Léon Nicole: Mon voyage en URSS

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Chez Dimitroff

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Chez Dimitroff

J'ai demandé au camarade Dimitroff de me faire l'amitié d'accepter une visite de ma part. Il y a consenti, Je me suis donc rendu à Gorki avec mon ami Hofmaier, le soir du 6 mars, C'est là qu'habite Dimitroff, en ce moment.

Dimitroff est un homme d'une parfaite urbanité qui paraît soucieux avant tout de donner à la classe ouvrière mondiale une organisation unitaire et forte, devant lui permettre de conduire une lutte efficace contre le fascisme assassin.

De longues heures durant, nous avons discuté de la situation politique dans les pays de l'Europe occidentale et de. ce qui pourrait être entrepris pour réaliser une unité sincère des masses ouvrières divisées par de sottes questions de tendances.

Nous avons constaté avec satisfaction que l'effort de regroupement est actuellement en bonne voie, mais qu'il s'agit surtout de savoir si ceux qui s'en occupent
Dimitroff, officiellement dirigeant du Komintern, le vrai étant Staline, reçoit Nicole dont la vanité a fait trois fois le tour de la terre!

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auront le temps de le conduire à chef, avant que le fascisme ait assis sa domination sur tous les pays de l'Europe occidentale. Que faire pour arriver rapidement au but?

J'ai dit à Dimitroff combien il est nécessaire de ménager les nerfs et les susceptibilités de ceux, parmi les militants ouvriers, qui gardent aujourd'hui leur position d'hostilité à l'égard de la révolution soviétique. Il faut également faire comprendre à ceux qui sont placés aux responsabilités, aussi bien d'un côté que de l'autre, qu'il ne peut pas y avoir de «patriotisme de parti» au sein de la classe ouvrière. Il ne peut pas davantage être question de concurrence. Ce sont là vaines querelles de boutiques. Tous ceux qui se réclament du socialisme doivent envisager la défense du mouvement ouvrier dans son ensemble en se plaçant au-dessus des compétitions personnelles. Le mouvement ouvrier et socialiste forme un bloc, comprenant aussi bien les travailleurs groupés dans l'Internationale communiste, que ceux qui se réclament de l'Internationale socialiste ou de l'Internationale syndicaliste.

Dimitroff me dit qu'en effet, il faut veiller à ce que rien dans les attitudes réciproques ne vienne augmenter les chances de friction entre les partis socialiste et communiste.

«Nous avons appris, ajoute-t-il, que les masses socialistes, en dépit de certaines erreurs commises par ceux qui les dirigent, demeurent attachées à leur parti. C'est un fait dont il doit être tenu compte dans la marche à l'unité. Ce que l'on sait aussi, c'est que dans leur immense majorité, les ouvriers se réclamant du socialisme le veulent véritablement.
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«Ils le veulent de toutes leurs forces, qu'ils appartiennent à l'Internationale socialiste ou à l'Internationale communiste. Il faut donc que les véritables amis de l'Union soviétique partent de cette base. Il ne s'agit plus maintenant de s'adresser des reproches mutuels. Il faut chercher tout ce qui peut unir en face du danger plus menaçant que jamais.»

Dimitroff ajoute encore que ce qui peut être utile dans la réalisation de l'unité du monde du travail, c'est de faire connaître la Russie ouvrière et paysanne et ses réalisations. La vérité dans ce domaine agira révolutionnairement. Quand les travailleurs de l'Europe occidentale sauront ce qui a été fait par leurs camarades russes, ils briseront tous les obstacles empêchant aujourd'hui encore l'unité de se faire. Ils sauront se dresser également contre leurs propres gouvernants, au cas où ces derniers seraient assez téméraires ou fous pour tenter une agression contre l'Union des Républiques socialistes soviétiques.

Or, si le fascisme ne réussit pas dans une telle agression - et comment réussirait-il? - son compte sera réglé dans les années et peut-être dans les mois qui vont suivre.

Après cette conversation amicale, suivie d'un repas pris en commun, et agrémenté par la présence de la femme de Dimitroff, aimable camarade très soucieuse de la marche des événements politiques, on nous présente un très beau film en technicolor qui reproduit, dans tous ses détails, la fête sportive sur la Place rouge. Ce documentaire est une magnifique démonstration de la puissance extraordinaire que représente la jeunesse soviétique des diverses républiques de l'Union. On voit les sociétés de gymnastique défiler et se
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livrer à des exercices variés et très différents les uns des autres, selon la république à laquelle elles appartiennent. Je pense qu'un film documentaire, tel que celui qui se déroule sous nos yeux, ferait merveille comme moyen de propagande en faveur de l'U.R.S.S. dans notre pays. Les spectateurs pourraient ainsi juger de l'effort culturel immense accompli par l'Union soviétique. Mais je sais aussi que notre gollvernement a des préventions contre de tels films.

Je dis à Dimitroff que quelque chose d'à peu près semblable avait été donné dans un cinéma de Genève, mais que la présentation à un public payant fut interdite par le Département de Justice et Police. Lorsque nous avons demandé des explications au sujet de cette interdiction et fait remarquer qu'il s'agissait d'un très beau film, sans aucune autre portée que celle de démontrer ce qu'est la jeunesse soviétique, il nous fut répondu que c'était précisément parce qu'il s'agissait d'un beau film que ce dernier était dangereux, puisqu'il pouvait ainsi faire naître l'idée dans l'esprit des spectateurs que la Russie était un pays dont le régime pouvait être cité en exemple à d'autres pays.

Dimitroff nous fit voir également le film «L'homme à l'arme». Ce film retrace un épisode de la période révolutionnaire de 1917. Il ne saurait être question de le faire passer sur les écrans de notre pays - pour le moment du moins - mais quel magnifique dynamisme se dégage d'une bande semblable et combien elle pourrait contribuer à redonner espoir et enthousiasme aux travailleurs de notre pays.

Vers 23 h. 30, Hofmaier et moi avons quitté Gorki. Dimitroff venait de recevoir un téléphone annonçant la nouvelle de l'installation à Madrid du gouvernement

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