Cinq mois après la formation d’un gouvernement de coalition, les progrès sont très lents au pays de Robert Mugabe

L'article de Valérie Hirsch rappelle la violence utilisée par Mugabe pour intimider et terroriser toute opposition. De plus, on comprend le soutien pas du tout désintéressé de l'Afrique du Sud qui profite du chaos économique pour vendre ses produits. Enfin, si quelques réformes ont été effectivement réalisées, Mugabe et sa cour continue de vivre bien, aux crochets du peuple, comme tous les socialistes.


Languissante transition au Zimbabwe

Le Temps, Valérie Hirsch, mardi 21 juillet 2009

Entretien. «Mugabe n’a pas respecté l’accord»

Dans le quartier d’Highfield, à Harare, les habitants se sont mis à croire à des lendemains qui chantent quand ils ont vu débarquer des tuyaux. Il y a un mois, la municipalité de la capitale du Zimbabwe a commencé à rénover les égouts, bouchés et percés, faute d’entretien: à Highfield comme dans les autres quartiers populaires de la ville, les fossés sont envahis par les eaux putrides, même pendant l’hiver austral sec. «Ce sont les rivières de Mugabe!» ironise Maxwell Katsande, un élu local du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le parti du premier ministre Morgan Tsvangirai. Il craint un retour de l’épidémie de choléra, qui a fait 4100 morts l’été dernier.

A Highfield, les poubelles ne sont toujours pas ramassées, les coupures d’eau et d’électricité restent quotidiennes, mais les écoles ont rouvert et la clinique reçoit à nouveau des médicaments. Tuée par une inflation démentielle (235 millions de pour cent), la monnaie locale a été sabordée en avril. La dollarisation de l’économie a immédiatement mis fin aux pénuries, au marché noir et aux escroqueries sur le change pratiquées sans vergogne par la Banque centrale, qui détroussait les comptes en devises des entreprises. Désormais, tous les fonctionnaires reçoivent 100 dollars américains par mois. C’est insuffisant mais bien mieux que leurs salaires en dollars zimbabwéens, qui ne leur permettaient même plus de payer le bus pour aller à leur travail. «L’an dernier, on ne faisait qu’un repas par jour et on ne voyait plus la couleur de la viande», explique un ouvrier d’Highfield. Il vient de retrouver du travail dans la zone industrielle voisine, qui reprend lentement son activité. Lui aussi ne gagne que 100 dollars. «On trouve de tout dans les magasins mais c’est cher, dit-il. Un pain coûte au minimum un demi-dollar.» Les produits sont presque tous importés d’Afrique du Sud. «Je dois trois mois de loyer, soit 120 dollars, et mes deux enfants ont été renvoyés de l’école parce que je n’ai pas payé les frais scolaires de 20 dollars par trimestre.» Pour les pauvres, la vie reste très difficile.

Le ministre du Plan, Elton Mangoma (MDC), ne semble pas, lui, avoir de soucis de fin de mois. Le samedi, ce financier prospère se détend au golf huppé d’Harare, fréquenté par des descendants des colons britanniques. Lui aussi ne gagne que 100 dollars: «On se sacrifie pour notre pays.» Mangoma a joué un rôle clé dans les négociations avec la Zanu (Union nationale africaine du Zimbabwe, le parti du président Robert Mugabe), depuis 2006. «C’était la seule solution pour éviter que le Zimbabwe ne s’enfonce dans le chaos, comme la Somalie, affirme-t-il. Pour les durs de la Zanu, ce n’est pas difficile de recruter des seigneurs de guerre et de semer la terreur. En impliquant tout le monde dans le gouvernement, nous espérons que cette option deviendra de moins en moins envisageable. Cela fonctionne plutôt bien: il est souvent difficile de faire la différence entre un ministre de la Zanu et du MDC!»

Les désaccords sont pourtant nombreux, notamment sur la nouvelle constitution, dont l’adoption par référendum, dans un an, devrait conduire à de nouvelles élections. La Zanu veut imposer le projet «Kariba», qui permettrait à Robert Mugabe de garder tous ses pouvoirs. Une consultation populaire, organisée le 13 juillet à Harare, a tourné à l’empoignade. Le président va-t-il à nouveau recourir à la violence pour intimider la population? C’est la crainte de la société civile. «La violence a diminué mais il y a toujours la même culture d’impunité et l’opposition ne dit rien!» déplore l’avocate Beatrice Mtetwa, qui défend Jestina Mukoko et d’autres militants des droits de l’homme, kidnappés et torturés en décembre dernier.

«Ce gouvernement est la seule option pour mettre fin au chaos, provoqué par la défaillance du leadership politique et les interventions des pays occidentaux», indique pour sa part Jonathan Moyo, ex-ministre de l’Information de Mugabe. «Mais pour le moment, on est encore dans une phase de prétransition où chacun teste les eaux.» A Highfield, Steven Moffat montre les forgerons qui travaillent dans la rue. «En 2005, j’ai participé à la destruction de leurs ateliers, avoue ce militant de la Zanu. On nous avait dit qu’il fallait les punir d’avoir voté pour l’opposition. Mais à quoi cela a servi? Depuis que Tsvangirai est premier ministre, je vois bien que cela va mieux. Il est temps de faire la paix!» Les militants de l’opposition restent toutefois méfiants. Le président des jeunes du MDC úd’Highfield a tout perdu. Son magasin a été pillé et incendié par des militants de la Zanu. Ses pieds boursouflés le font souffrir. En juin dernier, avant le second tour qui a permis la réélection de Mugabe par la violence, il a été torturé dans le centre socioculturel, occupé par la milice des jeunes. Le bâtiment, saccagé, est à présent désert: «Mais ils peuvent revenir à tout moment. Le jour où l’opposition contrôlera les forces de sécurité, je croirai au changement!»

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