Dictionnaire biographique de lInternationale communiste
A propos du "Dictionnaire biographique de lInternationale communiste", lhistorien Serge Wolikow est interviewé par l'Humanité, qui fut l'organe de la section française de l'internationale communiste, nom durant les années 1930, du parti communiste français.
Evidemment, c'est la négation des millions de crimes du régime soviétique et si Staline est critiqué, c'est pour avoir fait assassiner des milliers de membres du pcus (parti communiste de l'Union soviétique), mais surtout pas pour les millions d'ouvriers et de paysans arrêtés, déportés, affamés et souvent fusillés. En 2001, l'Humanité est enfin fidèle à la ligne de Khrouchtchev, après être resté stalinien jusqu'en 1970! Cet article et le fait que l'ouvrage est en vente à la Fête de lHumanité démontre qu'il est politiquement correcte pour les communistes, et par conséquent, derrière des détails vrais, le caractère criminelle et terroriste du Komintern est totalement caché!
L'extrait suivant démontre que:
La période de 1929 à 1933 fut pour le mouvement ouvrier des grands pays capitalistes celles des années noires.
Komintern: l'histoire et les hommes. Page 35 La fuite en avant sectaire (1929-1933)
La période de 1929 à 1933 fut pour le mouvement ouvrier des grands pays capitalistes celles des années noires. La crise frappait de plein fouet la classe ouvrière, la plus touchée par le chômage. La montée du fascisme et la terreur conservatrice s'exercaient contre les forces démocratiques affaiblies par la division d'un mouvement ouvrier écartelé entre un courant majoritaire attentiste et un courant minoritaire activiste mais impuissant à rassembler, soucieux avant tout de se préparer à exploiter la situation révolutionnaire produite par la décomposition du capitalisme.
Ces années furent également celles des transformations profondes et des contradictions du développement de l'URSS. Ses succès apparents dans le domaine industriel tranchaient avec la dépression qui touchait les pays capitalistes et renforçaient son prestige international. La mobilisation pour la défense de l'URSS prenanit une dimension supplémentaire: les communistes des différentes sections de l'Internationale communiste avaient désormais à défendre les réussites du socialisme mises au compte du Parti communiste de l'Union soviétique et de Staline au moment où celui-ci achevait de centraliser à son profit tous les pouvoirs après avoir écarté, dès 1929, les principales figures du Parti et fait disparaître tout débat public sur la politique mise en oeuvre. Le poids du Parti communiste de l'Union soviétique dans l'Internationale s'accrut alors sensiblement. Au moment où l'avenir de la révolution mondiale passait plus que jamais par le développement de l'URSS, l'Internationale communiste se voyait assigner un rôle subordonné: outre la mobilisation de l'URSS, chaque parti avait à répéter, dans la perspective d'une seconde phase de la révolution mondiale ce qu'était censée avoir été l'expérience des bolcheviks avant leur prise du pouvoir. Même si la situation mondiale était bien différente de ce qu'elle avait été 10 ans auparavant, l'essor du fascisme, le rôle du la social-démocratie, la crise et l'intervention de l'Etat étaient lus comme autant de preuves de la décomposition du capitalisme. Il fallait forger des partis révolutionnaires contre toutes les forces qui refusaient ou risquaient d'entraver la prochaine révolution. La ligne «classe contre classe», cadre stratégique de cette orientation, eut des résultats d'ensemble largement négatifs pour le mouvement communiste, comme le reconnut trente ans plus tard Togliatti dans une réflexion rétrospectrice et auto-critique.
Le Komintern revisité
L'Humanité du 14 septembre 2001. Entretien réalisé par Jean-Paul Monferran
Entretien avec lhistorien Serge Wolikow, qui vient de préfacer le Dictionnaire biographique de lInternationale communiste : 500 portraits pour mieux comprendre une histoire plus complexe et plus mouvementée quil ny paraît.
Un an, presque jour pour jour, après le Siècle des communismes (1), dont lambition affichée était de donner à lire " la diversité des communistes et des communismes, la pluralité des motifs allégués et des espoirs fondateurs ", tout " en étudiant la chape de plomb qui progressivement vint enfermer les possibles ", paraît ces jours-ci, toujours aux éditions de lAtelier, le Komintern, lhistoire et les hommes (2). Rédigé pour (bonne) partie par les mêmes auteurs, ce Dictionnaire biographique de lInternationale communiste entend poser, via 500 "portraits ", des jalons pour une approche historique renouvelée dune organisation, fondée en 1919 à Moscou et dissoute en 1943, qui prétendait "constituer un parti mondial de la révolution adapté aux temps nouveaux inaugurés par la Révolution russe", selon une formule de Serge Wolikow, professeur dhistoire contemporaine à luniversité de Dijon, qui a rédigé la préface de cet ouvrage.
Le Siècle des communismes engageait une réflexion critique sur ce qua été jusquici lhistoire du communisme, en tout cas celle présente dans des livres qui ont connu un fort retentissement. En quoi Komintern relève-t-il de la même démarche et quel est, selon vous, son apport à lhistoire plus générale du communisme ?
Serge Wolikow. Il sagit, en effet, dune contribution à lhistoire du Komintern, dans la mesure où le livre permet de saisir les conditions de lengagement et le parcours politique de dirigeants qui ont animé le mouvement communiste, en France notamment, mais aussi ailleurs. La dimension internationale de leur activité restait souvent mystérieuse et méconnue. Ce livre met en lumière comment, chez la plupart des cadres communistes, elle est devenue une composante de leur formation et de leur culture. Lapproche biographique ignorante de lhistoire générale de lorganisation internationale aurait été source dincompréhensions, voire de contresens : cest pourquoi louvrage comporte une introduction substantielle qui présente un panorama aussi complet de lhistoire de lInternationale communiste - ce qui, à ce jour, nexistait pas en langue française. Lhistoire du communisme sest poursuivie bien au-delà du Komintern. Il reste que les modalités essentielles du fonctionnement de lorganisation communiste, la culture des cadres et des militants ont été forgés dans cette période. À ce titre, cet ouvrage apporte à mon sens des informations essentielles sur une histoire qui se confond avec celle du XXe siècle.
Le mot Komintern lui-même résonne à la fois comme un symbole de force et de secret. Pourtant, vous semblez vouloir restituer à cette organisation son histoire singulière.
Serge Wolikow. Si lhistoire de lInternationale communiste est inséparable de lévolution de la Russie et de lURSS, si son fonctionnement a toujours été imbriqué avec le parti russe, contrairement à limage officielle qui en est souvent donnée le Komintern a connu une histoire assez mouvementée: ses structures, fortement centralisées, ont été modifiées à plusieurs reprises. Au début des années vingt, léquipe dirigeante, restreinte, était composée des représentants des partis communistes et dassemblées périodiques regroupant à Moscou les délégués des différentes régions du monde où les communistes étaient organisés ou en voie dimplantation. À partir de 1926, des structures régionalisées furent mises en place afin de suivre lactivité communiste dans les différents types de pays. Au cours des années trente, la centralisation des décisions et la confidentialité des discussions furent renforcées. À la fin de la décennie, des secrétariats spécialisés géraient les rapports avec les différents partis communistes. Les assemblées publiques ayant été supprimées depuis 1935, seuls le présidium et la commission politique avaient en charge une politique dont les orientations étaient définies par la direction du Parti communiste soviétique, par Staline.
Précisément, que doit cet ouvrage à la consultation des centres darchives soviétiques ?
Serge Wolikow. Au-delà des discussions sur la nature de la rupture historiographique introduite par laccès aux archives, il est indéniable que ce Dictionnaire naurait pas été possible sans lapport des archives du Komintern conservées à Moscou, notamment les dossiers biographiques. Il reste que la méthodologie et la démarche utilisées pour cet ouvrage ont été forgées de longue date, en particulier dans la préparation du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.
Au fond, qui sont les " kominterniens ", sachant quun portrait type nexiste pas ?
Serge Wolikow. Tous les communistes des premières décennies étaient automatiquement membres de lInternationale communiste, puisque chaque parti nétait quune " section " du parti mondial. Cependant, seuls certains cadres des partis étaient véritablement impliqués dans le fonctionnement du Komintern, soit quils participassent régulièrement aux délégations et assemblées à Moscou, soit quils aient eu des responsabilités dans lorganisation centrale. La plupart, du fait de leurs séjours à Moscou, de leurs fréquentations des institutions centrales, de leur participation à différentes missions, de leur implication dans les écoles de formation des cadres, étaient imprégnés dune culture commune. Celle-ci, façonnée selon un modèle fait de discipline, de croyances et denthousiasmes a connu des évolutions avec la stalinisation. Les épurations et la répression ont également touché les kominterniens dont certains des plus notables ont été liquidés lors de la terreur stalinienne des années trente.
Si vous aviez à présenter un de vos " biographiés ", qui choisiriez-vous ?
Serge Wolikow. Un dirigeant éminent du Komintern, vieux bolchevik, cheville ouvrière de lorganisation, aussi bien lorsquil sagit de lancer la bolchevisation que de mettre en place les missions secrètes. Ossip Piatnitski fut arrêté et fusillé sur ordre de Staline en 1937. Le croisement des informations issues des archives centrales de lInternationale communiste et de ses sections permet de faire émerger la figure dun personnage dont le rôle et laction avaient été refoulés.
(1) Éditions de lAtelier (voir lHumanité du 11 septembre 2000).
(2) Dictionnaire biographique de lInternationale communiste en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse et à Moscou, sous la direction de José Gotovitch et Mikhaïl Narinski, présentation historique par Serge Wolikow, lAtelier, 608 pages. (En vente à la Fête de lHumanité.)