Le même jour, Ignace et Elsa ont rendez-vous à Lausanne dans laprès-midi avec une amie allemande, Gertrude Schildbach. En principe, Gertrude Schildbach est une communiste suisse. Il y a aussi une enseignante zurichoise, Renata Steiner, venue de Zürich pour louer une voiture qui servira à la fuite des assassins qui prendront le train à Cornavin (Genève). Encore une bénévole servante de Staline. Ce qui pose la question de l'étendue des agents secrets au service de Moscou en Suisse! Curieusement, aucune étude n'a été effectuée!
Alain Campiotti aurait pu évoquer le sort de la famille de Ignace Reiss-Poretski, empoisonnée. Quant à Gertrude Schildbach, elle a été fusillée à son retour à Moscou, encore une omission du spécialiste de «Thiel le Rouge».
Un assassinat à Lausanne
Le Temps, Alain Campiotti, jeudi15 janvier 2009
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/3c5e7d72-e34e-11dd-b87c-1c3fffea55dc/Un_assassinat_%C3%A0_Lausanne
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Ignace Reiss (né Poretski), alias Ludwig, alias Eberhardt, Der Dicke pour Noel Field: liquidé à Lausanne sur ordre de Staline. Allemagne (?), 1927. Le plan prévoyait d'empoisonner aussi la femme de Poretski, Elsa (à droite) et ses enfants, ce qui échoua!
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Les deux contacts soviétiques de Noel Field changent de camp [ndlr: A savoir Ignace Poretski (Reiss) et Samuel Ginsberg (Walter Krivitsky)]
4 des complices de l'assassinat dIgnace Reiss, agent du GRU: Roland Abbiate (pseudo François Rossi), le tueur, Serge Efron, Vera Traill-Gutschkov et la zürichoise Renate Steiner qui fut liquidée à son retour à Moscou.
Les liens
Le documentaire de Daniel Künzi: «A memoir of Ignace Reiss and his friends»
Le dossier «Thiel le Rouge»
Fin août 1937. Le voyage de Paris à Genève est long. Heureusement, il y a Max. Cest un type plaisant, et Noel Field aime parler. Après leur rencontre dans un café parisien, «lhomme décoré de lOrdre de Lénine» lui a présenté ce jeune Russe en lui disant quil resterait quelque temps à Genève. Ils parlent de Der Dicke, qui avait passé une nuit à Vandoeuvres. Et qui a trahi. Sil revient chez les Field, lAméricain doit avertir Max. A Genève, le jeune Russe prend chaque jour des nouvelles.
Le diplomate se promène souvent à Vandoeuvres et à Vésenaz, au bord du lac. Il songe en marchant à ces trois hommes: celui du café à Paris, celui qui est devenu un pestiféré, et celui qui nest plus son contact, Krivitsky. Il sarrête au restaurant La Pointe à la Bise, pour prendre un café. Il ouvre le journal. Un choc. Cette photo! Il narrive pas à le croire: cest Der Dicke! Assassiné à Lausanne. Son corps a été retrouvé criblé de balles, route de Chamblandes, à lentrée de Pully. Le quotidien dit quil sappelait Hermann Eberhardt.
La Galicie est fertile en révolutionnaires. Mikhael Feintuch, alias Jean Jérôme, lami de Reynold Thiel, vient de là. Ignace Poretski et Samuel Ginsberg aussi. Destinées étonnamment parallèles. Les deux sont nés la même année, 1899 certains disent le même jour, le 1er janvier dans le même bourg, Podwoloúczyska, à la frontière de deux empires. Et la tempête bolchevique les a embarqués de la même manière. Ils ont fait les deux carrière dans lappareil de sécurité soviétique. Au milieu des années 1930, Ginsberg, devenu Walter Krivitsky, est un des responsables du renseignement militaire en Europe, avec le grade de général. Poretski, devenu Ludwig, Der Dicke, Ignace Reiss, est un «illégal» extérieur du NKVD, résident aux Pays-Bas puis à Paris, avec un large rayon daction, dont la Suisse. Et les deux enfants de Podwoloczyska ont vécu la terreur et les procès staliniens, dès 1936, avec les mêmes doutes, puis la même horreur. Leurs camarades de lombre tombaient les uns après les autres. Rentrer sur ordre à Moscou, cétait presque un arrêt de mort.
Le 17 juillet 1937, Ignace Reiss a adressé une lettre au Comité central du Parti communiste de lUnion soviétique, autrement dit à Staline. Il écrit au nom de ceux qui «furent massacrés dans les caves de la Loubianka, sur lordre du Père des Peuples». Cest une rupture totale avec ses employeurs. «Nos chemins divergent. Celui qui se tait aujourdhui se fait complice de Staline et trahit la cause de la classe ouvrière et du socialisme.» A la fin du texte, Reiss semble se rallier à Léon Trotsky, lexilé.
Il a adressé sa lettre à la représentation commerciale soviétique à Paris. Dès ce moment, Ignace Reiss sait quil est en danger. Il saute dans un train, vers la Suisse. Il y a déjà envoyé sa femme Elsa et son fils Roman, qui logent depuis une semaine sous le nom de Brandt à Finhaut, en Valais, dans une pension qui appartient au président de la commune. Finhaut est un refuge provisoire, où Reiss ne veut pas passer lhiver. Le 4 septembre, la famille déménage à Territet. Le même jour, Ignace et Elsa ont rendez-vous à Lausanne dans laprès-midi avec une amie allemande, Gertrude Schildbach. Reiss part devant, pour louer une chambre dhôtel et acheter un billet de train pour Reims, où il veut voir le lendemain Léon Sedov, le fils de Trotsky.
La rencontre avec Gertrude a lieu au Central, près de Saint-François. LAllemande, qui est venue de Rome où elle réside, est agitée, inquiète. Comme Elsa doit rentrer à Territet pour soccuper de Roman, Ignace fixe un autre rendez-vous à leur amie, le soir même, pour parler davantage de ce qui la préoccupe.
Le corps dIgnace Reiss est découvert le lendemain matin à Chamblandes. Il a huit balles dans la peau, quelques cheveux de femme dans la main. La police arrêtera une enseignante zurichoise, Renata Steiner, qui était chargée de surveiller les Reiss à Territet. La voiture quelle avait louée à Berne sera retrouvée à Genève, près de la Gare. A lhôtel de la Paix, où Gertrude Schildbach était descendue, les bagages dun couple ont été abandonnés. Les enquêteurs vaudois, avec laide des Français, parviendront peu à peu à se faire une idée du commando qui a enlevé et tué Reiss: une dizaine de personnes, dont trois femmes. Après la lettre du 17 juillet, Staline avait ordonné la liquidation immédiate du traître.
Walter Krivitsky, lami denfance dIgnace Reiss, obtient en octobre lasile politique en France. Le 10 février 1941, son corps sera retrouvé dans une chambre dhôtel à Washington, une balle dans la tête. Il [SE SERAIT] sétait suicidé.
A Genève, Max na plus fait signe après le 4 septembre. Lassassinat de Der Dicke a alimenté dans le canton de Vaud la campagne pour linterdiction du Parti communiste, banni par deux tiers des votants le 30 janvier 1938. Mais Noel et Herta Field ne sont pas ébranlés. Ils ont décidé de visiter lURSS, pendant leurs vacances. Ils y partent en mai, pour deux mois. A Moscou, Noel voit beaucoup de monde, dont un personnage quil connaît déjà: cest «lhomme décoré de lOrdre de Lénine», celui du café à Paris, dont lAméricain ne connaît toujours pas le nom: Serguei Mikhailovich Spiegelglas, désormais chef du renseignement extérieur soviétique. Cest lui qui avait reçu lordre déliminer Ignace Reiss.