BAMATTER Siegfried (1892-1966) - D'origine bâloise, il fut l'un des activistes de la Jeunesse socialiste suisse d'avant la Première Guerre mondiale; époque à laquelle il travailla au secrétariat de l'Internationale de la Jeunesse socialiste avec Willi Münzenberg; organisation devenue, dès 1920, Internationale communiste des jeunes (ICJ). Très doué pour les langues, il remplit, dès les années vingt, diverses missions en Europe pour le Komintern et devint, en 1924, fonctionnaire de 1'IC au département de l'organisation et de l'information. Renvoyé en Suisse en 1929 pour reprendre la direction du PCS, il est déjà démis de cette fonction en 1931. Après son rappel à Moscou, il est envoyé en Espagne en 1932, pour une mission restée obscure. Il acquiert la nationalité soviétique en 1936, traverse sans encombre les purges staliniennes et devient speaker de langue allemande à la radio de Moscou, où il décède en 1966.

BRUPBACHER Fritz (1874-1945) - Celui qui avait intitulé son autobiographie Sechzig Jahre Ketzer (Hérétique pendant soixante ans), était né dans une bonne famille bourgeoise et fit des études de médecine. Mais, par réaction contre ce milieu, il devint «socialiste libertaire», puis, après avoir ouvert un cabinet et exercé dans un quartier populaire de Zurich où il entra en contact avec la classe ouvrière, «communiste anarchiste»; jouant un rôle d'éducateur et de catalyseur pour les jeunes gens qui formèrent en 1917 à Zurich le groupe Forderung, puis le premier parti dit des vieux-communistes. Adhérent au PCS dès sa fondation, il en devint l'une des figures de proue, bien qu'étant resté non conformiste par rapport aux canons du bolchevisme kominternien. Rapidement, des tensions surgirent avec les dirigeants et militants communistes du rang, qui se marquèrent particulièrement lorsqu'il prit la défense de Trotski (dont il ne connaissait à vrai dire même pas, comme les autres communistes suisses, les options politiques) et s'éleva contre les méthodes avec lesquelles on avait réprimé les opposants à Staline en URSS. Naturellement, à la suite du tournant stalinien sectaire de 1929/1930, Brupbacher fut à nouveau mis sur la sellette et accusé d'opportunisme de droite; mais il ne sera finalement exclu du parti qu'en 1933. Il se retira ensuite dans la sphère privée et l'isolement politique.

DAVIET Jules (1887-1944) - Ouvrier du bâtiment, expulsé de France à la fin de la Première Guerre mondiale, Jules Daviet devint membre du Parti communiste genevois dès les années vingt. Il sera blessé lors des événements du 9 novembre 1932. Auréolé de la gloire du martyr, il est présenté comme candidat du groupusculaire PC genevois à l'élection de 1933 au Conseil des Etats, en recueillant un nombre infime de voix et en faisant échouer le candidat socialiste. Après cette mésaventure, il n'a plus joué de rôle politique et est mort dans la misère.

EVARD William (1892-1973) - Militant communiste de La Chaux-de-Fonds impliqué dans les procès de 1934 et de 1937 (?), selon la notice biographique d'Humbert-Droz, il fut le rédacteur du Journal des chômeurs, organe de l'OSR, dans les années trente, et vira au maoïsme dans les années soixante.

FAUSCH Jakob (1884-1982) - Originaire de Männersdorf (ZH) Jakob Fausch devint employé postal en 1901. Membre du PCS dès 1921, il fut licencié des PTT en 1930 «pour activités communistes». De 1923 à 1926, il fut député au Grand Conseil zurichois et élu en 1931, pour une seule législature, au Conseil communal de la ville de Zurich. Dès la fin des années vingt, il fit partie du secrétariat de la section cantonale zurichoise du PCS et, après son licenciement des PTT, occupa divers postes permanents au sein du parti, de sa presse ou d'organisation proches, tout en devant subir aussi des périodes de chômage. Membre du PST dès sa fondation, il en démissionna en 1953, sans doute après avoir appris quel fut le destin de sa fille Elsa, emprisonnée au Goulag soviétique dans la période des purges des années

MEYER Hannes (1889-1954) - Originaire d'une famille où l'on était architecte de père en fils, Hannes Meyer suivra la tradition familiale, tout en ayant, au préalable, effectué une formation de menuisier, maçon et dessinateur-architecte. Ce sera la vie sur les chantiers qui lui fera prendre conscience de la condition du prolétariat, avant d'aller suivre des cours d'urbanisme à Berlin et d'étudier sur place les cités jardins et les coopératives d'habitation anglaises en 1912 et 1913. Dès les années vingt, Hannes Meyer précise sa conception «fonctionnelle, collectiviste et constructiviste de l'architecture» qu'il ira enseigner au Bauhaus de Dessau avant de partir en URSS, où il est appelé à exercer de hautes responsabilités dans le domaine des constructions et de l'enseignement de l'architecture. Rentré en Suisse en 1936 à la suite de la vague de suspicion qui s'abat sur les spécialistes étrangers à l'époque des grandes purges staliniennes, il ne peut y trouver sa place et émigre à nouveau au Mexique. Il ne reviendra en Suisse qu'en 1949, sans avoir abdiqué de ses convictions communistes.

MUNZENBERG Willi (1889-1940)

PLATTEN Fritz (1883-1942) - Celui qui fut certainement le socialiste et révolutionnaire suisse le plus connu et le plus respecté de l'avant Première Guerre mondiale et de I'époque consécutive et dont le destin tragique ne fut exactement connu qu'à la fin des années quatre-vingts, était le fils d'un ouvrier allemand naturalisé suisse et d'une fille de paysans thurgoviens. Ayant entrepris un apprentissage de serrurier dans une grande entreprise de la métallurgie zurichoise, il entra en contact avec le mouvement ouvrier et socialiste ainsi qu'avec beaucoup de révolutionnaires étrangers de passage à Zurich. C'est ainsi, lorsqu'éclata la première révolution russe de 1905, que ce jeune homme passionné et romantique de 23 ans se rendit à Riga «pour vaincre ou mourir aux côtés des sociaux-démocrates lettons». Arrêté et emprisonné pendant neuf mois, il parvint à s'enfuir de Riga, grâce à une campagne de solidarité organisée par ses amis suisses. De retour à Zurich après un voyage de retour périlleux et clandestin, il est auréolé de la gloire du martyr et devient une figure dirigeante du mouvement ouvrier socialiste zurichois et suisse et, malgré son jeune âge, sera l'un des dirigeants de la grève générale qui paralyse la ville de Zurich pendant quelques jours, en 1912. Au sein du PSS, il se rangea à l'aile gauche, organisa le voyage de retour de Lénine depuis la Suisse en avril 1917 dans le fameux «wagon plombé» et devient l'un des leaders de la grève générale suisse de 1918, avant d'être le principal porte-parole des partisans suisses de l'adhésion à la IlIe Internationale, dont il participa individuellement au premier congrès de 1919, à l'invitation spéciale de Lénine; lequel avait une double dette de reconnaissance à son égard, puisque Platten l'avait également sauvé lors de l'attentat dont il avait été victime en janvier 1918. Principal fondateur et dirigeant du PCS unifié de 1921, Platten, en raison de ses divergences avec d'autres dirigeants et notamment les militants qui provenaient des «vieux communistes», préféra quitter ses responsabilités et la Suisse pour se rendre dans la Russie révolutionnaire avec une cinquantaine d'autres Suisses, afin d'y créer et animer une coopérative agricole dans la commune de Nova Lada. L'expérience fut un échec et la colonie suisse fut ensuite déplacée dans la commune de Vaskino, où la coopérative put prendre un certain essor. Cependant, dès 1931, Platten se trouva plus souvent à Moscou, où il enseignera à l'Institut des langues étrangères en acquérant une grande notoriété et sympathie et en entretenant d'étroits rapports avec les communistes suisses de passage, qui le priaient instamment de revenir en Suisse, mais sans succès. En 1927/1928, il émit des doutes feutrés sur les méthodes staliniennes à l'encontre de Trotski et, dans les années trente, il est pris dans la tourmente des purges. Arrêté une première fois en 1936 puis libéré (alors que sa compagne Berta Zimmermann est maintenue en détention et fusillée en 1937), il est à nouveau incarcéré en 1938, sans que l'on puisse savoir ce qui lui était advenu. Ce n'est qu'en 1956, après le XXe congrès du PCUS et le rapport secret de Khrouchtchev, que l'on apprit enfin qu'il avait été faussement condamné, comme espion polonais et allemand et parce qu'il était en possession illégale d'une arme (un vieux revolver que lui avait donné Lénine pour le remercier de sa protection lors de l'attentat de 1918!) et qu'il était décédé de maladie en 1942 (Alors que, lors de la venue d'une première délégation suisse en URSS après la Seconde Guerre mondiale, en 1950, on avait assuré à ces membres de Suisse-URSS, que Fritz Platten était toujours vivant, mais assigné à résidence dans un village à 60 km de Moscou et qu'on ne pouvait le voir; cette légende lénifiante étant rapportée par les participants à la délégation à leur retour en Suisse!). En 1983, grâce aux recherches et contacts de l'historien suisse Urs Rauber avec Olga Svenziskaya, mère d'une des élèves de Platten à Moscou, on put connaître, grâce à la publication des lettres qu'il envoya à son amie, comment se déroulèrent les dernières années de la vie de Fritz Platten, déporté dans les camps de Njandoma puis de Lipovo (près d'Arkhangelsk). Mais ce n'est qu'en 1989, au temps de la Glasnost et par une communication de son fils ainé Georg, qui avait émigré avec lui en 1923 en URSS, qu'on put apprendre l'entière et amère vérité: Fritz Platten ne mourût pas de maladie, mais fut fusillé à la date indiquée pour son décès, par ordre supérieur!

RUEGG Paul (1898-?) - Né et ayant vécu à Zurich, Paul Emil Ruegg fit un apprentissage de menuisier et devint membre de la Jeunesse socialiste dirigée par Wolli Münzenberg. Voyageant comme courrier du Komintern en 1919 et 1920, en Autriche, en France et en Allemagne, il est élu membre de la Centrale du PCS dès 1921 et, en 1922, administrateur du Vorwärts. En 1924, il se rend à 1'Université des minorités occidentales à Moscou. Mais, à la même époque, il est exclu du PCS pour abus de confiance. Paul Ruegg reste cependant en URSS avec sa femme Gertrud et leur trace se perd en 1937, après 1'arrestation de Paul, dans le cadre des grandes purges staliniennes. Le couple fut également indirectement lié à l'affaire des émissaires soviétiques arrêtés en Chine en 1931, qui avaient utilisé leurs noms et leurs passeports suisses comme couverture.

THALMANN Paul (1901-1980) - Militant de la Jeunesse socialiste pendant et dans l'immédiat après Première Guerre mondiale, Paul Thalmann sera également l'un des adhérents de la première heure du PCS. De 1925 à 1928, il étudiera à 1'Université des minorités occidentales à Moscou avec Hermann Erb et Ernst Illi; un séjour qui semble avoir été pour eux une expérience traumatisante. En 1929, après son retour en Suisse, où il travaille quelque temps à la rédaction du Basler Vorwärts et en raison de ses désaccords politiques, Paul Thalmann est exclu du PCS et devient un activiste du KPO, formé par les dissidents communistes schaffhousois. Il se lie ensuite avec les groupes trotskistes qui se forment à Bâle et à Zurich. En 1936, il part, avec sa compagne, dans l'Espagne en proie à la guerre civile et s'engage dans une milice anarchiste. Arrêté à Barcelone après le putsch anarchiste, il peut être libéré grâce à la campagne menée par le journal socialiste bâlois dont il est le correspondant et sur l'intervention du consul de Suisse. Il s'établit ensuite en France où il passe la guerre à Paris, en aidant des réfugiés antifascistes allemands, puis s'installe à Nice pour y gérer un Guesthouse et écrire ses Mémoires; qui seront publiées dans les années septante dans deux éditions et sous deux titres différents: Revolution für die Freiheit et Wo die Freiheit stirbt.

WIESER Fritz (1890-1952) - Fils de pasteur, étudiant en philosophie à l'Université de Bâle, Fritz Wieser devint, en 1917, rédacteur du Vorwärts quotidien socialiste bâlois à l'époque, et fut un des partisans de l'adhésion à la IIIe Internationale, puis l'un des membres fondateurs du PCS, dont il est immédiatement l'un des principaux dirigeants bâlois et national, nommé rédacteur en chef du Basler Vorwärts. Il sera cependant victime du tournant stalinien sectaire de 1929/1930, sera démis de toutes ses fonctions, avant d'être exclu du PCS en 1931. Il se retira ensuite de la vie politique mais en continuant une activité de journaliste libre et en devenant un actif membre de l'Association bâloise des locataires, dont il devint président en 1937.

Notices biographiques établies par André Rauber, in “Histoire du mouvement communiste suisse”, Editions Slatkine, Genève 2000

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