a jamais pris une ride.» C'est la fameuse ligne claire qui «entoure d'un trait net et uniforme chaque figure, supprime les ombres qui pourraient défaire les silhouettes (anticavaragisme), se prive de toute déformation subjective», explique à son tour Jean-Luc Marion dans Hergé (Hachette). Beaucoup l'ignorent, mais Miro, Holbein, Lichtenstein, Oppenheim font partie du panthéon personnel de Georges Remi, dit Hergé (RG). Car une histoire passionnée s'est nouée entre l'auteur de bande dessinée et la peinture ancienne ou contemporaine. D'ailleurs, la vingt-quatrième aventure (inachevée) de Tintin, L'Alph-Art - mouvement plastique inventé par Hergé et calqué sur le pop art - se déroule dans les galeries de peinture et le marché de l'art moderne. Paru en 1986, trois ans après la disparition d'Hergé, emporté à 76 ans par une leucémie, le 3 mars 1983, Tintin et L'Alph-Art dévoile des esquisses préparatoires, des croquis, des ratures, des annotations, des essais de dialogues. «Tintin, c'est moi», s'énervait Hergé. Le document posthume qui faillit être achevé par son complice Bob de Moor séduisit 240 000 tintinologues, un bon score pour un livre complexe et luxueux (200 F à l'époque). L'Alph-Art connaît aujourd'hui une nouvelle édition dans une mise en pages plus accessible au grand public et augmentée de «pages retrouvées» dont L'Express publie ici des extraits en exclusivité.
«Hergé envoie son dernier message, appuie Fanny Rodwell, veuve d'Hergé. Georges franchissait là encore une nouvelle étape. Il progressait, et par conséquent ses héros évoluaient aussi. Ça laisse rêveur, ajoute-t-elle, car Tintin reste un puits insondable. C'est un mythe qui frappe l'imaginaire et, pourtant, Tintin est un personnage qui garde les pieds sur terre.» Amorcée au lendemain de la publication de Tintin et les Picaros et plantée à l'origine dans un aéroport, la dernière histoire d'Hergé, qui s'intitula un temps Un jour d'hiver, dans un aéroport, était au tout début «un album où il ne se passerait strictement rien», indiquait Hergé. La bande dessinée expérimentale connaît des courbes et des virages avant de trouver un argument plus classique sur fond de marché de l'art. Bluffé par un artiste conceptuel jamaïcain en vogue, Ramo Nash («radis noir» en flamand), le capitaine Haddock acquiert à prix d'or une sculpture en Plexiglas en forme de H et, piloté par Bianca, plus Castafiore que jamais, se mêle à la jet-set.
Mythe et attente du lecteur. Au fil des 42 pages «en jachère», Hergé convoque aussi d'anciennes figures chères à Tintin, comme l'émir Ben Kalish Ezab et son fils Abdallah (de L'Or noir), Sakharine (du Secret de la Licorne), Gibbons (du Lotus bleu), Chicklet (de L'Oreille cassée). Et recentre l'action sur l'actualité immédiate (commando palestinien, ouverture du Centre Pompidou, affaires du faussaire Legros et du gourou indien Shree Rajneesh Bhagwan). Haddock se trouve vite mêlé à une bande de trafiquants et Tintin, dépêché pour l'enquête, va croiser le faux mage Endaddine Akass (ce qui signifie en flamand «C'est toujours ça de pris dans la caisse») au péril de sa vie. Hergé, malade, condamné, affaibli par de multiples transfusions sanguines - «Certains de ses proches pensent que c'est finalement le sida qui l'aurait emporté», écrit Peeters dans Hergé fils de Tintin (Flammarion) - peine à conclure l'histoire. Sur la dernière case, Hergé promet à Tintin, et donc à lui-même, une fin artistique «tragique». Tintin, revolver dans le dos, est invité par Ramo Nash (Rastapopoulos) à se couler dans une fausse expansion de César, baptisée Reporter, destinée à un musée. La métaphore est trop belle. «Et chargée de symbole, renchérit Philippe Goddin, «hergéologue» et auteur d'Hergé, chronologie d'une oeuvre (éd. Moulinsart). Tintin sacré oeuvre d'art, c'est l'ironie du sort, note-t-il. D'autant que L'Alph-Art s'arrête là tout net. Ça nous arrange bien, ça fait partie du mythe.»
L'année Hergé
Exposition à Barcelone, pièces de monnaie, timbres- poste, montres Swatch... c'est bien l'année de tous les Tintin. Y compris en librairie. Toutes les aventures sont éditées par Casterman, qui promet, pour la fin de 2004, un coffret Alph-Art en tirage limité. Parallèlement, Philippe Goddin publie le tome 4 d'Hergé, chronologie d'une oeuvre: 1939-1943 (éd. Moulinsart). Cet incontournable «musée de papier» qui aborde cette fois-ci les années d'Occupation, la fin du Petit Vingtième et l'interruption de Tintin au pays de l'or noir, devrait compter 7 tomes. A signaler également la parution de Mais où est donc le temple du Soleil? (Flammarion), une enquête scientifique de Roland Lehoucq et Robert Mochkovitch, astrophysiciens et tintinologues avertis. Enfin, Steven Spielberg a repris une option sur Tintin pour trois longs-métrages. Chaque scénario de film serait fondé sur des albums qui fonctionnent par deux: Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge, par exemple.
www.tintin.comTintin pesait sur Hergé, dit-on. A l'époque, l'attente d'un nouvel album était énorme. «Le lecteur était exigeant et Hergé avait l'impression d'avoir perdu sa spontanéité, analyse Benoît Peeters. C'est peut-être pour cette raison qu'il a fait entrer son personnage dans un milieu qu'il connaissait parfaitement. L'Alph-Art est personnel. Mais la bande dessinée pouvait-elle s'adapter au thème entier? Hergé pouvait y dessiner Warhol, Hockney, mais les autres?» Le roman de Tintin est quasi autobiographique, c'est un journal intime qui dessine un portrait en creux (et en bosses) d'Hergé. A la fin de sa vie, l'évolution d'Hergé a du mal à coïncider avec son oeuvre. Peintre rentré, Hergé accumule les collections de tableaux, c'est une passion de deuil. «L'anticipation du musée comme lieu de mort, de consécration mortifère, est la dernière belle intuition d'Hergé, reprend Peeters. Pour lui, Tintin, forme vivante, se retrouve soudain figé, statufié, immobile, vénéré.»
Autodidacte, Hergé est venu à l'art grâce à sa rencontre avec Marcel Stal, ancien colonel de l'armée belge et ami de son frère, qui avait ouvert la galerie Carrefour à Bruxelles (Fourcart dans L'Alph-Art) qui se trouvait à deux pas de ses studios, avenue Louise. «Stal était un gentleman plein d'humour et d'impertinence qui aurait pu jaillir d'un roman anglais, se rappelle Pierre Sterckx, ami de Stal et d'Hergé, professeur à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris et critique d'art. C'était un gaffeur distrait, comme Hergé, les affectionnait. Le «mille sabords!» serait de lui.» Stal accueille dans sa galerie-forum très agitée tout le monde de l'art, y compris son voisin Hergé, qui défend Fontana et Sterckx, grand connaisseur de Della Francesca et de Warhol. Bientôt, Hergé demande à Sterckx de lui donner des cours particuliers d'histoire de l'art.
«Georges s'est fabriqué lui-même sa quête de l'art et il l'a fait progresser en multipliant des rencontres qu'il suscitait. C'était un collectionneur rare qui menait sa collection comme une aventure spirituelle proche du taoïsme», pointe Sterckx. Hergé organise alors des voyages à Amsterdam, visite des ateliers d'artiste, achète des tableaux sans discuter - fait inhabituel dans le milieu - et découvre, notamment, Oppenheim, Rothko ou Raynaud avant l'heure. «Il était un vrai amateur d'art, assure Sterckx, doté d'une grande ouverture d'esprit, comme ses albums le prouvent. C'est vrai qu'il a été un homme de la droite catholique, mais on a plusieurs vies, et l'art contemporain l'a aidé à devenir un libertaire d'une modernité extrême: il aimait les Beatles et a même sponsorisé un concert de Keith Jarrett. L'Alph-Art est son album-testament, comme Les Bijoux de la Castafiore l'étaient aussi. Haddock est un haut-parleur. Sa voix est celle de Mick Jagger et de Louis Armstrong.»
Dans L'Alph-Art, écrit sous l'influence de la lettre H, Haddock perd les boulons, se laisse pousser les cheveux, gratte la guitare, change la déco de Moulinsart, stocke du haschisch dans les caves et fait pousser du chanvre dans le jardin du château. «Quelle force pour un homme malade!» s'exclame Sterckx. Les pages inédites atteignent la centaine, mais «tout n'est pas exploitable», confirme Etienne Pollet, éditeur des collections Hergé. «Georges barrait et recommençait dix fois la même planche, on suit les états successifs d'une même idée. A cette étape d'élaboration de L'Alph-Art, il aurait pu tout recommencer à zéro et publier une histoire complètement différente, mais le thème du faux serait resté prépondérant.»
La planète pour terrain de jeu. Le faux est un thème qui traverse tous les Tintin. Hergé a décrit les trafics - de fausse monnaie, d'opium, de haschisch - et dessiné les doubles, les masques, les ventriloques, les gourous. «La duplicité est l'une des visions du monde d'Hergé, reprend Benoît Peeters. Elle montre un Hergé moins rassurant. Les couleurs, le look de Tintin, la mise en images sont rassurants; pourtant, en contrebande, Hergé fait passer autre chose, des cauchemars, des scènes de folie.» «Les grands faussaires l'avaient marqué, et il voulait stigmatiser le faux et les faux-semblants. Ce qu'il ne connaissait pas le fascinait», éclaire Fanny Rodwell. Hergé avait été interpellé par la biographie de Roger Peyrefitte Tableaux de chasse ou la vie extraordinaire de Fernand Legros et par un reportage de Paris Match sur un gourou. «Hergé était, comme Tintin, une tête chercheuse», résume Sterckx.
Dans un passage de L'Alph-Art, un importun pose à Haddock une question bateau: «Mais l'art, à quoi ça sert?» Et le capitaine marmonne: «Ça ne sert à rien, mille tonnerres, c'est de l'Art!» Tintin est désormais un classique, il est au carrefour de tous les courants, toutes les écoles, et aura pour le centenaire d'Hergé, en 2007, son propre musée à Bruxelles. «A la différence d'Astérix, qui reçoit le monde entier chez lui vers Petibonum, Tintin explore la planète et en fait un terrain de jeu palpitant pour tous», analyse l'écrivain Erik Orsenna, tintinologue de toujours. Avec Tintin, scande-t-il, j'ai appris l'espace et avec Proust, le temps.» «Et je dirai même plus, tonneraient en choeur les Dupont(d), l'espace et le temps»...
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http://www.objectiftintin.com/whatsnew_Tintin_4158.lasso
7/12/2007 Hergé et la politique: Tintin chez les petits Blancs (ID:10684)
Le journal Le Soir de ce 7 décembre 2007 publie deux articles sur Tintin:
- En Une du 3ème cahier, un long article de Daniel Couvreur avec un dessin rare de Tintin et Milou devant le grand magasin "Au Bon Marché !": Tintin chez les petits Blancs
Tintin dangereux ? Un colloque international voit plutôt dans le héros un miroir idéologique de son temps.
Jérusalem
De notre envoyé spécial
Les plaintes accusant Tintin de « racisme » ou de « xénophobie » déposées en Grande-Bretagne, en France ou en Belgique ont-elles un fondement ? Les Etats-Unis et lAfrique du Sud ont-ils raison de ne plus diffuser lalbum ? Faut-il réserver la lecture de Tintin au Congo aux adultes comme la décidé son éditeur britannique ? Créées à laube des années 1930, les premières aventures de Tintin portent lempreinte des préjugés du monde « civilisé » des petits Blancs de la Belgique paternaliste.
De retour du Pays des Soviets, quand le petit reporter fait ses malles pour « un reportage sensationnel » au Congo belge, Hergé sinspire des thèses officielles de Notre Colonie. Ce livre rend hommage à « luvre éminemment civilisatrice » des missionnaires belges. Les pères ont concouru « puissamment aux progrès de la civilisation » dans un pays de « populations assez arriérées », où les Noirs « ont recours aux maléfices des sorciers ».
« Le Noir est indolent »
Dans les livres des missionnaires, les Noirs seront assimilés jusquen 1955 à des « victimes de la décadence humaine », tandis que les Blancs forment une « race dépassant toutes les autres en intelligence ». Le manuel de la Géographie officielle de la Belgique et du Congo assure que le « développement intellectuel de lenfant noir sarrête assez tôt ». Limage est partout condescendante : « Le Noir est indolent, peu prévoyant et na que de très faibles besoins. »
En 1946, Hergé gommera certains clichés dans la nouvelle version en couleur de lalbum que nous connaissons aujourdhui. Mais ses efforts resteront insuffisants à évacuer limage de « méchant colon » que Bienvenu Mbutu-Mondondo, lauteur de la requête en faveur de linterdiction de la vente de lalbum en Belgique, reproche à Tintin. Si Hergé a, par exemple, substitué une leçon de calcul à la leçon de géographie sur « notre patrie, la Belgique », Tintin ne parvient pas à arracher à ses élèves noirs la réponse à « Combien font deux plus deux ? » Aux yeux de Mbutu-Mondondo, cest plus grave encore que de ne pas savoir où se trouve la Belgique.
« Tous mes albums portent la trace du moment où ils ont été dessinés », sexcusait Hergé dans une interview accordée à Henri Roanne en 1974. A Numa Sadoul, il précisait : « Pour Tintin au Congo, tout comme pour Tintin au Pays des Soviets, jétais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. Si javais à les refaire, je les referais tout autrement, cest sûr. »

A Jérusalem
Peut-on pour autant taxer Hergé de racisme ? Le colloque international, organisé par le Musée israélien du cartoon, lInstitut français de Tel Aviv, les ambassades de France, de Belgique et la Communauté Wallonie-Bruxelles, a dernièrement exploré la question à Jérusalem. Pour éclairer les rapports entre Hergé et la politique, Pierre Assouline, écrivain et auteur dune biographie dHergé, Plantu, caricaturiste du Monde, Kichka, le Kroll israélien, ou Didier Pasamonik, conseiller du Musée du Judaïsme de Paris pour lexposition De Superman au Chat du Rabbin, ont remis Hergé dans le contexte historique de la création des albums de Tintin.
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Hergé ne peut pas se définir comme un auteur raciste ni antisémite, a souligné Pierre Assouline. Son idéal, c'était la Belgique. Ses valeurs ? La loyauté et la fidélité. Tintin naît dans Le Vingtième siècle, un journal catholique conservateur qui est contre la politique, contre le progrès, contre les juifs, contre les francs-maçons, contre les communistes, contre les financiers
Son patron, l'abbé Wallez, est un ultra, tout le contraire d'Hergé. Suite dans "Le Soir"
Copyright Le Soir - Daniel Couvreur - vendredi 7 décembre 2007 - www.lesoir.be