Léon Nicole: Mon voyage en URSS

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Le Choeur de l'Armée Rouge

Musée de Littérature internationale

Théâtre tzigane

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27 février

Le Choeur de l'Armée Rouge

A midi nous arrive la camarade P. qui, bien que grand'mère, veille à tout et s'ingénie à nous faire plaisir. Elle nous apporte des billets pour le concert que doit donner le soir, au Conservatoire, le Choeur de l'Armée Rouge. C'est une aubaine à ne pas manquer. Nous ne savons trop comment remercier la camarade P. qui dut certainement accomplir des prodiges de diplomatie pour obtenir ces billets alors que tout devait être vendu et retenu bien longtemps à l'avance.

En attendant la belle soirée promise, je pars au Musée de la Révolution où travaille un ancien ami, le Dr, B., établi à Berne autrefois.

Le Musée de la Révolution contient une abondante documentation sur toutes les révoltes des serfs, des paysans et ouvriers russes. Nous voyons des instruments de torture rappelant ce qu'eurent à souffrir ceux qui essayèrent au 16ème siècle de prendre la défense des paysans opprimés par le servage. Les punitions sont allées jusqu'à la décapitation y comprise.

Des documents rappellent les dures luttes du 19ème siècle après la soi-disant libération des paysans du joug du servage, ils n'étaient tombés que d'un mal dans un autre. Après cette prétendue libération ils sont mis aux mains du pouvoir central qui les exploite et les réduit à l'obéissance absolue par de brutales interventions policières, Tous les efforts de libération sont brisés parce que les travailleurs russes n'ont pas encore su constituer un véritable parti de classe. Vient ensuite l'époque des utopistes Proudhoniens. Puis enfin celle des marxistes que commence à organiser Plékhanof qui s'est si malheureusement séparé de Lé-
Des documents rappellent les dures luttes du 19ème siècle après la soi-disant libération des paysans du joug du servage, ils n'étaient tombés que d'un mal dans un autre. A nouveau, la grande falisification, mais les paysans russes ont bien compris que la collectivisation avait été un "second servage", bien pire que le premier. En fait, les survivants!
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nine vers la fin de sa carrière, déjà avant la Révolution d'octobre, Plékhanof eut cependant le mérite de donner au socialisme russe une doctrine scientifique établie d'après les données marxistes.

Enfin arrive Lénine qui constitue le parti de la révolution prolétarienne, J'en parle à l'occasion de la visite du Musée de Lénine,

Musée de Littérature internationale

J'ai trouvé dans une ancienne église le Musée ou plutôt la bibliothèque-musée où sont réunis les travaux de littérature internationale antifasciste, Plus de 200 mille personnes fréquentent chaque année le musée et ses salles de lectures et consultent sa documentation, Là il est possible de s'informer sur toute la littérature socialiste paraissant dans toutes les langues,

J'ai vu dans une salle un rayon spécial réservé à l'oeuvre d'Henri Barbusse dont on voit le buste, le rappelant au souvenir des visiteurs, J'ai vu aussi que nos amis soviétiques apprécient l'oeuvre littéraire de Malraux, de Jean-Richard Bloch, Aragon, Vaillant-Couturier, Romain Rolland et d'autres.

Les ouvrages antifascistes espagnols sont tenus à une place d'honneur, ainsi que l'oeuvre des littérateurs antifascistes allemands et italiens actuellement en exil.

La directrice qui me fait les honneurs de sa bibliothèque-musée et qui parle l'allemand me dit que pour
Léon Nicole fait une partie de la liste des compagnons de route du komintern: Malraux, de Jean-Richard Bloch, Aragon, Vaillant-Couturier, Romain Rolland.

Mais pas un mot sur les écrivains qui ont été baillonnés, enfermés chez eux (Boulgakov), interdits de publication, déportés ou assassinés comme Gorki. Toujours une solidarité à deux vitesses.
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elle la journée est très triste. Elle vient en effet d'apprendre la mort de la Veuve de Lénine, Kroupskaia, qui était l'animatrice de toutes les oeuvres culturelles de l'U.R.S.S, en matière de littérature. Le Musée-bibliothèque que nous visitons était également placé sous sa haute surveillance.

Nous en étions là de notre conversation au moment où je vis dans la salle une figure de ma connaissance. C'était le camarade Sch. qui fut longtemps à Genève, avant d'être victime de mesures réactionnaires. Sch. dût quitter Genève où il vint à l'âge de 2 ans et il s'est rendu en Russie où il travaille actuellement. Il était à la Bibliothèque-musée pour y consulter de la documentation étrangère, Nous convenons de nous revoir avant mon départ de Moscou.

En rentrant je passe chez le professeur S., un parent d'un ami de Genève, Je le trouve en convalescence; il sort en effet d'une grave maladie ainsi que me l'indique sa femme. Nous parlons un peu dans sa bibliothèque chambre de travail, garnie de. livres le long les parois, du sol au plafond. Nous convenons sa femme, lui et moi-même d'un rendez-vous pour le 1er mars.

J'ai participé le soir, comme convenu, au beau concert donné par le choeur de l'Armée Rouge. La salle du Conservatoire d'une contenance de 2000 places environ est magnifique. A l'entrée, plus que de coutume encore, des amateurs nous demandent si par hasard nous céderions nos places. Nous nous en gardons bien.

L'ensemble de 300 chanteurs fait une impression inoubliable. Le Choeur de l'Armée Rouge, comme son
Par contre, Léon Nicole s'indigne de victimes en Suisse de mesures réactionnaires, tellement plus humaines que les mesures progressistes soviétiques: on se soumet ou on meurre!

Qui est ce camarade Sch.?

Alors que tous ont un proche disparu, on fait la conversation comme si rien n'était. La terreur stalinienne a véritable forgé l'«homme nouveau communiste», un mouton terrorisé!

"Vivre sans âme est le moyen le plus court et le plus sûr de vivre longtemps et en sécurité sous une tyrannie. "

De la tyranie deVittorio Alfieri

[…]
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Le musée contient aussi une belle exposition de peinture antifasciste. On y trouve des oeuvres d'artistes américains (Ellis), français, hollandais et japonais. On me fait remarquer la «Marche de la faim» de Gropper (Amérique).

Je trouve là une belle collection de dessins de Masereel très honoré à Moscou. Mais mon attention est surtout retenue par l'exposition de la plus grande partie de l'oeuvre du grand dessinateur révolution-
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naire français, Steinlen. J'ai sous les yeux toute l'illustration donnée par Steinlen à l'oeuvre littéraire d'Anatole France avec un beau portrait de l'éminent écrivain. J'admire les illustrations du «Miroir», journal d'avant garde; une belle reproduction montrant, une scène «d'évacuation d'un locataire» à Paris. Je revois avec un grand intérêt l'oeuvre de Steinlein - qui peut, hélas, revenir d'actualité - pendant la guerre de 1914 à 1918: soldats revenant du front; veuves et orphelins de guerre etc.

On m'explique que l'exposition a été installée en souvenir - anniversaire de la mort de Steinlen. Les Russes honorent davantage les artistes français qui ont lutté pour le peuple contre ses oppresseurs qu'on ne le fait en France où l'anniversaire de la mort de Steinlen passe à peu près inaperçu.

Au cours de la visite de l'exposition Steinlen nous passons devant des scènes de 1'artiste dépeignant le rôle de la Justice et des avocats. J'en profite pour demander ce que font actuellement en U.R.S.S. les avocats. On me répond que les particuliers qui ont affaire à la justice reçoivent des avocats d'office ou peuvent s'adresser à des avocats privés dont les tarifs sont surveillés. Mais l'avocat auquel on s'adresse doit défendre personnellement la cause dont il s'est chargé. il n'a pas le droit de la remettre à un collaborateur. Ainsi, en Russie, les «études-usines», telles qu'on les connaît en Europe occidentale sont choses qui ne peuvent exister. Au reste, les avocats sont surtout chargés des affaires pénales. Ils n'ont pas à s'occuper de grandes affaires civiles, de sociétés financières ou d'entreprises à base capitaliste puisque c'est là une activité inconnue en Russie.
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Je quitte le musée après avoir félicité sa direction qui conserve si attentivement et jalousement les oeuvres de la production artistique occidentale.

Je suis allé le soir au théâtre tzigane avec Sch., que j'ai connu à Genève, et sa compagne. La langue chantée par les artistes est le tzigane sorte de mélange de langue tchèque, russe et allemande. Le public paraît goûter infiniment le jeu passionné des artistes jouant le «Mariage sanglant». C'est tout au long du drame, un déchaînement de passions violentes, de scènes d'amour et de haines mettant aux prises les familles des époux.

J'accompagne Sch. et sa compagne au sortir du théâtre, jusqu'au métro, ils ont un long chemin à parcourir par le métro, le chemin de fer, puis à pied avant d'être rendus à leur domicile se trouvant au-delà des faubourgs immédiats de Moscou.

Chemin faisant ils me disent l'un et l'autre que leur vie matérielle est assurée à Moscou par les leçons et traductions, mieux qu'elle ne le fut jamais en Europe occidentale. Ils savent maintenant ce que c'est que la joie de vivre sans le lancinant et perpétuel souci du pain du lendemain. Nous vivons «bourgeoisement» me disent-ils, car nous nous payons de longues vacances, nous avons pu nous procurer de jolis meubles, nous avons même des roubles à la Caisse d'épargne.

Après minuit je rentre seul à l'hôtel et, passant non loin de la Maison où est le cercueil de Kroupskaia, je constate que continue le défilé de ceux qui tiennent à dire un dernier adieu à la veuve de Lénine.
Sch. et sa femme font leur numéro pour faire croire comme ils sont heureux… d'être encore vivants. De nombreux Suisses ont disparus lors de la Grande terreur de 1937-38

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