Enfin, après avoir tu par complaisance socialiste, les exactions de Robert Mugabe, la misère (on parle de famine), la terreur (700'000 personnes expulsées), une nouvelle fois la révolution socialiste débouche sur une totale faillite sauf pour le tyran et sa clique de pourris.


Zimbabwe, la révolution tragique

Des commerces vides. L´hyperinflation et la mauvaise gestion ont ruiné l´agriculture et l´industrie du pays qui était un modèle avant la révolution.Photo: Keystone
• Le pays agricole autrefois le plus riche d'Afrique, le Zimbabwe, est miné par la crise et l'incurie «révolutionnaire».

Le Temps, Marina Burgeon, envoyée spéciale à Bulawayo, Vendredi 28 mars 2008

«Cette fois, Mugabe va perdre. Nous avons trop souffert!» lance Bennett. Cet habitant de Killarney, un bidonville de Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, au sud-ouest, survit en tamisant le lit des rivières. «La semaine dernière, j'ai trouvé un gramme d'or. C'est un bon présage.» Demain, samedi, six millions de Zimbabwéens éliront leur président. A 84 ans, Robert Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance de l'ex-Rhodésie britannique en 1980, ne montre aucun signe de faiblesse et il défie toujours autant les pays occidentaux, accusés de tous les maux. Il affrontera deux candidats: le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai et un dissident de son parti, Simba Makoni. Mais il aura du mal à défendre son trône: alors que dans les années 80, le Zimbabwe était un modèle de développement en Afrique australe, son économie connaît depuis huit ans l'effondrement le plus rapide au monde pour un pays en paix.

Killarney est un symbole de cet effondrement. Avant, dans ce quartier pauvre, il y avait 460 maisons en brique et commerces. En juin 2005, les bulldozers ont tout rasé. «Même l'église!» se souvient le pasteur Albert Chatindo. Dans le cadre d'une opération visant à «assainir», et surtout à punir, les quartiers populaires acquis à l'opposition, Mugabe a fait expulser 700'000 personnes. «Un camion nous a déposés en rase campagne, raconte Margaret, une veuve en robe blanche, amaigrie par la tuberculose. Avec mes trois enfants, on a logé pendant un mois sous une tente, avant de revenir ici. Mais la vie est de plus en plus difficile: les prix augmentent chaque jour, parfois même quand on fait la queue.» L'inflation dépasse 100'000% par an, un record mondial. Le taux de change au noir du dollar zimbabwéen est ainsi passé, en un an, de 13'000 pour un dollar US à 45 millions.

Grâce à l'intervention des Eglises, les familles revenues à Killarney reçoivent de l'aide alimentaire et des soins médicaux dans une clinique gratuite, dans un quartier résidentiel de Bulawayo. Les voisins y viennent aussi, comme Joyce Harris, une retraitée de la poste, qui souffre d'arthrite. «A l'hôpital, la consultation coûte plus de 350 millions de dollars, explique cette femme élégante. Mais je ne reçois qu'une pension de 4 millions.» Sept bénévoles parent au plus pressé. «Dans les hôpitaux publics, c'est un désastre, explique un médecin belge. Il y a très peu de médicaments et la plupart du personnel est parti à l'étranger.» Une pénurie d'antirétroviraux a forcé les médecins à faire des choix difficiles. Le pays est ravagé par le sida, l'espérance de vie des femmes a chuté de 60 ans, en 1990, à 34 ans.

Alors que de plus en plus de Zimbabwéens souffrent de malnutrition chronique, Mugabe a dépensé 800'000 euros pour fêter son 84e anniversaire, le mois dernier... «On est tous millionnaires mais on ne peut plus acheter de pain, d'huile, de sucre et de viande, se plaint Praise Mlangeni. Heureusement, une ONG a ouvert une soupe populaire dans notre quartier.» Cette femme de 32 ans et ses trois sœurs, toutes sans maris, ont été arrêtées de nombreuses fois lors de manifestations organisées par le mouvement de femmes, «Women of Zimbabwe arise» (Les femmes du Zimbabwe se soulèvent). Une seule gagne un salaire comme vendeuse, qui ne couvre même pas les frais de transport: prendre le bus est devenu un luxe. Envoyer les enfants à l'école aussi: la fille de 7 ans de Praise n'a pas pu commencer ses études primaires.

Dans les zones rurales, la situation n'est pas meilleure. La figure émaciée sous un foulard, la paysanne est assise par terre. Le tabouret est réservé à son mari, Willard. Trois hectares de champs, trois bœufs et huit enfants à nourrir: cette famille tire le diable par la queue. La récolte de maïs d'avril s'annonce pitoyable. «Avant, explique Willard, je pouvais acheter des semences et des engrais à bas prix et je bénéficiais du programme «Nourriture contre travail». Mais comme je soutiens l'opposition, je n'ai plus droit à rien.» S'appuyant sur les chefs de village, le parti au pouvoir a recours à tous les moyens, y compris «l'arme de la faim», pour forcer les paysans à voter pour lui. La fameuse réforme agraire de 2000 ne leur a pas profité: «Les fonctionnaires et les militaires ont reçu les fermes des Blancs et ils n'en ont rien fait», explique Keni Mpofu, un candidat de l'opposition aux élections locales. Jadis exportateur, le Zimbabwe dépend depuis 2002 de l'aide alimentaire internationale.

Et l'économie ne fonctionne plus que grâce aux produits importés d'Afrique du Sud (où sont réfugiés 3 à 5 millions de Zimbabwéens): «Certains ministres ont fait fortune grâce au marché noir», reconnaît Temba Ncube, le président des vétérans de guerre de Bulawayo. Nous soutenons Mugabe parce que c'est le seul vrai révolutionnaire. Mais l'association des vétérans lui a demandé de faire le ménage autour de lui après les élections.»

Même si la campagne s'est déroulée sans violences contrairement aux précédentes, le scrutin a peu de chances d'être libre. «Mugabe ne sait plus sur qui il peut compter, affirme Nkosana Moyo, coordinateur de l'équipe de Makoni. Son parti, la Zanu-PF, les forces de sécurité sont divisées. Ils sont nombreux à soutenir secrètement notre candidat. Mais si Mugabe veut voler l'élection, il n'y a rien que nous puissions faire.»

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