LES TELEGRAMMES CHIFFRES DU KOMINTERN 1939-41

LA «NORMALISATION» (OCTOBRE 1939-AVRIL 1940)

119

[41]

Hitler avait initialement prévu de lancer son offensive à l'Ouest le 15 novembre 1939. Elle sera différée à vingt-neuf reprises. Cependant, un premier accord économique se profile avec l'URSS. Il sera signé le 24 octobre.

Dimitrov compte sur Marcel Cachin, seul sénateur communiste, figure charismatique du PCF, pour stigmatiser haut et fort la «guerre impérialiste» à la tribune de la haute assemblée. Copie est transmise à Jacques Duclos, réfugié en Belgique.

Expéditeur: G. D. [Géorgi Dimitrov 1]
Destinataire: PCF Paris, Copie Duclos 2
Date: 19/11/1939

PCF Paris, Copie Duclos.

Transmettez Cachin 3 : Internationale compte sur lui pour une ferme déclaration devant première réunion Sénat 4: contre guerre impérialiste et pour la paix; contre trahison et crimes leaders socialistes et réformistes; pour défense intérêts et libertés classe ouvrière et peuple de France; pour politique éprouvée Union soviétique toujours inlassablement en faveur intérêts ouvriers tous pays et paix. Signé Dimitrov. Prenez toutes dispositions pour réussite et diffusion rapide déclaration.

Cote: 495/184/10 (sortie 1939),91,92, n° de sortie 730. France.

1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintem (*).
2 Dirigeant du PÇF clandestin, alors en Belgique (*).
3 Marcel Cachin (1869-1958): dirigeant socialiste, puis communiste français; membre du bureau politique du PCF; directeur de L'Humanité depuis 1918; sénateur; il passe alors l'essentiel de son temps dans sa maison de Lancerf (Bretagne). Pseudonymes: Adrien; Le Breton; Lebreton,
4 La déclaration de Cachin au Sénat interviendra le 21 février 1940. Le 29 février, le Sénat votera la déchéance du sénateur communiste. Sur la suite de l'affaire Cachin, voir infra, doc, n° 56 (22/12/1939).

***

184

MOSCOU-PARlS-BERLIN

[102]

Sept ans après l'accession de Hitler au pouvoir, le Parti communiste d'Allemagne a été laminé à l'intérieur du Reich. Le président lui-même, Ernst Thlilmann. est emprisonné, tandis que le principal dirigeant encore en liberté, Wilhelm Pieck, se trouve en Union soviétique. C'est de Moscou que ce dernier donne ses consignes aux «camarades» allemands à l'occasion du 1er mai.

Expéditeur: [Wilhelm] Pieck 1
Destinataire: Camarades allemands
Date: 06/04/1940

Pour le 1er mai 2,

[...] pour la paix. Les objectifs de guerre impérialiste empêchent l'obtemption de la paix. Utiliser toutes les possibilités pour renforcer amitié avec l'Union soviétique. Faire la lumière et lutte contre les intrigues envers le pacte.

Pour des salaires plus élevés, contre travail forcé, contre exploitation des femmes et des jeunes, compléments de ravitaillement pour les ouvriers.

Libération d'Ernst Thalmann 3 et de tous les amis de l'Union soviétique arrêtés et de tous les combattants pour le socialisme. Droit à la liberté d'expression dans toutes les questions de condi-

1 Dirigeant communiste allemand et secrétaire du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Autres directives pour le 1er mai 1940: infra, doc. n° 105 (08/04/1940) et n° 107 (09/04/1940). La directive du Secrétariat du Komintern a été adoptée le 4 avril, mais ne sera validée que le 9.
3 Président du parti communiste d'Allemagne, emprisonné par les nazis depuis 1933 (*). Voir supra, doc. n° 42 (25/11/1939), n° 44 (28/11/1939), n° 46 et 4/ (02/12/1939) et n° 50 (11/12/1939), n° 55 (21/12/1939), n° 87 (28/02/1940).

LA «NORMALISATION» (OCTOBRE 1939-AVRIL 1940)

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tions de travail dans l'entreprise et la DAF 1. Droit à des revendications collectives et [leur] imposition commune. Élection des délégués du personnel et des fonctionnaires de la DAF. Contre l'oppression des ouvriers [...].

Solidarité internationale avec le prolétariat anglais et français, contre l'impérialisme, pour la paix, contre l'oppression des peuples tchèque, polonais et autrichiens, pour leur droit à l'autodétermination.

La capitalisme, c'est la guerre, la misère, la barbarie. Le socialisme, c'est la paix, la liberté, la vie heureuse. L'Union soviétique le prouve. Concrétisez les propositions à votre sens d'après ce que bon vous semble. Informez, sur ce qui est fait dans le pays.

Pieck.

Cote: 495/184/1 (sortie 1940), 31. Allemagne [traduit de l'allemand].

1 Deutsche Arbeitsfront (DAF, Front du travail allemand): organisation des travailleurs allemands mise en place par les nazis après la suppression des syndicats en 1933.

***

LUTTER ou NÉGOCIER? (AVRlL-SEPTEMBRE 1940)

255

[144]

Depuis le 17 juin 1940, la direction communiste présente à Pans a engagé des négociations avec le diplomate allemand (et futur ambassadeur) Otto Abetz 1, en vue de la reparution légale de L'Humanité et de la libération des militants communistes. À l'occasion d'une de ses visites, le 20 juin, Maurice Tréand a été arrêté par la police française avant d'être libéré sur intervention d'Abetz, trois jours plus tard. Ce n'est donc que le 9 juillet qu'Eugen Fried, toujours à Bruxelles, semble apprendre l'existence de ces négociations. En tout cas, c'est à cette date qu'il en avertit Dimitrov.

Ce même 9 juillet, le gouvernement français adresse aux deux chambres un projet de résolution sur la révision constitutionnelle où Pétain écrit: «La France doit comprendre et accepter la nécessité d'une révolution nationale. » Le lendemain, une très large majorité des députés et sénateurs présents à Vichy vote les pleins pouvoirs constituants à Pétain.

Expéditeur: Clément [Eugen Fried 2]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitrov 3]
Date: 09/07/1940

Paul,

Mon courrier revenu de Paris et informe entrevues avec Gabriel [Maurice Tréand 4]. Plupart camarades enfuis de Paris pas encores (sic) revenus, ceci complique travail.

1 Otto Abetz (1903-1958) : responsable des questions françaises dans les Jeunesses hitlériennes. puis expert pour la France du Bureau Ribbentrop. expulsé de France en juillet 1939. il devient l'adjoint personnel de Ribbentrop. Envoyé à Paris en juin 1940. comme plénipotentiaire du ministère des Affaires étrangères auprès du Commandant militaire en France. il est nommé le 5 août suivant ambassadeur d'Allemagne auprès du gouvernement français. Il quitte Paris en août 1944; arrêté en 1945 par les Français. il est condamné en 1949 à vingt ans de travaux forcés et libéré en 1954.
2 Représentant du Komntem auprès du PCF. alors à Bruxelles (*). Réponse au télégramme de Dimitrov du 2 juillet. supra. doc. n° 139.
3 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
4 Responsable des cadres du PCF (*).

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MOSCOU-PARIS-BERLIN

Une camarade 1 a été envoyé[e] auprès autorités allemandes pour solliciter accord parution Huma. Au retour rencontre avec Gabriel, tous les deux arrêtés dans train. Gabriel libéré après trois jours.

Clément.

Cote: 495/184/10 (entrée 1940),7 [traduit de l'allemand].

1 Il s'agit de Denise Reydet-GinoIlin.

LUTTER OU NÉGOCIER? (AVRlL-SEPTEMBRE 1940)

257

[145]

11 juillet 1940: Philippe Pétain promulgue les trois premiers Actes constitutionnels instaurant l'État français et donnant à son seul chef les pouvoirs exécutif et législatif.

Eugen Fried poursuit son rapport sur les négociations entre Maurice Tréand et Otto Abetz. Elles ont porté, lui apprend-il, en particulier sur la libération des militants communistes emprisonnés à Paris, sur la reparution légale d'un des deux quotidiens nationaux, L'Humanité ou Ce Soir, enfin sur l'absence de toute attaque contre l'occupant dans la presse communiste. Un numéro de L'Humanité, daté du 19 juin 1940, mais non numéroté, reproduisait un communiqué de la Wehrmacht; on peut penser que ce journal, jamais publié, constituait une forme de prototype de L'Humanité légale. A la demande d'Abetz, qui préférait un titre moins connu et symbolique, la négociation s'orienta cependant vers la publication de Ce Soir; on a d'ailleurs retrouvé une morasse du numéro 0 dans les archives.

Expéditeur: Clément [Eugen Fried 1]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitrov 2]
Date: 11/07/1940

Paul,

Après libération, Gabriel [Maurice Tréand 3] a été conduit à un poste allemand, reçu par Abetz 4, celui-ci proposait publier journal d'un autre nom à la place de L'Huma 5, ce que Gabriel [a] apparemment refusé. Abetz propose collaboration entre parti et services

1 Représentant du Komintem auprès du PCF, alors à Bruxelles (*). Voir le télégramme précédent. 2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
3 Responsable des cadres du PCF (*).
4 Alors plénipotentiaire du Ministère des Affaires étrangères à Paris, Voir le télégramme précédent.
5 Ce Soir, quotidien communiste (1937-1939, 1944-1953), interdit depuis le 26 août 1939.

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MOSCOU-PARIS-BERLIN

allemands. Par suite de suppression légation soviétique et plus tard du consulat [en] Belgique, sollicite d'informer ambassade [soviétique à] Berlin de m'accorder au besoin soutien et visa, au nom de Babadjan avec femme et deux enfants 1.

Clément.

Cote: 495/184/10 (entrée 1940),8 [traduit de l'allemand].

1 Sur la compagne et les enfants de Fried, voir supra, doc. n° 80 (10/02/1940).

LUTTER OU NÉGOCIER? (AVRIL-SEPTEMBRE 1940)

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[146]

12 juillet 1940: Vice-président du Conseil, Pierre Laval est institué dauphin par l'Acte constitutionnel n° 4.

Fried informe à nouveau Dimitrov de l'action de Tréand, tout en déplorant l'absence de contact entre Paris et la Belgique.

Expéditeur: Clément [Eugen Fried 1]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitrov 2]
Date: 12/07/1940

Paul,

Si Huma pas accordé, parti veut publier Ce Soir 3. Ainsi communication Gabriel [Maurice Tréand 4]. Aucun renseignement sur cadres. Envoyons nouveau courrier et réclamons rapport détaillé et [donnons] ordre de parler [à] Duclos 5 et autres camarades. Du côté de Paris rien fait, malgré promesse, pour établir contact avec Belgique.

Clément.

Cote: 495/184/10 (entrée 1940), 10 [traduit de l'allemand].

1 Représentant du Komintern auprès du PCF, alors à Bruxelles (*). Voir les télégrammes précédents.
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
3 Quotidien communiste, Voir le télégramme précédent.
4 Responsable des cadres du PCF (*).
5 Principal dirigeant du PCF en France (*).

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MOSCOU-PARIS-BERLIN

[147]

Alors que les discussions entre Maurice Tréand et Otto Abetz continuent, Eugen Fried annonce à Dimitrov qu'il a reçu les premiers numéros clandestins de L'Humanité sortis après l'occupation de Paris. Il y note l'absence de toute référence à la lutte pour l'indépendance. On sait aujourd'hui que ce point faisait partie des négociations Tréand-Abetz. La situation se précise également sur les dirigeants présents à Paris, outre Jacques Duclos et Maurice Tréand revenus de Belgique. Dimitrov apprend ainsi qu'à la différence de ce qu'il pensait, Benoît Frachon et Arthur Dallidet ont quitté la capitale avant l'entrée des troupes allemandes, en laissant sur place Jean Catelas et Gabriel Péri.

Expéditeur: Clément [Eugen Fried 1]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitrov 2]
Date: 13/07/1940

Paul,

Huma paraît comme dans illégalité, deux pages dactylographiées. Vu quelques numéros, bonnes revendications économiques, jusqu'au deux juillet aucun mot d'une liberté nationale indépendante. Des dirigeants seulement deux à Paris: Catelas 3 et

1 Représentant du Komintern auprès du PCF, alors à Bruxelles (*). Voir les télégrammes précédents.
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
3 Jean Catelas (1894-1941): dirigeant syndicaliste et communiste, très implanté dans la région amiénoise pendant l'entre-deux-guerres, en particulier chez les cheminots. Élu député d'Amiens en 1936, membre suppléant du comité central du PCF en 1937, il joue un rôle important dans l'aide à l'Espagne républicaine, servant de lien entre la direction française et André Marty (*). Il a pu échapper à l'arrestation des députés communistes en octobre 1939 et a été maintenu à Paris, avec Gabriel Péri, au moment de l'offensive allemande, Le 26 juin et le 13 juillet 1940, il est reçu par Abetz en compagnie de Maurice Tréand (*) dans le cadre des négociations en cours. Il sera ensuite considéré par Arthur Dallidet (*) comme responsable des «errements» de l'été 40. Arrêté par la police française le 16 mai 1941, il est


LUTTER OU NÉGOCIER? (AVRIL-SEPTEMBRE 1940)

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Péri 1, tous les autres, Prachon 2 aussi, enfuis en province avant arrlvé[e] allemands.

Clément.

Cote: 495/184/10 (entrée 1940), 12 [traduit de l'allemand].

condamné à mort par le Tribunal d'État le 21 septembre suivant et exécuté le 24. Pseudonymes: Bernard; Félix; Henri.

1 Gabriel Péri (1902-1941): membre du comité central du PCF de 1924 à 1929, puis depuis 1932, cet intellectuel venu très tôt à la politique dirige les services de politique étrangère de L'Humanité. Élu député de la Seine-et-Oise en 1932, ses interventions sont entendues bien au-delà des rangs communistes. Échappant à l'arrestation en octobre 1939, comme Catelas (*), il est condamné par contumace lors du procès des députés communistes (avril 1940) et demeure à Paris jusqu'en juin, livrant de nombreux articles à L'Humanité clandestine. Il aurait montré des réticences sur la ligne anti-impérialiste imposée par Moscou et sur les négociations avec Abetz. Il sera arrêté le 18 mai 1941, son agent de liaison, Armand Freglin, étant tombé dans une souricière au domicile de Catelas. Compte tenu de ses positions politiques, les conditions de cette arrestation ont suscité des polémiques. Le 15 décembre 1941, Gabriel Péri sera exécuté comme otage au Mont-Valérien.
2 Dirigeant du PCF clandestin, alors en Haute-Vienne (*). Il ne sera de retour à à Paris, avec Arthur Dallidet (*), que le 5 août 1940.

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[151]

Pour la première fois le nom du général de Gaulle apparaît dans un télégramme du Komintern, soit plus d'un mois après son premier appel à la résistance. Dans l'esprit du télégramme qu'ils avaient déjà envoyé le 22 juin 1, Dimitrov et Thorez fixent la ligne du PCF face à l'occupant. Mis au courant depuis le 9 juillet des négociations en cours entre Maurice Tréand et Otto Abetz, ils les condamnent sans appel. Si l'utilisation des «possibilités légales» demeure à l'ordre du jour, le travail illégal et surtout la propagande doivent constituer la priorité des communistes français. Surtout, toute «compromission » avec l'occupant est fennement exclue.

Expéditeur: Paul [Géorgi Dirnitrov2], Stern [Maurice Thorez 2]
Destinataire: Paris-Bruxelles Date: 20/07/1940

Paris-Bruxelles,

Reçu vos matériaux jusqu'au six juillet. Considérons juste ligne générale. Indispensable redoubler vigilance contre manoeuvres des occupants 4. Était juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais entrevue avec Abetz 5 [est une] faute, car danger compromettre parti et militants. Au moyen méthodes strictement clandestines, sans propagande ouverte, sans engager le parti et en observant loyauté

1 Voir supra, doc, n° 134 (22/06/1940).
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
3 Secrétaire général du PCF, alors à Moscou (*).
4 Directives de Moscou entérinées le 19 juillet par Dimitrov, voir les remarques faites sur les télégrammes reçus de Belgique du 9 et du Il juillet: RGASPI, dossier 10, feuille 7-8, Sur l'ensemble du message, voir supra, doc. n° 144-147 (9-13/07/1940).
5 Alors plénipotentiaire du ministère des Affaires étrangères à Paris, Voir supra, doc, n° 144 (09/07/1940).

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MOSCOU-PARIS-BERLIN

apparente, nécessaire susciter résistance passive des larges masses et sous toutes formes contre envahisseurs. Evitant toute action prématurée qui ferait jeu occupants, nécessaire encourager manifestations ouvertes du mécontentement populaire à condition préparation soignée, orientation convenable et participation larges masses, les femmes avant tout. Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupation représente tâche capitale. Nécessaire corriger formule sur maintien armistice qui peut laisser croire que vous en approuvez les conditions. Préférable garder silence sur de Gaulle et ne pas mettre accent contre Angleterre afin ne pas faciliter politique Pétain et ses protecteurs 1. Juste proposer entente avec URSS, mais sans la présenter comme un complément pacte germano-soviétique et sans parler de pacification Europe.

En posant justement questions secours, allocations, reprise du travail, éviter pousser reprise production dans branches qui renforceraient occupants au point de vue militaire. Nécessaire déclencher campagne de masse contre utilisation territoire et ressources pays comme bases pour continuation guerre, pour retour prisonniers de guerre dans leur foyers, pour retour des réfugiés au frais de l'État et libre circulation entre zone occupée et non occupée. Toutes les ressources du pays pour soulager misère du peuple et non pour servir à la guerre des occupants, Nécessaire renforcer davantage revendication faire payer riches.

Ligne d'organiser et diriger mécontentement masses contre clique gouvernementale pour atteindre ses protecteurs, absolument juste. Serait bien envoyer militants, hommes, femmes dans les queues, rassemblements, lieux publics pour engager discussion sur responsables désastres, en premier lieu clique au pouvoir. Nécessaire souligner dans propagande orale et écrite que seule classe ouvrière entraînant toutes couches laborieuses sous direction communiste et dans la voie du socialisme peut sauver la France et assurer son indépendance, Ne pas sous-estimer danger démagogie nationaliste des réactionnaires au pouvoir et création mouvement fasciste type

1 L'attaque de la flotte française par la flotte britannique à Mers-el-Kébir, près d'Oran, le 3 juillet précédent, a provoqué la rupture des relations diplomatiques entre la France et la Grande-Bretagne (4 juillet 1940).

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français. Exploitant souffrances et désillusions, ils peuvent gagner parmi chômeurs et surtout parmi classes moyennes, intellectuels, cadres de l'armée active. Outre travail idéologique, nécessaire prendre en mains revendications professionnelles [ de] ces catégories sociales et faire efforts attirer éléments honnêtes sur notre ligne. Nécessaire consacrer attention exceptionnelle à la jeunesse, publier appel spécial et organiser travail correspondant.

Juste utiliser toutes possibilités légales, mais en renforçant organisations illégales. Pour activité publique parti et organisations diverses, mettre en avant une partie seulement anciens cadres, élus et syndicaux. Pousser dans ce travail cadres nouveaux peu connus. Mais assurer dans illégalité absolue l'activité la plupart cadres éprouvés et avant tout direction. Proposons pour travail région non occupée créer forte base Lyon.
Accusez réception.

Paul, Stern.

Cote: 495/185/8 (sortie 1940),13-16. n° de sortie 594. France.

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MOSCOU-PARIS-BERLIN

[152]

Le Secrétariat du Komintern résume à l'attention d'Amsterdam et de Paris une déclaration du Parti communiste d'Allemagne élaborée à Moscou 1. L'heure est à la «lutte contre son propre impérialisme », et donc à la solidarité avec les « peuples opprimés ».

Expéditeur: Secrétariat [du Comité exécutif du Komintern]
Destinataire: Amsterdam
Date: 24/07/1940

Prague-Amsterdam,

Parti communiste allemand publie au pays déclaration concernant derniers événements. Diktat de Compiègne 2 est sévèrement condamné. Solidarité classe ouvrière allemande avec peuple français et autres peuples opprimés par impérialistes allemands est exprimée. Peuple allemand est appelé à combattre contre [ses] propres dirigeants impérialistes pour mettre fin à guerre et pour paix sans annexions sur base autodétermination et libre entente des peuples. La politique de paix et de libération de l'Union soviétique est citée en exemple. Faites connaître la position des communistes allemands connue sous forme convenable dans votre pays.
Secrétariat.

Cote: 495/184/1 (sortie 1940),60. Allemagne, Pays-Bas [traduit de l'allemand].

1 Il s'agit de la version allemande. Voir le télégramme suivant pour la version française.
2 L'armistice franco-allemand de Rethondes (22 juin 1940).

LUTfER OU NÉGOCIER? (AVRIL-SEPTEMBRE 1940)

277

[160]

Dans les télégrammes qui suivent, Dimitrov et Thorez signent de conserve un double et long rappel à l'ordre des dirigeants communistes français. La mise au point est ferme et annonce de grandes turbulences, dans la ligne de leur message commun du 22 juin 1. Ils dénoncent les tractations avec Abetz et y voient une manceuvre de l'occupant. Ils tiennent Jacques Duclos comme «personnellement responsable» de la reprise en main qu'ils appellent de leurs vceux. Tandis que Maurice Tréand est strictement confiné au travail illégal, l'avocat Robert Foissin, qui a servi d'intermédiaire dans les négociations parisiennes, est la première victime désignée.

Expéditeur: Paul [Géorgi Dimitrov 2], Stem [Maurice Thorez 3]
Destinataire: Paris, Clément [Eugen Fried 4]
Date: 06/08/1940

Expédier aujourd'hui même!

Paris, Clément,

Avons reçu lettres de 18 juillet et matériel. Ils confirment nos inquiétudes causées par informations diverses sources au sujet graves dangers pour parti par suite manreuvres occupants. Insistons catégoriquement faire cesser immédiatement pourparlers avec Abetz 5 [et] ses agents. À ce sujet recevrez bientôt directive détaillée,

Attirons votre attention spéciale: 1) En conformité directives précédentes, nécessaire montrer extrême vigilance et vérification sérieuse choix cadres responsables

1 Voir supra, doc. n° 134 (22/06/1940). Sur rensemble du message, notamment sur Tréand, Duclos et les négociations avec Abetz, voir supra, doc. n° 144-147 (9-13/07/1940). Suite des instructions de Moscou dans le télégramme suivant.
2 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
3 Secrétaire général du PCF, alors à Moscou (*),
4 Représentant du Komintern auprès du PCF, alors à Bruxelles (*).
5 Ambassadeur allemand en France. Voir supra, doc, n° 144 (09/07/1940).

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MOSCOU-PARIS-BERLIN

parti. Il est contraire directives et vos propres appréciations avoir confié Janin 1 charge indiquée après deux chutes graves. Réprouvons aussi charges Maertens 2 et quelques autres ayant manifesté incapacité ou manque fermeté. Considérons inefficace et dangereux système parrainage diverses régions province par région parisienne, nécessitant elle-même efforts tenaces pour véritable réorganisation et consolidation 3.

2) Outre direction politique Jacques [Duclos 4] doit suivre de près travail réorganisation parti car actuellement problème décisif.
3) Legros [Maurice Tréand 5] doit être libéré charges légales et travailler uniquement conditions illégalité.

Paul, Stern.

Cote: 495/184/8 (sortie 1940),26-27, n° de sortie 648. France.

1 Henri Janin (1901-1946): communiste depuis 1922, collaborateur de Tréand (*) à la section des cadres du PCF, élu maire de Villeneuve Saint-Georges (Seineet-Oise) en 1935 et conseiller général en 1937. fi a participé à la mise en place des Brigades internationales et se vit confier plusieurs missions en Espagne, Lorsqu'il fut déchu de ses mandats, le 10 février 1940, il était déjà clandestin, participant à la réorganisation de la région parisienne. Arrêté en avril 1940, inculpé et incarcéré, il profite de l'évacuation alliée pendant l'exode pour s'évader et rejoindre Paris. Il participe à deux tentatives d'occupation de son ancienne mairie en juillet 1940. Affaibli par la maladie, il se retire ensuite en province, mais joue encore un rôle dans l'organisation de la Résistance en Bretagne. Dans la crise de direction qui éclatera en octobre 1940, Arthur Dallidet mettra en cause ce proche de Tfréand, au même titre que tous les cadres sur lesquels il s'était appuyé. La documentation saisie chez trois dirigeants arrêtés alors déboucha sur une vague d'arrestations panni les syndicalistes communistes et démantela le groupe qui éditait le journal La Voix des usines. Voir infra, doc. n° 161 (07/08/1940) et n° 173 (14/09/1940).
2 Il s'agit sans doute de Paul Maertens (1907-1963), qui succéda en 1939 à Victor Michaut comme responsable de L'Humanité. Très proche de Duclos (*), il était présenté comme son secrétaire personnel. Il se peut qu'il ait été mêlé en février 1940 à la saisie de matériel clandestin en provenance de Belgique. Il peut égaiement s'agir ici de son frère, Maurice Maertens (1903-1944), volontaire en Espagne en 1937, clandestin à Paris en 1940 et également proche de Duclos. Voir infra, doc. n° 173 (14/09/1940).
3 Phrase barrée dans l'original.
4 Principal dirigeant du PCF en France (*).
5 Responsable des cadres du PCF (*).

LUTTER OU NÉGOCIER? (AVRIL-SEPTEMBRE 1940)

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[153]

Expéditeur: Paul [Géorgi Dimitrov 1]
Destinataire: Clément [Eugen Fried 2]-Paris
Date 3: 24/07/1940

Clément Paris,

Parti communiste allemand publie à intérieur de pays, déclaration sur récents événements. Diktat Campagne [Compiègne] sévèrement condamnée. Déclaration exprime solidarité classe ouvrière allemande avec peuple français et autres peuples opprimés par impérialistes allemands. Déclaration invite peuple allemand à lutter contre propres dirigeants impérialistes, pour finir guerre, pour paix sans annexions, sur la base autodétermination et libre entente des peuples. Elle fait ressortir politique paix et libération Union soviétique, comme un exemple. Faites connaître dans votre pays dans une forme convenable, position des Communistes allemands.

Paul.

Cote: 495/184/8 (sortie 1940),20, n° de sortie 607-608. Allemagne.

1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Représentant du Komintern auprès du PCF, alors à Bruxelles (*).
3 Voir le télégramme précédent pour la version allemande.

***

296

MOSCOU-PARIS-BERLIN

[173]

Eugen Fried annonce à Moscou la diffusion de l'appel dit « du 10 juillet 40 », présenté après-guerre par le PCF comme le pendant de l'appel gaullien du 18 juin. Cette affirmation doit être nuancée: on y retrouve certes des intonations dirigées contre « l'envahisseur» de la déclaration du 19 juin 1, signée par André Marty et Maurice Thorez, mais il développe de façon plus appuyée la stratégie de dénonciation de la « guerre impérialiste ». Par ailleurs, on s'est interrogé longtemps sur sa date, mettant en doute une publication si précoce. Si un premier exemplaire est ramassé par la police à la Sorbonne le 30 juillet, on peut signaler que l'inspiration est d'une certaine façon antérieure. Ignoré par L'Humanité clandestine, engagements auprès d'Otto Abetz obligent, le manifeste n'est diffusé largement qu'à lafin d'août et au début de septembre, comme l'indique le télégramme. L'appel est enfin d'actualité.

Expéditeur: Clément [Eugen Fried 2]
Destinataire: Paul [Géorgi Dimitrov 3], Stem [Maurice Thorez4]
Date: 04/09/1940

Paul, Stern,

Reçoit information Jacques [Duclos 5] du 27 juillet réponse deuxième partie de vos dernières directives. Recevrez texte intégral par voie habituelle. Donne contenu comprimé ci-dessous: D'accord directives concernant vigilance, sélection cadres. Janin [Henri Janin 6]

1 Voir supra, doc. n° 131 (20/06/1940).
2 Représentant du Komintern auprès du PCF, alors à Bruxelles (*). Il poursuit son rapport suite aux directives de Moscou des 6 et 7 août 1940 (supra, doc. n° 160-161). Voir supra, doc. n° 170 (29/08/1940), et infra, doc. n° 174 (04/09/1940) et n° 179 (16/09/1940).
3 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
4 Secrétaire général du PCF, alors à Moscou (*).
5 Principal dirigeant du PCF en France (*).
6 Dirigeant communiste. Voir supra, doc. n° 160 (06/08/1940) et infra, doc. n° 235 (11/03/1941).

LU1TER OU NÉGOCIER? (AVRIL-SEPTEMBRE 1940)

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et Martins [Paul Maertens 1] relevés. Legros [Maurice Tréand] 2 travaille illégalement. D'accord jugement porté sur objectifs des occupants contre parti. Rien dans notre propagande ne justifie attitude des occupants. Manifeste 3 diffusé en 344 cent (mille ?) exemplaires, se prononce pour liberté et indépendance du pays. (suit).

Clément.

Cote: 495/184/10 (entrée 1940),51,52 [traduit de l'allemand].

1 Dirigeant communiste. Voir supra, doc. n° 160 (06/08/1940).
2 Responsable des cadres du PCF (*). Voir l'instruction de Moscou, supra, doc. n° 160 (06/08/1940).
3 L'appel «du 10 juillet 40»: voir supra. Le chiffre de diffusion annoncé est de 34'400 exemplaires.

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