LInternationale communiste organise le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture (21 juin 1935), une culture qui a été assassinée en URSS!
Le congrès des écrivains de juin 1935 organisé par le Komintern constitue une très grande opération de manipulation car Au moment où souvre le 21 juin 1935 le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture à Paris, aucun des trois André (Breton, Gide, Malraux) nignore la face totalitaire cachée du régime soviétique.
Ce texte de terresdecrivains.com décrit brillament ce grand show dont le metteur en scène, Staline, peut see réjouir. Quant au producteur, Willy Münzenberg, docile et efficace serviteur du bourreau de l'URSS, il sera fait assassiné dans 4 ans par son maître!
Julyi Lourrier a tourné le film du Congres antifasciste des écrivains a 1935 au Palais de la Mutualite et la participation de Boris Pasternak. Dommage qu'il soit égaré!
Le congrès des écrivains de juin 1935
Introduction à trois balades parisiennes
http://www.terresdecrivains.com/spip.php?article734, Le samedi 12 mai 2007.
« Je crois que ce qui retient bon nombre de nos écrivains, cest leur manque de confiance dans le prolétariat, et même
un manque de confiance en lhomme. »
André Malraux, interview à la Littérature internationale, 1935.
« Quest-ce que cest que ça [le prolétariat] ? »
Malraux en 1946 face à Sperber, Koestler, Camus et Sartre (cité par Olivier Todd dans Albert Camus, une vie, Folio Gallimard).
« Entre 1925 et 1935, malgré les suicides dEssenine et de Maïakovski [1], [
], les intellectuels occidentaux continuaient à croire que lURSS représentait pour le monde de laprès-guerre, et plus particulièrement pour lart davant-garde, un renouveau, un soutien et des perspectives illimitées. »
Nina Berberova. Cest Moi qui souligne, Editions Jai Lu.
« Toute leau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle. »
Eluard citant Lautréamont le 23 mars 1932 dans son texte Certificat, qui met en cause Aragon et ses « trahisons » depuis le congrès de Kharkov (1930).
« Chaque journal, selon son parti, a ses mensonges, ses victoires et ses héros. »
Journal dEugène Dabit.
Dans un essai publié en 1944, Arthur Koestler parle du « péché dà peu près tous les gens de gauche à partir de 1933 [qui] avaient voulu être antifascistes sans être antitotalitaires ».
Au moment où souvre le 21 juin 1935 le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture à Paris, aucun des trois André (Breton, Gide, Malraux) nignore la face totalitaire cachée du régime soviétique. Les premiers procès truqués en URSS datent de 1928. Dès les années vingt, des intellectuels européens ont fait le voyage en Russie. Stefan Zweig écrit à Romain Rolland en 1924 : « Ils chassent maintenant les intellectuels de leurs rangs. Ils ont besoin des Moujiks littéraires, des automates qui nosent pas penser ou dire ce quils pensent. »
Mais, alors que le premier André commence à crier haut et fort (cest une habitude chez les surréalistes) que lunique voie à suivre nest plus celle de lURSS, les deux autres lécrivain le plus connu et le jeune espoir le plus prometteur de lépoque (prix Interallié 1930 pour La Voix royale, prix Goncourt 1933 pour La Condition humaine) clament aussi fort quil faut choisir entre fascisme et communisme et quil est urgent de se ranger aux côtés de Staline.
Redonnons la parole à Nina Berberova : [
] la vieille génération, Wells, Shaw, Rolland, Mann, était entièrement gagnée à la Nouvelle Russie et à lexpérience intéressante qui avait liquidé les horreurs du tsarisme. Elle soutenait Staline contre Trotski, comme elle avait soutenu Lénine contre les autres chefs politiques. Dreiser, Sinclair Lewis, Upton Sinclair, André Gide (jusquen 1936) et Stefan Zweig prenaient la défense, dans tous les débats, du parti communiste contre lopposition. [
] La coqueluche de la jeunesse parisienne, Jean Cocteau, écrivait : Les dictateurs contribuent à promouvoir la protestation dans lart, sans laquelle celui-ci meurt. On avait envie de lui demander si cela était également valable pour la balle que lon recevait dans la nuque [2].
Après coup, il est facile de tirer des enseignements de ces sombres années : une dictature ne promeut ni la protestation ni la liberté dans lart ni ailleurs; il nest pas sain de sappuyer sur une dictature pour en combattre une autre, pas plus que de confondre respect et idolâtrie ou patriotisme et nationalisme. Et, comme lécrit Breton dès 1929 dans le Second manifeste du Surréalisme, il est dangereux de ne compter que sur la révolution prolétarienne pour atteindre à « la libération de lhomme, première condition de la libération de lesprit » [3].
Ces vérités échappent aux principaux intellectuels européens des années trente (mais, répétons-le, pas à tous !), qui cherchent désespérément des alliés pour faire face à la montée du nazisme et, ne les trouvant pas dans les régimes parlementaires français et anglais de lépoque, se les créent en la personne dune dictature qui se cache derrière limage de la révolution prolétarienne. Pendant ce temps, Nina Berberova « [na] pas connu un seul jour sans ressentir [la présence de Staline] dans le monde, sans en éprouver de lindignation, du dégoût, de lhumiliation et de la terreur ».
Les écrivains que nous allons croiser à Paris dans les années trente paraissent bien faibles et impuissants, et parfois bien inconscients. Mais cest aussi parce que et cest une première historique [4] ils se mobilisent pour défendre une cause qui dépasse les États et qui les dépasse eux-mêmes. Laffaire Dreyfus, qui a marqué la naissance de « lengagement de lécrivain », a été la dernière affaire nationale [5]. La première guerre mondiale et ensuite la guerre du Rif marocain provoquent la naissance de courants de révolte (on la vu avec Dada) ou de militantisme qui traversent les frontières. Ces derniers se reconnaissent parfois dans la pensée internationale quest le marxisme. Gide et ses confrères croient que des intellectuels réunis peuvent changer le monde. Certains (Malraux, Koestler, Orwell
) joindront le geste à la parole en 1936 en allant combattre en Espagne.
Dessinons à grands traits lhistoire de cet engagement européen. Dès les années vingt, le pouvoir soviétique implique des intellectuels de différents pays dans une stratégie très précise duniformisation des politiques culturelles des partis communistes [6]. La première « Conférence internationale des écrivains prolétariens et révolutionnaires » se déroule en novembre 1927 à Moscou, au moment où Trotski et Zinoviev sont exclus du parti communiste soviétique. Tout un symbole! Henri Barbusse et Romain Rolland y participent avec Gorki, Einstein, Paul Langevin, Heinrich Mann, etc. Militants pacifistes encore traumatisés par la guerre de 1914-1918, ils rassemblent plus de 2'000 délégués au congrès international dAmsterdam en 1932. Environ 3'000 participent au Congrès antifasciste des 4 et 5 juin 1933 à Paris, salle Pleyel. Les comités organisateurs des deux congrès fusionnent et le « mouvement Amsterdam-Pleyel » prend corps.
Afin de renforcer la politique soviétique officielle, le Komintern manipule à grande échelle et en sous main nombre dintellectuels de lépoque. On retrouve ainsi Willi Münzenberg, chef de la propagande du Komintern pour lOccident, derrière des prises de position de Romain Rolland, lorganisation du congrès dAmsterdam, la campagne en faveur de Sacco et Vanzetti entre 1921 et 1927, le voyage de Gide et Malraux en 1933 à Berlin, le congrès de juin 1935 à Paris, etc.
Aucun acteur nest donc sûr de jouer le bon rôle ou même son propre rôle dans ce Congrès international des écrivains pour la défense de la Culture qui se déroule au Palais de la Mutualité entre le 21 et le 25 juin 1935 [7].
Il est organisé par lAssociation des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (AEAR), à laquelle Breton adhère début 1932 et dont il est exclu en juin 1933 pour avoir publié dans la revue Le Surréalisme au service de la révolution la lettre de Ferdinand Alquié parlant de « crétinisation » en URSS.
Les autres promoteurs-organisateurs du congrès sont Münzenberg et Ilya Ehrenbourg, autre écrivain et ambassadeur culturel de Moscou. La politique des communistes est alors à louverture et le congrès de la Mutualité veut accueillir toutes les tendances antifascistes, tant quelles ne critiquent pas lUnion soviétique.
Cest volontairement un congrès de stars: 230 délégués sont inscrits. La liste des participants est à faire pâlir denvie ceux qui, comme Mauriac, Montherlant ou Morand, en ont été écartés : Boris Pasternak, appelé en dernière minute à remplacer Gorki, Heinrich Mann, Bertolt Brecht, Robert Musil, Aldous Huxley, H. G. Wells, Giono, Barbusse, Dabit, Guéhenno, Mounier, Rolland, Vitrac, E. M. Forster, Max Brod, Paul Nizan, Julien Benda, Aragon, Roger Martin du Gard, Guilloux
On peut noter labsence de James Joyce, pourtant parisien mais soucieux de son apolitisme, de Queneau, plongé dans sa recherche spirituelle, de Prévert, rendu, comme le précédent, méfiant de tout engagement politique par son expérience surréaliste, de Bernanos et de Cendrars, qui, à linstar de Mauriac, ne sont pas encore antifascistes, de Sartre, havrais, spectateur non encore engagé (contrairement à son petit camarade Paul Nizan) et temporairement déprimé.
Trois mille personnes assistent aux quatre jours que dure le congrès : ouvriers, employés, journalistes, étudiants, artistes, intellectuels
Des hauts parleurs ont été installés dans les couloirs du Palais de la Mutualité et à lextérieur. Le soir après minuit, les discussions se poursuivent autour des tables des Deux Magots et des cafés alentour.
Les deux grands animateurs en sont André Malraux et André Gide, deux écrivains pour qui politique rime alors avec morale et art plus quavec droits civiques et programme économique. Malgré les apparences et parce que ses oreilles entendent tout de même certains discours critiques de réfugiés, ce dernier commence à douter que la bonne foi politique soit uniquement du côté soviétique. Malraux, lui, a rencontré Trotski à Saint-Palais en août 1933. Grâce à une pression internationale, ce dernier a en effet été arraché à son exil sibérien. Malraux est bien conscient du caractère répressif du régime soviétique. Mais, nécessité de lHistoire et discipline de parti combinées, il sen accommode. Entre Trotski, héros de la Révolution, certes, mais général sans armée, et Staline qui reste seul à commander lArmée rouge, Malraux fait le choix de lefficacité contre le nazisme.
Les Soviétiques savent donc quavec Malraux et Gide aux commandes, le congrès (qui aurait pu aussi sappeler « pour la défense de lUnion soviétique » !) ne connaîtra pas trop de débordements, et ils ont raison.
Lémeute fasciste du 6 février 1934 renforce le camp de la gauche en exposant au grand jour le danger que représente le fascisme. Le sursaut populaire et la politique douverture des communistes qui suivent Moscou réalisant que la traditionnelle stratégie de « classe contre classe » avait produit larrivée de Hitler au pouvoir mènent au Front populaire en mai 1936.
Bien que le pacifisme soit une idée qui nait rien de marxiste et que le communisme ait déjà fait des millions de morts et sachemine vers les grandes purges de 1936, un pacte franco-soviétique dassistance mutuelle est signé en mai 1935. On croit le rempart suffisamment puissant contre Hitler.
1936 est lannée du courageux revirement politique de Gide qui, après un voyage en URSS, publie en novembre Retour de lURSS et dénonce le totalitarisme soviétique. Ce qui est étonnant, cest que ce revirement ne soit pas suivi par une multitude dautres. Signe que le Retour de lURSS ne révèle finalement que ce que beaucoup savent mais préfèrent taire pour ne pas « faire le jeu du fascisme ». De ce point de vue, tout le monde nest pas Gide, ni Bernanos ou Mauriac, qui se dressent contre les franquistes cette même année, ou Orwell, Koestler ou Simone Weil, qui parviennent à critiquer le stalinisme en restant antifascistes, ou encore Albert Camus qui, là-bas en Algérie, quitte en 1937 le parti communiste auquel il a adhéré en 1935.
Pour Malraux (qui a vivement déconseillé à Gide de publier son ouvrage), lheure est encore à la défense de lUnion soviétique : la guerre dEspagne bat son plein.
Les procès de Moscou en 1936 conduisent en revanche Breton à affirmer sa position : avec Victor Serge, Magdeleine Paz, Henry Poulaille et dautres, il crée un comité denquête sur les procès. Il demande aussi que Trotski soit officiellement invité à résider en France, alors quil ny est toléré quà condition de ne pas sy consacrer à des activités politiques. Des trois André plus ou moins compagnons de route du parti communiste en 1935, il nen reste quun fin 1936 : Malraux, qui, en 1937, publie LEspoir en feuilleton dans Ce Soir, le journal dirigé par Aragon.
[1] Respectivement en 1925 et 1930.
[2] Nina Berberova. Cest Moi qui souligne, Editions Jai Lu.
[3] Ne résistons pas au plaisir de citer un autre surréaliste, Ferdinand Alquié, qui parle en 1933 du « vent de crétinisation systématique qui souffle sur lURSS ». A la différence de Gide, de Malraux et de nombreux contemporains engagés aux côtés du communisme, Breton se refusait à mêler politique et sentiments.
[4] Lire La Rive gauche, de Herbert R. Lottmann (Point Seuil, 1981), deuxième partie, Les Années trente.
[5] Hasard de lHistoire, Dreyfus décède en juillet 1935. Cela déclenche chez Léon Blum le désir de publier dans lhebdomadaire Marianne ses Souvenirs sur lAffaire, édités par Gallimard en 1935.
[6] Comment ces artistes et écrivains ont-ils pu souscrire à de tels objectifs, a priori incompatibles avec la liberté de créer ? Pour la plupart dentre eux, cette question donnera lieu à de puissantes jongleries intellectuelles, dont le congrès de la Mutualité en juin 1935 offre de beaux exemples.
[7] Lévénement est encore peu connu aujourdhui et les sources dinformation ne sont pas abondantes. Il y a surtout le copieux La Rive gauche, cité ci-dessus, Le Siècle des intellectuels, de Michel Winock (1997) et Libertad !, de Dan Franck (2004), tous trois passionnants sur cette période.