Münzenberg et mensonges de lInternationale communiste
Au début des années trente, Moscou décide de transformer la révolution russe en un révolution mondiale, quelle falsification de l'histoire! Tout cela pour charger Staline et épargner Lénine. En fait, le projet mondial est celui de Lénine qui fonde en mars 1919 l'Internationale communiste (Komintern) et c'est toujours qui engage Münzenberg, proche de Radek et Dzerjinski. La terrible famine de 1922 sera instrumentalisée et détournée au profit du régime bolchévique, par Münzenberg qui connaissait très bien l'horreur de la face cachée du régime qu'il servait. Ainsi un des principaux meneurs de la campagne antifascisme savait très bien que la vie dans l'Italie de Mussolini était, en regard de l'enfer soviétique, un havre de paix. En fait, Münzenberg était une de ces nombreuses crapules égoïstes qui, tout en connaissant les souffrances infinies du peuple soviétique, a servi son bourreau parce que cela lui permettait de vivre richement et d'avoir de l'importance. Quand il a commencé à gêner, en particulier par son appartenance au parti communiste allemand liquidé car il était un obstacle au pacte Hitler-Staline, voulu et préparé par ce dernier, et que, de plus, il savait trop de chose sur la réalité soviétique et sur les nombreux réseaux qu'il avait contribué à créer ainsi que sur les successives opérations de désinformation organisées, Münzenberg a tenté de fuir pour sauver sa peau. Mais le Smersh veillait et tôt ou tard, et cette section du NKVD ne lâchait jamais prise. Présenter alors Münzenberg comme une victime est une injure aux millions de vraies victimes du régime soviétique.
Trois critiques de La Fin de l'innocence:
Une partie des gens que Münzenberg a fait servir l'horreur soviétique et sont devenus les complices de Lénine et Staline: André Gide, André Malraux, Ernest Hemingway, Dorothy Parker, John Dos Passos, Bertolt Brecht et bien d'autres, ont fait partie des "agents d'influence" de Münzenberg ou ont été manipulés par lui, embarqués dans cette aventure par leur attachement idéaliste au mouvement antifasciste.
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La Fin de l'innocence, par Stephen Koch.. Les intellectuels d'Occident et la tentation stalinienne Résumé de l'éditeur - Au début des années trente, Moscou décide de transformer la révolution russe en un révolution mondiale. Une campagne magistrale est organisée, destinée à rallier les intellectuels occidentaux à l'Union soviétique de Staline. L'homme à qui le Politburo confie cette tâche, Willi Münzenberg, communiste allemand installé à Paris, est un génie de la propagande. Des intellectuels éminents: André Gide, André Malraux, Ernest Hemingway, Dorothy Parker, John Dos Passos, Bertolt Brecht et bien d'autres, ont fait partie des "agents d'influence" de Münzenberg ou ont été manipulés par lui, embarqués dans cette aventure par leur attachement idéaliste au mouvement antifasciste (en privé, Münzenberg les appelait les "innocents"). De Moscou où se déroulent les procès truqués à Londres où travaillent les agents du M15, de New York à Hollywood où les "innocents" sont légion, la plupart des épisodes dramatiques et décisifs qui ont marqué l'histoire des relations entre l'Est et l'Ouest des années trente aux années soixante peuvent être imputés à Münzenberg ou à ses émules. |
Le Mabuse marxiste-léniniste
Par Sorin Raphaël, publié le 12/10/1995
http://www.lexpress.fr/informations/le-mabuse-marxiste-leniniste_610172.html
Antinazi et communiste, l'Allemand Willi Münzenberg fut un maître de la guerre idéologique. De Cambridge à Hollywood, il enrôla de prestigieuses recrues. L'Américain Stephen Koch a reconstitué ses manipulations.
Le 22 octobre 1940, près de Grenoble, deux chasseurs découvrent au pied d'un vieux chêne un corps décomposé. Le cadavre a une corde autour du cou. L'inconnu serait mort par pendaison et pourrirait sur place depuis l'exode, en juin 1940. Assassinat? Suicide?
Il s'appelait Willi Münzenberg. C'était l'homme de Lénine, puis de Staline, pour la propagande et l'agitation, le grand responsable de l'agit-prop. Arthur Koestler, qui travailla avec lui, l'évoque dans Hiéroglyphes, l'un de ses livres de souvenirs; et Gustav Regler, ancien commissaire politique des Brigades internationales, consacre à sa personne plusieurs pages du Glaive et le Fourreau (Plon), une autobiographie admirable, à rééditer d'urgence. Organisateur invisible de la croisade antifasciste, Münzenberg joua un rôle décisif dans le séjour d'Ernest Hemingway en Espagne, lors de la guerre civile. Il fut l'inspirateur secret du fameux discours d'André Gide pour les funérailles de Maxime Gorki, à Moscou. Il dirigea la campagne d'aide à Dimitrov, le Bulgare accusé par les nazis d'avoir incendié le Reichstag.
Ses agents manipulèrent les progressistes de Hollywood et Dashiell Hammett lui dut quand même le déshonneur d'avoir soutenu, au bénéfice du pacte germano-soviétique, les partisans de la non-intervention des Etats-Unis dans la lutte contre Hitler. Ce Mabuse marxiste-léniniste recruta aussi les «espions de Cambridge» Burgess et Blunt. Parmi ses recrues, il faut compter John Dos Passos, André Malraux, Dorothy Parker ou Bertolt Brecht. Conscients ou non d'être des pantins, ils participèrent à une croisade dont il tirait presque toutes les ficelles.
Stephen Koch, professeur à Columbia, a pu recueillir les confidences de la veuve de Münzenberg. Il a consulté également des archives inédites provenant de l'ex-Union soviétique. Grâce à une bibliographie importante où voisinent les témoignages de Margarete Buber-Neumann, les travaux de Robert Conquest, l'anthologie de Gide Littérature engagée, les aveux de Lillian Hellman, Artur London, Pierre Herbart, Kim Philby, les romans de Christopher Isherwood, etc., il reconstitue un puzzle fascinant qui correspond à la face cachée d'une guerre idéologique intense.
Fils d'un cafetier alcoolique de Thuringe, Münzenberg est né à Erfurt en 1889. Ses origines modestes expliquent sans doute son comportement ultérieur: il circulera à Berlin dans une Lincoln avec chauffeur et ne se déplacera jamais sans un garde du corps. Mêlé à des groupuscules révolutionnaires, il est repéré par Léon Trotski en 1914. Celui-ci le présente à Lénine, exilé à Berne. Il entre ainsi dans le cercle des compagnons du chef bolchevique. On lui propose de travailler avec Karl Radek, un révolutionnaire polonais, «intellectuel littéraire». Willi et Karl, le protégé de Dzerjinski, fondateur de la Tcheka, font désormais équipe.
Champion hors pair de l'intox par les mots, Münzenberg, paradoxalement, ne parle que l'allemand. Des centaines de livres furent rédigés sur son ordre, certains portant sa signature. Selon Koch, qui rapproche son cas de celui de William Donovan, un maître espion de l'OSS, il fut plus un administrateur qu'un aventurier ou un pirate. Avec ses dons, il aurait pu devenir un magnat du monde des affaires. Gustav Regler le compare à un «joueur d'échecs qui se déplace d'un échiquier à l'autre pour jouer vingt parties à la fois».
L'ouvrage de Koch relate méticuleusement les principales parties menées par «Willi», jusqu'au mat final qui causa sa perte. Pendant une quinzaine d'années, l'appareil de Münzenberg façonne les attitudes politiques en contrôlant d'innombrables groupes et comités. Il influence partout des artistes, des journalistes, des savants, des cinéastes, des pédagogues, des éditeurs. Il utilise les réseaux de l'Internationale communiste (le Komintern) pour mener une activité double, apparente ou indéchiffrable, destinée à gagner quelques belles consciences et à soutenir des activités d'espionnage ultrasecrètes.
La «guerre des idées» conduite en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne a même des épisodes comiques qui annoncent certaines postures et impostures de plusieurs de nos intellos. On retiendra l'un d'eux, où s'illustrèrent Gide et Malraux, reconstitué à partir des Cahiers de la Petite Dame. Les deux compagnons de route sont approchés par un agent de l'appareil. Il leur confie une mission importante: aller voir Hitler, ou Goebbels, pour accélérer la libération de Dimitrov. Ils acceptent, plutôt flattés. L'Humanité annonce aussitôt le voyage. Il s'agit d'un marché de dupes. A Berlin, les Français sont livrés à eux-mêmes, Hitler et Goebbels assistant à une conférence du parti nazi à Munich. Ils écrivent une lettre au ministre allemand de l'Information et la remettent à un sous-fifre avant de rentrer. Trente-huit ans plus tard, interrogé par Lacouture, Malraux racontera avec aplomb comment Gide et lui ont discuté avec Goebbels...
Suicide ou meurtre?
En octobre 1936, Münzenberg se rend pour la dernière fois à Moscou, où les procès commencent. Il est écarté du comité central, exclu du Parti allemand en 1938. Après la déclaration de guerre, il est arrêté par la police française. Suicidé ou assassiné? Koch penche pour l'assassinat, en supposant qu'on l'aurait tué avec une arme utilisée par les hommes de main, le garrot. Interné au camp de Chambaran (Isère), près de Lyon, il a été repéré par «un jeune homme roux» qui raconte une histoire louche: interné comme communiste dans un camp nazi, il aurait réussi à se faire libérer. La capitulation française approche. On relâche les prisonniers. Münzenberg suit le rouquin et un deuxième Allemand, Valentin Hartig. Il espère passer en Suisse. Le petit groupe disparaît sans laisser de traces. La main de Beria? Le résultat d'une collaboration entre les services nazis et soviétiques? Seul le chêne connaît la réponse.
Pour les beaux yeux de Staline
par Didier Sénécal, Lire, octobre 1995
http://www.lire.fr/critique.asp/idC=31453/idR=214/idG=6
La Révolution a besoin de ceux qui modèlent l'opinion publique... C'est au nom de ce principe très réaliste que les bolcheviques s'attachèrent à séduire les intellectuels du monde entier dès le lendemain de la révolution d'Octobre. Pendant plusieurs décennies, grâce à leur machiavélisme, ils réussirent à faire prendre des vessies pour des lanternes à une pléiade de Prix Nobel, d'esprits brillants et d'artistes de grand talent. Et dans ce spectacle de marionnettes, le plaisir de tirer les ficelles revint à deux manipulateurs hors pair dont les exploits constituent la matière de ce livre: l'Allemand Willi Münzenberg, stratège communiste de haut vol, et le Tchèque Otto Katz, qui se targuait d'avoir été dans les petits papiers de Kafka et dans le lit de Marlène Dietrich.
Leur méthode était double. D'une part, ils créaient des organisations de façade défendant des causes aussi nobles que la paix ou l'antifascisme, mais dont le but véritable était de cautionner l'entente secrète entre Hitler et Staline; d'autre part, ils contrôlaient étroitement les compagnons de route français et les fellow travellers anglo-saxons, bref, ceux que Münzenberg surnommait d'un ton railleur les «innocents». Comment amener les représentants de la «gauche chic» à défendre l'indéfendable tout en continuant à se croire indépendants?
Souvent le charme slave suffit à régler la question. La baronne Moura Boudberg se chargea de Maxime Gorki, puis de H.G. Wells. La princesse Maria Pavlova Koudatchova, agent des services secrets soviétiques, fut successivement la secrétaire, la maîtresse, l'épouse et la veuve de Romain Rolland. Selon Nina Berberova, il faut ajouter les femmes de Paul Eluard et de Fernand Léger à la liste des «dames du Kremlin». Et aucun admirateur d'Aragon n'ignore que les yeux d'Elsa étaient aussi l'il de Moscou...
Un vaste complot
Des tragédies bien exploitées, tel le procès de Sacco et Vanzetti, des soirées au Bolchoï, des bons sentiments et des avantages en nature: c'est avec des recettes éprouvées que Münzenberg et Katz attirèrent dans leurs rets les belles âmes hollywoodiennes, londoniennes et parisiennes. De l'incendie du Reichstag à la guerre d'Espagne, ils manuvrèrent des pions nommés André Malraux, Erwin Piscator, Dashiell Hammett, Dorothy Parker ou Ernest Hemingway.
Le style de Stephen Koch n'est pas renversant d'élégance ni son plan aveuglant de clarté, et il aurait pu s'abstenir de certains jugements de valeur - la «cupidité» de Geneviève Tabouis, la «méchanceté» ou le «sadisme» de Hemingway. Mais on doit saluer la précision avec laquelle il démonte un complot sans précédent dans l'histoire des idées. La figure de ceux qui surent dire non en sort grandie. En ces temps de fausses certitudes, l'honneur des intellectuels fut sauvé par les doutes de John Dos Passos, par le Retour de l'URSS d'André Gide, par la droiture de Paul Nizan, déchirant sa carte du Parti au lendemain du pacte germano-soviétique.