LES TELEGRAMMES CHIFFRES DU KOMINTERN 1939-41
[277]
Un numéro spécial de L'Humanité, daté du 14 juillet, avait titré sur deux colonnes: «Le 14juillet, manifestez, pavoisez tricolore. Témoignez votre solidarité à l'URSS. Donnons le Front national de lutte pour l'indépendance de la France. A bas Hitler / Vive l'URSS / Vive la France. » Les rapports de la préfecture de police de Paris témoignent qu'effectivement, de nombreux passants arpentèrent les Grands Boulevards en arborant, sous une forme plus ou moins directe, mais toujours explicite, les trois couleurs du drapeau national. Une photo a été conservée de trois jeunes filles marchant, bras dessus bras dessous, portant chacune un chemisier de couleur différente, bleu pour la première, blanche pour la deuxième, rouge pour la troisième. On sera beaucoup plus réservé sur les actions de sabotage évoquées.
Expéditeur: [Jacques Duclos 1 ?]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitroy2]
Date: 30/07/1941
Paul,
Parti lança comme mots d'ordre pour 14 Juillet: manifester, arborer couleurs nationales et chanter Marseillaise. Résultats obtenus dépassent espérances. Foule qu'on peut évaluer à un million personnes et rassemblée au Grand Boulevard, au Quartier Latin et à l'Étoile. Malgré interdiction moitié des présents arboraient couleurs nationales. Nombreux groupes de trois femmes vêtues de blanc, l'autre de bleu et troisième en rouge circulaient. Police submergea [de] procès [et] d'arrestations en masse. Dans attroupements, plusieurs amis prirent la parole. Une colonne de manifestants a défilé de Strasbourg-St.-Denis à la Bastille, une deuxième manifestation a
1 Expéditeur non mentionné, probablement Jacques Duclos, principal dirigeant du PCF en France (*).
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
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Maurice Thorez 1, André Marty 2 et Géorgi Dimitrov 3 envoient des consignes précises à Jacques Duclos 4 sur les axes à privilégier. On remarque qu'il n'est pas fait écho à d'éventuels attentats individuels visant des soldats allemands. On insiste tout spécialement sur l'entrisme au sein des institutions militaires ou paramilitaires de l'État français. Il s'agirait à la fois de se procurer des armes et de chercher des cadres pour l'année clandestine. De fait, des rapports de police vont dans l'année qui suit signaler à plusieurs reprises de telles tentatives «d'entrisme». Les «coups formidables» portés par l'Armée rouge ne correspondent en rien à la réalité du front. Smolensk est tombée le 15 juillet. Le 8 août, à Uman en Ukraine, 103'000 soldats soviétiques encerclés se sont rendus à la Wehrmacht. Le principal signe d'espoir pour l'URSS réside dans l'engagement croissant des États-Unis dans le conflit mondial, Roosevelt et Churchill s'apprêtant à fixer, à bord du cuirassé Prince of Wales, la Charte de l'Atlantique sur les buts de guerre anglo-saxons (14 août 1941).
Expéditeur: Stern [Maurice Thorez], André [Marty], Paul [Géorgi Dimitrov]
Destinataire: Clément [Eugen Fried 5] pour Yves [Jacques Duclos]
Date: 11/08/1941
Clément pour Yves,
Vos communications indiquent début accroissement résistance peuple français contre occupants. Situation permet et exige actions
1 Secrétaire général du PCF, alors à Moscou (*).
2 Secrétaire du Comité exécutif du Komintern (*).
3 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
4 Principal dirigeant du PCF en France (*). 5 Représentant du Komintern auprès du PCF, alors à Bruxelles (*).
ANTIFASCISME ET PATRIOTISMES (JUIN-DECEMBRE 1941)
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toujours plus énergiques et création mouvement national de masse offensif contre envahisseurs. À cet effet, nécessaire concentrer activité dans domaines suivants.
Premièrement,
Étendre sous toutes formes mouvement de masse contre Allemands et leurs agents, revendications populaires, pain, résistance aux perquisitions, manifestations de rue, manifestations des femmes. Étendre mouvement gréviste partout où on travaille pour les Allemands. Paralyser leurs fournitures.
Étendre sur grande échelle et accentuer actions sabotage, diversion, afin constamment troubler arrière nazis et les harceler. Pour ce but, indispensable constituer dans tous centres importants nombreux groupes agissants.
Deuxièmement,
Il faut absolument entrer en masse dans année Pétain 1 particulièrement dans unités techniques, aviation, tanks, marine ainsi que dans camps jeunesse 2 et autres formations paramilitaires. Amis et sympathisants doivent entrer dans armée pour apprendre manier armes, pour devenir cadres et surtout pour lui assurer par leur grand nombre un caractère national et antinazi. Hors de France nos amis sympathisants doivent entrer dans année de gaulliste. Naturellement faire tout le travail militaire sans crier.
Troisièmement,
Renforcement lutte peuple français contre occupants est constamment facilité par coups formidables qu'armée rouge porte aux armées allemandes. Cela accélère création en France conditions
1 Suite à la convention d'armistice, l'armée française était réduite à un effectif maximal de 100'000 hommes et la conscription avait été supprimée.
2 Les Chantiers de la Jeunesse ont été créés par le gouvernement de Vichy le 30 juillet 1940, sous la houlette du général de La Porthe du Theil. Ils devaient pallier la suppression du service militaire, en incorporant pour une durée de huit mois la classe mobilisée en 1940, puis à partir de 1941 tous les jeunes gens qui auraient dû être appelés sous les drapeaux.
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pour victorieuse guerre nationale de libération. Indispensable par conséquent commencer préparation pratique masses pour telle proche perspective. Cela exige examiner pratiquement questions armes, armement, organisation groupes armés et actions armées. En même temps nécessaire renforcer campagne contre traîtres et cliques capitulardes. Exigez expulsion Darlan du gouvernement, Darlan s'étant démasqué complètement comme instrument nazi 1. Demandez formation véritable gouvernement libération nationale.
Stern, André, Paul.
Cote: 495/184/5 (sortie 1941), 88-89. France.
1 L'amiral Darlan, vice-président du Conseil depuis février 1941, ajoué un rôle important dans la radicalisation du régime. Il est fait peut-être aussi référence aux protocoles Darlan-Warlimont, paraphés à Paris les 27 et 28 mai 1941, et qui accordaient aux Allemands l'usage de bases militaires françaises en Afrique du Nord et au Proche-Orient en échange de concessions sur le retour des prisonniers de guerre. La semaine suivante, le Conseil des ministres refusa de les entériner, considérant qu'ils valaient co-belligérance avec l'Allemagne.
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Le PCF s'est lancé résolument dans la lutte armée 1. La chose n'est pas facile: le tournant stratégique est encore tout récent, et les volontaires ne sont pas très nombreux pour ce type d'action. Pour autant, des «groupes armés» sont mis sur pied, d'abord à Paris et dans le Nord, Les premiers groupes sont de trois types: l'Organisation spéciale, les étrangers de la Main-d'oeuvre immigrée (MOI); les jeunes communistes (« Bataillons de la jeunesse »). L'Humanité clandestine du 15 août a lancé le premier appel à la lutte armée dans un article évoquant les «francs-tireurs» de la guerre de 1870: «Francs-tireurs de 1941, debout pour chasser l'ennemi du sol sacré de la Patrie. C'est le moment car nos frères de l'Armée rouge retiennent en URSS l'essentiel des forces hitlériennes,» Curieusement, aucune référence n'est faite dans le télégramme à la manifestation organisée par les Jeunesses communistes, le 13 août, porte Saint-Denis.
Expéditeur 2: [Jacques Duclos 3?]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitrov 4]
Date: 19/08/1941
Paul,
Avons obtenu premiers résultats dans formation groupes spéciaux 5 et développons leur action. Faisons gros effort propagande masse. Dans régIon pansienne, avons depasse 50 prises de paroles dans marchés et [aux] portes usines,
1 Voir supra, pp, 432-435.
2 Document sans indication d'expéditeur, probablement Jacques Duclos.
3 Principal dirigeant du PCF en France (*).
4 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
5 Groupes spéciaux: l'Organisation spéciale, mise sur pied par lePCF, d'abord pour la protection des manifestations ou des cadres, puis pour mener la lutte armée, en particulier à Paris,
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Avons formé groupes d'agitatrices pour parler aux femmes dans queues et organiser manifestations. En Juillet, avons édité et diffusé 2'697'000 journaux et tracts imprimés, ainsi que 70'000 brochures.
Cote: 495/184/8 (entrée 1941), 258. France.
ANTIFASCISME ET PATRIOTISMES (JUIN-DÉCEMBRE 1941)
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Expéditeur: Yves [Jacques Duclos 1]
Destinataire: Dimitrov 2
Date 3: 22/08/1941
Dimitrov,
Avons reçu communication. Prenons mesures pour appliquer toutes les directives. Rencontrons difficultés dans organisation actions grévistes, mais mobilisons nos forces pour les surmonter. Prenons aussi mesures pour intensifier action revendicative femmes et développons équipes spéciales dans sens indiqué.
Yves.
Cote: 495/184/5 (entrée 1941), 12. France.
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La lutte armée a fait ses premières victimes. À la suite de la manifestation organisée le 13 août à Paris, deux jeunes communistes, Samuel Tiszelman et Henri Gautherot ont été fusillés par les Allemands le 19. Deux jours plus tard, un membre des «Bataillons de la jeunesse » Pierre Georges (futur colonel Fabien) abat l'aspirant de marine Alfons Moser sur le quai du métro Barbès-Rochechouart. Le geste est important, puisqu'il marque le début des attentats individuels. Pourtant, il n'est pas évoqué dans L'Humanité clandestine, car on redoute sans doute au plus haut niveau une réaction négative de l'opinion.
Face à cette situation, on assiste à une double radicalisation. Du côté allemand, on menace d'exécuter des otages et l'on fait pression sur le gouvernement français. Du côté de Vichy, justement, des sections spéciales sont mises sur pied: la procédure est accélérée; les jugements sont exécutoires immédiatement, sans appel possible; la loi est rétroactive. En amont, la police parisienne réactive une Brigade spéciale, chargée de la répression anticommuniste. Elle sera d'une terrible efficacité.
Expéditeur: [Jacques Duclos 1]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitrov 2]
Date: 05/09/1941
Paul,
Menaces de mort publiées à grand spectacle par Allemands ont provoqué une certaine crainte parmi masses unanimes contre envahisseur, mais qui passagèrement ont peur de l'action et de ses conséquences. Viendrons rapidement à bout de ces difficultés partant pour développer mouvements des problèmes économiques concrets. Situation alimentaire est telle qu'aurons hivers prochain
1 Principal dirigeant du PCF en France (*).
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
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morts de faim. Interventions pour que Parti s'occupe mieux des problèmes de ravitaillement et ville tout particulièrement au travail parmi femmes. Métallos parisiens sont rentrés des congés payés. Nos organisations vont redoubler d'efforts dans usines parisiennes où en un mois avons regroupé ou recruté plus de 1'000 adhérents, mais là aussi il faut faire le pas permettant de passer le stade de la crainte inspirée par envahisseur. Allemands ont peur de mettre eux-mêmes leurs menaces à exécution, c'est pourquoi ils chargent Vichy de l'opération et tribunal spécial 1 récemment installé à Paris est chargé de prononcer sentences des Allemands. Ferons large publicité à ces tribunaux d'infamie. Visiblement Allemands ont peur de l'état d'esprit de la population et ont été surpris qu'en plein Métro [¿¿¿¿¿¿] un de leurs officiers ait pu être abattu sans que personne dans foule présente essaie arrêter auteur de l'acte 2. D'autres actions de ce genre faites discrètement avaient été passées sous silence, mais il était impossible pour les Allemands de ne rien dire. Dimanche 24 août par crainte de manifestations, quartiers populeux de Paris comme Belleville étaient en état de siège, mitrailleuses braquées soldats allemands armés de fusils et grenades. - les deux jeunes fusillés à Paris Thys Zelman [Tiszelman] et Henri Gauthierot [Gautherot] étaient membres des JC [Jeunesses communistes]. Le second blessé de balles allemandes à la cuisse a été porté dans cet état devant poteau d'exécution. Tous deux sont morts en héros. Discours ministre Berthelot 3 témoigne de l'inquiétude éprouvée par Allemands devant désorganisation complète du réseau français conséquence du sabotage de masse sous formes les plus diverses.
Cote: 495/184/8 (entrée 1941),288-290. France.
1 Il s'agit des sections spéciales, créées par la loi du 14 août 1941 - le décret est antidaté et a été promulgué après l'attentat de Barbès-Rochechouart (voir supra). En zone nord, elles sont mises en place près des cours d'appel, en zone sud. près des tribunaux militaires.
2 Sur l'attentat du 21 août 1941, voir supra.
3 Secrétaire d'État aux Transports et aux Communications du gouvernement de Vichy, Jean Berthelot a lancé le 21 août un appel aux cheminots, en leur demandant de mettre fin aux sabotages.
ANTIFASCISME ET PATRIOnSMES (JUIN-DÉCEMBRE 1941)
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Expéditeur: [Jacques Duclos 1]
Destinataire: [Géorgi Dimitrov 2]
Date 3: 05/09/1941
En zone non-occupée, notre travail [est] en retard par rapport zone occupée. Avons donc envoyé renforts cadres. Situation politiquement favorable, gouvernement de Vichy méprisé, haï et pouvons trouver alliés dans notre lutte pour libération nationale. Avons là-bas Dupuy et Mauvais 4 qui vont améliorer notre situation. On signale chez Allemands signes de démoralisation. Un régiment s'est mutiné à Chalon-sur-Saône et un autre à Dijon en Saône-et-Loire. Soldats mutinés ont été emmenés en chaînes dans wagons vers destination inconnue.
Cote: 495/184/8 (entrée 1941), 287. France.
1 Principal dirigeant du PCF en France (*).
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
3 Reçu le 8 septembre 1941.
4 Marc Dupuy (supra, doc. n° 254, 11/06/1941) et Léon Mauvais (supra, doc. n° 191, 1I/06/1941) ont été envoyés diriger le PCF en zone sud. Raymond Guyot les rejoindra au début de 1942 pour former le triangle de direction.
ANTIFASCISME ET PATRIOTISMES (JUIN-DÉCEMBRE 1941)
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Expéditeur: [Jacques Duclos 1 ?]
Destinataîre: G. D. [Géorgi Dimitrov 2]
Date: 03/10/1941
Suite,
Serait bon que la radio diffuse les noms des derniers otages communistes fusillés par ordre de Von Stülpnagel 3, ce sont: Raymond Gandon, Lucien Texier, les avocats Georges Pitard, Antoine Hadje, Michel Rolnikas, et les militants Roger Peyrat, Victor MarchaI, René Anjolvy, François Herpin, Pierre Guignois, Georges Masset, Adrien Nain, Daniel Loubier et Maurice Peureux. À cela s'ajoutent les camarades condamnés par tribunal d'État 4: Adolphe Guyot et Jacques Vog [Woog].
Mesures prises par Allemands témoignent de la fureur en voyant les attaques contre leurs hommes prendre le caractère mouvement de masse. Nombreuses sont chaque jour les victimes et cela est résultat de multiples initiatives individuelles. Sous coups d'ennemi, Parti se tient très bien et se montre digne de la grande cause de Staline.
Après exécution de Catelas 5, entreprenons forte campagne de protestation contre ces assassinats, car c'est le seul moyen de sauver père [Péri? 6] qui doit être prochainement jugé, Allemands ne se sentent pas tranquilles. Il n'y a pas de jour sans incident en raison caractère de masse de lutte contre occupant. Sur terrain vagues anciennes fortification de Paris, Allemands font exercices de combat de rue avec mitrailleuses et mortiers. À suivre.
1 Principal dirigeant du PCF en France (*).
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*),
3 Otto von Stülpnagel (1878-1948): général allemand, commandant militaire en France (Militiirbefehlshaber in Frankreich) d'octobre 1940 à février 1942. Il met en oeuvre, au nom de l'efficacité politique, la politique d'exécution d'otages.
4 Le Tribunal d'État, voir supra.
5 Voir supra, doc. n° 147 (13/07/1940). Il a été guillotiné le 24 septembre 1941.
6 Peut-être s'agit-il de Gabriel Péri (voir supra, doc. n° 147, 23/07/1940). On pensait alors qu'il serait jugé, mais il sera exécuté comme otage le 15 décembre 1941.
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[Note manuscrite (traduite du russe):]
Faites montrer à cc. Manuil'skij 1, Lean [Maurice Thorez 2], Marty 3, Ercoli [Palmiro Togliatti 4], Stepanov [Stojan Minev 5].
Cote: 495/184/9 (sortie 1941),97,98, n° de sortie 868. France.
1 Dimitri Manouilski, secrétaire du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Probablement pour Jean: Maurice Thorez (*).
3 Secrétaire du Comité exécutif du Komintern (*).
4 Dirigeant du Parti communiste d'Italie et haut responsable du Komintern, alors à Moscou (*).
5 Membre du Secrétariat, proche collaborateur de Dimitrov et de Manouilski (*).
ANTIFASCISME ET PATRIOTISMES (JUIN-DÉCEMBRE 1941)
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[308]
Le vieux leader communiste Marcel Cachin a été arrêté le 5 septembre 1941 en compagnie de son gendre Paul Hertzog. À la mi-septembre, ils sont transférés à la Santé. L'opération avait été montée par le Sipo-SD, et plus précisément le chef parisien de la Gestapo, Bömeburg, en liaison avec l'ancien dirigeant communiste Marcel Gitton 1. Il s'agissait de «retourner» Cachin. L'opération échoua à terme, mais, dans l'immédiat, Cachin, sans jamais renier sa fidélité partisane, acceptera de signer une déposition où il condamne les attentats individuels. Signée le 17 octobre, la déclaration lui permet de sortir. Revenu en Bretagne, il sera «récupéré» quelques mois plus tard par le PCF et mis en sécurité dans la clandestinité. Quant à sa déclaration, elle sera utilisée par la propagande allemande et collaborationniste au même moment.
Expéditeur2: [Jacques Duclos?]
Destinataire: [Géorgi Dimitrov?]
Date: 13/10/1941
/Suite/ Chômeurs de chantiers Porte Dauphine et Place du Combat ont demandé augmentation salaires. Sabotage a pris caractère tellement généralisé que Allemands donnent instructions secrètes avec indication de l'appel téléphonique à faire en cas d'actes de sabotage et forment équipes de surveillance nocturne contre incendie. Un convoi allemand a été attaqué près de la Ferté Gaucher en Seine-et-Marne, un câble d'acier tendu à travers la route fit s'écraser deux voitures d'officiers précédant convoi de 8 camions de fourrage et, pendant que soldats se rendaient en tête du convoi, le feu était mis à tous les camions et tous furent détruits par feu.
1 Voir supra, doc. n° 254 (11/03/1941).
2 Télégramme transmis de France, sans indication d'expéditeur ni de destinataire. Probablement Jacques Duclos, principal dirigeant du PCF en France (*), à Géorgi Dimitrov, secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
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Surveillance policière à Paris ne se ralentit pas. Dans certaines stations de Métro, police bloque tous les voyageurs et procède a des fouilles assez minutieuses. De ce fait, notre diffusion à Paris s'est tassée, mais elle augmente en province. En province, faisons efforts dans tous les domaines pour empêcher que forces de Gestapo puissent rester concentrées Paris. Vieux Marcel [Cachin 1] a été amené à la Santé où il est au secret en mains de Gestapo. Menons campagne pour lui et pour Gabriel [Péri 2]. /Fini.
Cote: 495/184/9 (entrée 1941), 89, n° d'entrée 904. France.
1 Voir supra, doc. n° 41 (19/11/1939).
2 Voir supra, doc. n° 147, 23/07/1940.
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[310]
4 novembre 1941: la situation sur le front russe est critique. Odessa est tombée le 18, Kharkov, le 24, Koursk, le 3 novembre. Le maréchal Joukov est chargé de défendre Moscou. Le gouvernement russe et les ambassades sont transférés le 20 octobre à Kouibichev, au bord de la Volga. Dans le même temps, le 22 octobre, les principaux dirigeants du Komintern, Palmiro Togliatti en tête, et les représentants des partis communistes quittent Moscou pour Oufa. Dimitrov prendra soin de rester le plus souvent au plus près du pouvoir russe, même si le Komintern ne jouera plus dès lors qu'un rôle marginal. Le même jour, Staline devient commandant en chef des forces années.
Expéditeur: Géorgi Dimitrov 1
Destinataire: [Tous les partis]
Date: 04/11/1941
Dimitrov,
L'Armée Rouge acquiert l'expérience de lutte nécessaire. Ses rangs se remplissent de forces fraîches provenant de réserves humaines inépuisables du pays. L'évacuation à temps des usines et ouvriers qualifiés, l'extension et la pleine utilisation de l'industrie
1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
ANTIFASCISME ET PATRIOTISMES (JUIN-DÉCEMBRE 1941)
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de l'Oural, l'aide apportée par l'Angleterre et les États-Unis contribuent à la résistance victorieuse de l'URSS et la préparation de son attaque pour nettoyer le sol soviétique des hordes fascistes. Face à la croisade fasciste les masses populaires d'Angleterre et d'Amérique, soucieuses de leur avenir, soutiennent l'URSS. Les forces du front anti-hitlérien grandissent dans tous les pays. La perspective effective de la victoire finale dans cette guerre est du côté de l'Union soviétique, du côté du front anti-hitlérien. Néanmoins les partis communistes doivent tenir compte que la situation de l'URSS dans l'étape actuelle de la guerre, est difficile.
La lutte héroïque de l'Armée Rouge et de tout le peuple soviétique a besoin du soutien le plus large et plus rapide, par tous les moyens de la part de la classe ouvrière et des peuples du monde entier. Cela amoindrira le nombre des victimes aux fronts, les souffrances de millions d'hommes dans les pays occupés et accélérera l'anéantissement de la monstrueuse machine de guerre de l'ennemi fasciste. Dans les pays occupés, il est nécessaire de développer plus activement le sabotage, les grèves, des manifestations et, là où les conditions sont mûres, le mouvement de partisans, s'orientant vers la guerre nationale. Il ne doit pas y avoir place pour la moindre dépression. Tout pour l'anéantissement le plus rapide d'Hitler, pour la victoire de l'URSS, pour sauver l'humanité des monstres fascistes./Fin/
Dimitrov.
Cote: 495/184/5 (sortie 1941), 103-104.