Le président Mbeki, grand copain de Robert Mugabe, intervient enfin.

Dites (aux dirigeants africains) de dire à leurs peuples de ne pas venir nous embêter dans notre pays! Ils se nourrissent sur la bête!", a lancé un jeune homme, soulevant un hurlement collectif d'approbation.

Cet article décrit les opérations d'intimidation, de chantage et même de terreur organisées par Mugabe avec sa clique et sa milice. Rien de nouveau si ce n'est l'ampleur!


«Nous n'irons pas voter, nous voulons vivre!»

ZIMBABWE. La campagne de terreur du clan Mugabe est telle que le candidat de l'opposition se retire. Reportage dans le Manicaland.

Le Temps, Max Quincey, envoyé spécial à Rusape, Lundi 23 juin 2008

Quand le soleil se couche sur Rusape, un voile de terreur tombe sur cette bourgade située à 170 km au sud-est d'Harare, dans le Manicaland: c'est la nuit que des habitants meurent ou disparaissent. Deux femmes parlent à voix basse. L'une étreint son enfant avec crainte. Elles guettent constamment par-dessus leurs épaules le pick-up blanc Mitsubishi plein de jeunes miliciens du parti au pouvoir, armés de bâtons et de couteaux, qui font chaque soir du porte-à-porte pour battre et parfois tuer les partisans de l'opposition.

Terrifiées par la campagne de terreur menée en toute impunité par les miliciens, elles racontent comment elles ont été forcées, la veille, d'assister à un rassemblement de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) pour soutenir la réélection du président Robert Mugabe au second tour prévu le 27juin. «Il y avait environ 30 membres de la Zanu. C'était surtout des vétérans (ndlr: qui ont participé à la guerre d'indépendance à la fin des années1970) et beaucoup portaient des armes à feu. Ils ont averti que si nous votions pour Morgan Tsvangirai (le candidat de l'opposition), ils détruiraient nos maisons et que nous risquions de mourir. Ils ont dit: «Nous avons mangé des foies humains et avons bu de l'urine pendant la guerre de libération. Nous sommes prêts à reprendre les armes! Votre bulletin de vote, c'est votre balle!». Les femmes ont compris le message: «Nous n'irons pas voter car nous voulons vivre!»

Le week-end dernier, Ferai Gamba, un responsable du MDC (le Mouvement pour le changement démocratique, le parti de Morgan Tsvangirai), a été tué par des soldats à Rusape et trois autres personnes ont été enlevées, dont le président local des observateurs électoraux indépendants. Depuis le premier tour du 29 mars, les violences dans tout le pays auraient fait au moins 77 morts, 200 disparus et plus de 3400 blessés.

La Zanu-PF et les chefs militaires veulent à tout prix éviter une défaite humiliante du «chef» au second tour. Au premier tour, Robert Mugabe n'avait engrangé que 43,2% des voix, contre 47,9% pour Morgan Tsvangirai. Le régime a mis sur pied, avec le soutien de l'armée, une campagne systématique visant à terroriser les électeurs et les cadres de l'opposition et parfois les éliminer: les provinces les plus touchées sont les bastions de la Zanu-PF autour de Harare (Mashonaland, Midlands et Manicaland). Le MDC est interdit de faire campagne dans les zones rurales et des milliers de ses sympathisants ont été forcés de fuir. A Rusape et dans le reste du Manicaland, les opérations sont coordonnées par le tristement célèbre Perence Shiri, commandant en chef de l'armée de l'air. Dans les années 1980, il dirigeait la Ve Brigade de l'armée qui a mené les massacres du Matabeleland, causant la mort d'environ 20'000 personnes.

Même le directeur national de l'élection du MDC, Ian Makone, vit dans la clandestinité depuis un mois: il ne se déplace que la nuit et ne rencontre personne pendant la journée. Récemment, plusieurs de ses proches ont été tués de manière tragique: «Mon garde du corps, Godfrey Kauzani et un chauffeur, Better Chokuruma voyageaient avec mon directeur de campagne Ken Nyeve. Leur voiture a été interceptée. On a retrouvé leurs corps quatre jours plus tard, lacérés de coups de couteaux et de tournevis. Leurs yeux étaient crevés et leur visage, brûlé. Désormais, ils vous torturent avant de vous tuer. Chaque jour, je rencontre des gens qui me parlent de souffrances épouvantables et se demandent si ça vaut la peine d'endurer tout cela

Les enseignants et tous ceux qui ont servi comme observateurs indépendants pendant le premier tour sont aussi des cibles privilégiées. A Muzokomba, près de Rusape, trois instituteurs racontent comment ils ont été emmenés par la milice, le 30 mai, et battus à coups de bâtons pendant plusieurs heures. Près d'un tiers des 63enseignants se sont enfuis. Edmond, lui, est resté. Mais il ne se portera plus volontaire pour surveiller le déroulement du second tour. «C'est trop dangereux! confie-t-il. Plus personne ne veut le faire. Le peuple vit dans la peur et, désormais, tout le monde prétend soutenir le parti au pouvoir.» Les 9'000 observateurs indépendants, qui avaient déjoué toute tentative de fraudes massives au premier tour, seront beaucoup moins nombreux au second.

Même certaines townships de Harare, bastions du MDC, ne sont pas épargnées. Les assassinats y sont toutefois plus rares. Les militants du Zanu-PF n'ont ainsi pas hésité à faire sauter la maison d'un élu local de l'opposition à Hatfield. Il n'était pas présent, mais sa femme et son fils de 7 ans ont été brulés vifs.

Le MDC affirme que la violence va renforcer le rejet du régime de Robert Mugabe et entraîner une plus grande participation électorale dans les villes, acquises à l'opposition. Mais tous ne partagent pas cet avis: le vote rural, même forcé, pourrait assurer la réélection de Mugabe. «Presque chaque jour les gens sont contraints d'assister aux rassemblements de la Zanu-PF de l'aube jusqu'au coucher du soleil, raconte Elijah, un enseignant. Toute la journée, on vous menace: «Si vous votez pour Tsvangirai, il y aura la guerre.» Certains pensent que dans ces conditions, il vaut mieux voter pour Mugabe. Si le président gagne, pour moi, la seule solution sera de fuir le pays et ils en auront fini avec le MCD.»

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