LES TELEGRAMMES CHIFFRES DU KOMINTERN 1939-41
page 89
PRESENTATlON
La diplomatie stalinienne accentue son rapprochement avec l'Allemagne. Cette politique, qui vise d'abord à renforcer les positions territoriales de l'URSS, contribue de fait à consolider celles de l'Allemagne et à faciliter la campagne lancée par Hitler en faveur d'une paix qui concrétiserait sa victoire en Pologne. Il reste que la guerre de Finlande, déclenchée le 30 novembre, ternit considérablement l'image internationale de l'Union soviétique, sa crédibilité militaire comme celle de sa diplomatie, en principe consacrée à la défense de la paix en Europe. Dans ce contexte, l'Internationale communiste est chargée d'assurer la discipline et la cohésion des partis communistes. Il s'agit, non seulement, de poursuivre la reprise en main des différents partis, de mettre en place une organisation stabilisée, mais aussi d'essayer de remobiliser des militants et des partis autour de la fidélité à l'URSS. A contre-courant des opinions publiques, la tâche des partis communistes se révèle extrêmement difficile. Finalement, seuls les cadres et le cercle des militants les plus fidèles sont véritablement impliqués dans cette politique, qui éprouve beaucoup de difficultés à se déployer.
Contre la guerre impérialiste: la dénonciation des puissances occidentales
La dénonciation de la «guerre impérialiste» devient le slogan essentiel de l'Internationale communiste, en étroite liaison avec la diplomatie soviétique. L'argumentation, encore incertaine à la fin de septembre, se stabilise progressivement à travers les remarques de Staline, les discours de Viatcheslav Molotov ou les articles programmatiques de Géorgi Dimitrov. Certains dirigeants communistes allemands, tel Walter Ulbricht, avaient suggéré que la lutte pour la
90
paix débouche sur une révolution populaire anticapitaliste, ce qui provoque une réaction immédiate de Staline hostile à ces mots d'ordre révolutionnaire; il est nécessaire, répond-il, de s'en tenir strictement à la lutte contre la «guerre impérialiste», sans s'opposer aux gouvernements favorables à la paix. Cette thèse est largement développée par Molotov dans un discours devant le Soviet suprême de l'URSS, ensuite diffusé par la presse internationale. Le chef du gouvernement soviétique, après avoir évoqué «l'amitié durable» instaurée entre l'Allemagne et la Russie soviétique, dénonce comme criminel le but de guerre des puissances occidentales qui prétendent anéantir l'hitlérisme. Il ajoute: «On peut rejeter ou admettre des idées politiques comme celles du national-socialisme, mais il est insensé et criminel de déclarer qu'elles sont une raison de guerre.» En fait, il accuse très clairement l'Angleterre et la France d'attiser la guerre, avant de revenir sur le «développement d'une collaboration pratique et d'un appui politique à l'Allemagne dans ses efforts en vue de la paix». Dans un article fleuve, diffusé à partir du 3 novembre («La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes»), Dimitrov précise que l'ancienne distinction des États capitalistes en agresseurs et non agresseurs n'a plus lieu d'être. Pour faire bonne mesure, il ajoute: «Ce sont justement les impérialistes anglais et français qui font figure de partisans les plus zélés pour continuer et propager l'incendie de la guerre.» Ces différents propos, que les directives de l'IC s'efforcent de populariser, apportent, en célébrant les succès diplomatiques de l'URSS, un soutien de fait à la diplomatie allemande.
La Finlande résiste
Pourtant, cette réussite de la politique soviétique est rien moins qu'évidente, notamment après le lancement des opérations militaires soviétiques contre la Finlande (30 novembre 1939). Plusieurs mois durant, cette «guerre d'hiver» est au centre de la propagande de l'Internationale communiste. Face aux difficultés éprouvées par l'URSS pour s'imposer, les partis communistes sont conviés à se mobiliser contre une possible intervention franco-britannique aux côtés des Finlandais 1.
1 voir infra, doc. n° 51 (11/12/1939) et no 95 (18/03/1940).
LA «NORMALISATION» (OCTOBRE 1939-AVRIL 1940)
91
L'intervention militaire soviétique ne fait pas même l'unanimité au sein du Parti communiste finlandais, dont certains dirigeants critiquent la formation d'un gouvernement fantoche dirigé par Otto Kuusinen, ancien secrétaire de l'Internationale. Situé à proximité de la frontière avec la Russie, à Térioki, ce gouvernement signe un pacte d'amitié par lequel il cède aux demandes territoriales soviétiques. Mais il n'a pas les moyens matériels et politiques de réaliser ces accords. L'offensive militaire piétine, illustrant les faiblesses de l'Armée rouge. Finalement, le 13 mars, les Soviétiques imposent malgré tout aux Finlandais une négociation qui consacre leurs gains territoriaux et permet la fin du conflit.
Cette guerre a conforté la virulence des critiques de l'URSS à l'égard des Franco-Britanniques, si bien que l'invasion allemande du Danemark et de la Norvège, à partir du 9 avril 1940, ne suscite aucune réaction négative de la part des Soviétiques ni de l'Internationale communiste. Le jour même de l'attaque, un document élaboré en vue du 1er mai 1940 révèle la permanence d'une analyse où la dénonciation de la «guerre impérialiste» est d'abord interprétée comme celle des puissances occidentales, désignées de fait comme les agresseurs 1,
Les partis communistes italien et allemand en grande difficulté
Les partis communistes, un temps déstabilisés par la nouvelle politique de l'URSS, sont invités à la soutenir de manière explicite et sans réserve. Derrière la façade homogène des sections et de l'Internationale, des différences apparaissent, selon les pays, mais aussi à l'intérieur de chaque parti. Dans les partis réduits à la clandestinité, les réactions des cadres et des rares militants, en exil ou dans le pays même, sont atomisées, ce qui contribue au fléchissement général de l'activité communiste. Depuis l'arrestation de Palmiro Togliatti à Paris, le 1er septembre 1939, la direction du Parti communiste d'Italie (PC d'I) est complètement désorganisée. Togliatti devra attendre six mois et les interventions combinées d'Eugen Fried et de l'ambassade soviétique en France pour être libéré.
1 voir infra, doc. n° 107 (09/04/1940).
92
MOSCOU-PARIS-BERLIN
Les dirigeants du Parti communiste d'Allemagne (KPD), pour l'essentiel en exil en France, en Belgique et dans les pays scandinaves, sont eux aussi directement interpellés par le rapprochement de l'URSS avec l'Allemagne nazie. Certains, comme Walter Ulbricht et Wilhelm Pieck, qui avaient eu beaucoup de mal à accepter la politique de Front populaire retrouvent sans difficulté les accents révolutionnaires et sectaires de la période «classe contre classe» 1. Cependant, leur discours anticapitaliste et révolutionnaire suscite la méfiance des dirigeants soviétiques préoccupés du statu quo avec l'Allemagne nazie. A l'inverse, certains cadres associés à l'action antifasciste en France) tel Franz Dahlem, se sont adressés au gouvernement français pour lutter par les amIes contre l'hitlérisme 2. Ces démarches, bien qu'elles n'aient pas abouti, font l'objet de vives critiques de l'Internationale. L'épisode concernant Ernst Thalmann revêt une importance au moins symbolique que l'échange de télégrammes nous fait percevoir 3. La direction de l'Internationale comme la direction soviétique se soucient de faire parvenir à Thalmann, par l'intermédiaire de sa femme) des subsides et envisagent une possible libération dans le cas de tractations et d'échanges - dont certains autres dirigeants communistes, telle Hongrois Rakosi, ont pu bénéficier. Cette opération n'aboutit pas, alors même que Staline n 'hésitait pas à livrer au régime hitlérien des antinazis allemands réfugiés en URSS et détenus dans des camps depuis plusieurs années 4.
Un PCF morcelé et réduit comme peau de chagrin
Pendant l'hiver 1939-1940) la situation du PCF reste la plus préoccupante pour les dirigeants du Komintern, comme l'atteste le flux des télégrammes échangés avec les cadres communistes français. La dispersion de la direction communiste en est certainement une des raisons: une branche en France même sous la responsabilité de
1 Voir infra, doc, n° 102 (06/04/1940).
2 Voir infra, doc. n° 71 (21/01/1940).
3 Voir infra. doc. n° 42 (25/11/1939) et les télégrammes suivants.
4 Lire Margarete BUBER NEUMANN, Prisonnière de Staline et d'Hitler. 1. Déportée en Sibérie, Paris, Éditions du Seuil, 1986, et 2. Déportée à Ravensbrück, Paris, Éditions du Seuil, 1995.
LA « NORMALISATION» (OCTOBRE 1939-AVRlL 1940)
93
Benoît Frachon, une autre en Belgique sous celle de Jacques Duclos, et une troisième à Moscou, où se trouvent Maurice Thorez et André Marty. Eugen Fried, qui coordonne les liaisons avec Moscou, joue un rôle privilégié dans la direction du parti, du fait notamment des liens directs qu'il entretient à Bruxelles avec Duclos. L'inquiétude des dirigeants kominterniens à l'égard du PCF concerne avant tout l'attitude de ses dirigeants, notamment les plus connus, Thorez a été convaincu, au début d'octobre 1939, de quitter son régiment pour passer en Belgique, où il reste quelques semaines avant de rejoindre Moscou dans l'anonymat total, C'est ensuite Marcel Cachin qui mobilise particulièrement l'attention du Secrétariat de l'IC, Cachin, dont la notoriété nationale et internationale est considérable, a fait montre d'une grande activité en septembre 1939 pour obtenir la levée de l'interdiction qui frappait L'Humanité, Dans sa correspondance, rendue publique, avec Léon Blum, il réaffirme ses convictions antifascistes, mais également son soutien à la politique de l'URSS. Après le décret d'interdiction du PCF, il conserve cette ligne de, conduite. La pression exercée par la direction moscovite - Marty, notamment - s'exprime très clairement au travers d'une abondante correspondance adressée à Benoît Frachon pour qu'il contrôle mieux l'activité du vieux dirigeant 2. Le projet de le faire venir en Union soviétique se heurte à son refus catégorique, de même que les sollicitations pour qu'il affirme publiquement son soutien à la nouvelle ligne, Quand, le 21 février 1940, le Sénat examine la déchéance de Cachin, celui-ci, dans une longue déclaration, renouvelle explicitement ses convictions anti-hitlériennes :
« Il est superflu de répéter que les prétentions hitlériennes de domination sur l'Europe sont inacceptables. Le prétendu nouvel ordre que l'impérialisme hitlérien veut imposer à tous les peuples du Vieux continent, par lui vassalisés, serait celui de la servitude 3.»
1 Voir infra, doc. n° 35-36 (16-17/10/1939).
2 Voir infra, doc. n° 41 (19/11/1939), n° 56 (22/12/1939), n° 57 (27/12/1939), n° 59 (30/12/1939) et n° 78 (07/02/1940).
3 Cité par Roger BOURDERON, «Janvier-février 1940; déchéance d'un sénateur communiste, Marcel Cachin », Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, 1990, n° 42, p, 38.
94
MOSCOU-PARIS-BERLIN
Mais, par ailleurs, il affirme son soutien à la politique de l'URSS et proclame la pérennité de ses convictions communistes. Au terme de cette séance, il est déchu de son mandat. Bien que jugées erronées, les déclarations de Cachin n'entraînent pas cependant de nouvelles réactions de la direction de l'IC, qui finalement s'estime satisfaite; l'essentiel a été préservé, puisque Cachin n'a pas basculé dans une critique déclarée de la politique soviétique.
A l'égard de la direction du Parti et de ses députés, les exigences sont beaucoup plus lourdes. La plupart des membres du comité central, à l'exception de Marcel Gitton, Fernand Soupé et Albert Vassart, ne manifestent pas leur désaccord avec la politique du Komintern.
Les élus, locaux ou nationaux ont une attitude assez différente. Parmi les députés, quelques-uns ont pris leurs distances dès les lendemains du Pacte, d'autres vont exprimer leurs critiques après l'occupation de la Pologne, mais c'est à l'occasion de la répression qui les frappe au mois d'octobre 1939 et du procès qui en découle en mars-avril 1940 que la direction de l'Internationale communiste intervient.
La reconstitution d'un groupe parlementaire, dit «ouvrier et paysan» qui s'adresse, par une lettre programme, au président de la Chambre des députés, va servir de prétexte au développement de la répression. Cette lettre, datée du 1er octobre 1939 et signée par Arthur Ramette et Florimond Bonte, proposait en effet que la France prenne en considération les prochaines propositions de paix rendues possibles par la politique de l'URSS. Or ce document, loin de susciter une pleine approbation, provoque de vives critiques de la part de l'IC, qui déplore une insuffisante dénonciation de l'impérialisme français et l'absence d'un appel à la mobilisation contre la guerre 1. Durant plusieurs mois, sous l'égide de Fried, la direction de l'Internationale s'efforce de suivre au plus près l'organisation de la défense des députés communistes, envisageant d'utiliser le procès qui doit s'ouvrir en mars 1940 comme un moyen d'affirmer publiquement l'appui du PCF à la politique du Komintern. Cette ligne se révèle extrêmement difficile à appliquer, dans la mesure où elle manifeste des exigences contradictoires: d'une part, rassembler un
1 Voir notamment infra, doc. n° 98 (23/03/1940).
LA «NORMALISATION» (OCTOBRE 1939-AVRIL 1940)
95
nombre significatif de députés, de l'autre, apporter une approbation totale à la nouvelle politique de Moscou. Elle correspond à un effort persévérant pour obtenir de la direction du PCF une autocritique concemant sa politique du mois de septembre 1939. Le procès des députés communistes débouche le 3 avril 1940 sur la condamnation de la plupart de ceux-ci à de lourdes peines de prison 1. Une position commune a été trouvée à l'issue de nombreuses tractations conduites par l'entremise des avocats communistes, mais seule une partie des députés a souscrit à la déclaration présentée en leur nom par François Billoux qui dans ce texte, d'ailleurs revu pour la publication, affIrme son soutien sans faille à Staline.
1 Voir infra. doc. n° 23 (03/10/1939).
[23]
Un mois après la déclaration de guerre, les opérations militaires n'ont toujours pas véritablement commencé à l'Ouest, C'est la «drôle de guerre », Le gouvernement Daladier se trouve confronté à une double pression pacifiste, exercée d'un côté par Laval et Déat, de l'autre par les députés communistes, regroupés le 27 septembre sous la nouvelle appellation de « Groupe ouvrier et paysan ». Ces derniers demandent le 1er octobre, dans une lettre au président de la Chambre, Édouard Herriot, la convocation du Parlement pour discuter de la paix. La direction du Komintern critique cette démarche qui, selon son analyse, revient à légitimer de fait un gouvernement dont il faut réclamer la chute.
Expéditeur: Jeannette [Géorgi Dimitrov 1]
Destinataire: Duclos 2, Ramette3, Bonte4,
Paris Date: 03/10/1939
Duclos, Ramette, Bonte,
Considérons lettre de Ramette à Herriot 5 comme une erreur. Communistes français ne peuvent prendre initiative ni responsabilité pour la conclusion de la paix par gouvernements bourgeois France,
1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Dirigeant communiste français (*).
3 Arthur Ramette (1897-1988): dirigeant du PCF, responsable de la région Nord, ami et protégé de Thorez. Il préside alors le groupe parlementaire communiste (rebaptisé «Groupe ouvrier et paysan» le 27 septembre). Pseudonyme: Dupuis. (*)
4 FIorimond Bonte (1890-1977): militant démocrate-chrétien, socialiste puis communiste; cofondateur du PCF dans le Nord, membre du comité central et du bureau politique, ancien correspondant de L'Humanité à Moscou (1933-1934), Député de la Seine depuis 1936, il est alors secrétaire du groupe communiste à la Chambre. Il sera condamné à cinq ans de prison à l'issue du procès des députés en avril 1940, et transféré en Algérie en 1941.
5 Édouard Herriot (1872-1957): président du Parti radical-socialiste (19191935), maire de Lyon depuis 1905, plusieurs fois président du Conseil, président de la Chambre des députés depuis 1936.
98
MOSCOU-PARIS-BERLIN
Angleterre, Allemagne, parce que ce serait une paix impérialiste, source de nouvelles guerres. En luttant contre guerre impérialiste, communistes mettent tous leurs efforts pour liquider la guerre par défaite des gouvernements bourgeois et victoire de la classe ouvrière, seule capable supprimer sources de toutes guerres.
Jeannette.
Cote: 495/184/4 (sortie 1939), 58, n° de sortie 609.
[24]
La crise du Parti communiste de Grande-Bretagne se poursuit. Le Secrétariat du Komintern ignore encore que, le jour même de l'envoi de ce télégramme, un nouvel acte s'est joué au plénum du comité central du parti britannique. Les dirigeants Hany Pollitt 1 et Johnny Campbell votent contre «l'abrégé des thèses », document du exposant la doctrine de la «guerre impérialiste », rapporté de Moscou par Dave Springhall. Mis en minorité, ils vont être remplacés par un trio de staliniens fidèles: Rajani Palme Dutt, William Rust et Springhall.
Expéditeur: Secrétariat [du Comité exécutif du Komintern]
Destinataire: Paris Date: 03/10/1939
Paris,
Communiquez aussitôt si notre télégramme à Pollitt 1 a été transmis à lui.
Secrétariat.
Cote: 495/184/4 (sortie 1939),56, n° de sortie 603.
1 Voir supra, doc. n° 21 (29/09/1939). Sur la réaction de Moscou, voir infra, doc. n° 38 (23/10/1939), n° 48 (05/12/1939) et n° 73 (04/02/1940).
98
MOSCOU-PARIS-BERLIN
Angleterre, Allemagne, parce que ce serait une paix impérialiste, source de nouvelles guerres. En luttant contre guerre impérialiste, communistes mettent tous leurs efforts pour liquider la guerre par défaite des gouvernements bourgeois et victoire de la classe ouvrière, seule capable supprimer sources de toutes guerres.
Jeannette.
Cote: 495/184/4 (sortie 1939), 58, n° de sortie 609.
[24]
La crise du Parti communiste de Grande-Bretagne se poursuit. Le Secrétariat du Komintern ignore encore que, le jour même de l'envoi de ce télégramme, un nouvel acte s'est joué au plénum du comité central du parti britannique. Les dirigeants Hany Pollitt 1 et Johnny Campbell votent contre «l'abrégé des thèses », document du exposant la doctrine de la «guerre impérialiste », rapporté de Moscou par Dave Springhall. Mis en minorité, ils vont être remplacés par un trio de staliniens fidèles: Rajani Palme Dutt, William Rust et Springhall.
Expéditeur: Secrétariat [du Comité exécutif du Komintern]
Destinataire: Paris Date: 03/10/1939
Paris,
Communiquez aussitôt si notre télégramme à Pollitt 1 a été transmis à lui.
Secrétariat.
Cote: 495/184/4 (sortie 1939),56, n° de sortie 603.
1 Voir supra, doc. n° 21 (29/09/1939). Sur la réaction de Moscou, voir infra, doc. n° 38 (23/10/1939), n° 48 (05/12/1939) et n° 73 (04/02/1940).
LA «NORMALISATION» (OCTOBRE 1939-AVRIL 1940)
103
les labouristes anglais 1 s'emparent avec la réaction française et anglaise de la bannière discréditée de l'Antikomintern. Ils adoptent la position anti-soviétique, à laquelle les fascistes allemands ont dû renoncer par la force des choses. Ils sont maintenant porteurs de la réaction la pire. Les provocateurs de la guerre contre l'Union soviétique sont en rage, parce que l'Union soviétique a contrarié leurs plans infâmes, a consolidé la position de la patrie du socialisme et a arraché 14 millions d'hommes à l'enfer capitaliste 2. Leur campagne antisoviétique et anticommuniste est la préparation de guerre contre l'Union soviétique. Vous devez montrer plus de courage dans votre activité, vous devez vous comporter comme Lenine (sic) et Staline l'ont enseigné pendant la guerre de 1914/... et comme l'a fait Liebknecht 3. Défendez avec dévouement les communistes français face à la réaction française bestiale. Combattez avec détermination contre la réaction offensive dans votre pays.
Secrétariat
Daniel.
Cote: 495/184/2 (sortie 1939),41 [traduit de l'allemand].
1 «Labouristes»: le Parti travailliste britannique, membre de l'Internationale socialiste.
***** 2 « 14 millions d'hommes»: allusion aux conquêtes territoriales de l'URSS à la suite du double pacte germano-soviétique.
3 Sur Karl Liebknecht comme figure du combat pacifiste en 1914-1918, voir supra, doc. n° 19 (28/09/1939).
LA «NORMALISATlON» (OCTOBRE 1 939-AVRlL 1940)
123
[43]
Expéditeur: George [Géorgi Dimitrov 1]
Destinataire: [Earl] Browder 2, New York
Date: 25/11/1939
Browder, New York,
Demandons campagne énergique et constante contre réaction actuelle en France, Les mots d'ordre les plus importants. La France n'est plus un pays démocratique. Daladier est un aventurier ordinaire du genre de Napoléon III mais en pire, La France actuelle ne peut mener qu'une guerre réactionnaire malgré tous les mensonges des Blum et Jouhaux 3. Démontrer l'oppression de toutes les libertés démocratiques: Parlement, communes, presse, syndicats, interdiction de réunion, dictature militaire sur l'ensemble du pays, peines de prison pour les délits de Dolos 4, déportations de masse de centaines de communistes français et immigrés aux colonies, avec un climat meurtrier comme à Madagascar 5. Terreur dans les camps de concentration [d'internement] pour deux cent cinquante mille espagnols et cinq mille anciens volontaires des Brigades internationales 6. Un régime qui était inconnu jusqu'à présent en France, à part les persécutions de la Commune 7. Organisez manifestations de protestations et de
1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Earl Russell Browder (1882-1973): secrétaire général du Parti communiste américain (1930-1945); très lié aux services soviétiques dans l'entre-deux-guerres, il est l'homme du Komintern aux États-Unis. Pseudonyme: Dixon.
3 Léon Jouhaux (1900-1947): syndicaliste français, secrétaire général de la CGT (1909-1947).
4 Dans le texte original « Dolos-Delikte » : intraduisible.
5 Information erronée.
6 Voir supra, doc. n° 4 (27/08/1939).
7 Si le chiffre des «interbrigadistes» internés est juste, celui des Espagnols ne l'est plus en raison de rapatriements massifs en Espagne ou d'intégrations dans les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) qui participent à l'effort de guerre français. Le sort des internés est certes difficile, mais il n'a bien entendu rien à voir avec les massacres ou les transportations en Nouvelle-Calédonie qui ont suivi la Commune de Paris en 1871.
124
MOSCOU-PARIS-BERLIN
solidarité des syndicats en faveur des syndicats de même nature en France. Étendre le mouvement au plus grand nombre de pays américains. Suivre presse française avec attention.
George.
Cote: 495/184/2 (sortie 1939), 71. France, États-Unis [traduit de l'allemand].
[44]
Expéditeur: Axel [Géorgi Dimitrov 1]
Destinataire: Gustav [poste récepteur à Stockholm]
Date: 28/11/1939
Gustav,
L'opération avec remise de l'argent Mme Thalmann2 et prise de contact avec elle doit être réalisée soigneusement. L'étudiant [messager] doit être bien instruit. Il doit bien légaliser le voyage. Il doit être très prudent. Prenez garde que Hambourg est port de guerre. L'étudiant doit entreprendre un voyage dans plusieurs villes, si bien que Hambourg ne soit pas remarquée. Avant d'entrer dans maison, il doit vérifier soigneusement, s'il n'est pas observé. La rue se trouve à Eppendorf-Hambourg. Répète Eppendorf-Hambourg. Informez immédiatement [de] ce qui est entrepris.
Axel.
Cote: 495/184/2 (sortie 1939),74. Allemagne [traduit de l'allemand].
1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Suite du doc. n° 42 (25/11/1939) sur le cas Thiilmann (*). Nouveau message de Moscou: infra, doc. n° 46 (02/12/1939).
****
Suite Tlgr 2
***
176
MOSCOU-PARIS-BERLIN
[95]
18 mars 1939: Mussolini rencontre Hitler au col du Brenner. Il est décidé à se rallier à l'Allemagne, même s'il ne se considère pas prêt, dans l'immédiat, à participer à une guerre. C'est un revirement complet pour le dictateur italien qui, en janvier précédent, dénonçait dans une lettre au Führer le Pacte du 23 août comme une trahison du programme antibolchevique du nazisme.
L'URSS, après 105 jours de guerre, est enfin parvenue à ses fins: le 13 mars 1940, à 1 heure du matin (heure d'Helsinki), une délégation finlandaise signe à Moscou un traité de paix. La Finlande cède notamment à l'Union soviétique une partie de la Carélie. Alors que cette longue guerre d'hiver a révélé les faiblesses de l'Armée rouge, le Komintern veut s'appuyer sur une victoire pour remobiliser les partis communistes autour des thèmes de la paix et de la dénonciation des «impérialistes» français et anglais.
Expéditeur: Paul [Géorgi Dimitrov (1)]
Destinataire: Clément [Eugen Fried (2)]
Date: 18/03/1940
Clément,
Transmettre immédiatement aux partis de Nevers [France], Agen [Belgique], Arras [Grande-Bretagne] et Corps [Suisse]. C'est nécessaire utiliser la conclusion de la paix pour larges campagnes et particulièrement pour démasquer les mensonges des chefs sociaux-démocrates, et complètement rompre la poursuite acharnée antisoviétique et anticommuniste pour avancer l'approchement avec les ouvriers sociaux-démocrates. Les impérialistes anglais et français ont essayé de torpiller la conclusion de la paix pour entraîner les pays scandinaves dans la guerre et allumer la guerre mondiale. La conclusion de la paix barre les essais pour élargir la guerre sur le
1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Représentant du Komintern auprès du PCF (*).
177
nord, encourage des forces de la paix dans tout le monde entier, crée des possibilités meilleures pour la lutte pour finir la guerre, montre le contraste fondamental de la politique extérieure de l'URSS et de la politique conquérante des impérialistes, montre la force de l'armée rouge qui a démoli la ligne Mannerheim (1). Recommandons la publication si possible du manifeste commun des partis anglais et français pour expliquer l'importance de la conclusion de la paix, faire des conclusions des événements finlandais pour les masses et les mobiliser contre la guerre, contre les nouveaux plans d'élargissement et par ce moyen de prolongation de la guerre.
Paul.
Cote: 495/184/3 (sortie 1940),73,74, n° de sortie 206.
1 La ligne fortifiée de l'isthme de Carélie, qui avait pris le nom du maréchal finlandais Carl Gustav Emil von Mannerheim (1867-1951). C'est là que l'Armée rouge avait percé en février 1940.
page 180
[98]
Cinq mois et demi après le début de l'instruction, le procès des quarante-quatre députés communistes s'ouvre à Paris. Comme il le craignait, le Komintern ne peut compter sur un front uni des inculpés pour récuser la légitimité du tribunal militaire et pour faire de l'événement une tribune. La stratégie communiste se trouve encore contrée par la décision, prise à la demande du gouvernement, d'imposer le huis-clos. Les séances du tribunal se tiendront du 20 mars au 3 avril. Le lendemain de l'ouverture, Paul Reynaud remplace Édouard Daladier à la présidence du Conseil.
Expéditeur: Paul [Géorgi Dimitrov 1]
Destinataire: Grégoire [Maurice Tréand 2], Clément [Eugen Fried 3]
Date: 23/03/1940
Grégoire, Clément,
Indispensable déployer campagne de protestation la plus large au sujet procès députés communistes français 4. Démasquez impitoyablement renégats. Popularisez largement conduite courageuse camarades comme Bonte 5, Fajon 6, Billoux 7, Costes 8. Nécessaire
1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Responsable des cadres du PCF, alors en Belgique (*).
3 Représentant du Komintern auprès du PCF (*). 4 Sur le procès des députés communistes (20 mars-3 avril 1940), voir supra. doc. no 34 (14/10/1939), no 83 (19/02/1940) et no 88 (29/02/1940).
5 Député communiste. Voir supra, doc. no 23 (03/10/1939).
6 Député communiste. Voir supra, doc. no 88 (29/02/1940).
7 François Billoux (1903-1978): secrétaire des Jeunesses communistes (1928-1930), puis membre du comité central et du bureau politique du PCF. Envoyé à Marseille, il devient le premier dirigeant de la région, et est élu député en 1936. Étant le plus haut dans la hiérarchie et le plus sûr des inculpés, il lira une déclaration au nom de vingt-sept députés le 3 avril 1940, jour du verdict. Condamné à cinq ans de prison, il sera transféré en Algérie. Ensuite ministre entre 1944 et 1947 Pseudonymes: Faudet ; Laudier.
8 Député communiste, voir doc. no 88 (29/02/1940).
LA «NORMALISATION» (OCTOBRE 1939-AVRIL 1940)
181
publier dans presse et diffuser dans tracts les meilleurs interventions des accusés, organisez envoi aux ambassades françaises protestations des organisations, assemblées ouvrières et des personnalités connues. Particulièrement importantes sont les interventions anglaises en faveur accusés. Indispensable développer campagne en France même. Informez-nous régulièrement sur marche procès et campagne de protestations. Communiquez-nous si déclaration des députés reçue par nous est diffusée, si non il faut le faire.
Paul.
Cote: 495/184/3 (sortie 1940),81, n° de sortie 226. France.
[99]
Expéditeur: Dim [Géorgi Dimitrov 1]
Destinataire. Direction [Daan Goulooze 2]
Date: 25/03/1940
Direction,
Pour le premier semestre est fixé ceci pour la maison d'édition 3 : Pour l'Hollande (sic) deux mille encres [dollars], pour la Belgique mille cinq cents, pour la Suisse mille, pour l'Angleterre deux mille et pour l'édition anglaise de l'IC4 mille cinq cent - et cinq mille pour l'édition illégale des publications en allemand et français en Hollande et Belgique. Vous devriez recevoir les derniers cinq mille chez Legros [Maurice Tréand 5]. Les sommes virées
1 Secrétaire général du Comité exécutif du Komintern (*).
2 Communiste néerlandais, homme de liaison du Komintern à Amsterdam (*).
3 Prescriptions de Géorgi Dimitrov sur la répartition des subsides de Moscou destinés à l'activité des communistes dans l'édition) pendant le premier semestre de 1940. .
4 Il s'agit ici de World News and Views, édition anglaise de la Correspondance Internationale, journal du Komintern.
5 Responsable des cadres du PCF, alors en Belgique (*). Sur son rôle dans le financement des partis communistes, voir supra, doc. n° 58 (30/12/1939).